Publié le 27 août 2026
Le paradoxe en thérapie : quand la PNL et la systémie ne parlent pas le même langage
Le problème n’est pas le problème. Valérie Mounier, thérapeute PNL systémique, explore le paradoxe sous deux angles distincts : celui, stratégique, de l’école de Palo Alto (Bateson, Elkaïm, Nardone), et celui de la PNL, plus proche du sens courant, qui mobilise l’état désiré, l’associé/dissocié, l’externalisation et les histoires métaphoriques. Un article publié dans la revue Métaphore n° 107, décembre 2022.
M’interrogeant à propos de ma pratique de thérapeute PNL systémique sur ce qui m’apparaît le plus constant à part le changement, mon regard s’est fixé sur la notion de paradoxe.
Il m’est apparu comme un fil rouge permanent et multi-facettes, tant comme association de deux faits ou idées contradictoires énoncées en même temps que comme opinion ou stratégie allant à l’encontre de la logique linéaire habituelle.
Je propose de différencier la notion de paradoxe en systémie – outil d’intervention stratégique – du paradoxe des interventions en PNL où le sens du terme paradoxe est plus proche du sens courant.
Le paradoxe en systémie
Gregory Bateson, anthropologue et co-fondateur de l’École de Palo Alto présente, en 1952, dans le cadre des Conférences Macy, une étude sur le paradoxe. Il le définit comme le fait d’émettre deux messages contradictoires dans la même séquence de communication. Notons bien que si ces deux messages sont émis, en décalé dans le temps, il y aura contradiction et non paradoxe.
L’exemple classique souvent donné est le paradoxe du menteur : Épiménide, le Crétois, dit que tous les Crétois sont des menteurs. Si nous l’analysons, nous comprenons que s’il dit la vérité, en fait il ment puisqu’il est Crétois. Et s’il ment, cela signifie que tous les Crétois disent la vérité.
L’injonction paradoxale systémique
Bateson et l’équipe de l’École de Palo Alto présentent ensuite une autre étude portant sur le principe de la double contrainte : conflit qui se manifeste chaque fois que l’on se trouve dans une situation où l’on est soumis à deux contraintes ou pressions contraires incompatibles. Elle s’accompagne souvent d’injonctions paradoxales, comme : « sois spontané » or il est impossible de répondre à cela car dans tous les cas, on est perdant : soit on se montre spontané mais en fait on obéit donc on ne l’est pas. Soit on n’est pas spontané et l’on n’a pas répondu à la demande.
La double contrainte réciproque
Mony Elkaïm, neuropsychiatre et psychothérapeute, une des principales figures de la thérapie familiale, constate que parfois le patient veut une chose à laquelle, au fond, il ne peut pas croire. En lui s’opposent le « programme officiel » (sa demande) et la « construction du monde » (ses croyances).
Si, dans un couple, les deux se trouvent ainsi prisonniers, la communication risque d’être compliquée. C’est ce qu’il nomme la double contrainte réciproque.
Il en donne des exemples très intéressants dans son livre « Comment survivre à sa propre famille ».
Prenons le cas d’une femme qui souhaite que son conjoint soit plus attentionné (programme officiel) et qui, en même temps a une croyance ancrée depuis l’enfance (construction du monde) qui est la suivante : un homme gentil est un homme qui manipule. Quel sera le résultat ?
Toute initiative de la part du conjoint risque d’être rejetée, soit parce qu’elle ne le trouve pas assez attentionné, soit parce qu’elle pense qu’il manipule.
Pour peu que le conjoint soit lui-même pris dans un schéma de même nature, comme : « je veux que ma femme me respecte et, en même temps, je sais que je ne peux qu’être rejeté », il y aura blocage dans la relation car double contrainte réciproque.
Ce qui est très intéressant dans cette approche, ce n’est pas tant de s’interroger sur pourquoi Madame / Monsieur agit comme cela ? mais d’aller plus loin : en quoi est-il important pour Madame que Monsieur réagisse comme cela ? Et inversement. Quelles croyances cela lui permet-il de conforter ?
Si chacun peut réévaluer ses croyances devenues plus conscientes, la communication pourra s’améliorer, permettant au couple de sortir de l’impasse initiale – demande et croyances incompatibles.
Les tâches
Nous trouvons cette notion de paradoxe aussi chaque fois que nous proposons des tâches particulières qui défient la logique ordinaire.
Par exemple, lorsque nous suggérons des tâches d’observation : nous recommandons d’observer ce que la personne ne voudrait pas voir changer, ou ce qu’elle pourrait changer mais sans le faire. En fait, on fait travailler le client en lui demandant de ne rien changer ni faire.
