Publié le 8 septembre 2026
Histoire de la PNL : 50 ans de modélisation, de Bandler et Grinder à aujourd’hui
À l’occasion des 50 ans de la PNL, Alain Thiry, psychologue et directeur du centre de formation InterActif (Belgique), propose un panorama complet de son histoire : de la rencontre entre Richard Bandler et John Grinder à Santa Cruz jusqu’aux développements les plus récents, en passant par les grandes générations de la discipline. Une conférence donnée lors du Congrès NLPNL du 25 janvier 2025, publiée dans la revue Métaphore n° 115bis, spécial congrès.
Le premier livre de PNL « The Structure of Magic » est publié en 1975 par Richard Bandler et John Grinder. On peut considérer cet événement comme fondateur de la PNL. 50 ans se sont écoulés et elle s’est propagée sur tous les continents. Nous avons tous une idée de son histoire. Néanmoins, compléter nos représentations nous permettrait de mieux la comprendre.
Tout commence avec Bandler qui est étudiant à l’Université de Santa Cruz et qui obtient un job chez le psychiatre Robert Spitzer qui a, par ailleurs, une maison d’édition qui publie sur les thérapies humanistes. Il lui demande de terminer un livre sur la Gestalt Thérapie car l’auteur Fritz Perls est décédé en 1970. Pour cela, il lui donne accès à toutes les vidéos de Perls en thérapie. Bandler s’amuse à imiter les tons de voix de Perls, ainsi que ses tournures de phrases. C’est le début de l’apprentissage par mimétisme en PNL.
Bandler devient ami avec Frank Pucelik, également étudiant, et coanime, à partir de 1971, un groupe de Gestalt Thérapie. Bandler, alors qu’il n’a pas suivi de formation, est aussi efficace que Perls lui-même, mais il ne sait pas expliquer comment il fait. Il demande à Grinder (professeur de linguistique) de venir l’observer. Comme celui-ci a passé une année au laboratoire de George Miller (sciences cognitives), il y a appris à modéliser. Il est également passionné de Noam Chomsky et parvient à déceler chez Bandler une logique dans son questionnement. Cela deviendra le « Méta-Modèle ».
Grinder est voisin de Gregory Bateson et ils ont des filles du même âge. Lors de barbecues, ils échangent sur leurs intérêts et Grinder lui montre le manuscrit de leur premier ouvrage. Bateson est impressionné et les présente à Milton Erickson qu’il connaît bien. Ils se déplacent à Phoenix et le modélisent pendant plusieurs mois. En revenant, ils expliquent au groupe « Méta » que tout ce qu’ils ont dit auparavant (métamodèle) est faux et ils présentent le « Milton Modèle ».
Précision et ressources inconscientes
En fait, ces deux modèles prédisposent à deux facettes différentes dans les interventions PNL. D’un côté le Métamodèle qui nous permet de faire préciser non seulement les dires et les objectifs d’un interlocuteur, mais aussi ses stratégies cognitives avec ses sous-modalités. D’un autre côté le Modèle de Milton qui permet, à l’inverse du Métamodèle, de semer du flou sur lequel le client peut projeter sa réalité et mobiliser des ressources inconscientes, avec le travail sur les parties, les positions perceptuelles, les métaphores… Cela nous donne un double accès aux ressources de nos clients. Le mix de ces deux tendances dans les interventions donne aux PNListes un sérieux avantage sur d’autres approches psychologiques.
Intégration de différents protocoles
Spitzer demande à Bandler d’enregistrer un séminaire de Virginia Satir et, là aussi, il parvient à repérer la structure de ses interventions, au point de pouvoir les reproduire immédiatement. Satir est bluffée et leur rendra de nombreuses visites.
