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Publié le 8 août 2026

Colopathie fonctionnelle chez l’enfant : un cas d’hypnose et PNL

Comment aborder un symptôme physique tenace chez un enfant sans jamais l’enfermer dans une explication toute faite ? Patrick Condamin, psychothérapeute et praticien PNL, raconte le cas de Teddy, dix ans, souffrant de colopathie fonctionnelle depuis toujours — et montre comment hypothèse systémique, positions de perception et hypnose ericksonienne s’articulent dans une même séance. Un article publié dans la revue Métaphore n° 85, juin 2017.

Une colopathie fonctionnelle chez un enfant de dix ans

Une maman inquiète m’appelle au téléphone. Son deuxième fils de dix ans souffre de mal de ventre dès son réveil – et plus particulièrement lorsqu’il est angoissé.
– Depuis quand ? – Depuis toujours !
– Que dit son médecin ? – Son généraliste m’a donné un médicament pour atténuer la douleur. Prenez l’avis d’un spécialiste et venez me voir.

La mère vient donc me voir avec Teddy et un grand sourire. « Maintenant, on sait ce qu’a Teddy. Le spécialiste a diagnostiqué son mal : il s’agit d’une Colopathie fonctionnelle »
– Est-il guéri ?
– Non, mais maintenant on sait ce que c’est !

☞ Commentaire : Le cerveau a besoin d’explications. Une des façons de soulager ce besoin est de nommer les choses : un mot compliqué c’est déjà ça, et cela vaut mieux que rien ! En résumé, l’intestin de Teddy est irrité, autrement dit, Teddy souffre, car il a mal ! Les thérapeutes utilisent aussi cette technique. Par exemple : C’est votre surmoi qui intervient ! Ou bien, voilà une manifestation de votre complexe d’Œdipe. Sauf que l’un n’a rien de scientifique et l’autre, rien d’universel !

J’aime raconter l’histoire bien connue de l’homme qui fait pipi au lit. Son ami lui propose d’aller voir un psychanalyste. Au bout de trois ans, il lui demande comment ça va. « Très bien ! » Tu ne fais plus au lit ? « Si, mais maintenant je sais pourquoi ! »

Teddy l’ourson

Donc, puisque cet état de fait dure « depuis toujours », je demande comment se sont passées sa naissance et sa petite enfance. Pendant ce temps, Teddy est sur le canapé, tout doux blotti contre sa maman comme un adorable ours en peluche. La mère de Teddy m’explique différentes choses, mais je retiens qu’elle a failli perdre son fils dans une anesthésie, après des convulsions graves à 3,5 ans. Elle l’a naturellement « surcouvé » après cet évènement, on la comprend !

– Vous avez expliqué cela à votre fils ?
– Bien sûr, il le sait.

Je vérifie avec l’enfant ce qu’il sait… et ne sait pas !
– « Peux-tu peux imaginer ce que c’est pour une mère d’imaginer que l’enfant qu’elle a porté pendant 9 mois, puis allaité, puis élevé, va peut-être mourir ? »
Il imagine ! (Les positions de perception de la PNL sont bien utiles, surtout si on ne les mentionne pas !).

Après avoir examiné différentes pistes sans succès, je propose une hypothèse :
– « Tu sais Teddy, je me demande si ton inconscient n’a pas trouvé une façon de protéger maman. Un enfant de trois ans a besoin d’une maman qui l’aime, le protège, et le nourrit ! Or si elle a peur pour la vie de son enfant, elle ne pourra pas être aussi détendue, efficace et disponible. Je me demande si, en ayant mal au ventre, ce n’est pas le meilleur moyen que ton inconscient de 3,5 ans a trouvé pour rassurer maman ! Quand on souffre, on est vivant ! Qu’en penses-tu ? ».

☞ Commentaire : L’hypothèse est une technique essentielle de l’approche systémique.
Une métaphore facilite l’explication. Par exemple : « si vous devez réparer votre ordinateur, un technicien dira : Je vais le mettre sur banc d’essai, revenez demain je saurai exactement ce qui pose problème et vous ferai un devis. Un autre technicien proposera : j’ai rencontré souvent ce problème, je ne sais pas si j’ai raison, mais je vous propose de changer la carte graphique. Dans ce dernier cas, vous repartez en général avec une machine qui marche, bien que parfois il faille essayer autre chose ! L’hypothèse est moins sûre quant au résultat, mais infiniment plus rapide !

