Publié le 8 septembre 2026
Comprendre les bienfaits de l’anxiété : une technique PNL pour l’accueillir
L’anxiété peut avoir une fonction protectrice et aussi très productive, en nous facilitant l’obtention de ce que nous désirons. Jean-Luc Monsempès, docteur en médecine et enseignant certifié en PNL, commente les travaux du professeur Tracy Dennis-Tiwary sur les bienfaits de l’anxiété et propose, pour les coachs de santé, une technique de Robert Dilts inspirée du travail de Virginia Satir. Un article publié dans la revue Métaphore n° 115, décembre 2024.
Comment réagissez-vous lorsque vous vous sentez anxieux ou qu’un proche se sent anxieux ? Selon le professeur Tracy Dennis-Tiwary, nous sommes nombreux à réagir de manière inappropriée. Mal à l’aise face à notre anxiété ou celle de nos enfants, nous nous empressons de faire tout ce que nous pouvons pour faire disparaître ces ressentis. Par exemple nous nous rassurons en nous disant que c’est passager, qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter, ou en utilisant notre téléphone.
En agissant ainsi, nous passons à côté du message de l’anxiété, explique Dennis-Tiwary. L’anxiété nous signale que nous nous préoccupons du futur et que nous voulons qu’il se déroule d’une certaine manière. En fait, l’anxiété libère de la dopamine, qui nous incite à rechercher des récompenses et à prendre des mesures pour obtenir ce que nous souhaitons. Par exemple, travailler davantage pour préparer un examen, prévoir un contrôle médical ou consacrer plus de temps à une relation. « L’émotion de l’anxiété n’est pas le problème ; c’est la façon dont nous faisons face à l’anxiété qui l’est », écrit Mme Dennis-Tiwary dans son nouveau livre intitulé « Future Tense : Why Anxiety Is Good For You (Even Though It Feels Bad) ».
Voici des extraits de l’entretien de Dacher Keltner, directeur fondateur du Greater Good Science Center et animateur du podcast « The Science of Happiness », avec Dennis-Tiwary :
Pourquoi pensons-nous à l’anxiété de façon erronée ?
Pour entendre une histoire différente de celle que nous avons l’habitude d’entendre à propos de l’anxiété, nous devons faire preuve de prise de recul et de curiosité. Nous avons tendance à considérer que ce qui est si inconfortable et désagréable n’est probablement pas bon pour nous. Et de nombreux psychologues pensent ainsi. En nous sentant mal, nous pensons à une maladie à traiter ou à prévenir. Ces ressentis désagréables sont synonymes de dysfonctionnements, ou peut-être même d’une incapacité à être heureux, en bonne santé mentale, et il convient donc d’y remédier.
Nous nous rendons ainsi plus anxieux à propos de l’anxiété, ce qui nous incite à faire bien plus de choses inutiles, comme vouloir l’éviter et la supprimer, que de choses utiles. Pourtant, vouloir se débarrasser d’une émotion ne fait que la renforcer. L’émotion n’est pas un interrupteur que l’on allume et éteint. Si vous considérez que l’anxiété est une maladie, il convient d’acquérir des compétences pour y faire face.
Pourquoi parlons-nous si peu des bénéfices de l’anxiété ?
De nombreux professionnels de la santé mentale se sont convaincus que la médicalisation de l’anxiété a produit plus de bien que de mal. Avec les meilleures intentions du monde, ils ont adhéré au modèle médical et utilisé sa science thérapeutique.
En considérant l’anxiété comme une maladie, nous ne savons plus faire la différence entre des troubles anxieux et l’expérience humaine de l’anxiété. Nous avons donc perdu notre capacité à faire ces nuances sur une échelle émotionnelle. Nous avons oublié que la santé mentale ne signifie pas l’absence de souffrance ou d’inconfort émotionnel, et qu’elle est un engagement à traverser la souffrance émotionnelle plutôt qu’à la contourner.
Comment définir l’anxiété ?
L’anxiété est une appréhension d’un futur incertain. Cette définition est importante pour pouvoir distinguer l’anxiété de la peur. Nous supposons, en effet, que les deux ressentis fonctionnent de la même manière, à savoir le déclenchement d’une réaction de lutte ou de fuite. Mais la peur n’a rien à voir avec le futur. La peur nous enracine dans un présent qui nous confronte à une menace, par exemple un couteau sous la gorge, et nous prépare donc à faire face dans l’instant.
N’étant pas associée au présent, l’anxiété fait de nous des voyageurs mentaux vers le futur. Nous faisons des simulations sur quelque chose qui ne s’est pas encore produit, et nous maintenons notre mental sur l’idée que quelque chose de mauvais peut arriver, mais qu’il peut aussi y avoir quelque chose de bon. C’est en quelque sorte comme attendre les résultats du médecin : vous pourriez avoir un cancer, mais vous pourriez ne pas en avoir.
