Publié le 10 septembre 2026
Regards croisés : voyage aux racines des présupposés de la PNL
D’où viennent les présupposés de la PNL ? Laure-Isabelle Guelpa Miccinilli et Marie-Ève Lavrut, toutes deux formatrices chez MHD Formation, se sont lancées dans un voyage aux racines de ces principes fondateurs — psychologie humaniste, philosophie, cybernétique, systémie — pour en révéler la cohérence profonde. Un article publié dans la revue Métaphore n° 117, juin 2025.
Les mots ne sont pas les choses qu’ils représentent.
Les mots ne peuvent pas couvrir tout ce qu’ils représentent.
Dans le langage, nous pouvons parler à propos du langage.
Et nous sommes les architectes de notre réalité.
Rédiger cet article a été un voyage fascinant sur les chemins de traverse de la PNL. À chaque tournant, une nouvelle perspective s’ouvrait, un concept inattendu émergeait, une connexion insoupçonnée enrichissait notre compréhension. Nous avons avancé avec l’enthousiasme d’un explorateur découvrant un monde foisonnant, où chaque idée s’entrelace avec une autre, telles les branches d’un arbre aux ramifications infinies et aux racines profondes.
Notre quête des racines des présupposés de la PNL nous a menées à travers divers territoires : la psychologie humaniste, la philosophie, les courants psychanalytiques, la systémie, ou encore la psychologie cognitivo-comportementale. Chaque découverte venait étoffer notre baluchon de connaissances, tissé au fil des apprentissages et gonflé par nos trouvailles.
Au fur et à mesure de notre progression, il est devenu évident que la PNL n’était pas un chemin unique, mais plutôt un réseau vivant de sentiers entrecroisés, chacun menant à de nouvelles compréhensions. Certains passages nous étaient familiers, d’autres nous ont surpris, mais tous ont nourri notre émerveillement et notre désir de partager nos découvertes.
Un carrefour de connaissances
Ce voyage initiatique a transformé notre regard sur la PNL. Plus qu’une simple accumulation de connaissances, nous avons tissé une cartographie riche et nuancée de ses présupposés, ouvrant de multiples pistes de réflexion. Notre choix d’utiliser les présupposés comme prismes pour explorer la PNL nous a permis de la percevoir comme un point de convergence de divers courants de pensées.
Cette approche est ancrée dans la conviction qu’à chaque instant, une personne fait le meilleur choix qu’elle peut avec les ressources dont elle dispose. Bien que les formulations des présupposés puissent varier selon les sources, leur essence demeure constante, formant le socle sur lequel repose l’édifice de la PNL.
L’essence de l’interaction humaine
Une des croyances présupposées comme vraie par la PNL est que : « Il n’est pas possible de ne pas communiquer ». S’il n’est pas possible de ne pas communiquer, alors communiquons ! Cette assertion ouvre la porte à une exploration approfondie de la nature même de la communication : sur quoi communiquons-nous, comment, avec qui, pour qui, pourquoi, et dans quel but ? Où et quand cette communication prend-elle place ?
La communication présuppose l’existence et la coexistence d’êtres humains. L’existence engendre la rencontre, et la rencontre donne naissance à un réseau complexe de relations croisées et multiples. L’ensemble de ces relations forme l’humanité, intégrée dans un système plus vaste encore.
Ces interactions se déroulent dans un environnement riche et varié, impliquant des gestes, des paroles, des savoirs, des croyances, des postures et des aspirations qui transcendent la simplicité apparente du quotidien. Chaque individu vit et perçoit ce ballet relationnel de manière unique, créant autant d’expériences subjectives qu’il y a d’êtres dans ce monde.
La dynamique des processus externes
Notre relation avec le monde extérieur s’articule autour de processus externes, qu’ils soient macros ou micros. Ces processus, que la PNL nomme « comportements », sont intimement liés à nos systèmes de représentation, traitant les données captées par nos sens.
Les micro-comportements englobent les mouvements oculaires, les prédicats linguistiques, la respiration, ainsi que le rythme et la tonalité de la voix. Les macro-comportements, quant à eux, constituent l’ensemble de nos actions observables : regarder, écouter, jouer, manger, danser et bien d’autres encore.
