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Publié le 7 août 2026

La PNL est-elle une herméneutique ? Une approche philosophique en deux temps

La PNL peut-elle se lire comme une herméneutique, c’est-à-dire une doctrine de l’interprétation ? Yvonne Thomas a traité cette question en deux temps dans la revue Métaphore : une première partie posant les bases de l’herméneutique et une hypothèse à trois niveaux, puis une seconde partie répondant directement à la question « en quoi la PNL serait-elle herméneutique ? ». Un article publié dans la revue Métaphore n° 83 (décembre 2016) et n° 84 (avril 2017).

Qu’est-ce que l’herméneutique ?

La perte de sens généralisée (brown out) nous interpelle et nous ramène aux grands courants de pensée qui (re) donnent du sens à nos vies. L’herméneutique est un courant ancestral, spécifique de cet accès à un Sens qui traverse les niveaux d’existence pour remonter à une Essence unificatrice. Cette discipline est initialement élaborée par une des penseurs théologiens ou ésotériciens. Son histoire remonte aux siècles passés et fait référence aux différentes lectures de textes religieux : Talmud, Bible, Coran.

La Philosophie occidentale étudie et revisite cette approche pour l’appliquer aux différents courants tels l’Epistémologie. Certains courants de philosophie revendiquent l’herméneutique et l’appliquent très tôt aux sciences naissantes, humaines et sociales, dès la moitié du xixe siècle. C’est le cas bien sûr de la phénoménologie, de l’ontologie, de l’existentialisme et aussi de la psychologie, la métapsychologie ou la psychanalyse. La liste n’est pas limitative mais ce qui constitue le sujet de cet article, c’est le rapport « herméneutique et PNL », doctrine de l’interprétation ou lecture de la praxis humaine.

L’herméneutisme vient du grec et verbe hermeneuien, qui signifie « interpréter ». Une partie du mot rappelle le nom « Hermès » (fils de Zeus), astucieux et voleur, dieu du commerce, de la communication et des rapports entre les mondes souterrain, terrestre et aérien.

« Hermès » a donné l’Hermétisme, approche très secrète. L’herméneutique quant à elle n’est pas « secrète » à proprement parler ; néanmoins la compréhension de la doctrine de l’Interprétation est aujourd’hui dévoyée dans la mesure où le mot « interprétation » renvoie parfois à une subjectivité douteuse, un manque de rationalité, contraire à l’esprit scientifique. C’est largement inexact. Envisageons l’Interprétation sous un autre angle :

« in » renvoie à introspection (quelque chose de caché, in-conscient) ; « ter » à un tiers médiateur (thérapeute, coach ; dieu, expert, compétent, artiste…) ; « prétation » à une traduction (lecture, action, pratique (re) donneuses de sens). Le principe fondateur rejoint le domaine sensible par l’entremise d’un agent d’explication/compréhension.

Une définition et ses origines mythologiques

Une définition simple : l’herméneutisme est une doctrine de l’interprétation. Elle a pour but de saisir le sens caché des choses en lisant à plusieurs niveaux des textes, le langage, les discours, les œuvres d’art, les artefacts humains et la nature. La méthode d’interprétation concerne en premier chef les Écrits de la Tradition : l’Iliade et l’Odyssée d’Homère, la Bible, les textes sacrés, mais aussi l’exégèse d’Aristote et les créations des artistes. La signification de ces grandes œuvres met en relation le principe universel avec les êtres matériels du monde sensible. Ainsi, le demi-dieu Esculape pratiquait l’onirologie, science des rêves. Il aidait les mortels à guérir en les invitant à venir rêver 3 jours complets au temple de Delphes (dont le fronton indique : « Connais-toi toi-même »). Puis, Esculape et les Pythies interprétaient les rêves et prodiguaient des conseils afin de réguler les dysharmonies (corps, cœur, esprit, relations). Cette pratique s’est prolongée jusqu’aux premiers siècles de notre ère et s’est ensuite fragmentée en plusieurs courants. Aujourd’hui on la retrouve en sophrologie, psychanalyse, hypnose et bien d’autres disciplines.