Le message de l’anxiété est de nous signaler une zone d’incertitude, de nous préparer à prévenir un désastre, ou faire en sorte que les alternatives positives deviennent une réalité. L’anxiété peut être protectrice, mais aussi très productive.
Comment situer l’anxiété dans un cadre évolutionniste ?
Le troisième livre de la théorie de l’évolution de Charles Darwin s’intitulait : « L’expression des émotions chez l’homme et les animaux ». L’idée centrale est que lorsqu’on se sent mal, c’est pour attirer notre attention. L’anxiété ne nous laisse pas l’ignorer.
L’anxiété est comme un détecteur de fumée qui se déclenche dans votre maison, non pas pour se boucher les oreilles ou changer de pièce, mais pour déclencher une investigation de notre part. Nous ne devons pas nécessairement considérer le signal comme une invitation à paniquer, mais comme le besoin de rechercher la cause du déclenchement.
Donc l’anxiété nous dit que nous sommes face à un futur incertain, dont nous nous soucions, que nous ne pouvons pas ignorer et que nous devons investiguer. En considérant l’anxiété comme une information à laquelle prêter attention, nous réalisons que nous pouvons avoir encore de l’espoir pour ce futur. Les émotions étant de l’énergie pour agir, cette énergie a besoin d’être utilisée pour aller quelque part.
L’anxiété est une émotion « activatrice ». Elle ne déclenche pas seulement des réactions de lutte ou de fuite, car elle libère de la dopamine qui nous incite à rechercher des récompenses, mais aussi l’ocytocine, l’hormone du lien social. Des niveaux modérés d’anxiété, sans panique, augmentent les niveaux d’ocytocine qui nous incitent à rechercher des liens sociaux et du soutien. L’anxiété contient certaines de ses propres solutions.
Quelles sont les recherches sur le rôle positif de l’anxiété ?
Dans son livre, Nassim Nicholas Taleb a inventé le terme « d’antifragilité », une notion très utile à utiliser pour penser l’anxiété. Quelque chose de fragile est comme une tasse à thé en porcelaine. Si vous la laissez tomber, elle se brisera en un milliard de morceaux, et vous ne pourrez jamais en recoller les morceaux pour retrouver son état initial. L’antifragilité est un concept selon lequel il y a des bénéfices aux contraintes ou aux défis.
Le système immunitaire en est un exemple, car si vous ne le confrontez pas aux germes, aux bactéries et aux virus, il ne pourra pas apprendre à construire une réponse immunitaire. Vous seriez comme l’enfant immunodéprimé dans sa bulle. Les muscles font de même, car ils s’atrophient si vous ne les faites pas travailler et ne les sollicitez pas.
Il en va de même pour nos émotions. Ce n’est qu’en se confrontant aux ressentis difficiles, et en apprenant les techniques pour y faire face, quitte à tomber parfois en sachant que l’on peut se relever, que l’on peut acquérir les compétences qui nous aideront ensuite à être résilients face à tous les coups du sort que le monde nous réserve.
Que faire si vous vous sentez anxieux à propos du futur ?
- Le premier principe est que l’anxiété est une information qu’il convient d’écouter.
- Le deuxième principe est que l’anxiété n’est parfois pas une information utile. Et dans ce cas relâchez-la et replongez-vous dans le présent en oubliant le futur.
- Le troisième principe est que si, en prenant un peu de recul vis-à-vis de l’anxiété, vous découvrez qu’elle vous donne des informations utiles concernant le monde, ce qui vous intéresse, le futur, l’espoir, alors attachez-la à un objectif.
Par exemple si un enfant est anxieux à propos d’un contrôle de mathématiques, on peut l’aider à voir que l’anxiété témoigne de son intérêt pour les mathématiques, son dur travail réalisé au cours du semestre et sa volonté de bien faire. Le maintien de l’anxiété montre, par exemple, le besoin d’étudier un peu plus.
Quelle est la distinction entre l’anxiété et les troubles anxieux ?
Une anxiété fréquente et assez intense, ne signifie pas un trouble anxieux. La différence clé est que le diagnostic de trouble anxieux implique des perturbations fonctionnelles. La manière de faire face aux intenses ressentis perturbe notre capacité à vivre pleinement notre vie.
Une personne peut, par exemple, ressentir au quotidien une forte anxiété sociale, tout en continuant à aller au travail, même si elle est anxieuse à l’idée des jugements possibles de son collègue. Dans ce cas, elle trouve le moyen de faire avec. Mais la vie d’une personne anxieuse peut être perturbée si elle commence à éviter le travail, ou si son sommeil est altéré de façon importante. Dans ce cas, il y a bien des troubles anxieux, et il convient d’interrompre le cycle d’anxiété et d’évitement, par une thérapie.
