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Publié le 27 août 2026

Le Voyage du Héros en PNL : posture identitaire, Magicien de sa posture et Quête du Graal

Quel sens peut avoir la modélisation de la Sagesse de l’humanité pour les êtres humains du XXIe siècle ? Christiane Grau Martenet, formatrice certifiée en PNL et fondatrice du Centre Étincelle, applique le monomythe du Voyage du Héros de Joseph Campbell au coaching : résolution de problèmes, postures archétypales, posture identitaire et Quête du Graal. Article publié en deux parties dans la revue Métaphore, n° 104 (mars 2022) et n° 105 (juin 2022), réunies ici en un seul texte.

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Quel sens peut avoir la modélisation de la Sagesse de l’humanité, en regard des défis auxquels sont confrontés les êtres humains du XXIe siècle ?

Les mythes nous invitent à répondre à l’appel de notre destin, à devenir celui qui se confronte courageusement aux épreuves, vainc les dragons et se libère du superficiel, pour dévoiler son être profond. Cette réalité demeure aujourd’hui.

En fait Joseph Campbell1 et les PNListes de la troisième génération2, ainsi que de nombreux auteurs au fil des siècles ont écrit des histoires fertiles et inspirantes pour guider les humains à travers la complexité de l’existence. Ces récits indiquent des chemins pour trouver tout au fond de soi les ressources nécessaires. Le futur héros peut être appelé plus ou moins longtemps à se mettre en route. Dès le moment où son idéal le pousse à accepter le défi, il devient héros et cherche le trésor. Il va se heurter à des difficultés. Parfois, il est dans la survie et réagit impulsivement, mettant en œuvre des stratégies plus ou moins efficaces qui rappellent celles des héros universels. Finalement, il devient magicien et arrive au terme de sa quête… ou pas !

Nombre de PNListes reconnaissent ou ont reconnu, dans cette notion de voyage du héros décrit par Joseph Campbell, une structure archétypale, donc fondamentale et universelle à modéliser.

Plus spécifiquement, le monomythe de Campbell constitue dans son processus :

  • Une métaphore des étapes de la vie humaine ponctuée par des crises développementales.
  • Un modèle de résolution de problèmes dans le sens où les étapes d’une vie et celles nécessaires à résoudre une difficulté sont les mêmes, les ressources à activer aussi.
  • Un échantillon de postures archétypales identitaires que le héros adopte de façon récurrente au gré de son parcours forcément parsemé d’embûches. Ce sont des attitudes stables chez un individu, avec leurs caractéristiques intellectuelles, physiques, émotionnelles et sociales, d’où découlent une tâche développementale et des outils spécifiques à utiliser pour optimiser le potentiel du héros.
  • Un modèle de développement personnel sur la Quête du Graal qui permet au héros de se relier à qui il est et de devenir magicien de sa posture identitaire.

Ces quatre applications du monomythe de Campbell offrent chacune des clés de modélisation précieuses en coaching ; elles mettent en évidence la pertinence de nos outils de PNL pour la conduite des êtres humains de notre temps.

Dans cet article, je mettrai en évidence un modèle de résolution de problèmes et les postures archétypales qui se rigidifient au fil du temps jusqu’à devenir identitaires. Puis, je présenterai les deux facettes de la posture identitaire du héros, soit la posture de survie et la posture héroïque, avant d’évoquer la Quête du Graal qui fait du héros le Magicien de sa posture.

Au fil du temps, le héros rencontre des problèmes à régler et simultanément il est appelé à grandir en tant qu’être humain.

Parcours archétypal du héros face aux dragons du quotidien

La métaphore fondamentale du dragon évoque tout obstacle qui s’oppose aux projets du héros et face auquel celui-ci adopte automatiquement une posture archétypale ou une autre. Le dragon résulte de la perception/représentation que la personne se fait d’une situation et l’état émotionnel, la posture, que cette représentation provoque.

La référence au modèle du voyage du héros dans le cadre de la résolution de problèmes se justifie par les stratégies et ressources propres à chaque archétype. Par exemple, en endossant le costume du Martyr ou du Guerrier, le héros mobilise des ressources différentes face au dragon, celles-ci ne pouvant être semblables puisque le rapport au dragon et l’interaction que le héros a avec lui, varient d’un archétype à l’autre.

