Le blog

Publié le 16 juin 2026

Vérités et contre-vérités sur la PNL

Depuis 40 ans, la PNL fait l’objet de critiques récurrentes. Alain Thiry en identifie quatre sources principales : une définition incohérente, des mythes sur les origines de la discipline, des erreurs dans ses domaines d’application, et un usage approximatif des neurosciences. Dans cet article issu d’une conférence, il appelle les praticiens à prendre le feedback de leurs détracteurs au sérieux — et à nettoyer devant leur porte. Un article publié dans la revue Métaphore n° 80, mars 2016.

Depuis 40 ans, la PNL s’est largement développée et pourtant elle reste très décriée par certains. Leurs critiques portent sur 4 aspects : la définition de la PNL, ses débuts mythiques, les domaines d’application et la propension des PNListes à citer les sciences cognitives de manière erronée. Prendre le feedback de ces détracteurs pour améliorer notre communication ne serait peut-être pas inutile pour notre crédibilité.

1. La définition

Pour la définition, les PNListes ne parviennent même pas à se mettre d’accord. On lit qu’elle serait de la communication, ou de la psychothérapie, ou un chemin vers l’excellence, ou l’étude de la subjectivité, ou une démarche transdisciplinaire… Les universitaires ont l’habitude d’adopter une vue catégorielle. Dès lors, la PNL fait partie des sciences humaines, plus particulièrement de la psychologie appliquée (psychologie humaniste et constructiviste). Certains ont peur du mot « psychologie », mais force est de constater que 100 % des techniques PNL sont de la psychologie. Les analystes transactionnels utilisent l’AT en psychothérapie, en management, en communication et en éducation et continue à reconnaître que l’AT est de la psychologie. La psychologie cognitive est transdisciplinaire mais reste de la psychologie. Pour les détracteurs, nos définitions confuses et contradictoires sont un problème. Adopter une définition conceptuellement correcte serait plus crédible auprès des académies.

2. Les débuts mythiques

Au sujet des débuts mythiques, par exemple, lorsqu’on propage que Bandler est mathématicien ou qu’avec Grinder ils étaient docteurs en psychologie, on y va un peu fort. Il ne faut pas longtemps à des détracteurs pour trouver cela impossible. À 23 ans, Bandler était en 4e de psycho. Il a dû commencer à 19 ans. Quand aurait-il eu le temps de faire un diplôme de mathématicien. Grinder n’était pas psychologue mais linguiste et aucun des deux n’a un doctorat en psychologie. En colportant des infos fausses, nous nous ridiculisons.

3. Les domaines d’application

Pour les domaines d’application, des PNListes peuvent verbaliser des énormités, comme « nous n’avons pas besoin du transfert en PNL » alors que ce n’est pas nous qui choisissons si le client va ou non transférer sur nous et dans ce cas, nous devons apprendre à gérer cela. Autre exemple, dire « les apprenants sont visuels, auditifs ou kinesthésiques » ne propose que de limiter ceux-ci dans leur potentiel, alors qu’on sait que les élèves devront utiliser toutes les opérations mentales (V, A et K) dans une seule heure de cours. Il faut donc leur apprendre à utiliser toutes les opérations mentales et non les laisser se limiter. Perpétrer de grandes citations qu’on a entendues dans notre propre formation, sans analyse de leur pertinence aux vues des développements actuels, ne nous glorifie pas.

4. Le rapport aux neurosciences

La plus grande critique des détracteurs reste celle liée à notre habitude de citer les sciences cognitives et plus particulièrement les neurosciences. Plusieurs aspects y posent problème : le manque supposé de validation de nos modèles, des citations erronées ou obsolètes des sciences, de l’essai par les PNListes de valider leur modèle par les sciences.

a. Il est vrai que nous n’avons que rarement validé scientifiquement nos modèles. Nous sommes persuadés par l’efficacité de notre pratique mais nous sommes incapables de le prouver. Bien que certaines expérimentations soient déjà réalisées, nous devrions bien plus faire des expérimentations, validables scientifiquement, c’est-à-dire randomisées en double-aveugle, pour prouver l’effet des techniques PNL. Un travail énorme reste à faire.

