Publié le 28 mai 2026
Les représentations sensorielles de la guerre au travers de l’art pictural », au croisement de la PNL
Comment interpréter les effets d’une guerre, d’un génocide sur la peinture, et de quelle façon celle-ci se révèle-t-elle à l’auteur comme au spectateur ? Dominique Mallay, praticien PNL et auteur d’un mémoire universitaire sur les représentations picturales de la guerre (D.U.E.E.DH, Université de Paris Descartes), croise les outils PNL avec l’analyse d’œuvres de peintres combattants ou victimes de conflits armés. Un article publié dans la revue Métaphore n° 77, juin 2015.
En préambule : comment interpréter les effets d’une guerre, d’un génocide sur la peinture et de quelle façon celle-ci va-t-elle se révéler à l’auteur et au spectateur ? Les peintres cités ont été des artistes, ils ont vécu cette expérience et en sont devenus des victimes. Ils s’expriment pour expurger leur traumatisme. C’est la question essentielle que pose mon mémoire en étudiant deux périodes, avant et après 1870 :
- Dans une première partie on découvre des peintres militaires qui s’expriment sur la guerre comme des « photographes », où les combattants sont héroïsés. On montre le beau de la guerre, on l’idéalise presque. Ces représentations picturales sont souvent exécutées à la commande. Les spectateurs peuvent apprécier les portraits, la mise en scène guerrière proposée, comme s’ils ouvraient un joli livre d’histoire.
- La seconde partie interroge le ressenti du peintre engagé dans le combat : le traumatisme est flagrant parce qu’il a subi viscéralement la guerre. Ses bouleversements sont exprimés avec force, et traduisent bien souvent chez les spectateurs un malaise face au mal-être de l’artiste. La dureté de l’œuvre picturale est aussi exprimée par des peintres internés ou victimes de génocides du XXe siècle. Comment sont-ils alors soutenus ? Leur accompagnement est-il d’ailleurs possible ? Ce mémoire essaye aussi d’apporter quelques éclairages en l’espèce.
- Enfin en guise de conclusion, j’aborde la prise de conscience éventuelle des spectateurs face à ces œuvres mémorielles très documentées comme un gage sur l’avenir ou un défi à relever.
Le texte proposé ici est extrait plutôt de la seconde partie. Je vous propose de nous pencher un instant sur les processus sensoriels mis en place et donc ressentis dans l’expression picturale d’un combattant et/ou victime d’un conflit armé : une guerre, un génocide… à la lumière de la PNL. Si les sentiments diffèrent entre celui qui s’exprime en peignant et le spectateur, le mécanisme de l’acte sensoriel, le ressenti et l’attention délibérée face à l’œuvre, eux, se mettent irrémédiablement en marche. Ce feed-back (l’un des basiques de la PNL) entre l’émetteur et le récepteur donnera le sens au message et à sa perception.
Les trois pôles du fonctionnement humain selon la PNL
Dans ce mécanisme interviennent en effet l’intelligence, la compréhension, la sensibilité bien sûr et le jugement. On retrouve les trois pôles du fonctionnement humain décrits en PNL : Processus Internes, stratégies (le cognitif, l’activité mentale, la pensée, la réflexion) les États Internes et les Comportements Externes. Des peintres très engagés en période de guerre ont exprimé des crises existentielles au travers de leurs œuvres, comme Otto Dix¹ avec « les joueurs de skat » ou Buffet² voire Picasso³ avec la guerre d’Espagne…
Ces traumatismes exprimés à travers l’art, peuvent être pris alors au sens de « beaux arts », comme moyen thérapeutique post-traumatique, l’art étant alors pris au sens esthétique du terme, d’un point de vue sensoriel. Rappelons que l’esthétique⁴ est une discipline philosophique ayant pour objet les perceptions, le sens, le beau. Elle se rapporte donc aux émotions provoquées par exemple par une œuvre d’art mais aussi aux jugements de l’œuvre. Ces émotions peuvent aller jusqu’à des manifestations psychosomatiques.
Le VAKOG au cœur de la perception de l’œuvre d’art
L’œuvre d’art est perçue hors du simple visible par tout le VAKOG, y compris le ressenti : « Que l’artiste peigne une femme, j’aurais reconnu une femme, mais il m’aura par surcroît fait sentir le monde de la sensualité, de la joie, ou de la répulsion…⁵ ». La perception VAKOG externe renvoie à l’interprétation VAKOG interne.
Nos ressentis se construisent aussi en fonction des trois filtres qui s’interposent entre la réalité et l’expérience que nous en avons : filtre neurologique transmis par la génétique, filtres culturels (chaque groupe humain construit sa réalité autour de croyances, de mythes, de valeurs qui lui sont propres), filtres personnels (notre histoire personnelle, nos expériences). Chaque histoire est une vie unique, l’expression picturale suite au conflit guerrier sera vécue en fonction de sa propre expérience et de ces trois principaux filtres. Par exemple, Max Beckmann⁶ écrit que la guerre peut être vécue comme « la maladie, l’amour et la volupté ». Ce peintre a trente ans quand il est admis comme infirmier dans le service de santé. Il n’a pas d’exaltation patriotique. Il ressent « un sentiment de plaisir sauvage et quasi diabolique à se situer entre la vie et la mort ». Il croque dans un carnet les esquisses de ce qu’il voit. Il dessine les opérations chirurgicales, tente l’inventaire des blessures dans son album « L’Enfer ». Après l’expérience de la guerre, Beckmann est très vite atteint d’une dépression nerveuse face à l’horreur de la guerre. De ce traumatisme, il inventera un art qui le force à « être objectif » car seule la peinture lui permet d’atteindre une vérité de la vie qu’il considère désormais comme « objectivement laide ».
