Publié le 10 septembre 2026
PNL et éco-sensibilité : le modèle de Clare Graves pour transformer nos organisations
Comment passer de l’égocentrisme à l’éco-sensibilité, tant à l’échelle individuelle que collective ? Michaël Ameye croise le modèle des niveaux d’existence de Clare Graves avec les outils de la PNL — jusqu’à la 4e génération en construction — pour proposer des pistes concrètes de transformation. Un article publié dans la revue Métaphore n° 117, juin 2025.
« Les décisions dans la vie d’un être humain suivent une règle qui tient beaucoup plus des instincts et d’autres facteurs inconscients mystérieux que d’une raison consciente et bien intentionnée. » — C. G. Jung
D’aucun se demande si les humains courent à leur perte. Des scenarii abondent pour prédire des catastrophes axées sur les dérèglements du climat, sur une guerre entre humains ou contre des machines « intelligentes », sur une pandémie fatale ou sur une dérive léthale d’un développement débridé et non éthique de la science et de la technologie.
Et tout cela pourrait bien être possible si l’on extrapole le pire de ce que nous, humains, avons déjà été capables de réaliser par le passé.
Cette extrapolation ne tient néanmoins pas compte des évolutions positives de nos cultures et d’une possible émergence de nouveaux paradigmes.
Les travaux de Clare Graves sur l’évolution des systèmes de valeurs individuels et collectifs démontrent bien le potentiel évolutif de notre société humaine. Nous y reviendrons car ce sont ces travaux qui ont orienté le titre et le thème de cet article.
Mais, d’abord deux clarifications sur les termes du titre.
1 – Égocentrisme
L’utilisation d’égocentrisme est à prendre à titre philosophique, c’est-à-dire une approche de la vie centrée sur nos automatismes de fonctionnement nominalisés sous le terme Ego par différents courants psychologiques.
Nous n’allons donc pas démoniser l’égo mais bien le replacer dans sa fonction principale : nous assurer une vie confortable reposant sur des habitudes de pensées du passé. Comme Jung nous invite à le faire, nous considérons que l’humain est sur un chemin d’individuation qui consiste à distinguer ses « réflexes conditionnés » de ses vrais choix liés à son essence ou soi profond.
Opposer l’égo à l’essence et poursuivre l’un sans l’autre est futile. Nous vivons dans le monde matériel avec un corps animal, mammiférien et notre égo découle de cela. Nous ne pouvons renier notre nature.
De même, poursuivre nos penchants animaux en négligeant notre nature essentielle est également voué à une forme d’échec et d’insatisfaction profonde.
En médecine traditionnelle chinoise, une distinction est faite entre le Yuan qui représente notre patrimoine génétique, notre force de vie animale et matérielle (et c’est le nom de la monnaie chinoise, intéressant non ?) et le Shen qui représente notre part essentielle et transcendantale. Sans rentrer trop dans des considérations spirituelles, nous nous bornerons ici à mentionner que la santé dans ce modèle provient de l’équilibre harmonieux de ces deux « énergies ».
La symbolique est élégante et sert notre propos introductif.
2 – Éco-sensibilité
L’utilisation de ce terme est à éloigner des considérations écologiques. Il est vrai que ce terme pourrait désigner la sensibilité aux aspects écologiques de la vie humaine au sens d’un climat, de la biodiversité et de l’utilisation des ressources et de la production et de l’utilisation de l’énergie.
Eco vient du grec « Oikos » qui veut dire logis, maison. Il a d’abord été intégré dans le mot « économie » pour signifier la gestion des biens de la « maison ». Le terme a été récupéré pour nommer la science des flux de ressources au niveau mondial.
Au XIXe siècle, le terme « écologique » a été forgé par l’Allemand Ernst Haeckel pour couvrir la notion de relation entre les individus.
En parallèle, dans la même période, le biologiste Arthur Roy Clapham crée le mot « écosystème » pour décrire un ensemble d’interactions entre des espèces biologiques qui partagent le même environnement et donc des relations de compétitions et de synergies ainsi que les relations trophiques qui en découlent (qui mange qui ?).
