Publié le 15 août 2026
Hypnose et PNL : pourquoi les deux techniques sont indissociables
« Je t’aime, moi non plus » : c’est ainsi qu’Emmanuel Sabouret résume la relation entre hypnose et PNL. Coach professionnel en PNL et maître praticien en hypnose ericksonienne et conversationnelle, il explique pourquoi, dans sa pratique, il est devenu impossible de dissocier les deux techniques — et comment le corps, la structure profonde et les émotions deviennent les véritables terrains de travail du changement. Un article publié dans la revue Métaphore n° 94, septembre 2019.
Spécialisations
De nombreuses spécialités naissent chaque jour et peuvent se fondre dans la PNL. Prendre le temps de les étudier permet de faire des liens avec les techniques existantes. Les contenants sont les mêmes, mais les contenus sont différents. Les mots interprètent les croyances qui sont les souches des valeurs qui laissent cours à la perception de la réalité de chacun.
Maintenant, tout étudier ouvre le champ des possibilités de faire des liens avec votre spécialité, mais apporte une connaissance de surface et une compréhension hâtive des techniques.
Lorsque j’ai commencé à étudier les structures et les techniques de la PNL, je vivais le symptôme de l’imposteur. La PNL m’a attiré par ses présupposés qui ouvrent la voie à toutes les possibilités. Malheureusement, le cadre de l’enseignement international ne me convenait pas. Les protocoles peuvent être enseignés de façon trop rigide ou le cadre de la psychologie avec lequel elle a été créée n’évolue pas toujours avec les connaissances de l’évolution de la neurologie.
Je me suis trouvé enfargé dans un vocabulaire et dans un cadre cognitif qui ne laissait pas de place à la systémie de la capacité neuronale. Le système cognitif du changement prenait beaucoup de place lors des cours, mais la réalité de la transformation ne se trouve pas dans le confort de la compréhension.
Un tout
Depuis de nombreuses années, je pratique l’hypnose. Je suis fasciné par Milton Erickson depuis mes vingt ans.
Mes recherches et mes études en hypnose me permettent de faire des liens d’une grande simplicité avec les dernières recherches en neurologie. Bien entendu, ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas forcément demain, mais ce qui est vrai aujourd’hui suffit à démontrer le travail effectué dans l’atteinte d’un objectif de l’instant.
La PNL m’a apporté des techniques de compréhension et d’intervention que je ne possédais pas dans les formations que j’avais suivies en hypnose ericksonienne.
Lorsque j’enseigne la PNL et l’hypnose, il m’est impossible de dissocier les deux. Enseigner ces deux techniques séparément serait enseigner la PNL sans le travail de la sémantique générale d’Alfred Korzybski, la grammaire générative et transformationnelle de Noam Chomsky ou les enseignements de Fritz Perls et de Virginia Satir.
Il est classique de trouver, lors de formation en PNL, deux ou trois jours d’hypnose. Au bout de ces quelques heures, les futurs coachs certifiés en PNL pensent travailler avec les outils de l’hypnose.
Au-delà du langage de Milton, l’hypnose est un moyen de communication qui crée le rapport, dirige le regard et la perception du sujet, apporte une confusion ou une saturation afin d’utiliser les outils de la PNL. C’est ensuite qu’il est possible de travailler en profondeur afin de changer la carte neuronale que beaucoup appellent l’inconscient. Il ne s’agit pas de faire une technique d’hypnose, mais d’utiliser les techniques de l’hypnose dès la prise de rendez-vous et tout le long de la séance.
Le corps
L’inconscient est l’ensemble des automatismes qui font le sujet, ses croyances, ses valeurs, sa perception du monde à travers ses filtres. Ses automatismes sont ancrés dans le corps qui est régi par un système qui fait des liens sans cesse avec ses apprentissages passés, afin de faire au mieux et au plus simple.
Comme le démontre Antonio Damasio (médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie) dans son livre « Spinoza avait raison », un nombre incalculable de stimuli viennent percuter la peau. Ils poursuivent leurs chemins le long du système nerveux avant d’atteindre les neurones dirigés vers le tronc cérébral, pour être transmis aux hémisphères et être interprétés. Le stimulus atteint les récepteurs de la peau, environ 120 millisecondes, avant qu’il atteigne le tronc cérébral.