La doctrine herméneutique religieuse

Dans les débuts de notre ère, Origène, un des premiers pères de l’Église, développe une thèse herméneutique en 3 temps, le « ternar ». Il restera canonique dans tout le Moyen Âge puis deviendra le « quartar », qui donne à chaque être humain un quadruple accès à :

1. Ce qui est : niveau de la facticité, la matérialité, l’environnement, l’expérience empirique
2. Ce qui est à faire : niveau tropologique « je dois » au sens moral, éthique personnelle
3. Ce qui est à croire : ma lecture du monde, des autres, de moi-même dans le monde
4. Ce vers qui (ou quoi) tendre : la vision qui me transcende et qui donne du sens à ma vie.

Hypothèse : la PNL, une herméneutique à trois niveaux

Mon hypothèse : La PNL constitue et pratique une herméneutique à 3 niveaux.

Ontologique : nous sommes des « étants engagés dans le monde ».
Phénoménologique : des événements nous arrivent, nous avons à réagir, ressentir, décider.
Existentiel : êtres « jetés dans le monde » (Heidegger), nous nous constituons comme « êtres de projet » dont l’existence précède l’essence (Sartre se disait « avorton de Dieu »).

Epistémologiquement, la PNL n’a pas à se réduire au courant des sciences exactes. Il paraît plus intéressant de l’élever à des niveaux de compréhension et d’explication plus englobants.

Paradoxalement les sciences dites « exactes » méconnaissent bien souvent leur propre contribution aux courants Interprétatifs : ainsi en est-il du principe d’incertitude, de la théorie du Big Bang, des « comportements » d’un univers tantôt en régression puis en expansion, de la théorie de la relativité restreinte puis générale, de la théorie des cordes et de celle d’un Univers, puis d’un Multivers etc…

La mathématisation du monde phénoménal s’accompagne nécessairement d’une métaphorisation du discours s’il veut être diffusé, publié, expliqué et compris. Les obstacles épistémologiques tiennent bien souvent à une culture pétrie d’académisme, d’objectivité radicale et de rationalité de type essentiellement calculante ; or la raison est aussi une faculté de choix (Damasio).

Une discipline mal reconnue

Pour revenir à une accusation tristement itérative, le manque de reconnaissance d’une pratique PNL exercée de manière très diverse et plus ou moins approfondie par ses utilisateurs (vous, moi) présente cependant quelques avantages. De fait, le chemin du PNLitse est semé d’embûches et d’obstacles qui se dressent devant lui, ce qui l’oblige à travailler sans relâche et à creuser, creuser, se tromper, réussir, et continuer à chercher, à enrichir, critiquer et collationner les éléments d’un puzzle cohérent. Face à certaines critiques, on aimerait que les contempteurs « chafouins », et autres spécialistes du rejet systématique puissent se targuer de fournir autant d’efforts de formations régulières que la plupart des PNListes passionnés.

Après avoir expliqué ce qu’était l’herméneutique dans le numéro de décembre 2016, Yvonne Thomas nous explique dans cette seconde partie en quoi la PNL serait « herméneutique ».

En quoi la PNL serait-elle « herméneutique » ?

Mettons l’accent sur ses strates du simple au complexe. La discipline « Programmation Neuro Linguistique » peut être considérée comme telle du fait de ses manifestations à travers plusieurs étapes caractéristiques de la doctrine interprétative à 4 temps :

1. Ses pratiques (ce qui est) :
• La sensorialité (VAKOG)
• Les Mouvements oculaires
• Les comportements
• Le langage (avec les pôles précis et imprécis)
• Les états internes
• Les croyances
• Les différents modèles de la personne, des systèmes, de l’efficience, excellence etc.

2. Son éthique (ce qui est à faire, ce qui est important) ; ce qu’il faut croire :
• Respect de la personne
• Référence à une écologie du sujet en vue de son bien-être
• Le travail sur les valeurs, les croyances en jeu chez une personne, un système

3. Ses travaux publiés (sens allégorique « destiné à être sur la place publique ») :
• Approche modélisatrice
• PNL de première, deuxième, troisième génération
• Théorie des champs
• HypnoPNL
• etc.

4. Ses principes philosophiques et humanistes de base (ce vers quoi tendre)
Vers le haut (anagogique) pour le « salut », le bien-être de la condition humaine) :
• La carte n’est pas le territoire
• Une personne n’est pas la somme de ses comportements
• Le comportement répond à une intention positive, constructive pour l’être considéré
• Etc. (je ne développe pas car je m’adresse à des pairs).