En PNL, l’écologie est une nominalisation qui désigne l’équilibre du système intrapsychique comme interpersonnel d’une personne.
Dans cet article « éco-sensibilité » désigne donc la capacité à être conscients et à respecter l’équilibre intra et interpersonnel des êtres humains dans un contexte donné.
Cet article invite donc à réfléchir à notre responsabilité, en tant que PNListe, à intégrer une approche éco-sensible dans nos interactions avec le monde, dans le but de jouer un rôle de catalyseur. Nous établirons un lien entre la théorie des Niveaux d’existence de Clare Graves et les enjeux sociétaux actuels tant dans les organisations que dans notre fonctionnement global. Nous explorerons ensuite quelques pistes pour agir sur l’évolution de la société à notre échelle à l’aide des outils de la PNL et particulièrement ceux qui contribuent à la 4e génération.
Bonne réflexion !
Évolution des systèmes de valeurs et enjeux sociétaux d’aujourd’hui
Clare Graves a modélisé, dans le plus pur esprit de la PNL, les relations entre les valeurs des individus et le contexte dans lequel ces valeurs sont appliquées. Le mot contexte, ici, couvre la manière dont un individu ou groupe de personnes « lit » son environnement qu’il soit immédiat ou plus large.
Il a identifié huit systèmes de valeurs qui sont reliés entre eux dans une perspective évolutive en suivant un peu la même dynamique que les niveaux d’apprentissage de Bateson et les niveaux logiques de Robert Dilts. Ainsi, un individu ou un groupe de personnes va développer une autre approche, adopter un nouveau système de valeurs lorsque confrontés à des échecs ou des difficultés insurmontables. Cette évolution correspond également à la loi de la « Variété requise » de W. Ross Ashby, psychologue et cybernéticien, qui statue que si le nombre de variables de l’environnement est plus important que la variabilité d’un système en interaction avec cet environnement, ce dernier domine le système. C’est le cas pour le système économique et monétaire qui domine largement nos comportements et nos stratégies aujourd’hui. Et c’est également le cas de nos systèmes politiques en général.
Si nous voulons pouvoir résoudre des difficultés liées à un environnement, nous devons pouvoir développer un répertoire de réponses suffisant pour nous adapter à la variabilité et aux changements auxquels nous faisons face.
Or cette variabilité est en train de croître exponentiellement. Nous sommes donc fortement stimulés à augmenter notre palette de réponses comportementales.
Et c’est là que le modèle des niveaux d’existence, ECLET, de Clare Graves nous donne des clés intéressantes. ECLET est l’acronyme pour Emergent Cyclical Levels of Existence Theory ou Théorie des niveaux d’existence émergents cycliques. Niveaux d’existence que nous allons nommer paradigmes ou systèmes de valeurs.
Dans son livre, The Never Ending Quest (2005), Clare Graves renomme son modèle : « Le concept émergent, cyclique, phénoménologique, existentiel de la double hélice des niveaux d’existence dans le comportement adulte humain ». Tout un programme ! Pour la simplicité, nous parlerons du « modèle de Clare Graves »…
Un système de valeurs évolutif pour répondre aux exigences de l’environnement
Comme présenté plus haut, le modèle de Clare Graves comporte huit paradigmes identifiés dans les comportements humains, actuellement (il pourrait y en avoir d’autres qui suivent). Comme dans le cas des niveaux logiques, il n’y en a pas de meilleurs et de moins bons, ils décrivent juste les problèmes existentiels sur lequel se focalisent un individu ou un groupe à travers sa « lecture » de l’environnement (lettres de A à H sur le schéma ou dans le tableau) et les stratégies et comportements qui tentent d’apporter des solutions aux problèmes « d’avant » (lettres de N à U sur le schéma ou dans le tableau).
