Publié le 3 juin 2026
Être la personne-ressource
L’exercice de la PNL amène les étudiants à expérimenter des postures moins « actives » que celles de sujet ou de praticien : la personne-ressource (observateur) et l’assistant. Angélique Gimenez, enseignante certifiée NLPNL, explore en profondeur ce que ces postures développent chez celui qui les occupe — et pourquoi elles méritent une vraie attention de la part des formateurs. Un article publié dans la revue Métaphore n° 78, septembre 2015.
L’exercice de la PNL amène les étudiants à expérimenter des postures moins « actives » :
- personne-ressource ou observateur : c’est la personne qui n’est ni le sujet ni le praticien dans les exercices de PNL. Elle est là, observatrice, gardienne du temps et des éléments factuels.
- assistant : personne qui viendra en soutien d’un enseignant PNL pour parfaire son cursus d’apprentissage ou en vue de devenir lui-même enseignant.
La communication et l’échange s’entendent usuellement comme une dynamique interactive entre deux personnes qui échangent, alternant les fonctions d’émetteur-récepteur… Cette posture tierce, faite de présence plus que d’action, comment la vivons-nous ? Avez-vous déjà pris du recul, fait votre propre feed-back sur ce que vous a appris cette place ?
Je vous propose d’aller explorer ce qu’apportent ces postures moins « actives » que celles du sujet, de praticien ou d’enseignant et de vous laisser faire l’analogie avec la vie de tous les jours et votre pratique professionnelle… Vous êtes souvent acteur, apprenant, coach ou coaché et plus rarement en observation et/ou soutien… Et pourtant, vous pouvez apprendre beaucoup à travers ces postures… y avez-vous déjà réfléchi ? En quoi est-ce essentiel pour votre propre progression et comment vivez-vous de participer à un système, une dynamique sans être ni l’actif principal, ni passif puisque le reste du trio « A, B, C » compte sur vous pour les exercices de PNL !
Être la personne-ressource
Voilà un rôle que la plupart d’entre nous expérimente lors des premiers exercices en PNL… La vie nous offre peu souvent le troisième « rôle » comme un rôle gratifiant… où est la place du troisième ? Sur le podium certes mais sur une marche moins haute que les autres.
Où est la place de la troisième personne dans un échange entre amis, un échange familial, professionnel… le dialogue est souvent centré entre deux personnes et les rôles peuvent tourner mais le troisième doit souvent réajuster sa posture pour se sentir pleinement valorisé. Dans des groupes plus grands, la dynamique se posera différemment et cependant, nous pouvons remarquer que les actifs sont souvent les mêmes et que les autres peuvent devenir passifs et « décrocher »…
Dans la pratique des exercices de la PNL, qu’en est-il de cette place de « tiers » qui a une appellation bien appréciable « personne-ressource ». Au milieu, ou bien à côté, ou bien en décalage (chacun son ressenti), à cette place qui n’est ni celle du sujet ni celle du praticien… comment ne pas être l’acteur et néanmoins avoir une vraie participation dans la diade sujet-praticien ?
La personne-ressource est souvent appelée observateur
Son premier rôle consiste effectivement à observer le processus qui se déroule entre sujet et praticien pour être le garant de la sécurité et du respect de chacun… En cas de litige sur une interprétation, de projection et/ou d’identification inconscientes entre sujet et praticien, la personne-ressource, par son observation précise et factuelle, pourra aider à mieux comprendre les processus mis en jeu et à restituer à chacun sa responsabilité, sans jugement, juste en donnant des faits précis, en reprenant des mots, des gestes de l’un et l’autre des protagonistes.
Cette posture devient celle du « modérateur, régulateur, catalyseur » souvent silencieux et en même temps garant du cadre de l’exercice par sa seule présence. Il garde le temps, vérifie que le protocole est dûment suivi, que le praticien guide le « mouvement relationnel » avec des capacités essentielles de PNListe (calibration, reformulation, synchronisation…).
