Le blog

Publié le 27 août 2026

Comment collaborer avec quelqu’un qui refuse le dialogue : la PNL au service de la médiation

Que faire quand l’autre partie refuse purement et simplement le dialogue ? Michaël Ameye, coach et formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier, propose un protocole en plusieurs étapes — appuyé sur l’état COACH, la dissociation et les niveaux logiques — pour sortir des conflits, en commençant toujours par soi-même. Un article publié dans la revue Métaphore n° 105, juin 2022.

ameye-michael

Introduction

En ces temps d’exacerbation des conflits et des polarités, il est parfois difficile de maintenir le dialogue… surtout quand l’autre partie n’en veut pas.

Que faire alors ?

C’est la définition même d’une situation de conflit. Un conflit est un désaccord pour lequel le canal de communication est rompu ou en tout cas bien parasité.

Comment rétablir le dialogue ou comment s’accorder au non-dialogue ?

Et quelle est la différence entre une rupture de dialogue entre deux personnes et entre deux groupes de personnes (qui a dit nations ? 😉 ) ?

Revenons d’abord aux sources du conflit.

Revenir aux sources

Quelle est l’origine du désaccord ? Quel est le processus qui a conduit à la rupture de la relation ?

En approche stratégique et interactionnelle de Palo Alto, on parle d’escalade symétrique ou antisymétrique dans une boucle interactionnelle. Complémentaire, c’est quand les deux protagonistes gonflent leurs muscles et leur voix de plus en plus. Antisymétrique, c’est quand un protagoniste prend le dessus et l’autre s’écrase, de plus en plus. La boucle interactionnelle, c’est le cycle au cours duquel A émet un message, B le décode (en le déformant à travers ses filtres) et renvoie un feedback ou un message à son tour vers A qui le décode (en le déformant) et ainsi de suite.

Donc, à un moment donné, A fait ou dit quelque chose que B ne vit pas bien ou pour lequel il ou elle n’est pas d’accord. Nous sommes au stade du désaccord.

Mais pas encore de conflit !

Le conflit commence lorsque le processus de communication se bloque ou le canal est réduit ou rompu.

Quel est le phénomène à l’origine de ce blocage ?

Selon la théorie de Steve Porges, le système nerveux polyvagal dirige nos réactions préconscientes en fonction du niveau de sécurité de l’environnement.

Un désaccord est une source d’insécurité et donc notre automatisme de survie nous branche sur des stratégies qui protègent soit par la colère, le jugement, le rejet soit par la peur, l’évitement, le déni, soit encore par la tristesse, la plainte, la victimisation.

Les familiers du triangle de Karpman retrouveront bien sûr deux des positions qui entretiennent les jeux psychologiques négatifs.

Dès que ces processus sont enclenchés, il n’est plus question de fond, du désaccord en lui-même. On est passé au niveau de la relation. Le contenu n’est plus important, c’est le positionnement, la lutte pour sa place qui compte maintenant.

On peut également parler d’identification ou « d’égotisation » de la situation. Je prends personnellement, pour moi, au niveau de mon identité, du sens que j’ai de moi-même ce qui est en train de se dérouler.

On peut également faire le lien avec les positions de vie de Éric Berne, je suis ok ou pas, tu es ok ou pas.

L’essentiel de cette phase est que l’on se sent impliqué dans son être.

Et c’est évidemment un miroir aux alouettes. Ce sont des histoires qui sont inventées par nos stratégies de survie qui décodent la situation en noir et blanc, en j’aime et je n’aime pas, en ce qui est juste et pas juste.

Feu Thich Nhat Hanh nous apprenait à sortir de cette impasse en quatre étapes. Mais nous y reviendrons.

Commençons par une première étape dans notre stratégie.

Commencer par soi

Si l’on accepte l’hypothèse que nous ne vivons pas dans la réalité mais dans notre interprétation de la réalité et donc que chacun a sa propre version, si l’on accepte que toute communication est constituée par une boucle interactionnelle avec une logique circulaire (A influence B qui influence A en retour, etc.), et si, lorsque le conflit naît, nous acceptons le fait que nous ne sommes plus pleinement nous-mêmes mais que nous fonctionnons en mode « survie », alors il est un premier pas très simple intellectuellement (émotionnellement ce n’est pas aussi évident).

Lequel ? La réponse est dans le titre… commençons par prendre soin de nous-mêmes rien qu’avec nous-mêmes.