Le souci de soi comme principe unificateur

Le sens profond de ce processus « quaternaire » peut à mon avis s’interpréter autour d’un principe unificateur, une figure du salut, non plus religieux (quoi qu’elle relie !) mais laïque : Le souci de soi, thème constant en philosophie (des présocratiques à aujourd’hui, y compris les philosophies non occidentales). Le souci de soi englobe la connaissance de soi et le soin de soi. Michel Foucault interroge les philosophes passés et présents et démontre la permanence de la question : Qu’est-ce que soi-même ?

Le souci de soi (Epimeleia heautou) devient un principe régulateur de l’activité, de notre rapport au monde et aux autres. Chez Platon l’âme est en chacun de nous comme une entité impersonnelle, supra – personnelle. Elle est l’âme en moi plutôt que mon âme et reste une puissance surnaturelle, un daïmôn qui dépasse la personne singulière. « Le daïmôn, même s’il est substantiellement divin, est un sujet dans le sujet, il est en nous comme un autre auquel nous devons un culte ». Les pratiques de soi ne sont ni individuelles ni communautaires : elles sont relationnelles et transversales.

Michel Foucault insiste – à l’instar de la PNL – sur une forme d’ascèse communicationnelle à partir d’exercices :
• l’amélioration de l’écoute notamment par le silence et une certaine attitude physique active,
• la lecture (lire, c’est relire les préceptes que l’on a toujours ad manum),
• l’écriture par la correspondance qui permet de se donner des nouvelles de soi-même en même temps que l’on conseille l’autre ; et enfin :
• la parole ouverte et bienveillante, non jugeante (non la flatterie, le bavardage ou la rhétorique).

Ces quatre grands champs (chantiers !!!) de participation se réfèrent à une pratique, à des discours et à une réflexion constante au sein des Sciences humaines et sociales. La PNL se tourne du côté de l’explication des comportements, du fonctionnement des systèmes, de la compréhension des motifs profonds, cachés, souterrains, des actions humaines ainsi que de la préconisation de modèles de comportements qui respectent à la fois une éthique des vertus et une morale des conséquences et de l’utilité de nos actions. Ces processus et ces manifestations régénèrent un courant modeste et efficace qui sait se fondre avec humilité dans nos pratiques quotidiennes, nos élans vitaux, nos métiers, nos visions du monde.

La PNL constitue une herméneutique existentielle car elle nous concerne tous

Rapprochons par exemple l’herméneutique PNL « à 4 temps », des approches philosophiques. Jean Grondin, professeur de philosophie canadienne d’aujourd’hui, est spécialisé dans l’herméneutique qu’il étudie à travers les travaux de Dilthey, Heidegger et d’autres philosophes contemporains (Gadamer, Derrida, Habermas, Foucault, Ricoeur). Dans l’herméneutisme (Puf. Paris 2013), il résume les 3 grands courants qui vivifient les disciplines et les pratiques modernes :

1. Au sens classique du terme, dit-il « l’herméneutique désignait autrefois l’art d’interpréter les textes. Cet art s’est surtout développé au sein des disciplines qui ont affaire à l’interprétation des textes sacrés ou canoniques.
2. Au xixe siècle, le philosophe Dilthey « l’enrichit d’une tâche nouvelle : si l’herméneutique se penche sur les règles et les méthodes des sciences de la compréhension, elle pourrait servir de fondement méthodologique à toutes les sciences humaines (les lettres, l’histoire, la théologie, la philosophie, et ce que l’on appelle aujourd’hui les « sciences sociales »). L’herméneutique devient alors une réflexion méthodologique sur la prétention de vérité et le statut scientifique des sciences humaines ».
3. La 3e conception « est assez largement née en réaction à cette intelligence méthodologique de l’herméneutique. Elle prend la forme d’une philosophie universelle de l’interprétation. Son idée fondamentale […] est que la compréhension et l’interprétation ne sont pas seulement des méthodes que l’on rencontre dans les sciences humaines, mais des processus fondamentaux que l’on retrouve au cœur de la vie elle-même. L’interprétation apparaît alors de plus en plus comme une caractéristique essentielle de notre présence au monde. » (c’est nous qui soulignons).