Ainsi, pour soutenir la modélisation du voyage du héros pour résoudre des problèmes, il est nécessaire de rappeler à quel point nos perceptions et interprétations de la réalité sont inévitablement subjectives. Les analyses des situations difficiles – des dragons – portent toujours sur des informations tronquées, modifiées et c’est sur cette base que les êtres humains comprennent ce qui leur arrive et décident d’agir dans un sens ou un autre.

Autrement dit, le héros se confronte à toutes sortes de dragons plus ou moins menaçants avec qui il doit interagir pour gérer les obstacles qui entravent son chemin. En fait, sa perception de la réalité peut s’enrichir, se modifier au fil du temps jusqu’à ce qu’il puisse interpréter le dragon en magicien et réussir à le considérer comme une opportunité plutôt qu’une menace.

Résolution de problème par étapes : Évolution des postures face au dragon

Le héros, tant qu’il n’est pas conscient de l’existence du dragon, se trouve dans la situation d’un petit enfant entouré de sollicitude et d’amour, où tous ses besoins sont comblés, où il ignore les vicissitudes de l’existence. C’est un état de béatitude tranquille et naïve, typique de l’INNOCENT. Il croit que Dieu, ses parents ou son conjoint, ses amis ou son employeur vont contribuer à lui rendre la vie facile et agréable.

Dès le moment où sa lucidité s’aiguise, le héros prend conscience – en général brutalement – de l’existence d’un monstre menaçant. Cette situation le plonge dans l’angoisse. Il se sent accablé, écrasé ou encerclé, il a très peur d’être exploité et abandonné : il expérimente la situation de l’ORPHELIN, seul, obligé de se débrouiller dans un environnement hostile sans en avoir ni la force, ni les capacités. Cette phase, comme les autres peut durer longtemps – des années parfois – ou passer très vite.

Dès qu’il active la résignation, le héros va connaître une phase de MARTYR qui, en victime autoproclamée va accepter le dragon comme une inéluctable fatalité.

Lorsque, fatigué de subir le dragon sans trouver de sauveur, il active l’insouciance, il devient un VAGABOND capable de tourner le dos au problème, de le nier, avant de s’armer du courage nécessaire à le combattre en GUERRIER bien décidé à le terrasser une fois pour toutes. Finalement, épuisé ou blessé par la lutte, il prend du recul et sollicite son intelligence pour reconnaître le dragon à sa juste dimension, le regarder sous toutes ses facettes et, en position de perception méta, décider de la stratégie la plus efficace à adopter en fonction de l’objectif qu’il poursuit. Voilà donc le héros devenu MAGICIEN de la résolution de ce problème ponctuel.

Ce parcours illustre les étapes-clés toujours présentes dans la même succession pour résoudre un problème en Magicien. Bien sûr, chaque être humain manage simultanément plusieurs dragons !

Pour la mallette du coach : exemple de résolution de problèmes sur le modèle du voyage du héros. Face à un dragon quelconque, lorsque le héros se trouve bloqué dans une posture, il a tendance à reproduire constamment les mêmes stratégies. Pour l’aider à tenter autre chose, sur des espaces posés au sol, il convient de l’amener à activer la ressource utile à changer de place – souvent il faut préalablement l’ancrer – et ainsi à habiter une posture différente, de façon à percevoir le dragon sous un autre angle et à y réagir différemment.

Le coach procède de la même façon, de posture en posture, jusqu’à la résolution du problème. Le parcours se ponctue par un ancrage et un pont vers le futur.