« L’anxiété peut être un allié. Mais comme tout allié, il faut négocier. Et c’est le travail difficile de l’être humain. Même lorsqu’elle nous bloque, l’anxiété peut être l’une des grandes sources de force intérieure dont nous disposons en tant qu’humains. »
Commentaires pour les coachs de santé
Voici un document riche d’informations sur l’anxiété. L’anxiété n’est pas un problème en soi, car elle fait partie des émotions humaines fondamentales dès qu’une personne aborde l’incertitude. Le problème vient avant tout de notre relation à l’anxiété, c’est-à-dire l’histoire que nous pouvons nous raconter à propos de l’anxiété. Une histoire médicale ou une histoire d’aventure ? Selon les interprétations que nous pouvons en faire, en fonction de notre histoire personnelle, l’anxiété peut nous pousser à nous dépasser ou bien nous paralyser. Nous pouvons avoir de la curiosité vis-à-vis d’une anxiété, ou être en colère de se sentir anxieux. Le problème n’est donc pas l’anxiété mais le jugement que nous portons sur nous-même quand nous ressentons l’anxiété. On ne gère pas l’anxiété en l’évitant mais en en comprenant le message ou l’intention positive, et en la traversant avec des ressources. Seulement, cette réinterprétation du message de l’anxiété n’est possible que lorsque nous ne sommes pas submergés par cette émotion, lorsque nous sommes capables de décrire l’anxiété sans nous y associer. Voici une technique de Robert Dilts, inspirée du travail de Virginia Satir, pour bien gérer l’anxiété. Virginia Satir disait que ce n’est jamais le premier ressenti qui pose problème, mais que c’est le second ressenti (celui qui vient du jugement que nous pouvons avoir sur le premier ressenti) qui est la cause du réel problème.
Pour cette technique, il convient de disposer de trois espaces au sol, puis d’établir un dialogue avec les émotions.
Technique des trois espaces (Robert Dilts, d’après Virginia Satir)
- Premier espace : soyez pleinement présent aux sensations, mêmes désagréables, associées à l’anxiété et à ce qui se passe dans votre corps. C’est le premier ressenti. Soyez juste présent aux expressions sensorielles de l’anxiété sans dialogue mental.
- Second espace : faites un pas en arrière pour vous observer en train de ressentir de l’anxiété. Souhaitez la bienvenue à l’anxiété, accueillez-la en tant que messager important, et demandez-vous : « Qu’est-ce que je ressens quand je m’observe en train de ressentir de l’anxiété ? » « De la colère ? de la peur ? de la honte ? de la culpabilité, etc. » Le second ressenti est, le plus souvent, bien plus inconfortable que le premier. Qu’est-ce que ce second ressenti évoque de votre histoire personnelle, de vos croyances personnelles ?
- Troisième espace : faire un pas en arrière pour vous demander « De quelle ressource j’aurais besoin pour transformer ce second ressenti en énergie positive ? » S’associer à des ressources positives (une expérience de référence, l’expression de ses valeurs ou de sa mission de vie, etc.). Quand vous ressentez pleinement cette ressource en vous, ancrez-la par un geste et une image.
- Revenir aux espaces 2 puis 1 avec la ressource : tout en maintenant l’ancre de ressource, retournez dans le second espace en notant comment l’inconfort du second ressenti se transforme. Puis tout en maintenant l’ancre, retournez dans l’espace du premier ressenti, celui de l’anxiété, en prenant le temps de noter la perception différente que vous pouvez avoir de cette anxiété. Dans cet espace où le ressenti d’anxiété a perdu de son intensité, vous pouvez vous demander « Quelle est la fonction positive de l’anxiété ? Qu’est-ce que l’anxiété cherche à faire de bon pour moi ? » « Qu’est-ce que l’anxiété m’invite à faire ? » « Qu’est-ce que l’anxiété m’invite à rechercher comme soutien ? » « Quels objectifs vais-je me fixer ? »
Le lien avec la PNL
Jean-Luc Monsempès mobilise ici une technique PNL précise — les trois espaces de Robert Dilts, inspirée du travail de Virginia Satir sur les niveaux de ressenti — pour transformer une lecture principalement issue de la psychologie de la santé en protocole d’accompagnement concret. L’apport PNL est double : il distingue le premier ressenti (l’anxiété elle-même) du second ressenti (le jugement porté sur cette anxiété, souvent bien plus handicapant), et il ancre une ressource positive pour transformer la relation à l’émotion plutôt que de chercher à la supprimer.
Jean-Luc Monsempès est docteur en médecine et enseignant certifié en PNL, Process Communication Model (PCM) et LAB Profile, titulaire d’un DU de coaching. Ancien directeur de l’Institut Repère à Paris, son domaine d’expertise est l’application des sciences cognitives à la santé individuelle et collective. Ambassadeur du Collège des coachs NLPNL, il a reçu en 2022 le prix de la Fédération NLPNL pour son implication dans le développement de la PNL appliquée à l’entrepreneuriat et à la santé.

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