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Publié le 26 août 2026

PNL et intelligence collective : le changement génératif appliqué à la société

Et si l’on abordait la démocratie comme un système à « coacher » collectivement ? Michaël Ameye, ingénieur, coach et formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier, transpose au niveau d’une société tout entière l’état COACH et les 6 étapes du changement génératif — des outils PNL habituellement mobilisés en accompagnement individuel ou d’équipe. Un article publié dans la revue Métaphore n° 104, mars 2022.

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Introduction : Démocratie ? Une utopie ?

Non ! Cet article n’est pas un pamphlet politique véhiculant l’une ou l’autre idéologie politique. Au contraire, il invite à réfléchir à notre place de citoyen et notre responsabilité de PNListe pour la création d’un monde où il fait mieux vivre pour tous. Sous quelle forme ? … Générative ?

Tout d’abord, en tant que passionnés de linguistique, revenons à l’étymologie du mot « démocratie ». Demos : le peuple – Cratie : le pouvoir. Le pouvoir au peuple.

Constatons qu’aujourd’hui nous ne sommes plus en démocratie mais tout au plus en « pluricratie » ou particratie. Nous sommes confrontés à des débats idéologiques entre gauche, droite, extrêmes et centre. Nous élisons des représentants et un chef d’État (plus ou moins directement suivant que l’on se trouve en France ou en Belgique) et ceux-ci sont supposés agir pour notre bien collectif.

Le bât blesse à plusieurs niveaux dans le système actuel :

  1. Les personnes qui votent n’ont pas toujours un niveau de conscience et un niveau d’information qui leur permettraient de choisir avec discernement leurs représentants.
  2. Le choix des représentants n’est pas facile, les programmes électoraux ne sont pas toujours très digestes, quand ils ne véhiculent pas des idées irréalistes, erronées voire démagogiques (jouant sur nos peurs et nos frustrations).
  3. Les représentants élus sont « endigués » par des mouvements idéologiques ne permettant pas une saine expression de la diversité des idées.
  4. Les idéologies en elles-mêmes sont des équivalences complexes que leurs défenseurs comprennent de manières très différentes, créant des débats et dissensions aux seins même des ordres idéologiques.
  5. Le temps de mise en place d’une stratégie nationale et la mesure de ses effets ne correspondent pas aux périodes électorales. Les dirigeants d’un pays devraient disposer de 10 à 15 ans pour voir les effets de leur stratégie. Et en même temps, installer une formation politique pendant une période aussi longue ouvre la porte à des dérives d’abus de pouvoir, et autres malversations de l’appareil étatique.
  6. Le nombre n’équivaut pas à la qualité. Ce n’est pas parce qu’une majorité pense d’une certaine façon que c’est la bonne voire la meilleure.

Comment dès lors faire en sorte que notre Société humaine soit organisée de manière plus équilibrée et plus durable ? Si la solution était simple, elle serait en place depuis longtemps. Mais, rêvons un peu !

Prenons un peu de recul et abordons cela sous l’angle de l’intelligence collective et du changement génératif

Au cours des millénaires, la Société humaine a évolué de tribu en fiefs, en nations, en organisation pan-nationales. Plusieurs concepts fondamentaux s’opposent :

  • La liberté individuelle d’entreprendre, de réussir, de posséder ;
  • Le soutien collectif et la répartition équitable des ressources.

Viennent compléter le paysage d’autres concepts, comme l’expression d’une identité collective (nationale), la préservation des ressources naturelles et peut-être d’autres idées-forces.

Pour le moment, nous vivons une confrontation et une compétition des différentes forces qui s’expriment de plus en plus souvent en des marchandages plus limitants que créatifs ou génératifs.

Une analogie s’impose à notre esprit. Si nous assimilons une nation à un individu, nous sommes également traversés par des idées, des envies et des forces internes contradictoires. Envie d’accomplir quelque chose et, en même temps, freinés par un besoin de confort ou une envie de rester « comme on est ».

En coaching génératif ou en hypnose générative, nous connaissons différentes méthodes pour accompagner ces « conflits internes ».

Pour l’exercice, dans le cadre de cette réflexion, nous allons nous concentrer sur les 6 étapes d’un accompagnement génératif :

  • Ouvrir le champ génératif par l’état COACH ;
  • Exprimer une intention positive ;
  • Développer un état génératif ;
  • Mettre en mouvement ;
  • Transformer les obstacles ;
  • Approfondir et ancrer les changements.

Comment traduire cela au niveau d’un collectif ?

1. État COACH collectif – Étape-clé du changement génératif collectif

Pour ceux qui ne connaissent pas l’état COACH, il s’agit d’un état positif composé de 5 ressources différentes :

  • La ressource « Centrage » : cet état interne consiste à reprendre contact avec son corps, à approfondir sa conscience corporelle et ensuite à équilibrer ses trois centres, centre du ventre (corps), centre émotionnel (cœur) et centre mental (tête).
  • La ressource « Ouverture » : idéalement cet état revient à envisager le monde avec un regard neuf, à faire comme si « on ne sait pas, on ne connaît pas » et à développer de la curiosité.
  • La ressource « Alerte » : cet état peut se décrire comme une conscience dans l’instant présent. Nous sommes présents à ce qu’il se passe dans notre environnement. Nous sommes en conscience externe et nous laissons nos histoires du passé et nos projections sur l’avenir se dissoudre.
  • La ressource « Connection » : cet état nous permet de nous sentir comme une partie d’une communauté de soutien. Développer cet état est essentiel pour satisfaire nos besoins grégaires (de contacts sociaux).
  • La ressource « Hôte » : cet état consiste à se mettre dans un esprit d’accueil et d’hospitalité, de bienveillance par rapport à la situation actuelle et à l’instant présent. Accueillir un « problème » comme une « opportunité d’évoluer » est un effet concret de cet état.

