Publié le 8 septembre 2026
Le modèle des parties en PNL : 50 ans de carrière d’un outil pilier
Un comportement qui s’obstine malgré notre volonté, un doute qui nous empêche de choisir : et si ce n’était pas nous, mais seulement une partie de nous ? Marie-Christine Clerc, enseignante certifiée en PNL, retrace 50 ans d’histoire du modèle des parties, l’un des piliers de la PNL, et en détaille le fonctionnement à travers l’exemple de Louis. Une conférence donnée lors du Congrès NLPNL du 25 janvier 2025, publiée dans la revue Métaphore n° 115bis, spécial congrès.
Ce modèle est utilisé en PNL, quand tout se passe comme si un comportement ou un état que nous disons vouloir changer, s’obstine et s’accroche malgré notre volonté. Ou lorsque nous détestons cette façon de douter qui nous empêche de faire un choix important. Comme si ce n’était pas nous…
La bonne nouvelle est que ce n’est pas nous, effectivement, mais seulement une partie de nous !
La seconde bonne nouvelle est que cette partie – que nous n’aimons pas – nous veut du bien.
La métaphore est à la fois surprenante et rassurante : elle ouvre un espace créatif et de dialogue qui nous permet de retrouver l’harmonie en laissant les processus inconscients générer des solutions.
Je remercie Jane TURNER pour m’avoir donné le script de sa conférence à NLPNL Paris-IDF en mars 2023, dont j’ai utilisé de façon partielle l’introduction.
Pour la version intégrale et le déroulé détaillé et commenté des 5 techniques du modèle1, c’est ici : Le modèle des parties, pierre angulaire de la PNL.
Les Parties en PNL – une brève histoire…
Grâce à Richard Bandler, les travaux de Fritz Perls pour la gestalt thérapie et de Virginia Satir pour la thérapie familiale ont servi à formaliser le travail avec les parties en PNL. L’éditeur Robert Spitzer introduisit R. Bandler aux travaux de F. Perls, récemment décédé, en lui demandant de terminer un manuscrit qu’il souhaitait publier. Puis, désirant faire un ouvrage à partir d’un séminaire de V. Satir qui devait durer un mois en résidentiel, R. Spitzer invita R. Bandler à filmer et à retranscrire ce travail.
L’ouvrage Changing with families (non traduit) de R. Bandler, J. Grinder et V. Satir est issu de cette collaboration.
… comment les définir ?
Dans l’Encyclopédie de la PNL systémique et du nouveau code de la PNL de R. Dilts et J. Delozier, on trouve ceci : « le terme « parties » est une façon métaphorique de parler du fait que le système de croyances, d’états, d’idées et de capacités, constitutifs de la conscience d’un individu, est composé de divers sous-systèmes qui peuvent fonctionner plus ou moins indépendamment les uns des autres… Les parties sont souvent associées à différents systèmes de représentation {et} peuvent… avoir des intentions, des buts, des capacités différentes… plus ou moins liés aux autres parties d’une personne… »
Les Parties de personnalité et les états du moi
La notion de « parties de personnalité » nous renvoie à celle des états du moi – et des concepts qui ont largement précédé la PNL. Gordon Emmerson, auteur de La thérapie des états du moi, propose : « une voie neuronale intégrée, comportant à la fois des aspects affectifs et cognitifs… Un état du moi peut changer de fonction et s’intégrer au système global de l’être humain. Un état du moi peut apprendre à changer de fonction et utiliser différemment son énergie ». Le lien de parenté avec la notion de « parties » en PNL est évident.
Comment les expliquer ?
En PNL, avoir de nombreuses parties est un avantage. Comment alors considérer que la diversité, l’éclatement, la division, voire la dissension, servent de point de départ à l’union, l’unité, l’unicité tant recherchée ?
Je trouve plus simple (dit Jane) de considérer les parties comme des « subpersonnalités ». Chacune a sa date de naissance, a vu le jour dans des circonstances particulières, possède une logique qui lui est propre, fait preuve d’un fonctionnement spécifique, a ses raisons d’être et motivations, ou pour utiliser les termes de la PNL : ses méta-programmes, critères, croyances et intentions positives.
Pour cette raison, il faut traiter une partie avec autant de respect et de sollicitude que l’on réserve à n’importe quel autre être vivant, comme n’importe quelle personne.
En tant qu’intervenant, on les invite, on en prend soin, on les confronte, on les conforte, on les accompagne, on les remercie d’être venues, d’avoir participé, etc.
Soucieux de cohérence, nous sommes aussi capables d’ambivalence, ce qui est une très bonne chose, non ? En fait, nous pouvons aimer et détester la même chose en fonction du contexte ou de notre humeur. Nous pouvons aussi aimer et détester la même chose en même temps.