Le non-changement programmé est déjà un changement.
Giorgio Nardone, psychothérapeute et psychologue dirigeant le Centre de Thérapie stratégique d’Arezzo, affirme qu’un paradoxe ne peut être résolu qu’au moyen d’un autre paradoxe qui n’implique pas la pensée linéaire et logique.
Il préconise ainsi une « logique paradoxale ». Par exemple, il va renforcer le symptôme et rajouter des rituels dans les cas de panique, troubles du sommeil, tocs…
De même, à un homme bloqué pour commencer à écrire sa thèse, il demande de rédiger la dernière phrase de cette thèse, puis la dernière page… et ainsi de suite.
À d’autres il dira d’imaginer tous les moyens de faire empirer la situation – ainsi ils verront tout ce qu’ils doivent ou veulent éviter et trouveront des solutions.
L’objectif du thérapeute qui prescrit ces injonctions paradoxales est de provoquer le changement désiré… involontairement.
Dans cet esprit, lorsque l’enfant n’a pas d’amis, je lui demande de ne rien changer – même si nous avons fait les Positions de perception ou travaillé sur ses peurs par exemple -, de ne pas aller davantage vers les autres mais juste d’observer ce qu’ils font.
Cela revient à changer déjà quelque chose dans le système. Au lieu d’être triste ou de s’énerver contre eux, il va les regarder puis à la séance suivante, il me raconte qu’il n’a rien fait de différent tandis que les autres ont tellement changé ! Ils sont venus vers lui et lui ont même proposé de jouer ensemble ou de devenir amis.
De la même manière il m’est arrivé à plusieurs reprises de demander à des parents, en attendant notre premier rendez-vous pour leur enfant qui a des difficultés de sommeil, d’être très attentifs au déroulement de la soirée jusqu’au coucher de l’enfant – pour pouvoir me le raconter. Ces parents parfois annulent le rendez-vous car l’enfant dort bien à présent !
Le paradoxe des interventions en PNL
Alors que l’approche systémique a fait du paradoxe un outil d’intervention stratégique, la PNL l’appréhende de manière différente, plus proche de la définition courante : association de deux faits ou idées qui paraissent défier la logique car ils présentent des aspects contradictoires.
Comme le disait Monique Esser : en PNL nous travaillons avec la fiction et nous escomptons la réalisation prédictive de nos « prophéties ».
En utilisant les métaphores, nous souhaitons faire advenir quelque chose par le langage et sa force créatrice. Les techniques PNL relèvent de l’imaginaire, des vertus du rêve, des compétences du cerveau droit, du lâcher-prise… assez loin de la logique habituelle.
À partir d’exemples concrets, voyons comment la PNL répond de façon paradoxale à des demandes qui ne le sont pas moins.
La demande du client… paradoxale ?
Parfois le client désire une chose et son contraire, ou un changement auquel il ne croit pas, ou des choses difficilement conciliables voire incompatibles.
Un parent veut que son fils adolescent rebelle soit reconnaissant envers lui et accepte calmement les contraintes qu’il lui impose…
Une cliente se fixe pour objectif d’accepter au nom de l’amour inconditionnel que son mari, lorsqu’ils sont ensemble, échange sans cesse des messages avec sa nouvelle conquête…
A priori toutes les demandes de nos clients sont recevables, y compris celles qui nous déroutent parfois car teintées de beaucoup d’exigence ou de pression sur eux-mêmes.
D’autres fois, nous notons des contradictions chez nos clients par rapport à leurs tentatives de solution qui ne fonctionnent pas. Or nous savons que, lorsque quelque chose ne fonctionne pas, naturellement nous pouvons avoir tendance à insister ! Pas très logique…
Je reçois souvent des parents envoyés par leur pédiatre pour des enfants qui ne mangent pas, ne dorment pas, pleurent ou crient beaucoup. Quand les parents disent : « on a tout essayé », je sais déjà que l’on est dans ce schéma de tentatives de solutions infructueuses et qu’ils en font probablement trop.
Par exemple, si l’enfant a des « problèmes d’alimentation » et qu’après l’avoir forcé au début, ils le laissent maintenant choisir son menu et s’inclinent devant tous ses souhaits, ledit problème d’alimentation perdure ou s’aggrave. Trop de choix rend l’enfant anxieux. Car au final, qui décide à la maison ?
La solution tentée est devenue le problème, ce qui semble totalement paradoxal aux parents lorsqu’ils en prennent conscience.