Le feed-back de la personne-ressource
Sa seconde attribution est donc cette observation fine du praticien, dans sa pratique ; elle permet ensuite de donner un feed-back précis (et précieux) à la personne en apprentissage. L’art de la personne-ressource relève alors de sa capacité à noter et formuler justement ses observations, à les rapporter sans interprétation personnelle, de façon à permettre au praticien de « recadrer » sa pratique à partir d’éléments concrets. Il ne s’agit pas de critique même constructive mais « d’un retour sur image » que l’observateur offre au praticien pour mieux mesurer ses écarts par rapport à l’objectif initial et en faire une occasion de s’améliorer. Rappelons que le feed-back est bien un « retour objectivable, factuel » de la prestation réalisée : la façon de dire, au-delà même du contenu factuel est fondée sur la bienveillance.
La personne-ressource va donner de quoi se ressourcer au praticien… Pour pouvoir le recevoir « tel que » et le laisser cheminer dans son processus interne pour vérifier ce qui lui apparaît effectivement intéressant pour progresser, le praticien a besoin de cette attitude positive de la personne-ressource. Si l’état émotionnel du praticien est entaché par une posture ambivalente de la personne-ressource, le feed-back ne portera pas ses fruits ni les éléments de progrès espérés. Il apportera plutôt de la confusion dans la relation praticien-personne-ressource et peu de progrès cognitifs. Par nature, la fonction de la personne-ressource serait rétroactive : elle renvoie quelque chose de lui-même au praticien pour que celui-ci progresse dans sa pratique. Elle n’est pas récursive* entre le praticien et l’observateur car le feed-back fait ici n’a pas pour vocation d’alimenter un processus de réajustement entre ces deux personnes, mais bien de créer un processus à l’intérieur même du praticien (pour se réajuster lui-même).
S’il éprouve néanmoins un ressenti plus ou moins fort, empreint de plus ou moins d’agacement, de colère, d’incompréhension envers l’observateur, il est important de l’évoquer et de le résoudre. Que la personne-ressource regarde aussi en elle-même ce qui se joue. Le praticien vérifie aussi ce que se passe en lui car recevoir un feed-back peut renvoyer à de multiples expériences d’apprentissage… La relation praticien-personne-ressource occasionne elle aussi des transferts et contre-transferts… Cela ne concerne pas uniquement praticien et sujet. Belle occasion de veiller à sa posture, y compris quand notre rôle est normalement d’observer, de dire du factuel et d’accompagner à apprendre de ses erreurs !
La personne-ressource en soutien du praticien
La personne-ressource est également la personne qui apporte son aide au praticien lorsqu’il est en difficulté pour accompagner son sujet. Ce rôle de soutien demande aussi de la délicatesse quant à son positionnement pour que praticien et personne-ressource « n’entrent pas en compétition » dans l’accompagnement du sujet. Le cadre d’intervention doit être posé par avance. Il est important de s’autoriser à demander de l’aide à la personne-ressource et de la remercier quand le praticien se sent en capacité de reprendre l’accompagnement. La personne-ressource peut aussi proposer son aide mais toujours en verbalisant sa proposition afin qu’elle soit sûre que cela convienne au praticien.
Nous constatons que la personne-ressource porte tout à fait bien son nom, et que si son rôle est avant tout un rôle d’observation, apparemment moins participatif et actif que celui du sujet ou du praticien, sa présence est signifiante dans le déroulement des processus d’accompagnement et extrêmement précieuse pour l’évolution du praticien dans sa pratique. C’est tout aussi précieux pour la personne-ressource pour apprendre comment se positionner en tiers facilitateur de processus, en catalyseur de la relation sujet-praticien et en catalyseur de développement du praticien dans sa pratique. C’est finalement une posture qui permet un réel travail sur la capacité de réceptivité, de neutralité bienveillante et elle mérite une vraie attention de la part des enseignants/formateurs en PNL.
Un feed-back bien donné donne envie d’apprendre
La personne-ressource mérite également du feed-back sur sa capacité à donner du feed-back, à être dans une réelle présence et écoute « réceptive », et à s’exprimer avec élégance. Plus encore que la façon de le construire, c’est réellement dans la façon d’être de la personne-ressource et dans sa manière de le formuler que se joue l’essentiel… un retour qui permet au praticien d’évoluer en se sentant presque fier d’avoir appris de ses erreurs…
Un feed-back bien donné doit donner l’envie de continuer à apprendre et faire dépasser la peur de se tromper, d’oser. Nous devons accompagner nos stagiaires à savoir faire des feed-backs ajustés autant qu’à les recevoir… Nous les accompagnons ainsi à une pleine intégration du présupposé : nos erreurs sont des sources d’apprentissage… et cela fait souvent fleurir de nouvelles solutions inattendues ! Elles favorisent la créativité et la souplesse, qualités très intéressantes dans les métiers de l’accompagnement !
