Publié le 2 septembre 2026
Intelligence somatique, PNL et mouvement : la syntaxe du corps selon Michaël Ameye
Et si le corps n’était pas seulement le levier de la PNL, mais son canal principal de travail ? Michaël Ameye, professeur d’aïkido et formé auprès de Judith Delozier, présente l’approche somatique en PNL : la « syntaxe somatique », les six grandes chaînes musculaires de la méthode GDS, la neuroception et le système polyvagal, puis une série de pratiques concrètes pour développer l’intelligence somatique — dans l’accompagnement d’autrui comme dans la conduite de soi. Un article publié en deux parties dans la revue Métaphore, n° 108 (mars 2023) et n° 109 (juin 2023).
Nous appartenons au règne animal et, en tant qu’animal, nous bénéficions d’un certain nombre de facultés que nous partageons avec les autres animaux. Nous utilisons certaines stratégies en commun avec les moustiques, les varans et bien sûr le monde des mammifères.
Professeur d’aïkido depuis bientôt trente ans, je me suis beaucoup intéressé aux aspects corporels de l’expérience humaine. Des formations aux approches psychocorporelles ont complété cette large expérience. Enfin, les enseignements de Judith Delozier, une de mes principaux mentors, m’ont permis d’approcher la relation à soi et à l’autre sous un angle principalement somatique.
En PNL, nous sommes habitués à travailler avec le corps. La fameuse « syntaxe somatique », qui tire son origine, entre autres, des apports de Judith Delozier, de Todd Epstein et de Robert Dilts à la PNL, est diffusée largement dans les formations à la PNL.
Enfin, les apports du coaching génératif et de l’hypnose éricksonienne complètent le paysage de fond de ce qui suit.
La spécificité de l’approche qui va vous être présentée ici, repose donc sur le kinesthésique qui passe d’une modalité et de sous-modalités au canal principal de « travail », que ce soit de soi à soi ou dans l’accompagnement de quelqu’un d’autre.
Le corps comme « canal » ou « focus » principal, qu’est-ce que cela change ?
Notre corps est notre véhicule. Nos pensées, nos représentations, nos émotions sont toutes « imprimées » dans notre corps, tant d’un point de vue neurologique (boucles ou réseaux synaptiques activés) que sensorimoteur (nos muscles, nos ligaments et articulations sont imprimés par nos états internes et processus cognitifs).
Nos postures et nos gestes sont marqués par la répétition d’états internes et de pensées. Et nos apprentissages ne sont effectifs que lorsqu’ils sont ancrés dans le corps par un état interne, une sensation, une posture, un comportement…
On peut dès lors approcher cet état de fait de deux manières en tant que PNListe.
Les manières « classiques »
La PNL repose sur l’utilisation du corps comme levier pour transformer nos représentations de situation. Utiliser le canal kinesthésique pour exprimer (sensation, geste, posture, mouvement), pour ancrer des états internes associés à des représentations internes. L’utilisation de l’espace permet la différenciation de différentes parties de soi et cela passe par le déplacement et donc par le corps.
L’utilisation du corps renforce dès lors un processus, un protocole de travail, de transformation. Cela permet également d’ancrer et de renforcer les apprentissages et de faire durer les effets de ceux-ci.
Cette approche a fait ses preuves et est fondamentale pour l’efficacité des techniques ou protocoles utilisés. Ce que nous allons modifier dans l’approche qui suit c’est le point de focalisation.
L’approche somatique
La PNL étant avant tout une école de modélisation, l’approche somatique consiste donc à modéliser chaque situation explorée à travers sa représentation somatique. Nous minimisons dès lors les descriptions mentales (et le visuel et l’auditif) et nous les réorientons sur le kinesthésique. Soyons curieux de ce que le corps exprime, écoutons-le chuchoter avant qu’il ne commence à « crier ».
La deuxième composante de cette approche repose sur la connaissance du langage du corps – et je ne parle pas ici des interprétations de postures ou de codes gestuels (aussi nommés body language) mais bien des associations entre corps et esprit. En effet, le corps musculaire est composé d’associations de muscles appelés chaînes musculaires.