Cette idée résonne avec plusieurs disciplines. En philosophie, elle rappelle la pensée herméneutique, où l’interprétation joue un rôle central dans la construction du sens. En psychologie, elle rejoint les théories de la communication de Palo Alto, selon lesquelles on ne peut pas ne pas communiquer : chaque comportement influence l’échange, indépendamment de notre intention. La psychanalyse, quant à elle, met en lumière les filtres inconscients qui modulent notre perception des messages, influençant ainsi notre réponse. Cela correspond au présupposé : « C’est le feed-back de la personne qui me donne le sens de mon message ».
Dans une perspective plus humaniste et systémique, ce principe souligne l’importance de l’écoute active et de l’adaptation dans la communication. Être attentif au feedback de l’autre, c’est ajuster son discours pour s’assurer d’une réelle compréhension mutuelle, et ainsi créer un échange véritablement enrichissant.
La communication et la relation
Alfred Korzybski, fondateur de la sémantique générale, a développé une science de l’homme visant à explorer la façon dont nous construisons notre réalité. Le présupposé, que la PNL a adopté, « La carte n’est pas le territoire », illustre l’idée que notre perception du monde est façonnée par notre expérience et notre langage, plutôt qu’une représentation directe de la réalité. Cette approche nous invite à prendre conscience de la complexité inhérente à l’observation du fonctionnement humain.
La pensée systémique, quant à elle, considère chaque individu comme un système complexe en interaction avec d’autres systèmes. Cette perspective nous amène à voir les individus, les sociétés et l’univers comme des systèmes et sous-systèmes écologiques interconnectés, s’influençant mutuellement. Dans ce cadre, les systèmes tendent naturellement vers l’équilibre et l’auto-organisation, remettant en question la notion d’échec au profit de celle d’apprentissage par le feedback. Cela nous amène à un autre présupposé : « Il n’y a pas d’erreur, seulement du feed-back ».
La cybernétique, développée notamment par Norbert Wiener, étudie la communication d’informations au sein des systèmes. Cette approche souligne l’interconnexion profonde entre l’esprit et le corps, les considérant comme deux aspects d’un même système cybernétique en constante évolution. Il n’y a donc rien de figé, tout est mouvement permanent : « L’esprit et le corps sont les aspects d’un même système cybernétique ».
Cette notion de mouvement systémique nous fait penser à la réflexion d’Edgar Morin lorsqu’il parle de complexité : « Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin du mot « complexus », ce qui est tissé ensemble… Il faut voir, comme dans une tapisserie, la figure d’ensemble. Ce qui est vrai, c’est que nous avons trop bien appris à séparer ; il vaut mieux apprendre à relier… établir une connexion qui se fasse en boucle »1.
Cette vision holistique nous invite à repenser notre approche de la connaissance et de la réalité. Elle souligne l’importance d’adopter des outils conceptuels permettant de saisir les interconnexions et les dynamiques complexes qui caractérisent notre monde, qu’il s’agisse des relations humaines, des sociétés ou de l’univers dans son ensemble.
À la convergence de l’humanisme et du structuralisme
Les présupposés de la PNL convergent vers une vision positive de l’être humain, reconnaissant sa capacité à évoluer et à apprendre. Parmi ces présupposés, on trouve l’idée que tout comportement est généré par une intention positive, reflétant la croyance en la tendance innée de l’individu à vouloir se réaliser.
Cette approche s’inspire des travaux de figures emblématiques telles que Norbert Wiener, père de la cybernétique, et Gregory Bateson, anthropologue et psychologue américain. Leur influence a contribué à façonner la PNL comme une discipline à la croisée de l’humanisme et du structuralisme, offrant des outils concrets pour explorer et recoder nos schémas mentaux.
De Platon jusqu’à Spinoza, en passant par Schopenhauer ou certains psychanalystes, surtout freudiens, le désir est subordonné au manque. Spinoza amène l’état désiré comme quelque chose de déjà là, en devenir. Il amène cet état comme une permission d’être au clair avec son désir, de ne pas céder sur son désir comme disait Lacan. Cette permission est possible puisque toutes les ressources sont dans la personne.