Caractéristiques des postures identitaires et suggestions de coaching

Ce parcours de résolution de problème, vous le connaissez forcément et vous avez expérimenté tous les archétypes évoqués précédemment. Parfois en Innocent, vous rêvez que le monde vous soit servi sur un plateau d’argent. Parfois, vous vous sentez comme un Orphelin démuni en attente d’une solution-miracle. Si elle n’arrive pas, vous vous en plaignez au premier sauveur de passage et voilà que vous habitez le costume archétypal du Martyr. Dans d’autres circonstances, comme un Vagabond, vous vous méfiez des autres et voulez vous débrouiller seul. D’autres fois, vous vous sentez une âme de Guerrier courageux prêt à s’engager et à combattre pour terrasser le dragon. Parfois vous avez intégré les leçons de tous ces archétypes et savez vivre en équilibre intérieur, en harmonie avec les autres, la nature et le surnaturel… sachant faire confiance et vous faire confiance, capable d’autonomie, de bonté et d’efficacité. Dans ce cas, vous faites preuve d’une conscience de Magicien. Ce sont des attitudes ponctuelles.

Cependant, en plus, chaque être humain se caractérise par une posture qui signe qui il est, dans laquelle il se reconnaît bien, celle sur laquelle il s’arrête le plus souvent et le plus longtemps face aux différents problèmes. Non qu’elle soit confortable, mais le héros la connaît. Les stratégies qui lui sont liées lui sont familières et aisées. Elles correspondent à qui il croit être et à la représentation qu’il se fait de ce que vivre signifie. C’est comme si le héros était parfois bloqué dans un rôle défini et que ses réponses s’exprimaient spontanément, de façon répétitive, avant même qu’il ait analysé la situation. C’est sa posture identitaire, ce qui fait qu’il est qui il est et que ses réactions sont prévisibles par ceux qui le connaissent.

Autrement dit, chacun exprime par son corps, son langage, ses pensées, ses émotions, des attitudes et comportements relativement stables qui caractérisent sa posture, posture qui ressemble à celle des héros des contes, et que vous allez facilement reconnaître.

Les descriptions ci-dessous sont similaires aux étapes correspondantes du parcours de résolution de problèmes, mais elles s’en distinguent par le fait qu’elles s’expriment spontanément, presque tout le temps au quotidien.

L’INNOCENT

Comme déjà dit, la posture de l’Innocent est comparable à celle d’un petit enfant, pas encore conscient des dangers du monde extérieur. Son corps est détendu, léger et mobile, son regard grand ouvert est imprécisément dirigé et il marche en sautillant.

Il n’a pas une conscience de soi claire et se trouve heureux, pense qu’il a de la chance et que tout va bien. Pour lui, le dragon n’existe pas, il n’a par conséquent aucune stratégie de survie particulière.

S’il a des ressources, elles ne sont pas conscientisées et il n’a aucune peur fondamentale. Il se laisse conseiller et guider par autrui plutôt passivement.

— Pour permettre à ce type de héros de grandir, il s’agit de le rendre attentif à l’environnement de façon qu’il acquière la lucidité nécessaire à prendre conscience de ce qui se passe. Le guide4 oriente donc la perception de l’Innocent sur l’environnement.

L’ORPHELIN

Le héros dans une posture d’Orphelin se reconnaît facilement à son attitude figée, affaissée, déséquilibrée. Il respire irrégulièrement, par saccades. Sa démarche est hésitante ou bloquée, généralement sur un rythme irrégulier. Il voit le dragon énorme et effrayant et pense que celui-ci va le tuer. Il se perçoit petit, seul comme un enfant démuni et abandonné. Il est égocentré et peine à envisager la situation avec le recul nécessaire à choisir le meilleur chemin. Il croit que cette situation n’est pas possible et que quelqu’un viendra le sauver. Dans le meilleur des cas, sa stratégie de survie est la fuite. Le plus souvent il reste tétanisé, bloqué et attend désespérément de l’aide.

Ses ressources sont l’espoir, l’ouverture aux autres et la flexibilité, avec l’inconvénient qu’il se soumet souvent aux désirs et aux attentes extérieures, changeant d’avis au gré des influences, tant sa peur fondamentale de devoir s’en sortir seul est forte.

— Pour aider l’Orphelin à gérer les urgences qui le mettent dans un état de grand stress, le coach lui indique précisément et ponctuellement ce qu’il doit faire.

MARTYR

Généralement, le Martyr se déplace dans une posture affligée, déséquilibrée, la tête, les épaules et le regard baissés, sa respiration est irrégulière et lente, sa démarche lourde.