Dans les exercices de PNL, au même titre que la personne-ressource et le sujet font un retour au praticien, il me semble donc opportun que le praticien et le sujet disent eux-mêmes comment ils ont vécu l’intervention de la PR. Elle-même pourra dire comment elle a vécu son rôle et entendre la réponse du praticien pour vérifier sa bonne posture.
Personne-ressource, c’est l’expérience d’être à sa place, la juste place : ni trop en avant, ni trop en retrait. C’est apprendre à avoir de bonnes frontières et la capacité à accepter l’autre tel qu’il est, là où il en est ; sans cela, les feed-back donnés au praticien, même bien factuels en apparence, pourront susciter des réactions vives dudit praticien.
Même si ce dernier respecte le principe du feed-back et ne répond pas verbalement, la réponse analogique et/ou son comportement envers la personne-ressource traduiront une certaine tension qui pourrait perdurer au-delà de l’exercice.
Vers la position méta : gérer seul l’accompagnement en cabinet
Si le rôle de ressource est si signifiant, comment gérons-nous l’accompagnement en cabinet, seul face à notre client/patient ? Nous devons être à la fois praticien et ressource. La pratique de ce rôle de ressource nous permet d’expérimenter la troisième position perceptuelle (être avec les deux autres personnes en lien avec elles et soi-même) et, pas à pas, au fur et à mesure que nous prenons du recul par rapport au processus entre sujet et praticien, cette pratique du rôle de ressource nous invite à faire de même par rapport à nous-même et au processus qui nous lie aux autres. Nous cheminons ainsi progressivement vers la position méta : en lien avec la réalité qui se déroule, en lien avec soi et les autres, et, en même temps, en capacité de suivre le processus comme si nous étions spectateur de nous-même et des autres.
Et c’est précisément, cette aptitude à être en position méta qui nous permet d’être seul avec notre « sujet » en cabinet : nous sommes en lien avec lui, la réalité du moment et en même temps nous prenons du recul par rapport à notre propre pratique… nous devenons capable de nous faire un feed-back, propre observateur de notre état de praticien et d’évaluer quand le soutien de nos superviseurs devient nécessaire.
C’est une occasion enfin de s’interroger sur nos croyances quant à notre rôle dans la vie en général ? Si je ne suis pas la personne qui œuvre ou dont on s’occupe, quel est mon ressenti ? Qu’est ce que je me dis de moi-même, de ma place dans le monde, par rapport aux autres ?
À bien y regarder, c’est une position qui permet de développer des compétences aussi importantes que celles que nous développons quand nous sommes praticien :
- trouver sa place par rapport au processus que nous générons chez le client/patient dans l’accompagnement. Nous le guidons certes mais il est important (et parfois difficile dans les premiers temps) de le laisser intégrer en son for intérieur le feed-back que nous venons de lui faire, de lui laisser cet espace d’accueil où nous cessons d’être actifs verbalement mais toujours bien présent.
- développer notre aptitude à adopter la troisième position perceptuelle et la position méta.
- accepter que nos interventions puissent susciter des réactions chez la personne accompagnée, qui ne seront pas nécessairement verbalisées (c’est rarement facile pour un patient de dire à son thérapeute qu’il est insatisfait, en colère, agacé par lui…).
- apprendre à ajuster au mieux nos propos pour lui permettre de travailler sur lui-même en reformulant très précisément ses dires et ses gestes.
- développer un sens de l’observation très aiguisé.
- développer sa réceptivité, des frontières bien ajustées et être au clair avec nos croyances sur l’action, « le faire » qui sont de nos jours des aptitudes plus reconnues que le fait d’être soi, juste là, présent et à l’écoute de soi et de l’autre.
Cette posture nous fait travailler les métaprogrammes de positionnement (cadre de référence, positions perceptuelles, frontières et position vis-à-vis d’autrui) et de décision (attitude et direction).