Clare Graves décrit ainsi l’évolution de nos systèmes de pensées en saut dichotomiques. Un paradigme, ou système de valeurs, va prendre le contrepied du paradigme précédent. Le passage d’un paradigme à l’autre est le résultat de deux dynamiques interdépendantes. D’une part, Clare Graves a mis en avant l’alternance de systèmes de valeurs et de stratégies qui privilégient l’épanouissement personnel et ceux qui privilégient l’essor de la collectivité. L’épanouissement personnel n’a, par le passé, été possible qu’en dépassant les normes et les règles collectives. Dans l’autre sens, l’essor collectif ne peut se réaliser qu’en privilégiant le bien collectif avant le bien personnel – les individus sont donc « freinés » dans leur accomplissement. Après une période où l’intérêt collectif prime sur les aspirations individuelles, celles-ci reprennent le dessus pour « corriger » les erreurs ou les excès du paradigme précédent en offrant plus de variabilité et de possibilités. Et ainsi de suite. C’est la première dynamique.
D’autre part, en parallèle, chaque paradigme se traduit par la matérialisation de règles, par la mise en place de structures et de systèmes, par des réalisations, par des expériences qui font évoluer les problèmes existentiels et donc créent de nouveaux besoins (ou problèmes) qui à leur tour font émerger de nouvelles stratégies plus adaptées. Ainsi, dans notre histoire proche, les problèmes existentiels des années 60 ont favorisé l’émergence d’un nouveau paradigme (le sixième ou F-S) qui est encore loin d’être adopté et qui co-existe avec le paradigme précédent (voir tableau plus loin).
C’est pourquoi chaque paradigme est décrit par l’association de deux lettres, l’une représentant l’environnement, les conditions d’existence et l’autre les valeurs et les stratégies mises en place.
Par ailleurs, chaque système de valeurs contribue positivement à l’évolution de l’être humain quand il est utilisé de manière équilibrée et adéquate. Et il ne semble pas possible de sauter un paradigme pour aller vers le suivant puisque chaque paradigme est une tentative de solutions aux problèmes de société vécus. Solutions qui créent d’autres problèmes ou besoins. Nous devons donc passer par l’expérience avant de transiter vers de nouveaux horizons. Et chaque apprentissage contribue donc à augmenter la palette de nos solutions aux problèmes existentiels divers.
Cependant, il existe des individus qui, de tous les temps, ont développé une pensée qui correspond aux paradigmes suivants dans l’évolution de l’humanité. Et, cela se termine souvent assez mal (Gandhi et Martin Luther King pour n’en citer que deux). Ces êtres nous montrent néanmoins le chemin. Nous reviendrons à eux plus tard dans cet article.
Nous allons maintenant présenter brièvement le modèle de Clare Graves pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce dernier ou avec celui de la spirale dynamique de Don Edward Beck et Christopher Rowan qui en découle ou encore avec celui de Ken Wilber qui l’intègre également (c’est le cas de le dire – clin d’œil pour les familiers des travaux de Ken Wilber). Si cela n’était pas suffisant, il existe une documentation assez riche sur le WEB. La pertinence des informations sera à évaluer en fonction de ce que vous voulez apprendre. Au besoin, nous pouvons éventuellement proposer un partage en ligne.