Il se sent victime, défavorisé et malchanceux. Il craint plus que tout d’être abandonné et souffre du manque de reconnaissance dont il est l’objet.

Ses ressources sont nombreuses : la générosité, le perfectionnisme, le courage, l’endurance, l’adaptation… Sa stratégie principale est la plainte. On retrouve cette structure dans beaucoup de contes pour enfants : Blanche-Neige et Cendrillon entre leurs méchantes belles-mères et leurs princes charmants, le Chaperon rouge entre le loup et le chasseur ou la grand-mère…

— Les recadrages sont particulièrement efficaces pour ouvrir au Martyr d’autres hypothèses, d’autres croyances, d’autres chemins possibles. Le Martyr a besoin d’un coach enseignant qui l’encourage à développer ses propres stratégies pour atteindre ses objectifs et activer sa motivation de héros.

VAGABOND

Le héros Vagabond se promène seul, se réfugie dans un autre monde ; il erre, insouciant à la rencontre de l’inconnu, dans le monde ou à l’intérieur de lui-même. Il marche et agit dans une posture peu alignée, posé sur un seul pied, le regard et les gestes orientés en haut à sa droite, le dos tourné au Dragon. Il se sent étranger à la vie et aux autres, se veut dissident. Il pense qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même et que, quel que soit le prix, il veut mieux mener sa route seul, rester libre.

Ses ressources sont la confiance en soi, l’insouciance, l’autonomie et la curiosité.

Il recherche désespérément un remède miracle ou des gratifications immédiates – drogues, travail, relation… ou autre comportement compulsif – qui l’aideront à vivre sa condition humaine. Il rêve d’une vie facile, comme gagner au loto ou hériter, plutôt que de travailler. Il nie la réalité de la souffrance et n’admet pas que la rareté et la mort font inévitablement partie de la vie.

— Il a besoin d’un mentor crédible qui l’encourage, lui inspire des valeurs et lui donne des permissions pour grandir, trouver son identité, sa vocation tout en conservant son autonomie.

GUERRIER

Le Guerrier s’applique à être fort et efficace, à éviter la faiblesse, l’inefficacité et la passivité, il veut influencer le monde. Pour cela, il utilise la force, la discipline, la volonté et la lutte.

Sa tâche est d’avoir toujours plus d’assurance, de confiance, de courage, de respect de soi et des autres, jusqu’à ce que trop fatigué, il rende les armes pour devenir authentique avec lui-même et avec les autres.

— Pour aider le Guerrier à donner le meilleur de lui-même, le coach – comme un parent – le reconnaît inconditionnellement digne de confiance et lui offre les conditions nécessaires à sa réalisation personnelle et/ou professionnelle.

MAGICIEN

Le Magicien est particulièrement équilibré, le poids de son corps est également réparti sur ses deux jambes, son tonus, sa respiration, sa démarche et ses gestes sont naturels et calmes.

Il se perçoit comme un être humain accompli, un être spirituel en synchronicité avec les autres et le monde. Il croit que la vie a du sens, qu’elle est à inventer à chaque instant par lui et avec tous les êtres vivants.

Il considère les dragons comme des situations ordinaires, normales. Ce sont des opportunités de développement, des cadeaux de la vie.

Il possède de nombreuses stratégies qu’il utilise avec une grande flexibilité. Il a un haut niveau de conscience et se tient en position méta.

Ses ressources sont l’authenticité, l’humilité, la créativité, la confiance en soi et dans les autres, l’amour universel. Il sait utiliser les ressources des autres postures, comme s’il les avait dans sa boîte à outils. Généralement, il accepte et intègre le dragon pour le faire sortir au grand jour et le transformer. Il s’amuse à lui tourner autour, à en prendre la juste mesure, à négocier avec lui ou à se confronter à lui sur l’échiquier. Il veut attirer à lui ce dont il a besoin selon les lois de la synchronicité. Sa tâche est de vivre dans la joie, l’abondance, la foi, la fidélité à sa sagesse intérieure.

— Le Magicien est souvent dominé par un ego surdimensionné ce qui risque de l’amener à utiliser ses ressources à mauvais escient. Il a besoin d’être coaché par un leader charismatique dont le rôle consiste à lui partager sa propre vision pour susciter chez lui l’émergence d’une vision plus large d’un monde idéal auquel il voudra contribuer.

