Publié le 27 août 2026
Les verbes moteurs en PNL : ce que révèle le langage du corps
La décision d’agir est-elle un effet ou une cause ? Azalea Barichello, enseignante PNL reconnue par la Fédération NLPNL, part des expériences du neuroscientifique Benjamin Libet pour explorer les verbes d’action — linguistiques, corporels, non spécifiques — et montrer comment la PNL les utilise concrètement en intervention pour repérer l’incongruence entre ce que dit le corps et ce que nomme le langage. Ce texte est un condensé des notions abordées lors de l’atelier de l’Université du Collège des formateurs experts en PNL, qui s’est tenue le 2 juillet 2022. Un article publié dans la revue Métaphore n° 106, septembre 2022.
L’action est-elle initiée dans le cerveau ?
Dans les années 1970, Benjamin Libet, chercheur scientifique au département de physiologie de l’université d’État de Californie à San Francisco, crée une série d’expériences qui visent à vérifier qui, du cerveau ou de la pensée consciente, initie nos mouvements ?
Expérimentation
Il demande à des volontaires de noter à quel moment précis ils décident d’appuyer sur un bouton.
Potentiels de préparation
Il observe que des événements cérébraux inconscients observables sous forme de potentiels électriques – appelés potentiels de préparation – précèdent dans un temps variable (de 0,3 à plusieurs secondes), la sensation consciente de décider d’appuyer sur le bouton.
Hypothèse
Il émet alors l’hypothèse que le cerveau initie nos mouvements volontaires, avant même l’apparition d’une volonté consciente de faire ces mouvements.
Conséquence étonnante
Selon Libet, tout se passe comme si nous vivions en permanence une demi-seconde dans le passé.
Il en déduit alors que la décision consciente… est un effet et non une cause.…
L’intention d’agir
L’Institut des sciences cognitives du CNRS, à Lyon a proposé d’identifier le substrat neurologique de l’intention d’agir.
Localisation des aires impliquées
1. Le cortex moteur — C’est une des régions les plus impliquées dans le contrôle des mouvements volontaires. Il comprend deux aires.
a) Le cortex prémoteur — Le lieu de l’intention en action. Il prépare les séquences de gestes, qui lui permettront, par exemple, de bouger le bras, la main et les doigts pour appuyer sur un interrupteur. Il informe le cortex moteur.
b) Le cortex moteur — Le lieu de l’exécution de l’action. Il enclenche une activité neuronale sous forme d’impulsions électriques qui activent les muscles en vue de l’exécution du mouvement désiré : par exemple, appuyer sur un interrupteur.
2. Le cortex pariétal — Fonction sensitive et motrice. Il semble être à l’origine ou être nécessaire à une « prise de conscience du mouvement intentionnel ». Il est le maître du mouvement, il envoie des instructions.
3. Le cortex frontal — Le lieu de l’intention consciente du mouvement.
Activation des aires cérébrales à l’IRM
Les tracés montrent qu’une activité cérébrale débute 350 millisecondes avant ce qui semble être la prise de décision, qui elle-même précède d’environ 240 millisecondes le mouvement. Le début de cette activité neuronale correspondrait au potentiel de préparation motrice, décelée 350 millisecondes avant la prise de conscience de son existence.
Activation des échanges
Le potentiel de préparation motrice et l’activité neuronale s’accentuent et se renforcent par des allers et retours en 350 millisecondes. Du Cortex prémoteur vers le Cortex moteur vers le Cortex pariétal qui revient vers le Cortex moteur qui revient vers le Cortex prémoteur informe le Cortex frontal.
Activation de l’action
240 millisecondes de la perception de l’action du cortex frontal à l’activation des muscles.
Au Cortex frontal, le sujet finit par percevoir sa propre intention de bouger le bras. Il envoie l’influx au Cortex moteur qui libère la commande nerveuse de stimulation de l’activation du muscle.
Libre arbitre ?
Autres chercheurs, autres hypothèses
Une activité cérébrale correspondrait au fait que la personne pense qu’elle va faire le mouvement, et non une préparation au mouvement lui-même. Une activité cérébrale correspondrait au fait que nous ne serions pas libres de vouloir, mais seulement libres de refuser, de stopper l’action ou pas.