Bref synoptique du Modèle de Clare Graves
| Paradigme | Condition d’existence — Environnement perçu | Système de valeurs — Stratégies et comportements | Contributions positives à l’évolution de l’humanité | Incitants pour la transition au paradigme suivant | Exemples actuels |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 (A-N) Survie |
A : Environnement dangereux. Besoins physiologiques et de sécurité difficiles à satisfaire. | N : Individuel : satisfaction des besoins primaires, stratégies réactionnelles, instinctives, interactions sociales temporaires en fonction des besoins. | Apprendre à prendre soin de notre corps, de nos besoins. Être attentifs aux dangers physiques et relationnels. | Recherche de sécurité, reproduction de recettes qui fonctionnent, acquisition suffisante de ressources vitales. | Migrants, sans-abris, rescapés de zone de guerre… |
| 2 (B-O) Tribu |
B : Environnement dangereux mieux maîtrisé grâce à une connexion profonde avec la nature et une coopération. | O : Collectif : hiérarchie, rituels et rites structurent le groupe. Obéissance absolue sous peine de mort ou d’exil. | Coordination des tâches de manière « agile » dans l’atteinte d’un résultat. | Règles et rites étouffent et freinent l’épanouissement individuel. Aversion au changement dans l’ordre sacré empêche l’évolution. | Bandes de quartiers défavorisés, sectes, tribus aborigènes, africaines, amérindiennes. |
| 3 (C-P) Puissance personnelle |
C : Environnement devenu prédictible et maîtrisable par la force ou la ruse. | P : Individuel : hiérarchie de pouvoir, loi du plus fort, culture de l’image, recherche de statut, comportements impulsifs. | Développement de l’expression de soi et de la motivation pour exercer son influence. | Essoufflement dans l’effort, fatigue, nouvelle génération rejetant le joug du pouvoir, recherche de sens. | Prisons, bandes organisées, écoles élitistes, sports hyper compétitifs, militaires, régimes dictatoriaux… |
| 4 (D-Q) Pouvoir absolu |
D : Ressources maîtrisées. Dès lors, recherche de sens, mise en abîme de la vie et de la mort. | Q : Collectif : code moral strict, sens du devoir, sacerdoce, jugement au travers d’une foi, d’une valeur, culpabilisation. | Développement de la tempérance, projet à long terme. Sens à l’effort et la peine. | Impatience de récolter les fruits de l’effort, recherche d’une « bonne vie » en récompense de son travail. | Organisations religieuses, nationalistes, partis politiques et syndicats, grandes marques. |
| 5 (E-R) Entrepreneuriat |
E : Abondance illimitée de ressources, d’opportunités et de défis pour « réussir » et profiter de la vie. | R : Individuel : recherche de gain et de profit personnel, « utilisation » ou ignorance des règles à son avantage, créativité, inventivité. Culture de l’avoir. | Développement de moyens, d’outils pour optimiser les résultats, pouvoir personnel. | Finitude des ressources, exploitation des masses, « avoir » donne le sentiment de « vide », rejet de l’individualisme. | Le monde « occidental » en général, la majorité des organisations, le monde artistique, le sport sponsorisé. |
| 6 (F-S) Cause collégiale |
F : Orientation de l’attention sur l’intériorité et les relations humaines, sur l’harmonie et la beauté, tout est connexion. | S : Collectif : recherche d’expériences collectives pleines de sens, focalisation sur la paix, l’amour, l’égalité des chances, l’inclusion, spiritualité, retrait des mécanismes de la société. | L’intelligence collective, l’inclusion de chacun, l’abaissement des barrières (nous n’en profitons pas encore). | Le besoin d’agir sur le monde, de lutter activement pour transformer la Société en utilisant les moyens adéquats. | Communautés de méditation, de yoga, d’aïkido, de shamanisme, de méthodes alternatives de guérison… |
| SAUT QUANTIQUE – PASSAGE D’UNE LOGIQUE DE SURVIE À UNE LOGIQUE D’ABONDANCE | |||||
| 7 (G-T) Intégration adaptative |
G : La vie est un chemin qui nous apprend à devenir la version la plus proche de soi-même afin de faire progresser le monde. | T : Individuel : développement de soi tout en influençant son environnement. Aider le monde à progresser à travers son propre chemin. | Pouvoir transformationnel (hypothétique, nous n’en sommes pas là). | Hypothèses : sentiment d’être seul.e face à l’immensité de la tâche, besoin de développer plus de cohérence à l’échelle mondiale. | Gunther Pauli, Oliver Hamant, Stephen Hawkins, Deepak Chopra, Keanu Reeves, Gregory Bateson. |
| 8 (H-U) Conscience englobante |
H : Nous formons un et un seul écosystème, tout est lié, nous sommes tous faits de la même chose. | U : Collectif : organisations fractales, réseaux fonctionnels, gouvernance globale et action locale, égalité des chances planétaires. | Valorisation de chaque vie humaine. | ???? – Nouveaux défis qui pousseront vers une logique plus individuelle tout en restant holistique et non duelle. | Les Colibris (?), collectifs citoyens, groupes de pratiques méditatives actifs dans la construction sociétale… |
Le modèle de Clare Graves et la PNL
La richesse de ce modèle repose sur plusieurs points forts :
- simple sans être simpliste comme se doit l’être un bon modèle ;
- décrit bien l’évolution de l’humanité ;
- approche systémique : nous sommes des éléments en interaction dans un contexte et la résultante de nos actions agit sur ce contexte qui agit sur nous en retour ;
- construction logique permettant l’extrapolation.