La connaissance du comportement humain, sous l’angle des postures identitaires archétypales, permet de mieux se manager soi-même et de coacher efficacement tout être humain.

2e partie — Posture identitaire du héros et Magicien de sa posture

Dans cette deuxième partie, je vous propose de nous pencher sur les deux facettes de la posture identitaire du héros, soit la posture de survie et la posture héroïque, avant d’aborder la Quête du Graal qui fait du héros le Magicien de sa posture. Comme résumées sur le tableau ci-dessous, ce sont les quatre applications du monomythe de Campbell que j’utilise fréquemment en coaching et que nous avons développées avec Angélique Wüthrich dans Managez vos dragons comme les héros des contes. Optimisez votre coaching1.

Au fil du temps, le héros rencontre des problèmes à régler et simultanément il est appelé à grandir en tant qu’être humain.

Posture identitaire du héros : de la posture de survie à la posture héroïque

Chaque héros manifeste de manière privilégiée les caractéristiques et stratégies de la posture qui lui est la plus familière : c’est sa personnalité, sa posture identitaire.

Lorsqu’il rencontre un dragon, en position de perception associée, le héros ré-agit de façon spontanée, étant peu capable d’utiliser ses ressources et d’adopter les comportements prenant en compte tous les paramètres en présence.

En position de perception dissociée, il agit raisonnablement, est capable de potentialiser ses ressources et de développer des stratégies découlant de ses réponses sur les hauts niveaux logiques2.

Il s’agit toujours du même héros, montrant alternativement deux visages différents d’un même archétype postural, soit sa réponse spontanée, soit sa réponse idéale. On peut qualifier ces deux facettes de la posture identitaire du héros, de posture de survie et posture héroïque. Les deux coexistent dans la vie quotidienne de la personne et s’influencent mutuellement selon les circonstances.

La posture de survie s’exprime donc spontanément, en position de perception associée, en réaction aux contraintes de l’environnement, aux dragons auxquels la personne doit faire face. Elle se structure et se rigidifie progressivement, en miroir ou en opposition aux attentes et exigences du milieu dans lequel la personne évolue depuis sa naissance. Cette posture est adaptative, sorte de masque de résilience qui correspond au SOI réel spontané ou à ce qu’Hélène Roubeix3 nomme le Moi socialisé. L’individu en est peu conscient au moment où il agit, ses émotions sont impliquées, son cerveau limbique est souvent saturé et il ré-agit. En posture de survie, le héros peut être poussé à se conformer au « socialement désirable », aux normes ambiantes – consommation de biens, pouvoir, facilités diverses et enrichissement des ressources matérielles. Ainsi, il va plutôt vouloir « grossir » que « grandir » selon les qualificatifs très pertinents de Virgile Stanislas Martin4.

La posture héroïque est organisée sur la base des réponses que le héros donne aux questions relatives aux niveaux logiques5 du haut. Elle découle de la vision du monde idéal auquel il rêve d’appartenir et de participer. Elle s’inspire des niveaux transpersonnels auxquels il se rattache, de ce qui était avant lui et sera après, et qui lui permet de se définir en tant qu’être humain.

La posture héroïque manifeste l’identité particulière de la personne, avec ce qu’elle considère vrai, juste et important, ses valeurs. Elle est l’expression comportementale plus ou moins cohérente et consciente des aspirations du héros. Elle correspond au SOI idéal, à ce que l’individu souhaite être. Étant définie dans la perspective du plus haut niveau logique personnel, c’est elle qui va générer des changements aux niveaux logiques inférieurs, donc progressivement nuancer les comportements impulsifs de la posture de survie par des comportements plus librement choisis. C’est elle qui va atténuer la peur fondamentale du héros et lui permettre d’accomplir plus ou moins sa tâche développementale comme illustré sur la figure ci-dessous.

