Publié le 10 août 2026
La PNL est-elle l’avenir de la relation d’aide ? Repères historiques et six étapes clés
En matière d’accompagnement, que montrent le rétroviseur et le télescope ? Francine d’Ortun, professeure-chercheure honoraire d’université, coach et enseignante PNL, retraçait les origines millénaires des compétences d’accompagnement, l’essor de la professionnalisation de la relation d’aide, et interrogeait la place que la PNL pourrait y occuper. Un article publié dans la revue Métaphore n° 90, septembre 2018.
La quête de l’ADN des métiers d’accompagnement met au jour un palimpseste enchâssé de pratiques et de traditions au carrefour de la philosophie, de la psychologie et des neurosciences. Désormais, s’ajoutent à l’empathie et à la bonne volonté – ingrédients d’origine millénaire – des connaissances pointues, un contexte juridique complexe qui balise les territoires de pratique, et des interventions qui se raffinent.
La PNL propose des techniques qui peuvent permettre à des individus de croître dans la direction désirée et parfois à grande vitesse.
La PNL est-elle l’avenir de l’intervention en relation d’aide ?
Introduction
Ce texte embrasse les origines des compétences d’accompagnement et l’essor de la professionnalisation des métiers de la relation d’aide, en prenant appui sur mes modestes recherches en ces matières, observations in situ (Chine, Inde, Jordanie, Turquie, etc.) et de formations et manuels qui en découlent (Éthique et tenue de dossiers ; Cadre légal et pratique éthique ; Origines millénaires des compétences en relation d’aide : quête scientifique de l’ADN de la PNL).
Accompagner : un art et une science
Les mots ne sont ni anodins ni neutres. Ils reflètent les courants de pensée et les problématiques d’une époque donnée. Au fil du temps, ils s’enrichissent de sens différents ou disparaissent. La racine latine du mot accompagner est ad — mouvement cum panis — avec pain, c’est-à-dire, « celui qui mange le pain avec ». Ce mot renvoie également aux termes de compagnon et de co-pain, utilisés pour signifier les liens de proximité entre des personnes. Par ailleurs, en espagnol, dérive de cette racine le mot compartir qui veut dire partager. Ainsi, accompagnant et accompagné partagent le pain et parcourent ensemble, côte à côte, un bout de chemin.
À la fin du xixe siècle, le terme utilisé était « assistance » (ex. assistance publique). Socialement on signifiait la volonté de la société de soutenir un de ses membres dans le besoin. Entre 1904 et 1930, apparaissent les termes « aide » et « protection » et le législateur (au Québec) a défini l’aide sociale à l’enfance et la protection des mineurs. C’est entre 1985 et 1995 que le terme « accompagnement » apparaît et fait son chemin dans l’ensemble des métiers de l’aide et de la formation (ex. accompagnement pédagogique). D’abord introduit par le milieu médical pour désigner l’aide aux mourants, il rappelait la nécessité d’être à côté, d’accompagner jusqu’au bout du chemin.
Accompagner est un privilège assorti de devoirs et de responsabilités
Il y a 2 000 ans, Hippocrate précisait un premier précepte : « D’abord ne pas nuire ». Accompagner c’est respecter l’autre, ses valeurs, son histoire et son rythme, donc surtout ne pas décider pour l’autre puisque l’autre possède sa propre cohérence et assume les conséquences du statu quo ou des décisions. Pour accompagner, il apparaît fondamental de faire preuve d’empathie, de savoir écouter, de poser les bonnes questions, de dissocier le symptôme (visible), du problème (en amont et parfois caché), d’être cohérent, d’exercer le non jugement et la non-directivité, comme l’enseignait Carl Rogers dès 1940. De plus, accompagner implique le travail sur soi et de reconnaître que la plupart des comportements humains visent à satisfaire des besoins dans un contexte donné, à un moment déterminé, avec les ressources dont on croit disposer.
Ces compétences d’accompagnement étaient-elles les mêmes il y a 6 000 ans ? A priori oui. Maîtriser l’art de « recadrer » les problèmes est, de tout temps, la compétence primordiale en relation d’aide – en examinant sous d’autres angles un problème en apparence sans issue, on change la perspective et ouvre la porte à des solutions créatives. Outre le recadrage, « l’ancrage » aussi se pratique depuis des millénaires. Or voilà que le spectre des compétences primitives s’élargit et se complexifie avec l’addition de lois et de règlements, de droits et d’obligations, de normes professionnelles, de dispositions éthiques, avec le bond en avant des neurosciences, de la recherche, des connaissances en médecine et en santé mentale. Accompagner l’autre implique un grand nombre de compétences (savoir, savoir-faire, savoir-être).