Comment ? Voici quelques étapes-clés d’un processus ou protocole à titre d’exemple.

  1. Reprendre contact avec son corps par la respiration et le regard vers le bas (prendre le temps) ;
  2. Installer un état ressource (l’état COACH de Bacon et Dilts par exemple ou un cercle d’excellence) en lien avec la sécurité ;
  3. Si cela ne fonctionne pas, installer une légère dissociation et vous poser la question de ce qui vous empêche de vous poser dans votre corps et installer un pont de ressource pour passer à l’étape suivante ;
  4. Se réaligner sur son être profond (avec les niveaux logiques par exemple) ;
  5. De cette position, comprendre ce qui vous touche ou alimente la rupture, le parasitage de la relation ;
  6. Trouver un moyen de lâcher-prise sur ce qui est « accroché » ou une manière de l’intégrer sous une autre forme qui vous donne plus de liberté (la désintrication de McDonald est un outil fabuleux pour cela) ;
  7. Imaginer dans le futur comment vous avez évolué de telle manière que, même si le comportement ou la situation ne change pas, cela ne vous affecte plus ;
  8. Revenir à l’instant présent et vérifier que vous êtes bien avec la situation quoiqu’il arrive.

Notre structure identitaire ou Ego est complexe et construite sur le passé. Notre conscience profonde, par contre, est intemporelle et constitue un véritable guide pour transcender et se détacher de ce qui nous maintient dans une relation conflictuelle.

L’exercice, qui peut se révéler inhabituel pour certains, consiste à regarder profondément nos réactions émotionnelles ou de survie pour retrouver notre vraie nature. Comme l’enseigne le bouddhisme : « ce à quoi tu résistes persiste, ce que tu regardes en profondeur se dissipe ».

Nous sommes tous capables de dépasser nos difficultés par nous-mêmes. Comme le dit le présupposé de la PNL : « toutes les ressources sont dans le système ».

Maintenant, ce n’est pas parce que l’on a lâché-prise que l’on ne doit rien faire de plus. Cette première démarche nous sert juste de « camp de base » pour la suite du voyage au-delà du conflit.

Quelle est l’étape suivante ?

Tendre la main

Nous sommes prêts à rouvrir le dialogue et rétablir la relation. La méthode la plus puissante que j’ai été amené à apprendre et que j’utilise en médiation est la pratique du Renouveau (ou du nouveau départ) de Thich Nhat Hanh.

La voici résumée :

  1. Exprimer son appréciation : malgré ce qui vous sépare de l’autre, il ou elle contribue certainement à des choses positives ou l’a fait par le passé ;
  2. Exprimer ses regrets : mettre en avant nos propres manquements et limites dans la situation, exprimer notre responsabilité dans le maintien du conflit ;
  3. Exprimer la difficulté que vous vivez, la souffrance qui vous habite ;
  4. Exprimer une demande basée sur un vrai besoin (non lié à l’Ego mais bien lié à notre conscience profonde) souvent exprimé sous la forme : « j’ai besoin d’aide pour arriver à … ».

Un autre enseignement de Thich Nhat Hanh qui m’aide beaucoup dans les situations conflictuelles est : « Les autres sont le chemin ».

Cela met en perspective que le conflit que je porte est une forme d’apprentissage de mes limites et de mes attachements. Si je peux les dépasser, la relation devient plus facile à rétablir ou restaurer.

J’émettrais simplement quelques précautions d’usage dans l’utilisation de ces pratiques. D’abord, cela ne fonctionne pas avec des personnes qui se sont réfugiées derrière des stratégies manipulatoires voire perverses. Il convient de maintenir son équilibre en interaction avec ce type d’interaction. Ensuite, notre premier réflexe est souvent d’entreprendre les démarches de « tendre la main » en espérant un retour positif. Et c’est une erreur. Le fait d’attendre une réponse positive biaise la démarche.

Tendre la main est une démarche purement personnelle et quoiqu’il arrive elle doit vous permettre de vivre en paix intérieure avec vous-même et l’autre ou la situation.

Et si cela ne fonctionne toujours pas ?

La situation a déjà changé parce que vous n’en souffrez plus et que vous êtes en paix avec vous-même. Le conflit n’est pas tenable. La ou les personnes peuvent continuer à agir de la même manière mais votre porte est ouverte, le levier ou le point de résistance n’existe plus.