Différentes écoles existent. Mon école est la méthode GDS (Godelieve Denys-Struyf). Elle recense six grandes chaînes associées à des classes d’états internes et de processus internes bien précises.
La contraction régulière des muscles de ces chaînes, provoquée par la récurrence d’états internes, va soit provoquer des postures caractéristiques ou des mouvements caractéristiques soit, en cas de fréquence élevée ne laissant pas la possibilité de régénération, par des tensions musculaires, des crampes voire des lésions ou inflammations de l’appareil sensori-moteur.
Ainsi, avec l’entraînement, voire quelqu’un rentrer dans une pièce et venir vous serrer la main vous donne des indications importantes de son naturel en termes d’états et processus internes privilégiés.
Cela nous apporte donc une finesse extrême de calibration et un approfondissement du rapport très appréciables.
Ensuite, apprendre à parler avec le langage somatique, à le calibrer, à le refléter, à construire avec sa syntaxe, à ancrer de nouveaux auto-conditionnements par le mouvement et l’expression corporelle, sont toutes des stratégies extrêmement efficaces parce qu’elles dépassent les limitations du cognitif en matière de changement. Le corps ne ment pas, il ne se raconte pas d’histoire, il ne se berce pas d’illusions. Le respect de l’écologie (de soi comme de l’autre) passe par le corps.
Enfin, le corps est en prise directe avec nos parties inconscientes. Travailler avec le corps en priorité, c’est ouvrir le champ des possibles. Le travail somatique renforce particulièrement le travail génératif. Ceux qui pratiquent le coaching génératif ou l’hypnose éricksonienne savent que ce n’est pas un hasard si le corps y prend une place toute particulière.
Explorons maintenant un peu plus en profondeur ces différents aspects.
Les grands axes du corps
Notre corps possède des caractéristiques uniques dans le monde animal. Notre posture érigée sur nos membres inférieurs oriente notre structure musculaire et articulaire selon des schémas qui sont propres à l’être humain. Et en même temps, chacun développe ses propres particularités morphologiques. La stimulation des muscles n’étant pas la même chez chacun, elle provoque des formes musculaires et des mécaniques de mouvements très différents. Pour grossir le « trait » de notre propos, un.e haltérophile n’a pas la même morphologie qu’un.e coureur.se de fond ou encore qu’un.e gymnaste de haut niveau.
Quels sont ces grands axes qui orientent le corps humain ?
Il y a six grandes chaînes musculaires associées chacune à un type d’états et de processus internes :
• La chaîne du projet, des efforts, de vouloir avancer, entrer dans l’action ou lutter ou combattre, de prendre sa place dans le monde. Elle va de la base du talon jusqu’à l’occiput. La posture significative est le.la coureur.se de compétition en plein démarrage après le signal de départ. Ce n’est pas un hasard si beaucoup de personnes stressées par la quantité de travail se plaignent de mal au dos ou de douleurs dans les épaules.
• La chaîne du « cocooning » du retour à soi, de l’introspection, du ressourcement, de l’écoute de soi. Elle part du cou jusqu’au bassin. La posture significative est celle de la femme enceinte qui caresse son ventre. C’est une chaîne qui est en lien avec le soin de soi, l’écoute intérieure.
• La chaîne des valeurs et des hautes aspirations, de la Vision et de la connexion à plus grand que soi. Elle part du plateau pelvien, voir du sphincter anal jusqu’au port de la tête (le long de la colonne vertébrale). C’est une chaîne plus interne. La posture significative est celle du.de la capitain.e qui scrute l’océan avec sa longue-vue.
• La chaîne de l’incarnation, du rebondi, de l’unification des différentes parties de soi, de l’humour et de l’amusement. Elle part des pieds et remonte jusqu’en haut du thorax (reliant le haut et le bas, l’avant et l’arrière). La posture significative est celle du.de la basketteur.se pendant un changement de direction ou juste avant qu’il.elle bondisse vers le panier.
• La chaîne de l’ouverture, de l’extraversion, de la communication, de la curiosité, de la recherche de l’autre. Elle gère la rotation externe des membres ainsi que l’extension selon l’axe vertical du thorax. La posture significative est celle de la personne qui accueille une proche en ouvrant les bras.