En effet, si on réfléchit à ce qui nous manque pour atteindre l’état désiré on risque parfois, en vertu de plusieurs mécanismes humains, d’activer l’impuissance face à ce manque. Si l’on réfléchit au désir, à l’état désiré, comme puissance de jouir, puissance d’être, on amène le sujet à reconnecter avec ses appétits de vie.2 Ainsi on génère une motivation et une énergie permettant à la personne d’atteindre ses objectifs fondamentaux, de traverser une période difficile, de se reconnecter avec toutes les strates des niveaux logiques.
Le praticien en PNL joue un rôle crucial dans ce processus. Il guide le sujet vers une reconnexion avec son désir comme ressource, tout en favorisant une prise de conscience réflexive sur cet état désiré. Cette approche permet non seulement d’éviter les pièges dopaminergiques omniprésents dans notre société moderne, mais aussi de recentrer l’individu sur ses désirs fondamentaux.
L’exploration du potentiel humain
La PNL puise dans ses racines humanistes pour modéliser l’exploration du potentiel humain et la recherche d’un état optimal de bien-être. Ce désir de bien-être correspond à l’énergie qui nous transporte vers le SOI IDEAL, comme défini dans la PNL de troisième génération. Cela présuppose que « s’il est possible pour une personne d’apprendre ou d’acquérir une ressource, toute personne a la possibilité d’apprendre ou d’acquérir cette ressource ». Ce présupposé souligne la capacité innée de chacun à apprendre et à se développer. Le plus souvent, ce qui nous empêche d’agir ne se situe pas dans le monde « réel », mais dans notre représentation du monde.
La modélisation, technique clé de la PNL, permet de transcender les limitations de notre carte du monde, en apprenant des ressources portées par d’autres membres du système. Nous profitons ainsi, tout en respectant notre carte du monde, de la dynamique systémique pour aller plus loin dans la quête vers la réussite et l’excellence. Cette approche favorise la créativité et l’ouverture des possibles, incarnant le présupposé « Si ce que vous faites ne marche pas, essayez quelque chose d’autre ».
Conclusion
La PNL adopte une vision holistique de l’être humain, s’inspirant de la conception spinoziste de l’unité corps-esprit. Cette perspective trouve un écho dans l’approche de la psychologie humaniste développée par Abraham Maslow et Carl Rogers.
Avec ses présupposés, elle offre, en intégrant ces différentes perspectives, une approche holistique de la communication et des relations humaines. Elle reconnaît la complexité inhérente à chaque individu et à chaque interaction, tout en proposant des outils concrets pour naviguer dans ce monde de significations et de perceptions entrecroisées.
En embrassant cette vision, la PNL nous invite à explorer les multiples facettes de notre expérience, à reconnaître la richesse de nos différences, et à cultiver une compréhension plus profonde de nous-mêmes et des autres. C’est dans cette danse complexe d’interactions et de perceptions que se dessine la trame de notre réalité, dont nous sommes à la fois les architectes et les explorateurs.
1 – Edgar Morin, « La stratégie de reliance pour l’intelligence de la complexité », in Revue internationale de systémique, vol. 9, n° 2, 1995.
2 – Voir les ouvrages de Carl Jung sur le sujet dont « Métamorphoses et symboles de la libido » 1922.
Le lien avec la PNL
Cet article est en lui-même une exploration directe des présupposés de la PNL : les autrices remontent à leurs sources — Korzybski pour la carte et le territoire, Wiener et la cybernétique pour le feed-back, Bateson pour l’impossibilité de ne pas communiquer, Spinoza et la psychologie humaniste pour les ressources déjà présentes dans la personne. En reliant chaque présupposé à son lignage philosophique et scientifique, Laure-Isabelle Guelpa Miccinilli et Marie-Ève Lavrut montrent que la cohérence de la PNL ne tient pas d’un système clos, mais d’un carrefour de pensées où l’humanisme rencontre le structuralisme.
Laure-Isabelle Guelpa Miccinilli est coach et maître praticienne Reiki. Après une longue carrière de musicienne et d’enseignante d’alto et de violon, elle s’est formée au coaching et accompagne aujourd’hui des particuliers, notamment au sein de MHD Formation.
Marie-Ève Lavrut est thérapeute et coach certifiée en PNL et en hypnose éricksonienne. Formatrice, tutrice et superviseure chez MHD Formation, son parcours se situe à la croisée des sciences humaines, de la relation d’aide et de la transmission.

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