Quelques suggestions concernant les hypothèses

• D’abord, expliquer que ce que l’on propose n’est pas « la Vérité » (la métaphore du réparateur précédemment décrite ne fonctionne pas trop mal) ;
• Commencer par « je me demande, je ne sais pas si, j’aimerais avoir ton opinion… » ;
• A l’inverse, formuler l’hypothèse directement, clairement et parfois même brutalement ;
• Demandez ce que la personne en pense ! Par bonheur, la PNL nous apprend à calibrer, et la réponse se lit dans la posture bien avant la parole. La réponse à une hypothèse claire est rarement tiède : oui ou non !

Vision périphérique

Dans cette interaction, je m’étais adressé à l’enfant en maintenant le contact visuel direct avec lui. La vision périphérique permettait d’observer la maman avec attention, sans qu’elle s’en rende compte. Évidemment, cette dernière était mal à l’aise. Elle pouvait imaginer : « cela fait 6 ans que mon fils est malade par ma faute, simplement pour me rassurer ! » Elle demande inquiète :
– Que peut-on faire dans cette situation ?
– Madame, si notre hypothèse est vraie, l’inconscient de votre fils a choisi à 3,5 ans la meilleure solution possible qu’il a trouvée pour vous et pour lui. Lorsqu’un programme mis en place par l’inconscient fonctionne, ce dernier oublie parfois de le remettre en question lorsque l’environnement change. Si votre fils est d’accord, nous demanderons à la prochaine séance à son inconscient s’il peut envisager de changer son comportement, car Teddy a grandi et évolué et la situation n’est plus la même… (Je calibre l’acquiescement de Teddy !)
– Et moi, que dois-je faire ?
– C’est simple, chaque fois que votre fils a mal au ventre, vous lui dites : « Je sais que tu me montres combien tu es vivant ! »

☞ Commentaire : Cette proposition a plusieurs avantages :
– Elle rend conscient un programme inconscient et permet d’en vérifier la pertinence.
– Elle permet à la mère de reprendre un certain contrôle de la situation et de participer à la guérison.

Redonner la main !

La semaine suivante, Teddy a moins mal au ventre. Il est vraiment demandeur pour découvrir l’hypnose en général, les enfants ont d’ailleurs souvent la qualité essentielle qui convient : les enfants aiment s’amuser ! Je lui explique le recadrage en 6 points que j’envisage de travailler en hypnose. Notre hypothèse a déjà envisagé une intention positive au symptôme.

Cependant, mon expérience de l’inconscient doit tenir compte de la possibilité que ce dernier ne soit pas d’accord avec notre hypothèse, ou bien qu’il conçoive une meilleure solution pour le résoudre. J’explique à Teddy que son inconscient est meilleur thérapeute que moi et qu’il fera ce qui est bien pour lui. Je commence l’hypnose avec de nombreuses précautions du genre : « Ton inconscient a entendu notre hypothèse. Il peut choisir de travailler comme nous le proposons, ou de modifier le processus, ou de trouver une manière encore meilleure pour guérir, etc. »

Chacun son rôle !

Cette approche ouverte est efficace et respectueuse de l’inconscient. Elle présente cependant un petit ennui pour le thérapeute : ce dernier n’est jamais certain que le processus proposé est celui qui a été mis en place par l’inconscient. Ni d’ailleurs plus simplement que ce coquin d’inconscient n’a pas biseauté les cartes en améliorant ledit processus. Même si l’inconscient n’en fait qu’à sa tête, nous avons au moins la satisfaction de l’avoir mis sur la piste ! Ne soyons pas plus royalistes que le roi, l’enfant n’a plus eu mal au ventre !

L’hypnose Ericksonienne consiste souvent à donner à l’inconscient une direction afin qu’il sache quoi regarder, et un espace pour qu’il puisse le faire confortablement ! Rendons à César ce qui appartient à César, le travail c’est finalement lui qui le fait ! Le thérapeute prépare seulement son atelier et ses outils. L’inconscient est l’artisan, le thérapeute son assistant.

Le lien avec la PNL

Patrick Condamin mobilise ici plusieurs outils PNL au service d’une approche systémique et hypnotique : les positions de perception pour aider Teddy à se mettre à la place de sa mère, la calibration pour lire la réponse du corps avant celle des mots, et le recadrage en six points pour travailler l’intention positive du symptôme en hypnose. L’article illustre bien comment ces outils s’articulent au service d’une posture thérapeutique qui reste, à chaque étape, respectueuse de l’inconscient du client.


Patrick Condamin est psychothérapeute individuel et familial, titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie. Maître praticien et enseignant en PNL, il est également praticien en hypnose ericksonienne (formé au New York Training Institute), en thérapie brève, en sexothérapie et en intégration par les mouvements oculaires (IMO). Il écrit régulièrement dans la revue Hypnose & Thérapies Brèves et dans Métaphore.


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 85 – juin 2017

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