• La chaîne de la fermeture, de la protection, de la recherche de sécurité, de la pudeur (voire de la timidité). Elle gère la rotation interne des membres ainsi que la flexion selon l’axe vertical du thorax. La posture significative est celle de l’enfant qui se recroqueville latéralement parce qu’il ne se sent pas à l’aise avec son environnement.
Quelle est l’utilité de ce « décodage » ?
D’abord, cela permet de mieux calibrer le type d’états et de processus internes préférentiels qui ont « sculpté » le corps. Dans certains cas, cela permet de proposer des mouvements et des postures « correctrices », ce que l’on appelle également le « rejeu » en approche somatique. « Rejouer » des états non stimulés ou des développements musculaires qui ont été parfois été « court-circuités » pendant la croissance et la maturation de la personne. C’est surtout très intéressant lorsque l’on travaille avec des enfants et des adolescents mais cela fonctionne également très bien avec les adultes.
Ensuite, cela permet de mieux calibrer ce qu’il se passe dans l’instant. Une contraction musculaire, un micromouvement, une expression faciale, un changement de rythme respiratoire sont des indicateurs d’une « autre conversation » comme l’appelle Judith Delozier.
Travailler selon les axes est également respectueux de la nature même de l’expression corporelle. Une analogie osée ferait le lien avec la logopédie qui apprend à maîtriser la parole. L’approche somatique permet de générer des changements par le biais de l’intrication corps-esprit.
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’éducation physique, de thérapie corporelle. L’approche somatique ne porte que sur les liens entre les processus internes, plus cognitifs, les états internes et leur incarnation dans la posture et le mouvement.
Développer l’intelligence somatique
Il existe de nombreuses approches qui permettent de rencontrer et de faire appel à son intelligence somatique. L’intelligence somatique repose, en très résumé, sur plusieurs automatismes neurologiques que je vais décrire brièvement avant de les relier à l’intelligence somatique.
La neuroception
Ce concept étudié et développé par Daniel Siegel met en évidence notre routine de survie de base qui consiste à scanner constamment l’environnement, à la recherche de signes de danger ou de sécurité (l’un avant l’autre). Cette opération récolte énormément d’informations inconscientes dans un processus automatique que nous ne maîtrisons absolument pas, à ma connaissance ; nous ne pouvons pas nous empêcher de le faire.
Ainsi, lorsque nous entrons dans une pièce, le choix d’un endroit particulier pour nous asseoir, le fait d’adresser ou non la parole à certaines personnes, de déposer nos affaires à un endroit particulier, de prendre la parole ou non dans une phase de partage… sont toutes des routines inconscientes liées à la notion de sécurité et à nos stratégies de survie.
Le système nerveux polyvagal et la survie ou l’engagement social
Des informations tirées de cette neuroception, notre système nerveux polyvagal va enclencher une routine de survie ou une routine d’engagement social. Il y a plusieurs routines de survie mais je ne rentrerai pas dans les détails ici. Les travaux de Stephen Porges ont montré l’action importante du système polyvagal sur les émotions, l’autorégulation et les relations sociales.
Il a montré que seule la sécurité psychologique permet le déclenchement de l’engagement social et par conséquent la création de relations et de liens enrichissants.
Le système neveux polyvagal a des connexions avec le système nerveux orthosympathique (action) et parasympathique (repos, récupération). Il peut être représenté comme un chef d’orchestre ou comme une pieuvre avec des embranchements multiples vers tous les organes (intestins, cœur et poumons en particulier) mais également avec les cortex visuel et auditif et enfin avec les muscles faciaux (pilotant l’expression du visage).
Un changement dans l’environnement peut provoquer des changements de rythmes respiratoires et cardiaques. Le jeu ou le combat utilisent les mêmes boucles neuronales. Comment notre corps fait-il la différence ? C’est un des rôles du système polyvagal.
On peut dire qu’il est au centre de la boucle de communication « émetteur – récepteur » et qu’il représente une partie importante du canal de la communication non verbale.
