Publié le 11 septembre 2026
L’attention dans nos accompagnements en PNL : deuxième pilier du PARC
Deuxième volet de la série PARC — Présence et Protection, Attention, Reconnaissance et Curiosité — qu’Angélique Gimenez consacre à la posture du praticien en PNL thérapeutique. Après la protection (Métaphore n° 120), place à l’attention : ses deux visages, l’écoute et l’attentionné, et ce qu’ils changent dans la relation au patient. Un article publié dans la revue Métaphore n° 121, juin 2026.
Dans le cadre de l’activité du collège de la PNL à visée thérapeutique, nous continuons notre travail autour de quatre mots-clés qui participent à notre posture de praticien en PNL thérapeutique. Je rappelle notre devise, le PARC : Présence protectrice, Attention, Réconfort et Curiosité.
L’article précédent concernait la protection, ce socle qu’évoque également Daniel Siegel dans son livre sur l’attachement où il parle du PARC : Protection, Attention, Réconfort et Confiance. La Présence du praticien est notamment basée sur cette faculté à donner le sentiment de protection, et donc de sécurité au patient/client. Bien présent, ici et maintenant, le praticien garantit un espace d’expression où il veille à l’autre, et veille sur la relation et l’environnement. Sa présence rayonne au-delà du seul fait d’être là physiquement !
Elle est faite aussi de l’Attention sur laquelle nous allons nous pencher.
L’attention a une double acception dans les métiers d’accompagnement :
— faire attention à l’autre, l’écouter, le regarder et lui accorder notre temps en étant pleinement tourné vers lui. Le praticien est attentif à son patient / client ;
— être plein d’attentions, ces petites choses qui font que l’autre se sent important à nos yeux. Le praticien est attentionné envers la personne.
Nous devons être capables des deux formes d’attention.
L’écoute
Usuellement, on apprend aux futurs accompagnants à développer leur attention à l’autre, une « écoute active » que je préfère nommer une « pleine écoute ou écoute attentive et attentionnée » de l’autre, car dans les faits, l’écoute est aussi faite de moments plus réceptifs ou passifs coté praticien. La nommer écoute « active » ne me paraît pas s’ajuster au rythme réel qui n’est pas fait que d’action visible, mais parfois d’une apparence passive, comme des silences, où il prend la mesure du monde intérieur de l’autre. Comme en musique, les « blanches ou silences » permettent de créer la mélodie ; ici la communication. L’écoute, c’est parfois juste « être là » avec sa présence calme et paisible, et le mot « active » peut prêter à mauvaise interprétation.
L’écoute attentive, c’est d’abord regarder et VOIR l’autre. Cela demande d’être en face de lui, posé et pleinement disponible, tête et corps à son écoute. Toute notre attention est focalisée sur lui. Tout notre intérêt est centré sur lui !
Inspirons-nous à nouveau d’un extrait du livre sur l’attachement, de Daniel Siegel (merci Daniel de me donner l’occasion de modéliser et d’élargir les thèmes aux adultes et au monde de la PNL thérapeutique !).
Voir vraiment
Voir vraiment : c’est d’abord se mettre en phase avec l’autre, enfant ou adulte, et faire saisir qu’on comprend réellement ce qu’ils disent et vivent. Nos neurones-miroirs et notre empathie leur sont acquis, ainsi que notre disponibilité psychique et physique. En face-à-face, on crée un espace en miroir, et on se branche sur le même canal, on se synchronise pour bien être en mesure de capter ce qui est dit par tous les sens.
