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Publié le 27 août 2026

La ligne du temps en PNL : quand la métaphore devient outil thérapeutique

Comment dénouer, en quelques mots, un problème qu’on avait fini par oublier qu’il existait ? Patrick Condamin, psychothérapeute et Maître Praticien et Enseignant en PNL, partage plusieurs cas cliniques où la métaphore et la ligne du temps — deux outils PNL qu’il tient notamment de Robert Dilts — permettent de retrouver la liberté et l’espoir. Un article publié dans la revue Métaphore n° 105, juin 2022.

Selon un proverbe chinois, l’eau est plus forte que la pierre, le mou plus fort que le dur. En effet, le torrent repousse lentement la pierre qui gêne son cours, jusqu’à la mer.

Lorsque nous sommes bloqués ou avons le sentiment d’être enfermés par un mur, que nous ne pouvons plus avancer, ni même seulement voir l’avenir, lorsque nous avons un sentiment d’impuissance et de solitude, les métaphores peuvent, comme l’eau du torrent, nous sauver.

Les mots parlent en anglais : hopelessness, helplessness, worthlessness (désespéré, seul, inutile).

La marathonienne

Lorsque je travaillais en entreprise, une de mes collègues s’entraînait tous les jours pour réaliser son projet : participer au marathon de New York et passer la ligne d’arrivée. J’attendais son retour avec impatience, voici ce qu’elle m’a raconté : « Lorsqu’on court le marathon, il y a toujours un moment où l’on a envie de tout abandonner avant la fin : cela s’appelle « LE MUR » ! En fait, à ce moment-là, le corps ne génère plus assez d’endorphine pour avoir le courage de continuer ». Ma collègue ressent cela à New York, et se dit qu’elle va être obligée de s’arrêter. Au détour de la rue, elle voit un immense immeuble dont un mur complet était peint en blanc. En regardant mieux, elle aperçoit une petite porte dessinée au bas du mur, et une légende : « WALLS HAVE DOORS ». Les murs ont des portes ! Cela lui a permis de retrouver les forces nécessaires pour terminer le marathon et réaliser son souhait.

Je raconte souvent cette histoire aux personnes qui se trouvent à un moment donné, enfermées dans leur existence. Et la plupart du temps, cette histoire leur fait du bien.

Tu es aussi un saint…

Robert Dilts, l’un de mes mentors, nous enseigne un exercice : par groupes de deux, il s’agit de demander à son binôme d’identifier une de ses difficultés du moment en une phrase. Ensuite, Robert nous demande de répéter trois fois lentement le problème exposé par la personne, en la regardant vraiment (calibration). Puis de laisser venir la métaphore dont nous pensions qu’elle pouvait alléger son problème. Mon binôme me dit : « J’ai entrepris un grand nombre de tâches en même temps, et aujourd’hui j’ai peur de me noyer sous la charge ».

Comme demandé, je répète trois fois très lentement en regardant mon binôme : « Tu as entrepris un grand nombre d’actions, et aujourd’hui, tu as peur de te noyer ». Et je termine par l’image qui me vient : « Tu as peur de te noyer ET, pourtant, tu es si belle quand tu nages ».

Après l’exercice, nous avons fait le point : « ce que tu m’as dit a dénoué ma peur. Mais comment savais-tu que j’étais vraiment une excellente nageuse ? » Bien sûr, je ne le savais pas, mais mon inconscient avait découvert l’image qui résonnait avec son problème !

Pendant les questions, quelqu’un a demandé à Robert Dilts : c’est bien Robert, mais que dirais-tu à une personne qui te dit : « je suis un criminel » ? Robert répondit : « Bien entendu, il faudrait que j’aie cette personne devant moi, mais je pourrai dire par exemple : « Tu es un criminel (trois fois). Et tu es aussi un saint » ! La salle est restée silencieuse et réfléchie.

Elvire met le cap sur le futur…

Une des grandes découvertes de la PNL est la ligne du temps. Le principe de base est très simple : nous ne pouvons concevoir le temps (passé, présent, futur) qu’en le rapportant à une autre dimension. En général, nous posons notre temps sur une géographie, un espace. Pour faire simple, notre futur se trouve souvent sur une ligne devant nous et à notre droite, notre passé soit derrière, soit devant à gauche. Ceci est bien trop schématique (j’envisage d’écrire prochainement un livre sur la ligne du temps).

Voici cependant un exemple d’application thérapeutique.

Elvire, la jeune fille et la mort

Je reçois, au début de ma carrière, une jeune fille de 18 ans, Elvire, qui vient de faire deux tentatives de suicide après plusieurs années de psychanalyse. Remuer son passé n’est sûrement pas la priorité. Je dessine sa ligne de temps, classique : le passé est derrière elle à gauche, parfaitement accessible ! Le futur, devant à droite.