À la question : Quelle est la pertinence des rapports que notre pensée entretient avec l’histoire de notre vérité ? Le travail d’introspection par soi-même ou à l’aide d’un tiers nous aide à argumenter contre le déni de l’idée de vérité d’une certaine conception sociologique des sciences. Il démontre que la pensée personnelle, celle du sujet, a bien un rapport avec la vérité et on ne peut la comprendre qu’en poursuivant l’historique de cette pensée.

Conclusion non définitive : l’herméneutique valorise une composante universelle et néanmoins singulière de notre expérience du monde et dans le monde.

Alors est-ce que « Tout est affaire d’interprétation(s) » ?

Pour y répondre, précisons le terme d’interprétation par les acceptions suivantes :

• Peut-être comme pragmatologie de la vie quotidienne : Loin de s’en défendre, la PNL accepte et interprète l’imperfection humaine de manière constructive : « cette espèce d’erreur sans laquelle une espèce d’êtres bien déterminés ne pourrait pas vivre » (Nietzsche) ; Nos actions, notre vie présupposent des faits, des erreurs, des comportements apparemment insensés ; des répétitions fâcheuses de programmes etc.
• Peut-être la PNL — comme dans le perspectivisme de Watzlawick, de Monique Esser, doit-elle être comprise du point de vue épistémologique : pas de connaissance du monde sans filtres, schèmes, modélisation préalables.
• Peut-être une version herméneutique PNL possède-t-elle également un sens historique : toute interprétation est « enfant de l’époque », « fille du temps » « héritière » de parents et grands-parents généreux. Les travaux actuels de Bandler, Dilts, Steve et Connirae Andrea, Josiane de St Paul, Monique Esser — entre autres brillants chercheurs — praticiens — témoignent des versions de 1re, 2e, 3e génération.
• Enfin sans doute la PNL réfère-t-elle également à une spiritualité au sens anglo-saxon du terme : ici, pas de religion mais une recherche de la vérité plurielle (unitas multiplex) à l’échelle d’une vision du monde de type humaniste, écologiste (écologie de l’environnement humain, du psychisme, des actes éthiques, du mode de vie).

Terminons sur une perspective énigmatique

Une autre question intéressante consisterait à interroger le versant : « hypnose » de la PNL. À cet effet, chacun pourra apprécier l’ouvrage de Richard Bandler « Au cœur du changement : Unir PNL et Hypnose » (éd. la Tempérance. 2015, Chabreloche.).

L’aspect « suggestion » ne fait aucun doute dans les pratiques PNL, les prescriptions de tâches également.

Le très dynamique et ingénieux Bandler y ajoute les techniques préalables d’induction classiques de l’hypnose Ericksonienne ; l’ouvrage m’a paru instructif.

Gageons que l’Hypno PNL – qui pratique une herméneutique quasi-ancestrale sera vécue de manière plus douce, plus brève, autonome ou hétéronome. Quel dieu se cache derrière le souci de soi vécu à travers un état de « veille paradoxale » (F. Roustang) basé sur une Anamnèse brève, un Inventaire des Ressources, une Pratique Thérapeutique rassurante et progressivement dispensatrice d’autonomie eu égard aux souffrances, symptômes et événements de la vie ?

Le lien avec la PNL

Cet article est, par construction, une réflexion sur le lien entre PNL et herméneutique : Yvonne Thomas y propose une hypothèse originale — la PNL comme herméneutique à trois niveaux (ontologique, phénoménologique, existentiel), puis comme doctrine interprétative à quatre temps (pratiques, éthique, travaux publiés, principes philosophiques) — en la confrontant aux travaux de philosophes de l’herméneutique comme Origène, Foucault et Grondin. Elle invite ainsi les praticiens PNL à situer leur discipline au sein d’une tradition philosophique plus large de l’interprétation.


Yvonne Thomas (Madec-Thomas) est consultante en formations, bilans et coaching. Titulaire d’un Master 2 en sciences humaines (philosophie-psychologie), d’un DUT gestion des entreprises et d’un Master en PNL, elle s’est également formée à l’hypnose, à l’EFT et au Photoreading.


Articles publiés dans le Magazine Métaphore, n° 83 – décembre 2016, et n° 84 – avril 2017

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