La Quête du Graal

« Un héros est quelqu’un qui a donné sa vie à quelque chose de plus grand que soi. »
Joseph Campbell

Chacun est appelé à devenir Magicien de sa posture. En mobilisant les stratégies et les forces de sa posture identitaire – posture de survie et posture héroïque combinées – il développe des ressources, élargit ses possibilités de choix et devient capable de mettre en place de nouvelles stratégies face à toutes sortes de dragons. Il est alors fréquemment Magicien de la résolution de problème. Par conséquent, il réalise ses objectifs de façon performante, grandit, réussit sa vie, devient un adulte « consistant ».

Certaines personnes en quête de développement personnel en veulent plus. Elles cherchent le Graal. Le chemin pour le trouver est celui des véritables héros, des héros des grands mythes et légendes.

Le parcours s’avère difficile si l’on en croit Jacqueline Kelen6 : L’honneur du chevalier ne consiste pas à tuer l’autre mais à se lancer dans l’aventure, à payer de sa personne. Pour consentir à cette aventure, il est nécessaire que le héros accède à un niveau spirituel élevé, qu’il cherche la pierre philosophale, qu’il trouve le Graal. Dans les contes et aujourd’hui, la plupart des héros ne sont pas conscients du niveau des difficultés, des blessures auxquelles consentir, même si leur idéal de départ les appelait à aller loin. Dans son ouvrage La Voie du Magicien, Deepak Chopra7 considère qu’un magicien est un être qui se définit par ses pouvoirs spirituels, par sa capacité à transformer le rapport à la vie et aux dragons qui jalonnent le chemin des humains, plus que par ses pouvoirs magiques.

D’une puissante universalité du Moyen Âge jusqu’à l’aube du XXIe siècle, la Quête du Graal symbolise cette aventure spirituelle située en dehors du temps et de l’espace. Depuis son apparition dans le cycle arthurien avec Perceval et les héros épiques français, enrichie des influences latines, orientales, germaniques, nordiques et autres, cet archétype présente une transversalité dans ce qu’il se comprend non comme une épopée extérieure à l’être, mais comme une grande aventure spirituelle intérieure, offerte au chevalier. Si le héros entreprend son voyage, s’il répond à l’appel, c’est pour découvrir son Graal. S’aventurer dans cette découverte demande au héros de mobiliser de nouvelles compréhensions de lui et du monde.

S’il cesse de vouloir tout contrôler, se laisse inspirer et utilise son intuition, il ouvre sa Conscience Intuitive Extraneuronale8 et peut accéder à un champ d’énergie subtile, de niveau transpersonnel. Progressivement, ses croyances se redessinent alors, à propos du monde invisible, de Dieu, de son monde idéal, de qui il est, du rôle qu’il accepte de tenir pour que son monde idéal se réalise autour de lui, des ressources et capacités nécessaires, disponibles ou à développer. Sur le chemin du Graal, le héros devient Magicien de sa posture. En répondant à l’appel, en s’engageant dans la Quête, il permet à sa lumière intérieure de briller en lui et au-delà de lui.

Ainsi, si le Magicien de la résolution de problème, combinant efficacement diverses stratégies pour dépasser les difficultés et les obstacles, progresse sur une dimension horizontale (dissociation, analyse, choix de la stratégie la plus performante…), être le Magicien de sa posture engage le mouvement sur une dimension verticale de croissance spirituelle dans lequel les capacités d’analyse et de compréhension, de distanciation/dissociation, sont mises au service du bien commun. Cela se fait grâce à la confrontation du héros avec son dragon fondamental, celui qui crée constamment en lui des conflits.

Lorsque le héros les résout, il cerne de mieux en mieux sa mission de vie. Le brouillard s’estompe, la tour vermeille apparaît, le Graal est tout proche.

Le Magicien de sa posture domine son égo, et non l’inverse. Il tend vers la réalisation de soi, au-delà de l’écart entre le soi réel et le soi idéal, et poursuit la Quête du Graal décrite précédemment.

C’est à sa vision, sa représentation de soi en tant que maillon d’une grande chaîne humaine, que s’accroche le vrai Magicien. Devenir Magicien de sa posture, c’est aussi devenir son propre coach, vraiment autonome, détaché de toutes les dépendances. C’est savoir prendre la responsabilité de la réussite de sa vie dans une perspective transpersonnelle. Pour ce faire, il doit se connecter à un champ d’énergie subtile d’un niveau supérieur, relié à un système plus vaste. Il doit découvrir son appartenance existentielle, sa place dans son arbre généalogique et dans la communauté humaine. Dès lors son Soi s’affirme, son identité devient plus consistante et sa mission de vie évidente.