Ma pratique de plus de trente ans de l’Aïkido, qui est l’art de la fluidité relationnelle et de la non-résistance, m’a appris qu’il est impossible de résister à quelqu’un… qui ne résiste pas.

Il reste donc à être curieux de comment l’autre partie va faire pour vous ramener sur le « ring de boxe » et de rester sur votre position tout en continuant à inviter au dialogue.

Et quand il s’agit de collectifs comme… une nation ?

Les collectifs évoluent aussi rapidement que leurs éléments les plus lents !

Nous formons une partie de ces collectifs qu’on appelle nation. Faire partie des personnes éclairées, détachées ne sert à rien si vous n’emmenez pas les autres avec vous.

De mon point de vue, l’identité nationale est une aberration et un égarement du passé. Nous subissons les conséquences de millénaires d’histoire militaire. Les nations sont des nominalisations au service des vainqueurs de guerre du passé. La loi du plus fort prévaut jusque dans les élections. Comme si le plus grand nombre voulait dire la solution la plus intelligente…

La stratégie reste la même. Pour sortir de conflits, commençons par regarder les sources en profondeur afin de nous en détacher, commençons par nous-mêmes. Nous avons une tâche commune qui est d’évacuer les frontières et les identités nationales au profit d’un conglomérat d’identités régionales axées sur le culturel et sans frontières. La Confédération Helvétique est un frémissement dans ce sens (dans le fonctionnement interne car vis-à-vis de l’extérieur ils sont très hermétiques). Les Nations Unies constitueraient un bon exemple si ce n’était pas organisé comme une bureaucratie influencée par les nations les plus puissantes et en même temps une arène politique à des lieues de toute intelligence collective générative comme tout système politique aujourd’hui.

Donc pour œuvrer pour la paix mondiale, ne devrions-nous pas nous poser quotidiennement les questions suivantes (par exemple) :

  • Qu’est-ce que je fais ou dit, au jour le jour, qui entretien la notion de nation, au détriment de la race humaine dans son ensemble ?
  • Qu’est-ce que je pense, ressens, fais ou dis qui crée une différenciation avec d’autres ?
  • Quand est-ce que je blâme un camp ou un autre dans un conflit entretenant ainsi le manichéisme de ma lecture du monde ?
  • Qu’est-ce que je fais comme choix qui enrichit les riches au détriment des plus démunis ?
  • Qu’est-ce que je fais ou je dis qui permettra à la société humaine de changer de paradigme ?

Bonne médi(t)ation !

Le lien avec la PNL

Cet article mobilise plusieurs outils PNL de façon concrète et opérationnelle : l’état COACH (de Bacon et Dilts) comme état ressource à installer en amont de toute médiation, la dissociation et le travail sur les niveaux logiques pour prendre du recul, le pont de ressource et la désintrication de McDonald pour se libérer de ce qui « accroche », ainsi qu’un présupposé fondateur de la PNL — « toutes les ressources sont dans le système ». Michaël Ameye illustre ainsi comment ces outils, habituellement utilisés en accompagnement individuel, s’appliquent directement à la résolution de conflits interpersonnels et collectifs.


Michaël Ameye est ingénieur industriel chimiste de formation, Maître Praticien, Coach et Formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier (NLP University, Santa Cruz). Formé également à l’Analyse Transactionnelle, à l’Analyse Systémique des organisations et à la Gestalt, il est entraîné à l’Hypnose Ericksonienne et au Soi Génératif par Stephen Gilligan. Cofondateur en 2004 de la société Egregoria (Belgique), il y développe son approche du leadership et de l’intelligence collective. Il est l’auteur de « La Boussole de l’Intelligence Collective » (Egregoria Éditions, 2016), formateur à l’Institut Repère depuis plus de dix ans, professeur invité à l’Université de Mons, et pratiquant d’aïkido depuis plus de trente ans — discipline qu’il mobilise ici directement dans sa réflexion sur la non-résistance en médiation. www.egregoria.be


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 105 – juin 2022

La Fédération NLPNL est la référence et le garant de la qualité de l’enseignement, des métiers de l’accompagnement, de la formation et des applications de la PNL francophone.

Pour en savoir plus sur la NLPNL c’est ici et pour adhérer c’est par ici !

Nous serions ravis de vous compter parmi nous si vous n’êtes pas encore adhérent.

logo de la Fédération NLPNL

Liste des collèges

Collège des enseignants Collège des coachs Collège de la PNL thérapeutique Collège des experts en Pédagogie PNL