La professionnalisation des métiers de la relation d’aide
Il existe plusieurs métiers dont l’activité principale est la relation d’aide. L’expression « relation d’aide » ne renvoie pas à une intervention particulière, mais plutôt à un type de relations à établir dans le cadre d’une intervention qui vise à aider. En ce sens, la psychothérapie et toutes les interventions qui s’y apparentent sont des relations d’aide. De nos jours, une personne qui a besoin d’aide a donc le choix entre des dizaines d’approches. Nonobstant les approches et hormis les différentes techniques propres à chacune, l’ensemble des métiers de la relation d’aide, dont PNListe, semble suivre ces six grandes étapes d’intervention. Je résume :
1-Créer un lien de confiance : Accueil : évaluer ma disponibilité à écouter, mettre en place les conditions pour l’échange et clarifier mon rôle ; Respect : accepter l’autre tel quel et le démontrer par mon attitude ; Authenticité : rester moi-même, écouter avec mon cœur ;
2-Écouter et observer : Viser à mieux connaître l’autre dont les révélations sont confidentielles ; Observer ses comportements, son non-verbal ;
3-Démontrer de la compréhension : Écouter, clarifier le besoin et l’intention, utiliser des techniques, ex. : recadrage, reformulation, reflet ; Valider ma compréhension, ex. « Si je comprends bien, vous voulez… » ;
4-Départager désir et besoin : Le motif de la demande, le problème à résoudre ;
5-Spécifier et énoncer le besoin : Grâce au lien de confiance et à une idée précisée des ressources de la personne, l’aider à clarifier ses besoins ; l’accompagner dans la recherche de ses solutions, par exemple accompagner sa tâche de lister ses options et d’analyser chacune d’elles ;
6-Soutenir dans l’action ou l’inaction : Amener la personne à choisir ses solutions ou les options acceptables pour elle en égard avec ce qu’elle croit contrôler ou sur quoi il est possible d’agir ; Accompagner son passage à l’acte… ou à l’inaction, ex. lâcher-prise.
La PNL est-elle l’avenir de la relation d’aide ?
Carl Rogers, humaniste et psychologue (1902-1987), a conservé sa première place au nombre des auteurs fondamentaux que j’ai vivement recommandés les quinze années durant lesquelles j’ai enseigné la relation d’aide à l’Université.
L’approche de Rogers est résolument centrée sur la personne ; il fut par ailleurs consacré « Père de la non-directivité ». Dès 1942, Rogers définit sa conception de l’aide psychologique :
1-Il crée le modèle du psychologue thérapeute qu’il nomme « l’aidant », c’est-à-dire celui qui sait apporter sa spontanéité créatrice au projet d’autonomisation de son client. Cette nouvelle orientation de pensée abandonne tout a priori de jugement et de contrôle ;
2-Rogers institue le concept de « non-directivité », soit cette attitude de compréhension laissant au client le choix de son itinéraire, de son langage et de ses décisions. Évitant les étiquettes, la relation d’aide qu’il décrit, se fonde sur l’optimisme et la confiance dans les capacités évolutives de chaque individu. La non-directivité sert de mode relationnel de base à de nombreuses méthodes psychothérapiques. Encore aujourd’hui, les métiers de l’aide lui doivent beaucoup !
À titre de PNListe, j’aime me souvenir de ce que disait Rogers (1942) à propos de concepts enseignés.
Par ex. Rogers disait :
– au sujet de l’AUTORITÉ : « Je tiens beaucoup à avoir de l’influence sur les autres mais j’ai très peu envie d’exercer sur eux une quelconque autorité ou un quelconque pouvoir » ;
– au sujet de la CENTRATION SUR LE CLIENT : « C’est le client lui-même qui sait ce dont il souffre, dans quelle direction il faut chercher » ;
– au sujet du CHANGEMENT : « La vie, dans ce qu’elle a de meilleur, est un processus, rien n’est fixe » ;
– au sujet de l’EMPATHIE : « L’empathie consiste en la perception correcte du cadre de références d’autrui avec les harmoniques subjectives et les valeurs personnelles qui s’y rattachent » ;
– au sujet de l’EXPÉRIENCE : « À mes yeux, l’expérience est l’autorité suprême. Ma propre expérience est la pierre de touche de toute validité (être sa propre référence) » ;
– au sujet du NON JUGEMENT : « J’en suis arrivé à sentir que plus j’arriverais à maintenir une relation exempte de jugement et d’évaluation, plus cela permettrait à l’autre personne d’atteindre un point où il reconnaîtrait que le centre de la responsabilité réside en lui-même » ;
– et ce qu’il a dit au sujet de la PSYCHOLOGIE, bien que lui-même psychologue : « Actuellement, la psychologie me paraît pour l’essentiel si stérile que je n’ai pour elle aucun sentiment d’attachement. S’il apparaissait une nouvelle profession qui corresponde davantage à ce qui m’intéresse, je la rejoindrais sans autre chose qu’un dernier regard pour la psychologie ». Cette profession pourrait-elle être PNListe ?