Lorsque nous recevons des familles, nous réalisons souvent que celui qui porte le symptôme – le « patient désigné » – signale en fait un dysfonctionnement dans le système familial. Bien sûr, il a généralement besoin d’aide mais il peut aussi devenir notre meilleur allié quand il pointe du doigt le vrai problème.
Lorsqu’un enfant explose de colère et impose ses choix dans la famille avec parfois une puissance de nuisance hélas impressionnante, je demande souvent : « Qui d’autre dans la famille est aussi déterminé ? Qui d’autre fait preuve (ou pas ?) d’autorité ? ».
Il est fréquent qu’un enfant qui ne respecte pas le cadre soit un enfant qui le réclame. En fait, c’est comme une course de relais : il attend de passer le témoin à celui auquel il revient.
Une fois chacun à sa place, tout s’apaise dans la famille.
Notre posture… parfois paradoxale ?
Oui, fort heureusement ! Souvent nous sommes amenés à adopter une posture pour le moins paradoxale, c’est-à-dire, dans ce cas, inattendue par le client.
En séance individuelle, nous validons son modèle du monde. Lorsque nous recevons plusieurs membres de la même famille, nous créons l’alliance et donc considérons que chacun a raison, de son propre point de vue.
De la même manière, nous pouvons entendre et prendre en compte lesdites « résistances » de nos clients.
Je me souviens d’une femme qui, dès les premières minutes m’annonça qu’elle avait fait quinze ans de psychanalyse et déclara d’un ton très déterminé : « je vous préviens, j’ai des résistances très solides ».
Je lui dis que cela m’intéressait beaucoup et lui proposai d’axer la séance sur ses résistances. Fonction positive oblige… Elle m’expliqua leur origine, utilité, leurs manifestations, les avantages qu’elle en tirait et releva finalement quelques inconvénients.
À la séance suivante, elle exprima son désir de changer car elle se sentait ligotée par des croyances qui n’avaient plus de sens. Elle avait amorcé le travail…
Et nos techniques PNL ?
Ainsi, dans nos techniques PNL et interventions systémiques, nous recourons parfois à des procédés étranges et surprenants, voire contraires au bon sens commun. Par exemple, pour savoir comment faire dans le futur, nous faisons comme si nous y étions déjà… pas très logique mais créatif et efficace !
Pour trouver des solutions, nous explorons l’état désiré : nous travaillons comme si le problème était déjà réglé. Nous proposons l’alignement des niveaux logiques, explorons les effets du changement (S.C.O.R.E), utilisons le cadre « comme si », la dissociation simple ou le générateur de comportement… Sans oublier le travail sur les croyances (« comment ce serait si, dans cette situation, tu ne croyais pas ce que tu penses ? Ou si tu pensais autre chose que ce que tu crois ? ») et les exercices en état hypnotique que l’on peut pratiquer avec les enfants, comme la permission, la pyramide, les châteaux de la découverte… Et, bien sûr, le Voyage du héros qui permet d’entrer en contact avec ses ressources pour surmonter ses peurs et passer sur l’autre rive.
À partir du moment où tout changement est générateur, les surprises sont au rendez-vous et les résultats souvent rapides et durables.
Et lorsque, soucieux de vérifier l’écologie, nous demandons à notre client – sous une forme plus subtile : « Quels sont les avantages à avoir ce problème ? », n’est-ce pas un peu surprenant ?
Cela nous amène naturellement à un autre concept de la PNL : associé / dissocié.
Là, le paradoxe vient du fait que l’on va aider le client à se dissocier pour mieux s’associer mais autrement. En prenant du recul, il acquerra une autre perception de la situation et trouvera ses propres solutions.
De même, dans les positions de perception, se mettre à la place de l’autre, avec ses intentions, pour pouvoir mieux prendre sa propre place dans la relation, c’est pour le moins surprenant au premier regard.
L’externalisation n’est pas très logique, non plus : faire parler un dessin qui a une intention positive… Pourtant, rien de tel que de mettre à l’extérieur ce qui se trouve à l’intérieur, pour pouvoir le réintégrer ensuite d’une manière plus sereine et écologique pour soi.
Lorsque nous proposons à un adolescent ou adulte de dessiner son stress, il est généralement surpris, voire inquiet ! Puis en le dessinant, en nommant la fonction positive et en s’adressant à son dessin, il comprend l’utilité de l’extraire de lui pour retrouver sa liberté.
Les histoires métaphoriques participent de la même logique pas très logique.