C’est saisir la vie intérieure d’autrui par notre imagination. On s’approche de ce qu’il nous décrit avec « montre-moi, explique-moi » pour que se dessine en nous, et entre nous, une représentation commune. C’est sûrement une activité très coutumière quand on apprend la PNL et moins quand on n’y est pas initiés… Mais au fond, on sait tous décrire avec beaucoup de détails pour que l’autre soit sensible à ce que l’on souhaiterait comme décor dans notre nouvel appartement. On doit tous pouvoir décrire et saisir la description sensorielle du « for intérieur » des autres si on prend le temps de capter chaque détail attentivement ! Notre attention est pleinement tournée vers l’autre et l’on partage les contours de son décor interne ! Pour pouvoir le faire, il FAUT prendre le temps car le produit « brut » de l’attention, c’est le temps, ce temps exclusivement réservé à l’autre à ce moment précis.
Une « communication contingente »
L’écoute attentive, c’est aussi développer une « communication contingente », bien à propos, bien en temps voulu, autrement dit dans un contexte adapté. On s’installe en un lieu calme, avec du temps, et on est attentif pour percevoir, comprendre et bien réagir. On s’adapte aux contingences de l’autre, on fait avec « ce qui sort de lui et qu’il nous offre de voir, au hasard de ce moment ». Daniel Siegel utilise ce mot que nous pouvons reprendre en disant qu’il est nécessaire de s’adapter aux contingences de la pensée de l’autre ; chaque nouvelle phrase se découvre au hasard d’un temps partagé. Et nous pouvons aussi comprendre qu’il est bon de créer les conditions pour accueillir les mots de l’autre. Si le contenu est toujours en partie imprévisible et hasardeux (et c’est bien qu’il reste ce mystère car on n’a jamais fini de se découvrir), le dispositif mis en place pour l’accueillir sera, lui, préparé et prévisible. Il n’ajoutera pas de caractère aléatoire aux contingences déjà inhérent à la communication.
Nous devons être garants d’un espace sécurisant. Et nous serons ensemble dans un temps et un espace de partage où je serai en pleine attention pour toi. Je serai attentif à chaque signal émis, verbal et non verbal, et je serai attentionné en maintenant les bonnes conditions pour que tu puisses t’exprimer en sécurité et dans un confort relationnel.
On ne peut donc pas se parler entre deux portes et espérer être attentif aux mots de l’autre !
Ce qui est défini comme le triangle du lien ici : percevoir, comprendre (prendre en soi et avec soi) et réagir, peut aussi se dire ainsi : observer pour percevoir (donc être disponible et disposé pour), saisir et bien comprendre ce que l’autre décrit (lui prêter son écoute et mentaliser avec lui) et répondre ou faire silence, sourire, ou questionner selon ce qui vient de se passer.
Réagir, c’est adapter son retour en fonction du besoin de l’autre, parfois même quand le besoin n’est pas clairement formulé par une demande. Le besoin est simple : sois attentif à moi, regarde-moi, et sois attentionné en ayant la délicatesse de m’aiguiller dans mes propos pour qu’ils deviennent de plus en plus clairs pour toi, pour moi, et que du triangle du lien, nous passions à la relation et à une communication interactive qui fait que chacun se sent important pour l’autre !
Être attentionné
Regardons ensuite, l’attention sous le prisme d’être attentionné, aux petits (et grands) soins pour l’autre. On évoque moins souvent l’aspect « attentionné ». Le praticien doit être attentionné envers son patient en lui offrant des sourires, des mots délicats pour le qualifier, des moments d’exception où il quitte le cadre usuel de la consultation pour lui accorder cinq minutes de plus sur le bord de la porte pour le féliciter encore d’un progrès, prendre des nouvelles de ses enfants, pour lui adresser un SMS avec une photo d’un oiseau dont ils ont parlé ensemble…
Ces petites attentions, qui sont du temps « hors contrat, hors cadre usuel », font sentir à l’autre qu’il est important puisqu’on lui accorde un peu plus que le « temps payé dans le cadre de la séance ». Il se sent « personne d’exception » aussi parce qu’il sait que ce petit temps, cette petite attention, lui est spécifiquement dédié, qu’on ne le fait pas avec tous de cette façon. Il sent alors qu’on le différencie des autres patients, comme un parent peut différencier ses enfants et leur accorder à chacun un moment particulier.