Dès lors, pourquoi ne pas utiliser ce modèle en coaching individuel ou d’équipe, en action sociale, en consultance organisationnelle, en stratégie, en politique…
Si on y réfléchit un peu, la PNL a aussi évolué dans son système de valeurs. Elle a commencé avec un système de valeurs humaniste mais avec une visée instrumentaliste : comment « programmer » l’être humain pour qu’il puisse se sentir mieux face à des problèmes psychologiques ? L’objectif était de rendre les thérapies plus efficaces par une savante alchimie entre les sciences informatiques et cybernétiques, la linguistique et les sciences cognitives (d’où son nom). À partir de là, la deuxième génération s’est développée autour de l’excellence professionnelle et la réussite (on se trouve bien dans un axe de paradigme 5 E-R, entrepreneurial).
Les apports de Robert Dilts, à travers les enseignements, entre autres, de Bateson ont fait évoluer la PNL dans les systèmes de valeurs suivants, d’abord en considérant un problème dans un système, son équilibre ou écologie, ensuite en distinguant les niveaux logiques de l’égo et ceux du soi ou de l’essence. La vision de la NLP University vise à créer un monde dans lequel il fait bon vivre. Nous nous trouvons bien entre une logique entrepreneuriale et une logique de cause collégiale.
La quatrième génération nous invite à changer de paradigme. L’approche générative inspirée de Milton Erickson, Robert Dilts et Stephen Gilligan, ainsi que Colette Normandeau, nous emmène sur le chemin des paradigmes 7 et 8 avec une pensée intégrative et holistique.
Néanmoins, la quatrième Génération de la PNL est en construction. Elle vise à modéliser des sages qui ont partagé des logiques de paradigmes 7 et 8 afin de donner aux praticiens plus de variabilité dans leur accompagnement. Elle se veut inclusive dans la cocréation d’outils. Si ces lignes vous ont interpellé et que votre niveau d’anglais le permet, vous êtes invité.e à vous rendre sur https://nlp4thgeneration.com/index.html pour vous inscrire dans la démarche.
Mais voyons ce que nous pouvons déjà entreprendre de concret aujourd’hui avec les outils existants…
Nous vivons dans un monde emmené par le paradigme 5 entrepreneurial et, en même temps, tous les paradigmes précédents continuent à exister et parfois même dans de larges populations (la Chine, la Russie et depuis peu les Etats-Unis sont dirigées par des logiques de paradigme 2).
Nous ne pourrons pas faire basculer de tels systèmes, ils ont leur « vie propre » et finiront peut-être par opérer un saut par eux-mêmes.
Le Modèle de Clare Graves peut nous aider à mieux situer les enjeux systémiques et contextuels des missions que nous entreprenons.
Ainsi, nous n’aborderons pas la problématique d’une personne harcelée au travail qui craint de perdre son travail (environnement et logique de paradigme 1) de la même manière que celle d’un manager qui prend une nouvelle fonction et qui veut en profiter pour installer un mode de fonctionnement sociocratique (logique de paradigme 6) dans une entreprise très hiérarchisée (environnement de paradigme 3 ou 4).