En propulsant l’enfant, l’adolescent ou l’adulte dans une histoire qui apparemment ne le concerne en rien, nous lui donnons accès à des informations qui vont lui être utiles en profondeur et qu’il va librement et inconsciemment choisir d’intégrer.
C’est entre autres, nous le savons, ce que pratiquait Milton Erickson.
De même, il occupait le conscient pour envoyer des messages à l’inconscient.
Les recadrages positifs. Souvent je reçois des parents qui veulent que leur enfant réussisse là où eux-mêmes n’ont pas vraiment réussi : qu’il gère mieux ses émotions, frustrations, colères ou qu’il soit moins timide, ait plus confiance en lui…
Et quand ils me font part de leurs propres difficultés identiques, souvent je demande respectueusement : « Comment pensez-vous qu’il va pouvoir réussir à faire mieux que vous ? Cela va être difficile pour lui… Puis : Comment l’aidez-vous actuellement à surmonter cette difficulté ?… Comment pourriez-vous l’aider encore plus ? ». Fâchés avec l’enfant en début de séance, ils repartent souvent alliés, voire complices.
En individuel comme en famille, les personnes peuvent se montrer très critiques envers elles-mêmes ou les autres – d’où l’intérêt, tout en respectant leur modèle du monde, de faire des propositions pour les aider à voir plus large.
À un parent qui traite son enfant de « vrai petit singe », nous demanderons s’il veut dire qu’il est plutôt agile, sportif, dynamique… S’il le déclare : Lent pour tout – surtout à l’école ! nous dirons : Voulez-vous dire qu’il aime plutôt prendre son temps, bien faire les choses, qu’il veut se donner les moyens de réussir à sa manière ?
Les exemples ne manquent pas ! Nous nous retrouvons alors comme un équilibriste sur son fil qui se doit d’avancer en conscience et avec dextérité.
Celui qui souffre le plus de la situation est celui qui a les solutions… paradoxalement. Et j’ajouterais, les ressources. Il m’arrive parfois de ne pas recevoir un adolescent « problématique » selon la famille, car il ne veut pas venir. Le travail se fait alors avec le ou les parents en souffrance et… l’adolescent change !
En conclusion
Le problème n’est pas le problème. Comme disait Paul Watzlawick, « le problème, c’est la solution ». Alors, quel est le vrai problème ?
C’est ce travail d’exploration que nous sommes amenés à effectuer dans la plus grande humilité en accompagnant nos clients vers la découverte de nouvelles perceptions et de perspectives plus constructives pour eux.
Au fond que travaillons-nous d’autre que la relation, le lien ? Donc le système, les interactions et les effets ?
Il me paraît primordial de savoir parfois s’arrêter dans l’élan pour avancer plus vite.
Tout comme en musique, écouter les silences donne la tonalité de notre accompagnement.
Une présence attentive teintée d’un peu d’humour permet aussi d’aller plus en profondeur.
Remerciements à Marie-Christine Clerc pour son regard et sa présence amicale.
Le lien avec la PNL
Cet article distingue avec précision deux usages du paradoxe qu’on confond souvent : l’injonction paradoxale stratégique héritée de l’École de Palo Alto (Bateson, Elkaïm, Nardone), pensée pour provoquer le changement involontairement, et le paradoxe propre aux techniques PNL — état désiré, associé/dissocié, positions de perception, externalisation, histoires métaphoriques, recadrages positifs — qui travaille par la fiction et la force créatrice du langage plutôt que par la prescription du symptôme. Valérie Mounier illustre concrètement comment ces outils PNL, en apparence illogiques, produisent des changements écologiques et durables, notamment auprès des enfants et des familles.
Valérie Mounier Collonge est Maître-praticienne certifiée en PNL (Institut Français de PNL), formée à l’Hypnose Ericksonienne et à la Thérapie familiale systémique (auprès de Carole Gammer), et formatrice PNL en France et à l’international. Elle exerce depuis 2005 une pratique spécifique de la PNL adaptée aux enfants et adolescents, en cabinet à Chatou ainsi qu’en français, anglais et espagnol, en lien avec de nombreux médecins et enseignants. Elle forme des professionnels — psychologues, thérapeutes, coachs — en France, en Espagne (CETEBREU à Barcelone, Psicosolutions à Tarragone) et au Canada. Elle est l’autrice de trois ouvrages : Aider l’enfant avec la PNL (Éd. Alas, 2014), La PNL pour les adolescents et leurs parents (Éd. Alas, 2016) et PNL et Thérapie familiale pour une vie plus harmonieuse en famille (Éd. Alas, 2020).

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