Publié le 15 août 2026
La PNL est-elle une pseudoscience ? Retour sur un débat scientifique et académique
La PNL est-elle une pseudoscience ? Docteure en biologie, ancienne chercheuse en cancérologie devenue coach et enseignante certifiée en PNL, Anne-Laure Nouvion s’est penchée sur cette question lors du Congrès NLPNL 2020, qui célébrait les 30 ans de la Fédération. Elle y retrace les obstacles historiques qui ont éloigné la PNL du monde académique, et les publications récentes qui rouvrent le débat.
La popularité de la PNL ne cesse de grandir depuis ses débuts dans les années 1970. Pourtant, ses racines ont souvent été négligées, voire incomprises, et certains milieux académiques et journalistiques tendent à la dénoncer comme une pseudoscience, c’est-à-dire comme une discipline présentant des aspects scientifiques sans en avoir ni la démarche, ni la reconnaissance. Cet article1 tente d’explorer des pistes de réflexion quant à la tendance de la critique scientifique, journalistique et médiatique que soulève la PNL.
Un départ académique manqué
La marchandisation de la PNL
Les premiers travaux de recherche portant sur la PNL ont souffert de plusieurs obstacles. Parmi eux, une sortie rapide du milieu académique vers le grand public. En effet, l’engouement et l’effervescence autour de l’approche ont rapidement poussé ses concepteurs à la rendre visible au plus grand nombre. En privilégiant une culture de l’action, il devint plus important de démocratiser la PNL, voire de la commercialiser, plutôt que de valider son efficacité par la recherche scientifique. La volonté initiale de Bandler et Grinder de rendre l’approche accessible à tous a malheureusement provoqué des conséquences fâcheuses : en transgressant un contexte déontologique à travers une rupture avec l’université et l’introduction d’une logique mercantile, la PNL a rapidement perdu de sa légitimité scientifique et académique. Au fil du temps, certains formateurs peu scrupuleux ont ainsi transformé la PNL en un produit de consommation.
Les premiers travaux de recherche
La PNL s’est rapidement popularisée grâce à son modèle des mouvements oculaires et leur corrélation avec les systèmes de représentations sensorielles (SRS). Ce modèle suggère que les mouvements des yeux fournissent une indication fiable sur le SRS qu’utilise une personne lorsqu’elle communique. Ainsi, d’après ce modèle, en observant le mouvement des yeux de votre interlocuteur, il vous est possible d’identifier le canal sensoriel utilisé lors d’une conversation parmi les modes visuel, auditif ou kinesthésique.
Les premiers travaux de recherches portant sur la PNL se concentrèrent sur ce modèle. À titre d’exemple, une étude datant de 1987 présente les résultats issus de l’observation de 48 participants installés en face d’une caméra vidéo et invités à penser à un souvenir agréable. Les répondants devaient par la suite réagir à la question suivante : « pendant que vous vous remémoriez votre souvenir, avez-vous vu, entendu, ou ressenti quelque chose ? ». Les SRS visuels, auditifs et kinesthésiques étaient ainsi évalués. Les auteurs de l’étude validèrent un lien entre le mouvement des yeux des participants et leur mode de pensée orienté vers le visuel ou l’auditif, mais aucun lien ne fut concluant pour le mode kinesthésique. Ces résultats ont par la suite été vigoureusement critiqués, notamment sur l’absence de spontanéité lors de l’expérience ainsi que sur le manque de rigueur dans le choix du contrôle interne (Buckner, Meara, Reese, & Reese, 1987).
Cette étude est représentative des premiers travaux de recherche publiés dans les années 80 et 90, avec une volonté de valider, ou d’invalider la PNL, sans pour autant atteindre une rigueur et une crédibilité scientifique. Les universitaires de l’époque ne virent alors aucun intérêt à financer les travaux de recherche portant sur la PNL. Cette perception négative de la PNL se dissémina à travers les médias, et telle une condamnation académique, l’intérêt du milieu de la recherche universitaire pour la PNL s’évapora.
Par ailleurs, une étude récente de 2012 porte sur la corrélation entre le mensonge et les mouvements oculaires décrits en PNL. Les auteurs de l’étude précisent : « Les partisans de la PNL affirment que certains mouvements des yeux sont des indicateurs fiables du mensonge. Selon cette notion, une personne qui regarde en haut vers sa droite révèle la présence d’un mensonge, alors que regarder en haut à gauche est signe de vérité. Malgré cette croyance répandue, aucune recherche antérieure n’a examiné sa validité. » (traduction libre) (Wiseman et al., 2012). L’objectif de recherche présenté dans cette étude, à savoir la relation présumée entre le mensonge et le mouvement des yeux, part d’une supposition totalement erronée ! Bandler et Grinder ont en effet présenté une théorie selon laquelle les yeux d’une personne changent de direction lorsqu’elle pense à une image remémorée (faisant appel à un souvenir), ou à une image « construite » (faisant appel à l’imagination). En revanche, interpréter qu’une image « construite » pourrait être la preuve d’un mensonge ne s’agit aucunement d’un enseignement transmis en PNL. Cet exemple montre le biais des auteurs de l’étude, qui n’ont pas pris la peine de vérifier rigoureusement qu’il n’était pas question d’un lien entre des mensonges et les mouvements oculaires en PNL. Il dénote de la faiblesse de certaines études et du manque de rigueur de quelques chercheurs, parfois ignorants de leur propre sujet de recherche, et n’est pas sans rappeler les propos de Thierry Janssen, chirurgien devenu psychothérapeute, qui soulève que « le processus de recherche fonctionne suivant la loi du réverbère, on ne cherche que dans la zone éclairée, où l’on sait qu’on a une chance de trouver quelque chose » (Cyrulnik et al., 2012).