Nous n’avons jamais entièrement conscience ni de nos automatismes ni de nos motivations. Dans ces moments, tout se passe comme s’il y avait une partie de nous qui agissait, en quelque sorte, à notre place, pour notre bien, même si nous n’avons pas forcément le sentiment que c’est le cas…
Un modèle de choix
Le modèle des parties, un des premiers modèles de la PNL est véritablement un socle pour cette démarche. Il présente un premier intérêt majeur (en dehors de l’utilité et l’efficacité de ses techniques) : il s’intègre en fait dans de très nombreuses techniques pour la simple raison que les présupposés qui le fondent (les principes de base en PNL) sont ceux de la PNL et parmi ceux-ci :
- nous ne sommes pas nos comportements ;
- nous pouvons toujours enrichir et élargir notre modèle du monde ;
- notre comportement (même limitant) est cohérent, orienté vers un but et fondé sur une intention positive ;
- …
Et un second intérêt : dans ces techniques, ce n’est pas la conscience qui décide de l’issue de l’intervention. J. Grinder et R. Bandler proposaient que la « thérapie » peut rester « secrète ». Personne, y compris l’esprit conscient du sujet, et le sujet tout entier, n’a besoin de savoir pourquoi tel ou tel comportement a été choisi initialement. Comme le disait Milton Erickson : « On peut changer sans savoir ».
Prenons un exemple
Louis va avoir son bac et il pensait s’inscrire en fac car faire des études, c’est avoir « un beau métier ». Dans le même temps, on lui propose un CDI de rêve dans une start-up de développement de jeux vidéo. Il hésite tellement qu’il risque de rater les deux options.
Un conflit interne entre deux parties empêche Louis de choisir et d’agir. Il s’agit moins d’un comportement problématique que d’un différend important entre des valeurs identitaires élevées : c’est l’image de soi qui est en jeu.
Les principes de base sont les mêmes ici que pour toutes les techniques du modèle : les parties du sujet, responsables du conflit, ne sont pas tout le sujet et chacune d’elles poursuit un but important pour Louis. Les PNListes reconnaîtront le V/K Squash. On fait l’hypothèse avec cette technique qu’une partie de Louis aurait été divisée et ne refuserait pas de retrouver son unité.
Après avoir identifié les deux parties en cause (1), le praticien sépare le sujet de ces deux parties en les invitant à venir sur ses mains et les séparer l’une de l’autre (2) ; il va leur permettre d’échanger leurs points de vue (3) ; il leur demande l’intention positive qu’elles poursuivent pour Louis, en montant dans les valeurs (4) ; chacune reconnaît le but de l’autre et que le conflit l’empêche de réaliser son intention (5) ; on établit un accord sur l’intérêt de se réconcilier et/ou de coopérer, et de partager certaines ressources (6) ; on propose que les mains se rapprochent en signe d’accord et on intègre les 2 parties réconciliées.
Comment ça marche ?
Un des leviers du succès est la séparation opérée entre la personne et son comportement hésitant ; puis l’accueil de chaque partie, qui ont bien besoin d’être appréciées et traitées avec considération. Ensuite la reconnaissance par chaque partie de l’intention positive de « la partie adverse » et de ses qualités, change le regard que chacune porte sur l’autre. Les valeurs les plus élevées étant consensuelles, c’est elles que l’on trouve en questionnant le but du but, qui, pour Louis, est « une vie épanouissante ». Une autre clé du succès est l’intérêt de chacune des parties à sauvegarder ses propres intérêts, alors que sa prise de position l’en empêche.
Au final, le croisement du conscient et de l’inconscient, le travail de la métaphore et dans tous les systèmes sensoriels, les recadrages de sens et de contexte… et les processus génératifs font le reste. Les aspects devenus inopérants se dissolvent et la solution apparaîtra silencieusement.
Le mot de la fin à Virginia Satir
« Si nous étiquetons ou nions certaines parties de nous-mêmes, nous manquerons de ressources. Et si nous nous rappelons que toutes nos parties sont connectées et dépendent les unes des autres, nous pourrons faire l’expérience de la diversité avec de l’unité. »
Le lien avec la PNL
Le modèle des parties, hérité de la modélisation de Fritz Perls et Virginia Satir par Richard Bandler et John Grinder, repose sur trois présupposés fondamentaux de la PNL : nous ne sommes pas nos comportements, notre modèle du monde peut toujours s’enrichir, et tout comportement, même limitant, est cohérent et fondé sur une intention positive. En s’appuyant sur ces principes, Marie-Christine Clerc montre comment un conflit interne — ici celui de Louis, tiraillé entre deux voies — peut se résoudre sans que le sujet ait besoin de savoir consciemment pourquoi il agissait ainsi, conformément au principe ericksonien selon lequel « on peut changer sans savoir ».
Jane Turner est psychologue clinicienne, enseignante certifiée en PNL par R. Bandler, auteure de plusieurs ouvrages sur la PNL, spécialiste de la ligne du temps et de l’hypnose. Elle travaille dès la naissance de la PNL avec ses premiers concepteurs : R. Bandler, J. Grinder, L. Cameron-Bandler… et avec les suivants. Elle est membre fondateur de la Fédération NLPNL.
Marie-Christine Clerc est enseignante certifiée en PNL, coach et superviseure accréditée EMCC, praticienne narrative. Titulaire d’un troisième cycle en philosophie, elle est formée aux pratiques narratives par Michael White, à l’approche systémique stratégique par l’institut G. Bateson, ainsi qu’à l’hypnose éricksonienne. Elle est co-autrice de « Comprendre et pratiquer l’approche narrative » et de « Questions d’identité en supervision » (Dunod).
1 – Les 5 techniques du modèle, analysées par Jane Turner, sont : le R6P, la Négociation, le V/K Squash, la Fête des parties et la Création d’une partie.

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