Le système nerveux entérique
Nous avons entre 100 et 200 millions de neurones qui contrôlent et gèrent notre digestion. Le long de ces nerfs, se greffent des connexions avec le système immunitaire primaire, le système endocrinien (hormonal) et le système nerveux polyvagal.
Les « états » de notre système nerveux entérique influencent notre humeur (le mot humeur vient d’ailleurs à l’origine de la description des fluides du corps en lien avec des états internes) et nos capacités cognitives.
Une détresse émotionnelle affecte notre digestion (« je n’ai pas faim », « j’ai perdu le goût de manger, voire de vivre »). Et une détresse intestinale peut renforcer nos états d’anxiété, de stress voire de dépression. Des études sont en cours pour atténuer l’autisme et d’autres déséquilibres psychologiques via un rééquilibre de la fonction intestinale.
Mémoriser et se souvenir
Les PNListes sont entraînés, avec les travaux de John Grinder, sur la base de la grammaire sémantique d’Alfred Korzybski, à comprendre que « la carte n’est pas le territoire ». Le Méta-Modèle permet de mettre en évidence linguistiquement une partie (infime) des sélections, généralisations et distorsions d’information, dans leur stockage et le rappel à la conscience.
Et en même temps, les mots sont parfois dérisoires et ne couvrent pas tout le champ de l’expérience humaine ni la richesse de l’introjection du monde extérieur.
La première transformation de l’expérience externe intervient lors de son stockage intrinsèque. Chaque information sensorielle est stockée dans le cerveau en interaction avec ce qui existe déjà dans les mémoires de la personne. Par analogie ou par contraste. Nous ne mémorisons donc pas des informations isolées mais celles-ci sont intriquées dans un réseau de « connaissances » existantes. Une information est en effet stockée dans le cerveau sous la forme de réseau neuronale entre différents neurones via des synapses particulières.
La deuxième transformation est qu’à chaque « expérience » introjectée est associée un « affect » qui se traduit par un kinesthésique interne particulier. L’information est donc teintée de couleur émotionnelle et… somatique.
L’imagerie du cerveau est de plus en plus performante, surtout depuis l’invention et l’utilisation de la résonance magnétique nucléaire fonctionnelle qui permet d’avoir une image en temps réelle du cerveau pendant que le sujet est actif (négocier, mémoriser, réagir à une photo, un film…).
Cela a permis de montrer que plusieurs réseaux de neurones (et régions) du cerveau sont associés à un acte ou une stimulation sensorielle.
Il est donc impossible de se souvenir d’une situation de manière « séparée » d’autres situations similaires et donc de manière purement factuelle.
Ceci renforce l’hypothèse constructiviste de la PNL et l’axiome qui postule que chacun vit dans ses propres représentations uniques et agit en fonction. Notre corps étant le substrat même de l’expérience, il devient dès lors évident que la mémoire somatique ou somatisée est un canal important pour la connaissance et la conduite de soi et également pour l’accompagnement des personnes.
Et l’écologie de soi ou de l’autre passe inévitablement par la prise en compte de sa « carte somatique ».
L’intelligence somatique
J’ai voulu présenter (en simplifiant très fortement) différents systèmes qui contribuent à ce que l’on peut appeler l’intelligence somatique. Cela ne constitue pas du tout, et de loin, une description complète de tous les phénomènes qui contribuent à cette intelligence.
On peut donc résumer l’intelligence somatique comme un lien entre le corps physiologique – le corps moteur – et les représentations cognitivo-émotionnelles du système nerveux automatique et conscient, qui fonctionne en parallèle avec notre vie consciente, avec ses propres codes et ses propres logiques. La différence de fonctionnement est donc source de richesse et de sagesse même si notre logique consciente n’en comprend pas toujours les rouages. Elle fait partie de notre nature humaine.
En quoi est-ce que cette intelligence somatique est intéressante ?
Pour moi, il y a trois grandes raisons.