Elvire m’explique cependant qu’elle ne peut en aucune façon prévoir ce qu’elle fera demain, dans un an, ou dans 20 ans. Qu’est-ce qui l’empêche de voir ce futur ? C’est comme si un nuage opaque ou un brouillard impénétrable l’empêchait de voir dans cette direction. Nous tenons la métaphore !

Je lui demande si, en hypnose, elle serait d’accord pour que nous proposions à son inconscient de reculer ce nuage de deux jours, ce qui lui donnerait 24 heures de visibilité future. Après un travail classique en hypnose, l’inconscient donne son accord pour reculer le nuage, et puis ma cliente sort de transe. Avant son départ de mon cabinet je lui demande :

— Peux-tu décider ce que tu vas faire ce soir ?
— Je ne peux pas, c’est le futur !
— Bien sûr que si, tu peux décider ce que tu veux dans les deux prochains jours puisque ton inconscient est d’accord ! Alors tu vas décider maintenant : tu vas au restaurant, au cinéma ou tu prévois un câlin avec ton copain, mais tu décides de ta soirée, maintenant !
— Je peux vraiment ?
— Fais-le !

La semaine suivante, je lui demande si elle a passé une bonne soirée. Elle me fait un sourire jusqu’aux oreilles ! Je sais que nous avons gagné ! Nous proposons à l’inconscient de reculer le nuage obscur progressivement (un mois, un an, etc.) jusqu’à ce que la ligne soit entièrement visible. Et nous nourrissons en même temps la ligne du futur de quelques projets agréables pour elle.

Après que son futur soit bien visible, Elvire m’a donné une leçon de vie ! « Vous savez monsieur, j’ai compris pourquoi j’ai fait des tentatives de suicide ! Mon inconscient avait si peur que je mette fin à ma vie qu’il voulait me cacher mon futur ! Maintenant que je le vois, je sais que ma mort est très loin, et pas vraiment effrayante ». Elvire n’a plus jamais fait de tentatives de suicide !

Un cadeau de Robert Dilts

J’adorais discuter dans les formations avec Robert Dilts, car j’avais l’impression imaginaire de continuer un dialogue qui avait commencé pendant ses exposés. Je ne sais plus ce que je lui ai demandé ce jour-là, mais je lui ai sans doute parlé d’une situation personnelle bloquante. Robert savait que j’étais conteur, et que j’adorais le désert. Voilà ce qu’il m’a dit :

Il était une fois un émir qui avait deux fils. À sa mort, un seul de ses fils devait lui succéder. Peut-être parce qu’il les aimait autant l’un que l’autre, il inventa un curieux procédé de sélection : une course de chameau où le vainqueur serait celui de ses deux fils dont le chameau passerait le dernier la ligne d’arrivée. Voyant qu’évidemment les deux cavaliers n’avançaient guère, et qu’ils préféraient griller sous le soleil, on fit appel au chaman d’un village voisin. Ce dernier comprit la situation, et se mit entre les deux concurrents. « Je peux résoudre votre problème si vous acceptez ma médiation ». Il reçut évidemment l’accord inconditionnel des deux participants épuisés et ravis de l’aubaine. « Je compte jusqu’à trois, et à trois vous sautez sur le chameau de votre frère ». La course reprit un cours normal et fut vite terminée…

Commentaire : Ce conte du désert commence par un mirage : nous sommes aveuglés par la pensée habituelle qu’un cavalier fait un avec sa monture. Nous devons, comme dans la vie, recadrer notre vision. Parfois, en ayant l’humilité de faire appel à une aide extérieure. C’est le rôle du médiateur.

Le Pardon

Dans le château en haut de la colline, le Calife dort mal. Son corps athlétique semble frappé d’une langueur mortelle. Il sait que la colère fut mauvaise conseillère lorsque, dix ans auparavant, il fit tuer le fils de Mustapha, qui l’avait insulté.

Maintenant, le Calife a peur. Il fait entourer son château d’un fossé profond. Des pointes tournées vers le haut sont enduites d’un poison mortel. De dangereux serpents évoluent parmi elles.

Le Calife fait des cauchemars pendant ses rares instants de sommeil : un des serpents, prisonniers du fossé, s’est échappé et a sifflé à son oreille : « Va voir Mustapha, demande-lui son pardon, puis, en remerciement de mes conseils, libère mes frères serpents ».

Alors le Calife fait porter en cadeau son beau fusil de parade à Mustapha. Et il lui fait savoir qu’il viendra le lendemain chez lui sans armes et sans serviteurs. Le jour dit, le Calife frappe à la porte de Mustapha, demande son pardon et promet de payer les études de chacun des autres fils de cet homme pauvre.