Les cofondateurs vont, ainsi, intégrer, dans leur pratique, différents protocoles observés chez ces trois thérapeutes : ancrage et désactivation d’ancres, recadrage de parties, dissociation…
Nom de PNL
Il a bien fallu choisir un nom. Bandler a tranché en 1976 : « Programmation Neuro-Linguistique ». En dehors des mythes proposés par Bandler, le choix semble aujourd’hui bizarre. Mais à l’époque, avec le début de la cybernétique, tout le monde parlait de programmation des systèmes experts (apprendre à une machine à faire ce qu’un humain sait faire). Ici, il était question de modéliser comment fait un humain pour l’apprendre à un autre humain. Évidemment, on savait que tout changement mobilise la physiologie et la neurologie. Et « linguistique » est lié à l’impact du choix des mots. Bref, P-N-L sont les trois moyens pour changer les gens.
Humanisme et cognitivisme
La spécificité de la PNL repose dans la modélisation, d’abord de techniques verbales et comportementales, puis d’élicitation de stratégies mentales par métacognition. Comme les trois grands thérapeutes qu’ils ont modélisés représentaient la seconde génération du Mouvement du Potentiel Humain qu’Abraham Maslow avait lancé, – c’est-à-dire centrée sur le client avec une grande qualité relationnelle, – la PNL a pris une coloration de « psychologie humaniste » dès ses débuts. La recherche de codification des opérations mentales dans des stratégies de décision, de motivation, d’apprentissage ou de créativité de gens brillants dans leur domaine, en contraste avec des personnes n’ayant pas ces compétences, lui a donné une facette de « psychologie cognitive ». Elle a également intégré deux concepts behavioristes : l’ancrage et la désactivation d’ancres (l’inhibition réciproque). Elle a adopté des principes de cybernétique comme « Il n’y a pas d’erreur, mais que du feedback. », de systémique comme « On ne peut pas ne pas communiquer. » et de psychanalyse comme « l’existence de l’inconscient ».
Tester, tester et tester…
Si le premier groupe qu’animaient Bandler et Pucelik était un groupe de Gestalt, les années suivantes ce groupe leur a servi à tester leurs modèles et leurs hypothèses. Les participants se sont appelés les « Méta enfants ». La plupart des membres du troisième groupe (1974-1977) deviendront des professionnels importants de la PNL, comme Judith Delozier, Leslie Cameron, Robert Dilts, David Gordon, Steve Gilligan…
Certains vont tester dans deux structures différentes. D’abord dans un service d’aide à la jeunesse et ensuite dans un centre médical psychiatrique. L’objectif était de tester les limites de chaque modèle, ainsi que les limites des intervenants. Les résultats ont été supérieurs à leurs espérances ; mais surtout ces tests leur ont donné l’occasion de s’entraîner et d’approfondir leurs compétences et leur fluidité dans la pratique des techniques.
Compréhension, diagnostic et niveaux d’intervention
Au début, les techniques formalisées étaient un peu éclectiques. Si une personne venait avec une demande spécifique comme « J’ai une phobie », alors on appliquait la technique prévue pour cela, ici la double dissociation. Mais les clients viennent souvent avec des demandes floues, du genre : « Ça ne va pas ». On a commencé à avoir besoin de critères pour organiser notre choix dans les techniques à pratiquer.
Le modèle de l’Index de computation était alors tout indiqué. Si le problème était à propos de comportements, on utilisait par exemple les recadrages. Si c’était au niveau des émotions, l’ancrage ou les sous-modalités pouvaient être utiles. Si le problème était au niveau des processus internes (cognition), alors travailler sur les stratégies pouvait être une piste évidente.
Robert Dilts a appelé cette période la « première génération PNL » qui était centrée sur la résolution de problèmes de comportements et de capacités.
Le modèle de David Gordon en 1988 sur le « Réseau d’expérience » a apporté une organisation plus riche de la compréhension d’une situation d’un client, en ajoutant, aux 3 éléments ci-dessus, les métaprogrammes, les croyances ainsi que le contexte. Ce modèle a apporté aussi une facilité pour diagnostiquer sur quel type d’informations se trouve le problème et pour classer les techniques existantes en fonction de ce sur quoi elles agissent.