Tout d’abord, comme nous venons de le montrer, le corps est l’alpha et l’oméga du processus d’intégration de l’information. C’est par les organes des sens et le système nerveux que nous prenons l’information et que nous la stockons, tant sous forme de représentation cognitive (image, sons) que sous la forme de sensations proprioceptives donnant lieu à la stimulation de certains muscles. Tout ce processus aboutit donc à une mémorisation qui est complètement intégrée dans notre physiologie. Il est donc presque naturel de travailler directement avec le noyau de l’expérience humaine, c’est-à-dire l’intelligence somatique, qui régule l’homéostasie de notre fonctionnement tant physique, qu’émotionnel et, en définitive, cognitif. Modéliser la logique de l’intelligence somatique propre à chacun permet de travailler avec élégance et efficacité.
Ensuite, l’intelligence somatique est plus « primitive » et donc moins sophistiquée que les hautes fonctions de cognition et d’expression sentimentale et émotionnelle. Et c’est souvent ce qui nous limite, nous freine, nous canalise dans certaines habitudes. Il est donc intéressant d’approcher les phénomènes émotionnels et cognitifs par leur « racine », c’est-à-dire leur composante kinesthésique. Le vrai changement se produit lorsque toutes nos intelligences sont alignées. Dans le cas contraire, nous sommes habités par des conflits internes conscients et plus souvent inconscients. L’approche somatique est donc efficiente car elle court-circuite une partie des barrières du mental et permet de transformer les « obstacles et les freins internes » en alliés.
Enfin, comme le corps ne ment pas, même s’il s’exprime parfois de manière illogique selon notre analyse cognitive, car il fonctionne de manière analogique, par association et résonance, la vérification de l’écologie et de la durabilité d’une transformation est donc plus riche et efficace en passant par ce canal. La calibration fait partie intégrante des compétences PNL et en ça, la plupart des PNListes utilisent déjà intensivement l’intelligence somatique. La seule différence est que la vérification somatique prend le devant sur d’autres futurisations et vérifications plus « imagées » et donc plus mentales.
Il y a donc un intérêt tout particulier à prêter attention à nos ressentis et à rentrer en communication « métaphorique » avec eux et, pour ceux qui accompagnent des personnes, de les aider à apprivoiser cette intelligence somatique afin qu’ils soient autonomes dans leur développement.
C’est une des clés de la résilience, c’est-à-dire notre capacité à passer à travers des expériences difficiles. La résilience passe d’abord par le corps. Autant apprendre à nous connaître, dès lors, et à utiliser nos ressources corporelles pour renforcer encore notre efficience.
Pour ceux qui souhaiteraient développer cette intelligence somatique, il existe de nombreuses écoles et pratiques. Dans la section suivante, je vous présenterai une synthèse de quelques pratiques que j’ai mises en place dans mes interactions avec moi-même et avec ceux que j’accompagne.
Quelques exemples d’utilisation de l’intelligence somatique
En effet la question, vaste, reste : « Comment intégrer toutes ces considérations dans la pratique, qu’elle soit personnelle (conduite de Soi) ou dans la relation d’accompagnement ? »
La littérature et les pratiques abondent dans le domaine psychocorporel. Comment trouver sa propre voie ? Je n’ai, bien sûr, pas la réponse absolue à toutes ces questions.
Ce que je propose ici c’est une série de pistes pour développer l’utilisation de l’Intelligence somatique dans votre pratique qu’elle soit individuelle (conscience et conduite de Soi) ou dans l’accompagnement d’autres personnes.
La présentation de ces pistes repose sur les différents axes du développement de Soi.
• (S’)Écouter… en profondeur et approfondir le rapport à l’autre.
• Manifester et amplifier l’expression de son vécu intérieur par le mouvement.
• Harmoniser – Intégrer les parties de Soi.
• Digérer des difficultés et transformer des freins par le mouvement.
• Installer et ancrer des apprentissages.
• Contacter et intégrer les hautes fonctions humaines dans son quotidien.
Pour chacune de ces pistes, il y aurait moyen d’écrire un livre entier. Je me bornerai à présenter une pratique somatique concrète à titre d’exemple. Je le présenterai sous forme de pratique du point de vue de l’accompagnement d’une autre personne et en même temps cela peut s’appliquer à soi-même. On peut en effet s’accompagner soi-même.