Le modèle nous aide donc à « diagnostiquer » le moteur principal d’une personne, d’un groupe ou d’une organisation (calibrage) afin d’ajuster notre langage (rapport). Il peut nous permettre, comme dans l’exemple ci-dessus.
Le modèle est utile pour (nous) poser des questions ciblées en fonction de chaque paradigme et des apports positifs de son système de valeurs afin de faire réfléchir une personne – un groupe, une organisation – à son équilibre (le présupposé étant que pour évoluer au paradigme suivant, si c’est le souhait de la personne – du groupe, de l’organisation, – il est important d’avoir mis en place les stratégies des paradigmes précédents). Voici un exemple de questions :
Les paradigmes 7 et 8 suivent des logiques très différentes. Les questions sont encore à inventer (peut-être un des outils de PNL de 4e génération).
| Paradigme | Exemples de questions |
|---|---|
| A-N Survie | Comment est-ce que je considère mon corps ? Quelle attention est-ce que je porte à ses signaux ? Comment est-ce que je remplis mes besoins vitaux ? Comment est-ce que je considère la santé ? Comment est-ce que je développe de la résilience ? |
| B-O Tribu | Qu’est-ce qui m’émerveille dans la vie ? Comment est-ce que je rends honneur à mes ancêtres et à ma lignée ? Quels rituels ou pratiques me permettent de me connecter de manière authentique et intense à d’autres personnes ? Comment est-ce que je découvre la « beauté » ou le « génie » intrinsèque d’autres personnes ? Comment est-ce que je me laisse « toucher » par d’autres ? |
| C-P Force dominante | Dans quels moments et par quels moyens, est-ce que je prends contact avec ma puissance personnelle ? Comment est-ce que je nourris ma joie de vivre, mon enthousiasme, l’amour de la vie ? Comment est-ce que j’arrive à suivre mes impulsions, mes envies, sans les atténuer et sans me blesser ou blesser d’autres personnes ? Quelle est ma relation avec ma puissance, avec l’énergie et avec le contrôle ? |
| D-Q Pouvoir absolu | Quelles règles internes ou externes m’ancrent dans ma vie ? Dans quelle mesure ai-je pris le temps de conscientiser les règles auxquelles j’adhère dans ma vie ? Quelles attentes ai-je construites à propos du futur en termes de récompenses ou de rétributions ? Dans quels espaces de ma vie la discipline peut m’aider ? Quelles sont les règles qui régissent mes contacts avec les autres dans ma vie ? |
| E-R Entrepreneuriat | Dans quelle mesure suis-je capable de prendre plaisir et de célébrer mes succès ? Quel est mon intérêt pour l’innovation, la créativité ? Quels liens suis-je capable d’établir entre la technologie et la nature ? Comment suis-je capable d’être vainqueur de manière juste pour mon environnement ? Comment suis-je capable de dépasser mes limitations et développer mon potentiel ? |
| F-S Cause collégiale | Dans quelles circonstances est-ce que j’ai du plaisir à être en communauté ? Dans quelle mesure suis-je capable de voir les autres comme des égaux et comment est-ce que je leur communique mon appréciation ? Dans quelle mesure est-ce que j’apporte une attention à mon développement spirituel (processus d’individuation vers plus de Soi) ? Dans quelle mesure est-ce que je veille à développer une atmosphère harmonieuse ? Dans quelle mesure est-ce que je favorise et facilite le développement de l’intelligence collective ? |
Enfin, nous postulons que si nous voulons accompagner le monde dans une transition vers des structures et des logiques de paradigme 6, nous devons nous-mêmes intégrer les logiques des six paradigmes et nous développer au paradigme 7 dont les stratégies consistent à tirer le meilleur parti de chaque paradigme et à s’adapter au contexte pour avoir un impact plus important.
C’est l’invitation de la prochaine section.
Transformer le monde en transformant le monde en soi
Se transformer commence par une prise de conscience « honnête ». Comment prenons-nous le temps d’ajuster nos paysages intérieurs ?