Peindre pour se reconstruire : résilience et PNL
Et si ces expressions picturales permettaient pour l’émetteur et le récepteur de guérir et de réparer ce qui peut être de l’ordre d’un conflit tant extérieur qu’intérieur comme des contributions aux opérations cognitives qui président à la construction de nos cartes mentales.
De toute évidence peindre pour ces victimes et/ou ces combattants est un moyen d’émettre cette capacité où l’on peut, où l’on doit surmonter les traumatismes et se (re)construire malgré les blessures ; il s’agit alors de vivre la résilience comme le préconise Boris Cyrulnik et de faire le deuil de ses traumatismes pour la renaissance ou bien encore d’agir pour se dissocier et puis se placer au bon endroit sur la ligne du temps…
Aussi, exprimer l’ampleur d’un événement par une œuvre picturale et la recevoir peut laisser des traces mais peut aussi être un révélateur pour progresser, se désancrer, se projeter bien au-delà de son propre vécu. Pour Louis Crocq⁷, tous les facteurs comme la menace de la mort ou de souffrance d’autrui… sont des situations traumatisantes mais le facteur le plus traumatogène serait la menace de la mort : « tous ceux qui se sont vus morts sont des traumatisés psychiques ».
« C’est en passant par l’épreuve de sa vulnérabilité que l’être humain accède à la conscience de sa fragilité, et c’est paradoxalement ce passage qui lui apprend à vivre ». Nous pensons immédiatement à l’action en PNL qui nous permet de passer de l’état présent à l’état désiré.
L’impérience : entre expérience passée et présent vécu
Y a-t-il des objections de passer de l’état présent à l’état désiré ? Comment y parvenir ? En présupposant que l’état présent s’est construit avec une ou des vulnérabilités comportementales.
Filtrer nos stimuli externes et internes, modifier nos perceptions ou nos représentations pour rester en cohérence avec notre modèle du monde, ou bien généraliser en fonction de situations ancrées, ce sont des comportements relatifs à l’impérience⁸. « Qu’entend-on par impérience ? Elle combine l’émission et la réception. L’empathie est nécessaire dans le rapport du spectateur face à l’expression du peintre. Néanmoins, sa propre expérience peut-elle se confondre (fondre) avec celle du peintre (mêmes sensations traumatisantes…) ? Le spectateur va plutôt ressentir l’œuvre en fonction de sa propre connaissance et de sa propre sensibilité, il reçoit donc différemment la parole du peintre. Alors comment parler d’expérience pour une situation qui se vit et se découvre dans le présent ? C’est ce mélange entre notion du passé (expérience) et le présent (ressenti) qui est de l’ordre de l’impérience : c’est un peu le « ici et maintenant » mêlé à une expérience passée sans se porter concrètement dans l’avenir.
Les spectateurs n’ayant pas vécu ces événements même s’ils partagent l’idée que rien n’est jamais gagné, que l’homme contemporain peut être dangereux pour le monde comme pour lui-même, savent aussi que l’homme peut évoluer, progresser en étant lui-même touché par le réalisme des œuvres ou par les fragments de souffrance présentés.
En définitive, prenons soin de nos sensations, respectons-les pour mieux agir en toute connaissance de soi.
¹ Artiste-peintre 1891-1969. 1920, huile et collage sur toile.
² Bernard Buffet, artiste-peintre expressionniste 1928-1999.
³ Picasso, peintre-sculpteur espagnol 1881-1973, Guernica.
⁴ Définition Esthétique Larousse.
⁵ René Passeron « l’œuvre picturale et les fonctions de l’apparence » — Édition de la librairie philosophique J. Vrin 1986.
⁶ Max Beckmann 1884-1950, « Allemagne, les années noires » — Gallimard, Musée Maillol 2007.
⁷ Psychiatre, « les traumatismes de guerre » — Odile Jacob octobre 1999.
⁸ T. Michelon « Image, déportation et Shoah ».
Ce que cet article apporte à la pratique PNL
Dominique Mallay démontre que les outils PNL — VAKOG, filtres perceptifs, états internes, ligne du temps, passage de l’état présent à l’état désiré — constituent un cadre de lecture pertinent pour comprendre comment un peintre traumatisé par la guerre encode et restitue son expérience. L’art pictural devient ainsi un terrain d’observation des stratégies de traitement de l’information, et un vecteur de résilience que les praticiens PNL peuvent intégrer dans leurs accompagnements post-traumatiques.
Dominique Mallay est praticien PNL et titulaire d’un D.U.E.E.DH à l’Université de Paris Descartes. Son mémoire porte sur les représentations sensorielles de la guerre au travers de l’art pictural, analysées à la lumière de la PNL.

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