Être l’assistant
Comme sur les plateaux de cinéma, être l’assistant, c’est occuper une place à part et moins bien définie que celles d’acteurs ou de formateurs et de spectateurs ou de stagiaires. L’assistant dans les groupes de formation en PNL peut avoir plusieurs objectifs en décidant de prendre ce rôle : modéliser le formateur (peut-être pour devenir à son tour formateur ou pour être encore plus expert dans sa pratique en cabinet), revisiter les modèles en ayant acquis une vision plus évoluée de la PNL et prendre davantage la mesure des différents niveaux de formation, mieux faire le lien entre les outils de base et les modèles plus élaborés, apprécier le chemin qu’il a parcouru et revivre une occasion de réviser les techniques moins bien intégrées…
Il sait, en choisissant de faire cette expérience, quelle sera sa place géographique dans la salle ; cette fois-ci, il est assis aux côtés de l’enseignant et en face des stagiaires. Il ne sera pas reconnu comme l’autorité mais sera néanmoins rattaché aux figures d’autorités… difficile d’en préciser les termes et les limites car chaque stagiaire va lui renvoyer sa propre définition de l’autorité, et surtout d’une autorité-adjointe. Il doit trouver sa juste place pour intervenir : en grand groupe, à quel moment peut-il faire part de ses remarques sans « entamer » le temps de paroles des stagiaires et de l’enseignant ? En petits groupes pour les exercices, qu’apporte-t-il rien que par sa présence aux stagiaires ? Est-il aidant, réconfortant pour certains ou inhibant pour d’autres ?
La pratique de l’assistanat avec deux enseignantes en PNL m’a permis de constater que la place d’assistante peut se décliner avec un taux de participation aux exercices bien différent : dans un cas, une présence quasi constante lors des travaux en petits groupes et dans l’autre, des interventions à la demande et une « supervision » rapide du processus en passant dans les petits groupes. Sans préjuger de l’efficacité d’une ou l’autre méthode ou du ressenti des stagiaires (qui peuvent ou pas être gênés ou au contraire rassurés par la présence d’un assistant), il me paraît plus difficile de passer aléatoirement dans les groupes plutôt que de les suivre du début à la fin de leurs exercices…
Le rôle d’assistant est donc une occasion de plus de trouver sa place, quelle que soit la mission à assumer. C’est une expérience qui nous rend plus que jamais sujets aux transferts et contre-transferts, à d’éventuelles projections/identifications, aux lectures de pensées. Nous sommes sujets à susciter les réactions classiques d’un sujet envers l’autorité avec peut-être plus de probabilités d’être la cible des transferts car il y a inconsciemment, pour le stagiaire, moins de risque à être en transfert négatif avec une figure d’autorité-adjointe qu’avec l’autorité en titre. C’est donc une excellente place pour apprendre à gérer les relations transférentielles et pour participer à l’apprentissage des autres tout en poursuivant le sien à un autre niveau, davantage centré sur le savoir être.
Au final, c’est apprendre à « être » plutôt qu’à « faire » et ces deux positions qui peuvent nous poser la difficulté de « prendre sa place », avoir sa place sans devoir faire, constituent, sous des couverts de « second rôle », des positions-clés pour devenir un psychothérapeute participatif et réceptif simplement en étant là, à sa juste place de « catalyseur » de mieux-être.
* Le principe de récursivité : la cause produit une conséquence et la conséquence à un effet en retour sur la cause et l’effet en retour génère une nouvelle cause qui produit une nouvelle conséquence. Autrement dit, le produit est nécessaire à la création du processus qui le produit. C’est le processus qui est génératif. La récursivité remplace la rétroaction (feed-back, simple effet en retour de la conséquence sur la cause) en la rendant féconde.
Extrait des cours de PNL avancée de Monique ESSER, inspirée par les écrits d’Edgar Morin sur la pensée complexe.
Ce que cet article apporte à la pratique PNL
Angélique Gimenez met en lumière une dimension souvent négligée de la formation PNL : les postures « secondes » — personne-ressource, assistant — sont loin d’être des seconds rôles. Elles constituent un entraînement direct à la troisième position perceptuelle, à la position méta et à la bienveillance factuelle, qui sont au cœur de la pratique du praticien en cabinet. Prendre ces postures au sérieux, c’est former des praticiens plus solides, capables de s’auto-superviser et d’accompagner sans se noyer dans le processus de l’autre.
Angélique Gimenez est enseignante certifiée en PNL et formatrice en psychotraumatologie. Elle dirige Anvisage. Contact : www.anvisage.fr

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