L’empathie et la bonne volonté ne suffisent plus !
Accompagner l’autre ne saurait se résumer à manifester de l’empathie et à faire preuve de bonne volonté. Il y a plus de 6 000 ans, aider son prochain consistait à manifester quelques compétences primitives (empathie, nature, mystique, sens inné du bien et du mal), acquises par l’observation, par l’autoformation, transmises par la tradition, à appliquer des techniques bio-naturelles, énergétiques, sachant d’instinct l’importance de la codépendance entre vivants.
À ces compétences primitives, se sont ajoutées des compétences déontologiques (serment), les éthiques des premiers médecins holistes, acquises par auto et hétéroformation (grandes écoles), assorties de techniques naturelles, traditionnelles et également scientifiques (stoïcisme, le doute, essai-erreur). La prise en compte de la « relation humaine » comme facteur de soin remonte à la médecine hippocratique (400 ans avant JC). Puis les métiers de l’aide se sont définis, les compétences s’acquièrent par la formation professionnelle, qui conduit à une certification, une attestation ou un diplôme universitaire qui vise l’acquisition de compétences parfois régies par l’Office des professions (au Québec), dans la mire du législateur (au Québec : Loi 21). Le contexte dans lequel les métiers de la relation d’aide se pratiquent se complexifie sans cesse.
Ces professionnels doivent désormais maîtriser, outre les savoirs, les savoir-être et les savoir-faire propres à leur métier, un grand nombre de compétences administratives (tenue de dossiers, assurances professionnelles, fiscalité, adhésions professionnelles, technologies, ex. Skype, réseaux sociaux, blogs), respecter des dispositions éthiques, se soumettre à de la formation continue obligatoire, certains doivent par ailleurs maîtriser les compétences des travailleurs autonomes (contrat, facturation, conservation des dossiers, réseautage, marketing, etc.). À l’évidence, l’empathie et la bonne volonté ne suffisent plus.
Pour conclure : la PNL trace-t-elle l’avenir de la relation d’aide ?
Dans nos sociétés qui, pour un peu, seraient capables de considérer comme un progrès une pilule qui soulage tous les maux physiques et psychologiques, il est essentiel de s’arrêter pour réfléchir à la place de l’accompagnement, aux comportements éthiques et au sens de la relation d’aide interactive que nous pratiquons. Il en va de la reconnaissance, de la respectabilité et de la crédibilité de la PNL.
La PNL propose des techniques qui peuvent permettre à des individus de croître dans la direction désirée et parfois à grande vitesse. Bien que la PNL soit au nombre des « thérapies brèves » que citent plusieurs ouvrages, demeurons humbles, gardons-nous de vendre de la « rapidité ». Laissons plutôt nos clients témoigner : « La meilleure des publicités est un client satisfait. » (Bill Gates)
Le lien avec la PNL
Francine d’Ortun situe la PNL dans une généalogie longue de la relation d’aide, héritière de Carl Rogers et de la non-directivité, mais dotée en plus d’outils opérationnels — le recadrage, l’ancrage, le métamodèle — pour accompagner le changement « à grande vitesse ». Elle rappelle toutefois que ces techniques ne dispensent pas d’une exigence éthique et professionnelle croissante : l’empathie et la bonne volonté, seules, ne suffisent plus à légitimer une pratique de la relation d’aide, fût-elle PNListe.
Francine d’Ortun, PhD MA et CRHA, est professeure-chercheure honoraire d’université, coach et enseignante PNL. Elle a enseigné la relation d’aide à l’Université pendant quinze ans et a mené des observations de terrain sur les métiers de l’accompagnement en Chine, en Inde, en Jordanie et en Turquie.

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