b. Des citations erronées ou obsolètes ? Par exemple, « la compréhension d’un message est due à 7 % par les mots, 38 % pour le ton de voix et 55 % pour le visuel » est une interprétation abusive de l’expérience de Mehrabian. Autre exemple, « le cerveau gauche et le cerveau droit » est une conception démodée, les neuroscientifiques sachant que bien des compétences humaines ne sont pas d’un côté ou de l’autre mais nécessitent la mise en action de zones des 2 côtés en même temps. Un autre exemple ? Notre expression « la mémoire visuelle », pour un neuroscientifique, elle ne dure que 2 secondes maximum dans les aires sensorielles ; au delà, l’information doit passer dans la région préfrontale pour être maintenue. Le fait d’employer un terme qui n’existe pas, comme par exemple « systémie », alors qu’un terme existe déjà avec le même sens, « systémique », ne rend pas crédible.

c. Grand principe en science : « Une corrélation n’est pas une causalité ». Certains PNListes ont cette fâcheuse tendance à tirer des conclusions hâtives. Ils apprennent l’existence d’une expérience en neurosciences et en concluent que cela valide notre belle PNL. Beaucoup de détracteurs de la PNL reprochent aux PNListes de chercher à valider la PNL par les expériences en sciences cognitives. Ils voient alors la PNL comme une simplification abusive et erronée de leur science. La PNL n’est pas une simplification d’autre chose. Elle a son propre processus de validation. Mais alors il faudrait que les PNListes parlent plus de PNL et cessent de parler de quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas. À la rigueur, ils pourraient simplement relever la « résonnance » entre telle expérience en sciences et tel modèle de PNL. Mais en aucun cas, dire « Comme ils disent ceci en sciences, alors on a raison en PNL de dire… » car ce serait un biais logique inacceptable pour des scientifiques.

Conclusion

Lorsqu’un PNListe prend la parole et dit des « bêtises », cela n’est pas grave en soi. Mais force est de constater qu’il impacte la crédibilité et la réputation de ces collègues. Une vue du système nous aiderait à nous responsabiliser. « La signification de notre communication est donnée par la réponse qu’on en obtient » ? 40 ans de critiques ! Alors qu’est-ce qu’on attend pour prendre le feedback ? Je pense qu’il est temps de nettoyer devant notre porte. Donnons une définition de la PNL conceptuellement correcte, propageons des infos vérifiées sur les débuts de la PNL ou sur ses applications dans certains domaines, parlons plus de PNL et moins des sciences cognitives ou alors correctement. Notre crédibilité collective en dépend.

(Le contenu de cette conférence est développé dans mon livre Le bêtisier des PNListes – uniquement disponible sur la boutique de http://www.interactif.be)

Le lien avec la PNL

En pointant les quatre angles morts de la communication des PNListes — définition, histoire, application, neurosciences —, Alain Thiry applique directement deux présupposés fondamentaux de la PNL : « la signification de ma communication est dans la réponse que j’obtiens » et la seconde position, qui consiste à adopter le regard du détracteur pour en comprendre la logique. Ce faisant, il montre que les outils de la PNL sont précisément ce dont la communauté PNL a besoin pour améliorer sa propre crédibilité.


Alain Thiry est un psychologue belge. Formé à la PNL depuis 1983, il est directeur du centre de recherche, de conseil et de formation Interactif, basé à Gembloux (Belgique). Pionnier de la pédagogie PNL, il a créé dès 1995 la première formation complète spécialisée dans les stratégies PNL d’apprentissage, animée à Bruxelles, Paris et Genève, et a mené pendant 30 ans des recherches-actions dans ce domaine. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages sur la PNL, dont La pédagogie PNL et La programmation neuro-linguistique (collection « Que sais-je ? », PUF). Il a reçu le prix NLPNL en 2016 pour l’ensemble de ses travaux. Contact : www.interactif.be


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 80 – mars 2016

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