Sitt et Dehaenne ont suggéré que cette activité cérébrale inconsciente était aléatoire, qu’elle n’est pas liée au mouvement. Le cerveau produit des ondulations en permanence comme pour se tenir prêt à réagir, même chez des sujets non actifs.
Schurger s’apprête à confirmer cette observation dans un article à paraître et qui donc réhabilite le fait que nous serions véritablement maîtres de nos décisions.
Jocelin Morisson, la question de l’existence du libre arbitre est débattue en philosophie depuis son origine. C’est toute la vision de l’humain en tant que machine biologique ou en tant qu’être libre et responsable qui est en jeu.
À l’heure actuelle, la communauté scientifique semble toujours divisée sur la question.
Définitions
Les prédicats
En PNL les prédicats sont visuels-auditifs-olfactifs-gustatifs-kinesthésiques internes et externes.
- Ils comprennent les verbes – adverbes et adjectifs.
- Ils traduisent une expérience subjective de croyances, de valeurs, d’émotions, d’identification, de comportements répétitifs adaptés ou non.
Les verbes d’actions ou moteurs
Ils sont de deux types :
1° Les verbes exprimés dans le langage.
2° Les verbes manifestés par nos comportements.
Il existe une grammaire corporelle et une grammaire linguistique.
1. Le verbe d’action linguistique. Le verbe d’action dans le langage conceptualise et interprète l’action. Cependant il est l’expression la plus proche de l’action.
2. Le verbe d’action corporel. Chaque macro ou micro mouvement manifeste un comportement et son intention lors d’une action du sujet. Observer finement le non verbal et le paraverbal. Une capacité à se mettre en syntonie (1) corporelle avec le sujet grâce aux neurones miroirs (2), nous permet d’identifier les verbes de l’activité corporelle. Ex : pincer (les lèvres) – gratter – shooter – se tordre – rire – se tendre…
3. Le verbe non spécifique. Les verbes tels que : aimer, vivre, communiquer, ignorer… Ils sont polysémiques. Ils ne manifestent pas un comportement, une action spécifique. La question : « comment spécifiquement ? » a tout son sens pour ces verbes !
Lorsqu’il y a incongruence entre le verbe manifesté par le corps et le verbe « nommé » c’est toujours le corps qui exprime la véritable intention de la personne.
Dans ce cas, la parole tend à masquer l’intention profonde d’un acte lorsqu’il est réprimé par le « Surmoi ». (Voir Freud).
Dans le cadre de l’intervention, repérer aussi le para verbal qui donne beaucoup d’informations sur l’état interne de la personne et ses intentions.
Syntonie et neurones miroirs
(1) Syntonie. État de circuits électriques qui ont des oscillations de même fréquence, accordés sur la même longueur d’onde. Adopter la même posture corporelle permet de sentir l’état interne du sujet et les mouvements amorcés dans les muscles…
(2) Neurones miroirs. L’identification de neurones miroirs au cours des années 1990 est due à l’équipe du directeur du département de neurosciences de la faculté de médecine de Parme, Giacomo Rizzolatti.
Claire Dussaule (Médecin neurologue). Une catégorie de neurones du cerveau présente une activité aussi bien lorsqu’un individu exécute une action que lorsqu’il observe un autre individu exécuter la même action, ou même lorsqu’il imagine une telle action, d’où le terme de « miroir ». Exemple : un bon bailleur en fait bailler sept. Avoir la même idée en même temps. Anticiper ce que l’autre va faire ou dire…
Ces neurones sont notamment importants lors de la période d’apprentissage chez l’enfant lorsqu’il imite l’adulte.
Dans la nature ils sont essentiels pour évaluer l’intention de l’autre. Exemple : deux animaux en approche…
Une bonne syntonie corporelle permet l’anticipation de l’action.
En PNL, voici quelques applications des Verbes moteurs
À lire : Docteur Jean Lerminiaux. Psychothérapie et grammaire. Éditions clin d’œil.
Les trois voies du verbe
1) La voie active : j’accomplis l’action.
2) La voie passive : je ressens l’action subie.
3) La voie réflexive : ce que je fais pour provoquer l’action de l’autre.
Présupposé : le sens de la communication est dans la réponse qu’elle déclenche.