(S’)Écouter en profondeur et approfondir le rapport à l’autre
L’écoute a plusieurs niveaux. On peut ne prendre que les informations qui rentrent dans notre cadre (première position de perception). On peut se placer en deuxième position et avoir une écoute « intellectuelle » et essayer de comprendre ce que l’autre vit avec curiosité (toujours en première position de perception). On peut se placer dans les chaussures de l’autre et ressentir ce que cela fait d’être dans la situation de l’autre. On peut enfin se placer dans un champ plus large dans lequel coexistent plusieurs réalités (troisième et quatrième position de perception).
L’utilisation du corps va permettre de développer et affiner cette écoute que l’on appelle « écoute générative ».
Pour ce faire voici une petite routine :
• Prenez quelques respirations en conscience.
• Ressentez votre corps, prenez conscience de son volume, des forces qui le parcourent.
• Déposez ce qui vous agite afin de commencer à créer un espace intérieur calme, ouvert et spacieux, toujours à l’aide de la respiration (les pratiques de méditation aident).
• Dans cet espace, accueillez l’expérience de votre interlocuteur.trice et ressentez ce qui se manifeste dans votre ventre et votre thorax, dans votre dos et dans vos jambes, dans votre visage.
• Gardez cette sensation à la conscience tout en élargissant celle-ci à tout l’espace intérieur, le ressenti de l’autre personne n’occupant qu’une partie de celui-ci.
• Prenez conscience de ce qui se passe dans l’espace entre vous-même et l’autre personne. Que ressentez-vous ? Accueillez cela dans votre espace intérieur et prenez conscience du lien entre vous et l’autre personne, dans ses modalités et sous-modalités kinesthésiques.
• Reprenez de la « hauteur » afin d’avoir à la conscience les différents espaces en même temps.
• Restez simplement avec cela et laissez votre corps répondre par des sensations, souvent accompagnées d’images, de mots. Imaginez que vous êtes une antenne qui reçoit des signaux et les retransmet.
• Qu’est-ce qui vous vient ? Comment traduisez-vous cela en mots ? Comment ces mots résonnent-ils au sein de l’autre personne ?
Cette pratique devient semi-consciente à force de la pratiquer et seule la dernière étape reste complètement en conscience.
Manifester et rechercher la forme de l’expression de son vécu intérieur par le mouvement
Judith Delozier nous rappelle que « tout est en mouvement ». L’immobilité est synonyme de mort et ce n’est encore qu’une vue de l’esprit car même dans la matière inerte, les électrons et les composantes de la matière sont en mouvement perpétuel. Les personnes familières avec la spectroscopie savent que l’on peut faire « réagir » la matière par l’envoi d’ondes électromagnétiques qui vont interagir, exciter certains mouvements de la matière. Ces réponses se mesurent très bien par exemple par la spectrographie infrarouge.
Lorsque nous réfléchissons, nous parlons, nous sommes immobiles, nous sommes dans une danse perpétuelle. Nos muscles, même au repos, continuent à être en action, réparation des microdéchirures, évacuation des déchets…
La pratique de l’écoute corporelle présentée au point précédent permet de se connecter au corps.
À partir de cet espace, il est possible de traduire une sensation, une émotion en une force de mouvement. En physique, une force est décrite par un point d’application, une direction et une intensité. Dans le cas d’une sensation, nous allons nous intéresser à ces trois aspects également.
1. Reconnaître et identifier la sensation
Posez(-vous) les questions suivantes :
• Où se situe la sensation en lien avec une pensée, une situation, une émotion, un souvenir… (il peut y avoir de multiples points d’origine).
• Quelle est sa direction de propagation ? Une sensation comprend nécessairement un mouvement (vu qu’il s’agit d’une interaction entre le système nerveux et le système musculaire).
• Quelle est sa qualité en termes d’intensité ? Comme nous sommes dans le cas d’une sensation, nous pouvons rajouter d’autres sous-modalité (texture, poids…). On peut chaîner sur le visuel et l’auditif pour renforcer l’association en prenant la précaution de maintenir le lien avec la sensation.