Antonio Damasio démontre que nos fonctionnements sont régis par des interrupteurs, des déclencheurs automatiques. Ils s’installent dans le corps et s’intègrent comme des protocoles comportementaux tout au long de l’existence du sujet. Ils évoluent et se construisent par les émotions vécues de chaque instant.
La structure profonde
Les prédicats enseignés en PNL sont la partie visible de cet iceberg dont nous sommes bien loin d’avoir perçu la profondeur.
L’hypnose permet de percevoir le langage profond de la réalité du sujet (le langage du corps) et de gagner un temps record dans le changement, en passant directement par l’émotion qui a encodé le déclencheur.
En PNL, nous parlons des structures de la personne. Le travail effectué peut se faire plus facilement en travaillant le plus rapidement possible sur la structure profonde. C’est elle qui est la source des mécanismes automatiques comportementaux. Il s’agit de travailler avec ce qui régit les automatismes : le corps.
Pourquoi s’en priver ?
Tout professionnel sait qu’en changeant les ancrages, il est possible de changer la perception émotionnelle. Seulement, ces ancrages sont bien plus profonds qu’un simple prédicat calibré dans un état de confort. Le changement se fait dans l’inconfort du mouvement, là où la réalité exprime le langage de la structure profonde.
Il s’agit donc de mettre en place rapidement un état de conscience modifié pour échanger avec la partie qui possède la capacité du changement.
La PNL est une formidable boîte à outils d’intervention et l’hypnose est un traducteur de langage qui parle la même langue que cette structure profonde.
Il ne s’agit plus de connaître la PNL ou l’hypnose, il est nécessaire de devenir PNL et hypnose.
Les émotions
La force du coach est son identité et sa capacité à dépasser les limites qui lui ont été définies. Avoir des bonnes bases en neurologie et connaître la thérapie provocatrice, permet de mettre en pratique une sortie de zone de confort rapide et donne la capacité du mouvement dans le changement.
La confusion et la perte de structure, accompagnées du fameux « rapport », permettent de guider un sujet à vivre de manière sensorielle un objectif défini. Les sens sont les sources des émotions, et je vous rappelle qu’elles sont les « encodeurs » de nos comportements.
Nous avons beau être des êtres émotionnels, nous ne sommes pas nos émotions.
Les événements qui les ont créées ne se passeraient pas de la même façon aujourd’hui. Les apprentissages du sujet et son expérience feront que ce sera différent. Il se pourrait même que le sujet ne prenne même pas conscience de l’événement. Cela signifie que les émotions qu’il vit à répétition et qui le limitent ne sont pas les siennes, mais elles appartiennent à une partie de lui qui n’a qu’une perception de ses possibilités. Si je parle d’émotions limitantes, c’est que je pense qu’il n’y a pas d’émotions positives ou négatives. Toutes les émotions sont nécessaires et ont une raison, une intention positive, un gain secondaire.
Les émotions sont nos amies, elles nous préviennent que quelque chose nous convient ou pas. Elles nous aident et nous encouragent, elles sont donc aidantes, ou bien nous alertent d’une difficulté de perception. Elles sont donc limitantes dans l’instant. S’arrêter un moment pour l’écouter et définir son message permet de reprendre le contrôle.
Quatre langages
La confusion perçue par les intervenants entre l’association et la dissociation est souvent mal comprise. Nous sommes des êtres émotionnels et nos comportements, nos encodages fonctionnels, sont générés par nos émotions.
Se dissocier d’une émotion vécue lors d’un événement, c’est s’associer à une autre émotion ou un autre espace-temps. Le fait de se dissocier d’un événement émotionnellement fort permet de s’associer à ses apprentissages et à sa maturité.
Il n’est pas question d’oublier un événement, mais de se dissocier de l’état émotionnel qui a construit une réalité autour de l’événement. Oublier une aventure, c’est supprimer une partie de l’apprentissage, donc une partie de l’être et ce n’est pas recommandé.
De la même façon qu’il est possible de travailler sur la douleur chronique en hypnose en diminuant les informations nociceptives sur le cortex cingulaire antérieur, il est possible de créer une nouvelle perception à l’encodage émotionnel limitant.