Dans le cadre de l’intervention, interroger les trois formes du verbe. Tant au niveau non verbal que verbal.
| Voie active Je blesse. |
Voie passive Je me sens blessé. |
Voie réflexive Je provoque qu’on me blesse. |
Les cadres de contraste
E/P – E/D (État Présent – État Désiré)
De index – du niveau logique – des stratégies
Dans le cadre de l’intervention, introduire les verbes moteurs de l’E/D dans l’E/P.
Le modèle de Chomsky
Structure de surface (expérience) — filtrée par distorsions, généralisations et omissions — Structure profonde V.A.K.O.G. filtrés → Les faits.
Dans le cadre de l’intervention, interroger la structure profonde pour accéder au factuel et noter les verbes de chaque niveau de croyances. Quelle scène mentale évoque la succession de ces verbes ?
Lors du T.F.E. Travail de Fin d’Étude des maîtres praticiens
Les participants relèvent les verbes moteurs du contexte, de l’index et des croyances de l’expertise négative. Ils identifient le premier verbe et tous les verbes moteurs successifs.
Témoignage d’une participante. « Tentative de reprise de contact avec son père parti alors qu’elle était bébé ».
Scène mentale de survie = stress. Après le refus du père de reprendre contact.
Je jette le téléphone par terre, je pleure beaucoup, j’ai du chagrin, je suis blessée comme si j’avais un cratère au niveau du cœur. Ensuite c’est la colère. J’imagine aller chez lui, le démolir avec des mots et lui dire la merde qu’il est et de l’anéantir en disant qui il est à ses enfants, à la famille, dans le milieu du travail, en le dénonçant, et plus je fais ça et plus je le vois se ratatiner et rapetisser. Un petit déchet par terre à mettre à la poubelle.
Verbes moteurs
| État présent | État désiré |
|---|---|
| Jeter | Apaiser |
| Pleurer | Mettre à distance |
| Blesser | Parler neutre |
| Démolir | M’accorder |
| Anéantir | Me rassurer |
| Dénoncer | En parler à l’imparfait (1) |
| Ratatiner | Me reconnaître. Comment ? |
| Rapetisser | M’aimer. Comment ? |
Invariant dans le stress. Elle part dans l’attaque : jeter – démolir – anéantir – dénoncer – ratatiner – rapetisser. Du point de vue émotionnel, surtout la colère pour ne pas s’effondrer.
Scène mentale de vie. Je suis apaisée et en paix, je l’ai mis à distance quand j’en parle c’est neutre. En accord avec mes propres valeurs. La petite est rassurée et adulte je n’ai plus les peurs d’abandon, de ne pas être aimée, de ne pas plaire.
Conjugaison : du présent au passé. Quand je réévoque la scène, j’en parle à l’imparfait.
Dans le cadre de l’intervention : vérifier que la personne en parle à l’imparfait et non plus au présent, c’est la preuve qu’elle a fait une inversion émotionnelle. (État Désiré).
Le lien avec la PNL
Cet article relie deux plans que la PNL articule en permanence : ce que révèle la recherche en neurosciences sur l’initiation de l’action (Libet, cortex prémoteur/moteur, neurones miroirs) et les outils concrets qu’elle en tire pour l’intervention — prédicats, verbes moteurs, syntonie corporelle, cadre de contraste État Présent/État Désiré, et grille de Chomsky pour remonter des structures de surface aux structures profondes. La démonstration la plus opérante reste le principe d’incongruence : quand le verbe dit par la bouche et le verbe manifesté par le corps divergent, c’est toujours le corps qui a raison. Le témoignage du T.F.E. illustre enfin un marqueur PNL précis et vérifiable : le glissement spontané du présent vers l’imparfait dans le discours signe une authentique inversion émotionnelle, du vécu de stress vers l’état désiré.
Azalea Barichello est infirmière en retraite active, praticienne de la relation d’aide et enseignante certifiée en PNL, reconnue par la Fédération NLPNL, exerçant en Belgique. Elle est co-autrice, avec Chantalle Servais, de l’ouvrage La PNL c’est comme… : Évoluer, créer, se former (Chronique Sociale), qui illustre de manière métaphorique les fondamentaux de la PNL (ancrages, sous-modalités, niveaux logiques, recadrages, positions de perception, etc.). Passionnée par le lien entre le corps, le cœur et l’esprit, elle co-anime aujourd’hui des formations certifiantes en PNL — Technicien, Praticien et Maître Praticien — et concentre son travail sur les ponts entre langage corporel, émotionnel et verbal.

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