Le rythme de l’éveil varie. Chacun marche comme il peut avec des pauses, des retours en arrière, des bonds extraordinaires. Le héros avance souvent par paliers et lorsqu’un palier est atteint, si l’on en croit Antoine de Saint Exupéry9, c’est qu’il a goûté à une autre dimension de l’existence : « …Seul l’esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme ». Et il est rare que le héros dégringole et reparte de zéro. Dès lors, lucide et cohérent, le Magicien de sa posture peut continuer à courir le monde. Quoi qu’il en soit, le vrai héros demeure stable, droit dans ses bottes. Il a acquis ce que les anciens appelaient la force d’âme. Il ne s’émeut pas devant les évènements. Il n’est affecté que dans les plans inférieurs de son être.

Comment coacher pour que chacun devienne Magicien de sa posture ?

Le Coach de vie qui tend vers l’éveilleur saura orienter la personne vers un développement vertical. Il doit rejoindre la personne là où elle est, dans l’expression de sa posture héroïque/posture de survie pour initier la relation et signer le contrat de coaching.

Ensuite, les outils utiles à interagir avec le dragon fondamental constituent un itinéraire puissant, rapide et durablement efficace. Il y a ceux qui privilégient la Conscience Analytique Cérébrale, ce sont par exemple :

  • Le Voyage de vie ;
  • La Métaphore de vie.

Ceux qui favorisent l’ouverture à la Conscience Intuitive Extraneuronale :

  • Le Mandala ;
  • La Recherche transdérivationnelle du dragon fondamental ;
  • Les Symboles mouvants ;
  • La Métaphore de vie sur la ligne du temps, qui convient bien pour terminer le coaching et faire un pont vers le futur.

Les défis de la vie et les caractéristiques des héros d’aujourd’hui sont archétypaux, les enseignements des contes et légendes des différentes cultures à travers les âges sont donc transposables à la réalité contemporaine.

Postures du héros selon son niveau de conscience et de développement personnel

Les socles de conditionnements extérieurs — Comme leur nom l’indique, ils sont constitués des diverses contraintes de l’environnement, des dragons intérieurs et extérieurs que le héros croise sur son chemin et face auxquels il doit réagir.

La posture de survie — Elle constitue l’une des deux facettes de la posture identitaire du héros. Elle est l’expression comportementale, en position de perception associée, de la manière dont le héros répond aux sollicitations de l’environnement. Les comportements que le héros manifeste dans sa posture de survie sont ceux qu’il a installés neurologiquement face aux premiers dragons rencontrés. Ils sont l’expression première et brute de ses métaprogrammes pivots.

La posture héroïque — C’est l’autre facette de la posture identitaire du héros, elle est l’expression comportementale, en position de perception dissociée, de ce à quoi il aspire consciemment, compte tenu de la représentation idéale qu’il se fait de qui il est, de ce qu’il souhaite faire de sa vie et des valeurs qu’il privilégie. Il est plus libre.

Le magicien de résolution de problème — Il est capable de choisir et mobiliser des stratégies multiples face aux dragons. En magicien de la résolution de problème, le héros utilise de manière performante toutes les forces de sa posture héroïque. Il sait modifier sa perception du problème, assouplir ses croyances, penser le sens des démarches à mettre en œuvre sur tous les niveaux logiques. Il est donc conscient de lui, des autres, du système et de ses enjeux, capable de trouver des solutions généralement nouvelles aux provocations les moins prévisibles. C’est quelqu’un d’efficace, de performant, qui sait rebondir sur les stratégies des autres protagonistes de manière créative. C’est celui qui sait repérer la faille du système ou de l’interlocuteur et l’utiliser à son avantage sans forcément être malhonnête. C’est le joueur d’échec qui planifie, prévoit évalue et réajuste en permanence compte tenu de ses objectifs.