Il s’agit d’accompagner le sujet à observer l’événement en dehors de l’émotion limitante. Le sujet sera alors associé à une émotion aidante d’apprentissage qui créera un nouveau schéma émotionnel.
Dans un état de transe profonde, le cerveau inhibe la perception du corps qui ne répond plus aux suggestions conscientes. Le corps témoigne ainsi du fonctionnement de dissociation qui peut entraîner un choc vagal lors d’une dissociation émotionnelle forte.
Les clients expriment leur dissociation en émergence par des engourdissements, des déséquilibres, il peut arriver un malaise vagal ou des signes importants de confusion.
Milton Erickson décrit dans le Tome 1 « De la nature de l’hypnose et de la suggestion » que lorsque le sujet est en transe, les signes de catalepsie et d’absences de réponse idéomotrice démontrent l’absence de connexion entre la conscience et les réponses comportementales du corps.
Un travail en hypnose profonde permet de créer de nouveaux stimuli émotionnels, de retirer l’intervention du reptilien qui crée souvent la limite de réaction constructive, en agissant par la fuite, le combat ou la paralysie. De plus, les nouveaux stimuli ne seront pas perçus par le cortex frontal de la rationalisation et ne remettront pas en cause le changement.
En dirigeant la perception du sujet sur d’autres possibilités comportementales aidantes, le cerveau encode de nouvelles possibilités d’actions, les vit comme une réalité et évite de passer par la décision du reptilien et de la conscientisation.
La dissociation permet donc de créer de nouveaux ancrages dans le corps et de transformer les ancrages corporels limitants.
L’hypnose dans l’accompagnement va plus loin qu’une mise en transe légère ou profonde, une association ou une dissociation.
L’hypnose étudie les quatre langages de l’être humain :
- Ce qu’il exprime verbalement
- Ce qu’il interprète dans un discours interne
- Son ressenti émotionnel
- L’ancre déclencheuse.
Stanislas Dehaene (psychologue cognitiviste et neuroscientifique) dans son livre « Le code de l’inconscient », explique par ses recherches la perception de l’inconscient et de la conscience par l’intensité du stimulus. Un stimulus ayant une intensité de 270 millisecondes commence à laisser une trace sur le cortex pariétal et préfrontal. La prise de conscience s’amplifie à partir de 300 millisecondes et devient consciente. Un stimulus inférieur à ces 270 millisecondes reste au niveau de l’inconscient, stimule des circuits spécialisés de l’insula antérieure et de l’aire motrice prés-SMA. Certains stigmates de ces stimuli se perçoivent pour un œil averti. La technique de l’hypnose maîtrisée permet de détecter les stimuli inconscients et donne à l’intervenant, la possibilité de travailler sur l’ancre déclencheuse.
Nous le savons tous, nous ne sommes pas dans la nécessité de connaître la source du problème pour accompagner un sujet. La partie qui a créé le problème est capable de trouver la solution avec l’évolution des apprentissages, lorsque la conscience s’autorise à le laisser faire !
Alors, faites confiance à la partie qui sait.
Le lien avec la PNL
Cet article interroge directement la frontière entre PNL et hypnose ericksonienne, deux disciplines nées de la même filiation intellectuelle — la modélisation des thérapeutes d’exception, dont Erickson lui-même fait partie des figures fondatrices modélisées par Bandler et Grinder. Emmanuel Sabouret y défend une position forte : les prédicats et ancrages enseignés en PNL ne sont que la partie visible d’une « structure profonde » que seule l’hypnose permettrait d’atteindre pleinement. Cette lecture invite à revisiter les présupposés PNL sur le changement comportemental à la lumière des apports des neurosciences contemporaines qu’il convoque (Damasio, Dehaene).
Emmanuel Sabouret est coach professionnel en PNL, maître praticien en hypnose ericksonienne et conversationnelle, et enseignant en hypnose. Certifié en Programmation Neuro-Linguistique à Québec, il exerce depuis plus de 20 ans et a fondé en 2018 l’école de formation « Cognition Académie », à Québec. Passionné de neurosciences, il poursuit ses recherches sur la plasticité et le fonctionnement du cerveau humain. www.emmanuelsabouret.com

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