L’arrivée du modèle des « Niveaux logiques » de Robert Dilts en 1990 a changé la donne en apportant les concepts d’identité, de système et de mission. Bien sûr, on a gardé toutes les techniques pour régler des problèmes spécifiques, mais on a aussi cherché à travailler plus en profondeur sur soi et sur nos relations aux autres et au monde. Différents PNListes ont élaboré des modèles sur ces préoccupations, comme Judith Delozier avec les positions perceptuelles, ou Robert Dilts avec les changements de croyance ou encore Connirae Andreas avec les transformations essentielles.
Reste, à mes yeux, les développements pour changer, non plus un ou plusieurs individus, mais une communauté, en installant une nouvelle culture : ensemble de croyances (amélioration continue) et de métaprogrammes (actif et orienté système) qui changent les gens qui y vivent ou y travaillent. Lorsque j’interviens dans une entreprise, je peux coacher un employé pour qu’il soit mieux dans sa fonction, mais ce n’est pas du tout mon objectif principal. Je cherche à installer une manière d’être et de réfléchir ensemble pour qu’une personne qui passe trois ou quatre ans dans cette entreprise soit changée par simplement le fait d’y travailler.
Des domaines d’application
La PNL s’est construite dans le domaine de la psychothérapie, mais rapidement les techniques ont été utilisées dans tous les domaines : l’entreprise, la créativité, le sport… Robert Dilts a initié l’application de la PNL dans le domaine de la santé. De mon côté, j’ai développé son usage dans le domaine de l’apprentissage. Ces domaines ont nécessité la création de techniques spécifiques (stratégie pour 3 types de problèmes de compréhension, ou les niveaux de connaissance). Nous avons maintenant des formations PNL conséquentes et spécifiques à ces différents domaines.
Des bâtons pour nous faire battre
Suite à la création des débuts de la PNL par ses fondateurs, toute une communauté s’est développée avec des acteurs modélisant de nombreuses techniques qui ont enrichi notre savoir-faire.
Mais par contre, nous ne sommes pas très bons pour répondre aux critiques qui rythment chaque décennie. Certains PNListes contribuent d’ailleurs à donner une image peu glorieuse de la PNL. Les critiques vont dans tous les sens : « Une secte ! une pseudo-science ! des manipulateurs ! des gourous !… »
Après autant d’années, nos réponses ne sont toujours pas entendues. Nous aurons donc du travail dans ce sens dans la décennie qui vient.
Conclusion
La PNL s’est créée sur la capacité de ses fondateurs à saisir les opportunités de rencontrer et de modéliser de grands thérapeutes humanistes. L’exploration du vécu subjectif (métacognition) a permis de créer des stratégies mentales particulièrement efficaces pour la motivation, la créativité, l’apprentissage…
Le Métamodèle et le Milton Modèle sont la base de techniques alliant d’un côté la recherche de précision et de l’autre la stimulation de ressources inconscientes, ce qui nous apporte un double accès aux ressources du client, ce qui est un avantage significatif sur d’autres démarches en psychologie.
Si les débuts de la PNL ont commencé avec l’apprentissage de comportements et de compétences, les développeurs de la PNL ont ensuite créé des techniques intervenant plus en profondeur sur nos croyances limitantes, sur notre estime de nous, ainsi que sur le collectif.
Dans l’avenir, nous devrons améliorer notre crédibilité et notre professionnalisme.
Le lien avec la PNL
Cet article retrace, de l’intérieur, la genèse même de la PNL : la modélisation de Fritz Perls, Virginia Satir et Milton Erickson par Bandler et Grinder, qui donne naissance au Méta-Modèle puis au Modèle de Milton. Alain Thiry montre comment ces deux piliers fondateurs — précision consciente d’un côté, mobilisation de ressources inconscientes de l’autre — structurent encore aujourd’hui l’ensemble des techniques PNL, et comment la discipline a traversé ses générations successives sans jamais résoudre pleinement la question de sa crédibilité auprès du grand public.
Alain Thiry est psychologue, enseignant certifié en PNL, directeur du centre de formation InterActif qu’il a spécialisé dans la formation en stratégies PNL d’apprentissage, consultant en entreprise, auteur d’une dizaine de livres sur la PNL, dont un ouvrage consacré aux 50 ans de l’histoire de la PNL. www.interactif.be

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