Le choix du sigle « PNL »
L’association des termes « programmation », « neuro » et « linguistique » a réveillé chez certains des craintes impliquant des risques de manipulation du cerveau par des personnes non qualifiées. Bandler précise dès 1985 dans son ouvrage « Un cerveau pour changer » : « Quand nous avons mis au point l’expression « Programmation Neurolinguistique », beaucoup nous ont dit : « ça fait un peu contrôle du cerveau », comme si c’était mal. J’ai répondu : « Oui, bien sûr ». Si vous ne commencez pas à contrôler et à utiliser votre propre cerveau, vous laisserez le hasard décider pour vous… » (Bandler, 2002). Le choix du sigle était donc particulièrement assumé. Bandler insistait en présentant la PNL comme un outil éducatif, une « méta-discipline » qui fonctionne pour que tout un chacun puisse utiliser son cerveau de façon plus efficace et plus utile.
Le « style Bandler et Grinder » à ses débuts
Lors d’un entretien avec Monique Esser, Jean-François Botermans témoigne de ses premiers pas en PNL : « En terme de présentation, le séminaire était organisé comme un show à l’américaine, avec tout ce que cela comporte de fascinant. Or à l’époque, plus encore qu’aujourd’hui, ce qui tournait autour de la psychologie était assez relax, plutôt cool […]. Avec Bandler et Grinder, on était dans l’industrie, l’efficacité, le business, bref dans un tout autre schéma » (Esser, 2004). En bousculant les codes d’un enseignement normatif, Bandler et Grinder ont ainsi ouvert les portes à une nouvelle façon de transmettre un savoir. Malgré une évolution dans leur façon d’enseigner la PNL, plusieurs de leurs élèves ont déployé leur particularité en naviguant sur le succès de ces prestations scéniques à l’américaine. Si ce type de transmission d’un savoir peut en séduire un grand nombre, d’autres se sont éloignés du mouvement PNL. Efficacité, business, show à l’américaine, mercantilisation des techniques, autant de véhicules réduisant la PNL à une approche de psychologie populaire.
Conclusion
Il est vrai que les premiers travaux de recherche portant sur la PNL ont souffert de divers obstacles, dont une désorganisation de l’approche en général à ses débuts et sa sortie rapide du milieu universitaire vers le grand public. Ça, c’était il y a 40 ans. Aujourd’hui, par-delà l’empirie du terrain, une cohorte de chercheurs s’est penchée sur la validation scientifique de son efficacité clinique dans un contexte thérapeutique. Un travail remarquable et une riche revue de littérature regroupant plus de 600 articles révisés par les pairs, gage de rigueur et de reconnaissance scientifiques, a vu le jour en 2013 avec la publication du livre « the clinical effectiveness of neuro-linguistic programming : a critical appraisal » de Lisa Wake, Richard Gray et Franck Bourke (Wake, Gray, & Bourke, 2013).
Le lien avec la PNL
Cet article est intégralement consacré à la PNL, qu’il examine sous un angle rare dans les colonnes de Métaphore : celui de son statut scientifique et académique. Anne-Laure Nouvion y retrace, avec le regard d’une ancienne chercheuse en cancérologie, les raisons historiques de la rupture entre la PNL et l’université — commercialisation précoce, style de présentation « à l’américaine », études mal conduites — tout en pointant les biais méthodologiques de certaines critiques et en signalant les travaux de synthèse scientifique plus récents et plus rigoureux dont la PNL fait aujourd’hui l’objet.
Anne-Laure Nouvion, Ph.D., est docteure en biologie et a consacré une dizaine d’années à la recherche fondamentale sur le cancer, en France (CNRS, IBCP Lyon) puis au Canada (Centre de recherche sur le cancer, Université McGill, Montréal). De retour en France fin 2018 après près de quinze années d’expatriation au Canada, elle est aujourd’hui coach et enseignante certifiée en PNL, chercheuse indépendante et formatrice spécialisée en neurosciences. Elle accompagne les dirigeants et les leaders/managers dans le développement de compétences en savoir-être par des formations et du coaching individuel, et forme également les professionnels de l’accompagnement — coachs, thérapeutes, psychologues, sophrologues — aux leviers scientifiques du changement. Anne-Laure Nouvion a été vice-présidente de la SICPNL (Société Internationale des Coachs en PNL) de 2014 à 2017, où elle s’est notamment impliquée dans la standardisation du parcours des coachs et la question de la frontière entre coaching PNL et psychothérapie. Elle est la co-autrice d’un guide pratique sur le territoire du coach certifié en PNL. Site : www.annelaure-nouvion.com

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