2. Exprimer ouvertement
À partir du mouvement de départ, trouvez un moyen de le continuer. Les animaux passent à l’action sur la base de leur sensation. Du fait de notre contrôle conscient, nous bloquons souvent nos mouvements internes (ou nous les alimentons de manière négative par nos histoires, ce qui « parasite » le mouvement de départ). Retrouver le mouvement interne de départ et l’exprimer sous forme d’un mouvement corporel impliquant tout notre corps constitue la deuxième étape dans l’utilisation de l’intelligence somatique.
3. Explorer le paysage intérieur en variant les sous-modalités de mouvement (plus vite, plus lentement, plus large, plus restreint, plus haut, plus bas, plus ouvert, plus fermé, avec un mouvement de doigt, de pied, de tête, etc.). Quelle est la réponse de la sensation ?
Une pratique enseignée par Judith Delozier consiste à rechercher, dans cette exploration, le contour de la sensation. Il y a un moment où le mouvement fait basculer notre état vers un autre état. La pratique consiste en une forme d’apprivoisement.
4. Recevoir la sagesse du corps
Apprendre à reconnaître, accueillir, exprimer en mouvement notre état interne permet plusieurs choses :
• Apprendre à mieux se connaître et à mieux reconnaître nos schémas profonds.
• Développer de la curiosité pour soi et donc se reconnecter avec son estime de soi.
• L’exploration des contours d’un état interne fait émerger des ressources qui sont appropriées aux besoins de cet état interne.
• Développer un « réceptacle » pour accueillir nos états internes de manière bienveillante et constructive.
• Vérification de l’écologie et futurisation avec le mouvement intégré.
Les résultats sur les personnes avec qui je travaille sont surprenants (pour eux-mêmes). Les changements sont profonds, durables et complètement intégrés sans qu’il y ait réellement d’effort.
Harmoniser et intégrer les parties de Soi
Ceux qui pratiquent la « danse du Score » et la négociation entre parties avec les deux mains sont déjà familiers avec la force du somatique dans certains protocoles et interventions.
Pour ceux qui ne le sont pas, voici un exemple assez simple d’harmonisation par le mouvement :
• De la position méta, décrire quelques éléments de la situation explorée.
• Rentrer dans l’expérience, sentir et faire émerger un mouvement.
• Sortir en méta, s’enquérir de l’intention positive du « mouvement ».
• Dans la situation explorée, « rejouer » le mouvement en rajoutant la sensation associée à l’intention positive.
• Revenir en méta et décrire la situation visée.
• Sur un autre point, mettre en mouvement la situation visée.
• Revenir en méta. Le guide mimique les mouvements des deux situations.
• Se placer au milieu de deux positions et laisser venir un mouvement qui intègre les deux mouvements.
• Revenir en méta et faire émerger des idées en lien avec l’étape précédente.
• Vérification de l’écologie et futurisation avec le mouvement intégré.
Il est toujours possible de donner du feedback sur le mouvement et de jouer sur les sous-modalités afin de renforcer le travail. Une variante peut également intégrer la stratégie du Swish, mais en mouvement.
Ce genre de pratique est, de mon expérience, intégrable dans tous les protocoles que je connais. Les possibilités sont innombrables.
Digérer des difficultés et transformer des freins par le mouvement
Cette pratique est une variante ou une intégration des pratiques proposées dans les trois premiers points.
En effet, lorsque notre client rencontre une difficulté ou manifeste un frein dans la représentation de sa situation, il est très utile de :
1 – Représenter le frein ou le vécu difficile par une expression somatique.
2 – Explorer ce mouvement, ses sous-modalités et leurs effets sur la sensation et surtout les contours.
3 – Faire émerger des ressources à partir des limites du mouvement (lorsqu’en faire plus change l’état interne).
4 – Intégrer les ressources dans la représentation de la situation et éventuellement passer par la situation visée et intégrer le tout.
5 – Vérifier l’écologie et futuriser.
Cette approche a des « effets secondaires » très intéressants. Comme le client ne s’étend pas linguistiquement sur ses freins et ses difficultés, il ne les renforce pas. Et, de plus, il prend en charge physiquement ses transformations. L’intervention du coach est moins perceptible (vu qu’il.elle est en état de conscience modifiée) et donc l’appropriation du changement est plus grande.