La carte n’est pas le territoire ! Si la richesse de notre carte nous offre la variété requise, nous sommes en mesure d’adapter nos réponses de manière pertinente à la situation. Ajuster nos cartes aux territoires requiert une certaine discipline alliant une forme de curiosité et un lâcher-prise à ses propres représentations.
Étape 1 : Dans quelle mesure avons-nous développé la logique du paradigme 7 qui « voit » et intègre les contributions positives de chaque paradigme et permet de développer la capacité et la flexibilité comportementale pour communiquer avec la logique adéquate dans une situation ?
Étape 2 : Ensuite, nous pouvons nous interroger sur notre capacité à analyser une situation à l’aide de ce modèle. Avons-nous le réflexe de distinguer le système de valeurs de l’environnement lié à une problématique et de repérer le type de logique qu’une personne ou un groupe de personnes met en œuvre dans ce contexte ? Comme nous l’avons vu dans les exemples plus haut, une inadéquation de logique et d’environnement n’apporte aucune solution satisfaisante ou durable (changement de paradigme 1 selon l’école de Palo Alto).
Étape 3 : Sommes-nous ouvert.e.s à lâcher-prise sur le processus d’accompagnement et à se laisser guider par ce qui est présent dans la situation mais aussi à ce qui nous vient de notre intelligence profonde ou intuition ?
Étape 4 : Sommes-nous intéressé.e.s à modéliser des personnes qui vivent dans une logique de paradigme 7 ?
Avons-nous envie de transformer notre manière d’utiliser les outils et modèles existants de la PNL pour rencontrer le système de valeurs et les stratégies du paradigme 7 (c’est-à-dire la capacité à fonctionner dans tous les paradigmes) ?
Si c’est oui, nous ne serons pas de trop pour contribuer à inciter le monde à évoluer vers plus de justesse, de justice et d’amour inconditionnel.
Conclusion
Nous avons exploré les enjeux de notre société actuelle à travers la structure du modèle de Grave, nous invitant à développer plus d’éco-sensibilité.
Nous avons croisé ce modèle avec notre approche de PNListe afin de donner quelques pistes pour jouer un rôle actif dans ce monde en pleine transition.
Nous vous invitons à poursuivre une démarche de transformation profonde, tant individuelle que collective. En intégrant les contributions positives de chaque paradigme et en développant notre capacité à naviguer entre eux, nous pouvons jouer un rôle crucial dans l’évolution de notre société. La transition vers une éco-sensibilité, où l’équilibre intra et interpersonnel est respecté et la conscience des systèmes aide à la prise de décision, est essentielle pour répondre aux défis actuels et futurs.
Nous sommes à un tournant où chaque action compte. En favorisant l’approche éco-sensible, nous pouvons, non seulement améliorer notre propre bien-être, mais aussi contribuer à un monde plus juste, harmonieux et durable.
Continuons à explorer, à apprendre et à évoluer ensemble, en gardant à l’esprit que chaque petit pas vers l’éco-sensibilité est un grand pas pour l’humanité !
Le lien avec la PNL
Michaël Ameye lit le modèle de Clare Graves « dans le plus pur esprit de la PNL » et retrace comment la discipline a elle-même traversé plusieurs de ces paradigmes — de sa naissance instrumentaliste et cybernétique jusqu’aux niveaux logiques de Robert Dilts, et désormais vers la 4e génération, inspirée de Milton Erickson, Robert Dilts, Stephen Gilligan et Colette Normandeau. Il propose d’utiliser l’écologie, présupposé fondamental de la PNL, comme grille de lecture des enjeux sociétaux contemporains, et invite les PNListes à mobiliser calibrage et rapport pour ajuster leur accompagnement au système de valeurs propre à chaque personne, groupe ou organisation.
Michaël Ameye accompagne des organisations et des individus autour de la transformation profonde, individuelle et collective. Il s’intéresse particulièrement aux ponts entre la PNL, les modèles de développement des systèmes de valeurs et les enjeux sociétaux contemporains. Retrouvez-le sur LinkedIn.

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