Mustapha dit alors : « On ne peut effacer dix ans de haine avec une promesse, des paroles et de l’argent. Moi aussi je te fais un don, mais c’est un cadeau dangereux. Si ta démarche est aussi pure que tu le dis, tu survivras et tu trouveras une force nouvelle. Si tu n’es pas prêt, tu mourras ; mieux vaudrait alors refuser ma proposition et repartir dès maintenant avec ton pardon et tes cadeaux ».

Le Calife accepte la proposition. Mustapha défait alors la pierre transparente qu’il portait au cou, et la tend au Calife : « Cette pierre porte toute la haine que j’ai accumulée dans l’espoir de te tuer un jour. C’est une pierre dangereuse. Porte la maintenant si tu veux. Calife, si tes intentions sont pures, alors tu vivras. »

Le Calife est un homme courageux. Il a déjà choisi son destin. Aussi il noue sans hésiter le cordon de cuir à son cou. Il tombe aussitôt dans une fièvre terrible au contact de la pierre. On le ramène chez lui. Dix jours et dix nuits, il reste entre la vie et la mort, mais défend qu’on lui arrache la pierre. Le sorcier qu’on convoque déclare que c’est une affaire entre lui et les dieux, et qu’on ne doit pas intervenir dans ces choses-là.

Au terme de dix jours et dix nuits de cauchemars et de souffrances, le Calife revient à la vie, comme détaché et libéré de ses peines. Il va sans escorte et sans armes prier à la mosquée. Il fait combler le fossé autour de son domaine après avoir pris soin de libérer les serpents selon sa promesse. La nuit suivante, il rêve que son messager, le serpent, est revenu siffler à ses oreilles un chant de paix : « Va, ne crains rien ».

Depuis ce temps, dans le village, on voit bien que le Calife ne porte plus le beau fusil ouvragé qui ne le quittait jamais. Et chacun se demande pourquoi un homme aussi riche garde autour du cou cette modeste pierre transparente que l’on trouve au hasard, en marchant dans le désert. Mais en voyant la mine détendue et le visage pacifié du Calife, on devine que la pierre est magique. Porter une pierre transparente nouée autour du cou est devenu la coutume des hommes de ce village.

Commentaire : J’ai écrit ce conte il y a longtemps en revenant du désert ; il y a beaucoup des thèmes des contes précédents : l’enfermement, le conseil d’un médiateur, l’épreuve acceptée. Et puis la libération.

Les métaphores les plus efficaces sont celles qui dénouent si élégamment un problème qu’on a oublié qu’il existait. Reste la manière, que j’ai le plaisir de partager ici avec vous…

Le prisme

D’une manière générale, un conteur n’explique pas un conte. Sinon ce n’est pas un conteur !

La raison en est qu’un conte ressemble à un prisme, qui décompose la lumière du soleil. Chacun reçoit un élément du prisme, une des couleurs de l’arc-en-ciel, qui le touche personnellement à un temps et un moment donné.

Dans cet article j’ai simplement choisi des contes dont une des couleurs éclairait l’enfermement. Chacune de ces histoires est riche d’autres lumières, qui sans doute, aujourd’hui ou demain, résonneront particulièrement avec certains d’entre vous.

C’est la beauté du conte !

Le lien avec la PNL

Patrick Condamin mobilise ici deux outils centraux de la PNL. D’abord le travail de métaphore tel qu’enseigné par Robert Dilts : calibrer l’état de la personne, répéter fidèlement son problème, puis laisser émerger une image qui en modifie le sens sans jamais l’expliquer. Ensuite la ligne du temps, l’une des découvertes structurantes de la PNL, ici mise au service d’un travail thérapeutique concret sur la représentation spatiale du futur. Les deux cas cliniques montrent comment un recadrage bref, appuyé sur ces outils, peut dénouer un vécu resté bloqué.


Patrick Condamin est psychothérapeute individuel et familial, titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie (CEP). Hypnothérapeute et Maître Praticien en Hypnose Ericksonienne formé au New York Training Institute auprès d’Anne Linden et Steven Goldstone, il y a également été assistant enseignant. Il est Maître Praticien et Enseignant certifié en PNL (New York Training Institute), membre du Collège des Psys de la Fédération NLPNL (au moment de la publication de cet article), et pratique par ailleurs la sophrologie, la sexothérapie, l’analyse systémique et thérapie familiale, ainsi que l’Intégration par les Mouvements Oculaires (IMO, niveau 2). Il exerce à Nanterre et Rueil-Malmaison, et écrit régulièrement dans la revue Hypnose & Thérapies Brèves ainsi que dans Métaphore, où la modélisation symbolique et le travail avec le conte occupent une place centrale dans sa pratique.


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 105 – juin 2022

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