« Dans toute la tradition spirituelle, la mort à soi-même est l’unique condition pour devenir vivant. »
Jacqueline Kelen

Le Magicien de sa posture — En chemin vers le Magicien de sa posture, le héros affronte et dépasse son dragon fondamental, celui qui lui masque le Graal, celui qui freine son ascension verticale sur son chemin de croissance. Devenir le Magicien de sa posture implique nécessairement la connexion à un champ d’énergie subtile d’un niveau transpersonnel, facilité par l’ouverture de la Conscience Intuitive Extraneuronale. Il devient un être spirituel qui potentialise ses ressources et en invente constamment pour son évolution et celle de l’Humanité.

Le lien avec la PNL

Cet article applique au coaching plusieurs présupposés et outils centraux de la PNL : les positions de perception (associée/dissociée), les niveaux logiques (inspirés de Robert Dilts), les métaprogrammes pivots, ainsi que des techniques comme l’ancrage, le pont de ressource ou la Recherche transdérivationnelle du dragon fondamental. Christiane Grau Martenet montre comment le monomythe du Voyage du Héros de Joseph Campbell, une fois modélisé selon les outils PNL, devient une grille de lecture opérationnelle pour le coaching : diagnostiquer la posture archétypale d’une personne face à une difficulté, puis l’accompagner du problème ponctuel jusqu’à la posture identitaire durable.


Christiane Grau Martenet est titulaire d’un Master en Sciences de l’éducation (Université de Genève) et d’un Diplôme pour l’Enseignement spécialisé (Université de Fribourg). Formatrice certifiée en Programmation Neuro-Linguistique (Institut Français de PNL, Paris) et Intervenante certifiée en institutions sociales, elle est professeure à la Haute École de Santé-Social HES-SO Valais depuis 1982, membre du Collège des Enseignants en PNL de Paris et agréée NLPNL. Elle a fondé en 1998 le Centre international de Développement des Ressources Humaines Étincelle, qu’elle dirige toujours. Elle est l’autrice de plusieurs ouvrages parus chez Chronique Sociale, dont Coacher avec la PNL : la caisse à outils du pédagogue du XXIe siècle et, avec Angélique Wüthrich, Managez vos dragons comme les héros des contes. Optimisez votre coaching (2021), dont est directement issu le présent article.


Notes (1ère partie, Métaphore n° 104)
1 – Campbell, Le héros aux mille et un visages, R. Laffont, 1977.
2 – Comme l’ont rappelé J. Delozier, F. Doutriaux, E. Falcone, J. Turner et M. Scialom lors du Congrès NLPNL de janvier 2022.
4 – Les types de leadership relatifs aux différentes postures identitaires sont inspirés de R. Dilts, Être coach – De la recherche de la performance à l’éveil, InterÉditions, 2008. (Numérotation d’origine du magazine ; la note 3 n’apparaît pas dans le texte source de cette partie.)

Notes (2e partie, Métaphore n° 105)
1 – Christiane Grau Martenet et Angélique Wüthrich, Managez vos dragons comme les héros des contes. Optimisez votre coaching, Lyon, Chronique Sociale, 2021.
2 – Voir : G. Bateson, La nature et la pensée, Édition du Seuil, 1984.
3 – H. Roubeix, À la rencontre de soi. Se libérer des rapports de force, Éd. Anne Carrière, 2000.
4 – Inspiré de V. S. Martin, « La détermination d’objectif en question », dans Métaphore, n°92, mars 2019, p. 19-23.
5 – Selon les Niveaux logiques d’organisation mentale, inspiré notamment de R. Dilts, Être coach – De la recherche de la performance à l’éveil, InterÉditions, 2008.
6 – J. Kelen, Divine blessure, Albin Michel, 2005, p. 51.
7 – D. Chopra, La Voie du magicien, J’ai lu, 2004.
8 – J.-J. Charbonier, La conscience intuitive extraneuronale : Un concept révolutionnaire désormais reconnu par la médecine, Guy Trédaniel, 2017.
9 – A. de Saint Exupéry, Terre des hommes, Éd. Le Livre de Poche, 1939.


Article publié en deux parties dans le Magazine Métaphore, n° 104 (mars 2022) et n° 105 (juin 2022)

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