Installer et ancrer des apprentissages
Au-delà des ancrages kinesthésiques « classiques » qui peuvent être renforcés par des ancrages visuels et auditifs, mon expérience montre que l’ancrage par le mouvement est encore plus prégnant.
Ainsi, à partir d’une ressource développée par des pratiques comme celles développées ci-dessus, une mise en mouvement augmente la place de l’ancre dans la neurologie (entre une pression et un mouvement, le nombre de neurones activé est fortement plus élevé). De plus, le mouvement comporte une symbolique plus importante qu’une simple pression.
Enfin, la futurisation par le mouvement devient presqu’un mime qui augmente l’appropriation, par le client, de son évolution.
Contacter et intégrer les hautes fonctions humaines dans son quotidien
« L’homme est un roseau, mais un roseau pensant » déclarait Blaise Pascal, scientifique et philosophe. J’aime à penser que ce philosophe ne visait pas uniquement nos facultés cognitives mais également notre connexion au mystère.
Isadora Duncan, lors d’une interview, à une question sur la signification profonde de sa danse, répondait : « si j’avais pu en parler avec les mots, je ne l’aurais pas dansée. »
Le mouvement donne accès à des états de conscience modifiée, de transe qui donne accès à des intuitions profondes et des connexions qui dépassent le langage pour rentrer dans le domaine génératif. Je ne parle évidemment pas de rave parties !
Nous ne nous sommes pas encore suffisamment approprié notre corps et la connexion corps-esprit-conscience pour maîtriser cet accès à un autre niveau de conscience.
Nous rentrons ici dans le domaine de la 4e génération de la PNL qui commence à modéliser l’intelligence spirituelle chère à Colette Normandeau qui est une pionnière de ce développement au Canada.
Mais ceci mériterait un article à part entière.
Conclusion : l’intelligence somatique au service de la modélisation de l’expérience humaine
L’intelligence somatique est la base de l’expérience humaine. En tant que PNListe, je pense que nous devrions lui donner une importance toute particulière dans nos interventions.
En parallèle avec l’approche du Clean Language, la modélisation du paysage intérieur du client en se limitant aux mots et aux mouvements du client permet de réduire les inductions et les intrications entre les représentations du coach et celles de son client.
C’est une pratique passionnante et riche qui est permissive et générative dans le changement. Elle permet de rentrer au cœur des choses, de communiquer avec nos parties inconscientes sans devoir passer par les filtres réducteurs du contrôle mental.
Cerise sur le gâteau, c’est très vivant et amusant, l’ambiance de travail est légère et les choses peuvent être dites en toute simplicité parce qu’il y a une différenciation entre les situations et le mouvement les représentant.
Alors partants ? Je vous souhaite beaucoup de plaisir.
Le lien avec la PNL
Michaël Ameye prolonge ici l’héritage de la syntaxe somatique en PNL — issue notamment des apports de Judith Delozier, Todd Epstein et Robert Dilts — en proposant de faire du canal kinesthésique non plus seulement un levier parmi d’autres, mais le point de focalisation principal du travail de modélisation. En articulant la méthode GDS des chaînes musculaires, la neuroception et le système polyvagal avec les principes de calibration, de méta-modèle et de langage du corps propres à la PNL, il montre comment le corps peut devenir la voie d’accès privilégiée aux états internes — puis propose une série de pratiques concrètes (écoute générative, harmonisation par le mouvement, ancrage kinesthésique) directement transposables dans l’accompagnement PNL, en résonance avec le Clean Language et le coaching génératif.
Michaël Ameye est Senior Coach, formateur et consultant en leadership, intelligence émotionnelle et intelligence collective, professeur en entrepreneuriat, basé à l’Institut Repère. Professeur d’aïkido depuis près de trente ans, formé notamment auprès de Judith Delozier, il développe une approche du coaching et de la formation fondée sur les dernières avancées en neurochimie du cerveau et sur l’intelligence collective. Contact : www.egregoria.be

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