La personne à qui on dit : « Je te vois dans tes particularités et je te connais, je sais que tu aimes le vert (ta sœur aime le rose et l’autre le jaune) » perçoit alors que le thérapeute (ou le parent comme dans notre exemple) l’apprécie et la reconnaît elle, spécifiquement. Le patient n’est plus une personne parmi les autres ! Il est « cette personne-là », dont je sais qu’il aime les oiseaux et la seule personne à laquelle j’envoie des oiseaux pris en photo au détour d’une balade. Et nous échangerons sur cette photo et cette balade ; échange au cours duquel il comprend : « J’étais dans vos pensées alors ? Vous pensez à moi en dehors des séances, vous me connaissez mieux que certains membres de ma famille… »
Ne serions-nous pas dans l’erreur d’une trop grande proximité ? Non, nous montrons au patient qu’il est un être différenciable des autres, et nous travaillons ainsi la différenciation, stade essentiel à la croissance humaine, à la fois décrit dans les théories de l’attachement et dans le complexe d’Œdipe en psychanalyse.
La permanence relationnelle
Nous lui signifions aussi que la relation dépasse les limites du temps de la consultation et des murs du cabinet. Il peut alors sentir ou ressentir à nouveau le sentiment de la présence de l’autre. On n’est pas seul quand on est seul. L’autre nous accompagne au-delà du temps de consultation. Il apprend la permanence relationnelle et à développer le sentiment de présence à lui, ou la capacité d’être seul, décrite par Winnicott. Pouvoir être seul sans se sentir seul !
Ces petites attentions sont des ancres, des manifestations concrètes de la relation, preuve que l’autre existe pour nous au-delà du face-à-face. C’est très réparateur du sentiment d’exister et d’être relié, même quand on se balade seul.
Un temps précieux donné aux autres…
L’attention, c’est du temps précieux donné aux autres ou à soi-même et qui vaut de l’or dans la construction profonde des humains. Bien sûr, le temps, c’est de l’argent aussi… Et bien justement, l’attention, c’est du temps de nos vies qu’on ne monnaie pas. C’est un don, généreux, même quand ce ne sont que quelques secondes. Ces secondes qui peuvent changer le cours d’une vie parce qu’elle rappelle à l’autre que sans lui, le monde ne sera pas le même. Il occupe une place et sa présence compte sûrement pour quelques-uns aussi. Dans la grande chaîne relationnelle, un temps donné à l’un peut en repérer bien d’autres.
Rappelons-nous « qu’un seul être nous manque et tout est dépeuplé » (Lamartine, l’isolement, 1820). Alors, quel que soit l’être auquel on fait éprouver le sentiment d’exister et d’être important, on lui évite de se sentir dépeuplé de lui-même, étranger à lui-même. L’attention, c’est du temps pour exister vraiment !
Je dirai donc : « Un seul être vous accorde son attention profonde, et tout est revitalisé »
Le lien avec la PNL
Angélique Gimenez ancre l’attention dans les fondamentaux de la relation thérapeutique en PNL : la synchronisation (« on se branche sur le même canal »), la calibration sensorielle du « for intérieur » de l’autre, et la modélisation à partir des travaux de Daniel Siegel sur l’attachement, transposés à la pratique adulte de la PNL thérapeutique. L’attention — écoute et attentionné — devient ainsi le deuxième pilier du PARC, prolongement naturel de la protection posée dans le précédent article.
Angélique Gimenez est psychopraticienne certifiée en PNL humaniste et psychothérapeute au sens européen (titulaire du CEP – Certificat Européen de Psychothérapie), psychotraumatologue et éthologue. Enseignante certifiée en PNL et en psychotraumatologie, membre du collège des enseignants de NLPNL, elle préside le Collège de la PNL thérapeutique de la Fédération. Elle exerce au sein du Cabinet ANVISAGE (Var).

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