Comment installer cette ressource dans un « collectif » comme une nation ?

Nous restons le temps de cet article dans une utopie. Plus il y a de personnes qui sont formées à la PNL et à l’État COACH et plus nous aurons de possibilités de créer des communautés de pratique. Toute la mouvance autour de l’intelligence émotionnelle, relationnelle, collective voire spirituelle ou de pleine conscience contribue également à créer des communautés qui dépassent les polarisations primaires (« nous » contre « eux ») et s’ouvrent à d’autres niveaux de fonctionnement et plus particulièrement de participation à un collectif et de prise de décision « démocratique ».

L’État Coach collectif agit en effet comme un champ relationnel puissant qui permet de faire émerger des idées nouvelles et de changer les rapports entre les personnes.

Cet état collectif est permissif pour le développement d’une intelligence collective générative.

La stratégie gagnante pour développer cela au niveau du pays est assez simple dans la logique mais très complexe et longue à mettre en œuvre. Donc, autant se mettre le plus rapidement au travail.

La première étape consiste à créer ou rejoindre des communautés de personnes qui repensent la société. Durant cette étape, il serait utile de les entraîner à rentrer en État Coach collectif et à développer des modes de gouvernance participative.

La deuxième étape consiste à rassembler les communautés au niveau régional. Les facilitateurs et animateurs de ces communautés pourraient se constituer en réseaux et organiser des évènements communs.

Ce sont déjà des mécanismes qui existent naturellement entre passionnés d’automobile, de modélisme, de sports divers, de culture, de musique, de défense des droits de l’Homme ou de la Nature…

La différence avec ces regroupements cités ci-dessus proviendrait de la deuxième étape d’un changement génératif.

2. Exprimer une intention positive

Dans une communauté en résonance, l’expression d’une intention positive pour le collectif et le monde est une des conditions sine qua non pour générer une intelligence collective. Un des leviers de cette expression au niveau collectif est la passion. La passion vient du Soi profond indifférencié. Elle s’exprime à travers « l’enfant libre » (selon l’Analyse Transactionnelle) ou notre « id. » ou « ça » (selon Freud).

Cette passion génère souvent un appel qui rassemble. Sinon nous risquons de stagner au niveau du cerveau cognitif et au niveau du Surmoi (règles, principes, croyances et valeurs) et de défendre notre « carte du territoire » et nos « structures des surfaces ».

La passion est un chemin vers la structure profonde et vers ce qui est commun à toute notre communauté humaine. Elle nous permet de sortir de l’altérité et de la dualité pour aller vers une Unité bienveillante.

Concrètement, les communautés sont des terreaux puissants pour rassembler les forces vives et les mettre au service d’une cause. Un des plus beaux exemples que je connaisse est les « Villages des pruniers » fondés par Thich Nhat Hanh (récemment décédé) qui œuvrent à l’instauration de la paix dans le Monde par l’animation de Sangha (communauté) de religieux.ses bouddhistes et de Sangha laïques en Europe, aux États-Unis, en Asie et en Australie.

Prenons exemple sur cette vaste communauté et rassemblons-nous sous la bannière de l’engagement citoyen « génératif » (par exemple).

3. Développer un État Génératif

Si l’État Coach permet de générer un champ relationnel propice, un État génératif est le résultat d’un processus qui amène chacun à se laisser emporter par le collectif en apportant sa contribution de manière appropriée.

Un collectif exemplaire qui rassemble des personnes du monde entier est le Ulab de Otto Scharmer (MIT). Durant un processus du type MOOC qui dure plusieurs mois (suivant l’engagement que vous êtes prêt.e à prendre), les participants à ce Ulab apprennent à créer un état génératif émergent en lien avec une intention positive. Le Ulab est prolongé d’autres initiatives (Ulab 2x et GAIA) qui permettent à des communautés qui ont décidé de s’engager dans des projets de continuer à s’autopiloter et à partager des ressources et des idées dans une méta-structure et un champ relationnel porteur.

Les caractéristiques de cette communauté qui s’autoalimente sont inspirantes et correspondent parfaitement à l’étape de développer un état génératif collectif. Notre communauté PNListe et du changement génératif est vraisemblablement plus nombreuse. Des opportunités existent donc bien réellement.

C’est par contre un véritable défi de réunir les PNListes et pourquoi pas des non PNListes et de transformer cette communauté en une force générative de changement.

Commençons par une technique des petits pas et choisissons de travailler ensemble en petits groupes d’abord. Pour ensuite, réunir les groupes. Aujourd’hui une convention NLPNL ne représente qu’une infime partie des PNListes francophones… On pourrait être plus nombreux, réunis autour d’un thème aussi sérieux que le vivre ensemble.

4. Mettre en mouvement

Discuter c’est bien, créer c’est mieux. Les idées génératives sont des pistes à explorer et à développer concrètement. Dans notre vie souvent super chargée, c’est un nouveau défi. Comment consacrer et mettre en priorité le changement sociétal qui est si complexe et si lointain.

La mise en place de processus participatifs, dans lesquels chacun contribue de manière équilibrée et harmonieuse, permet d’entretenir le mouvement durablement.

5. Transformer les obstacles

C’est une phase critique du processus de changement génératif. Tout changement provoque des réactions. On le voit bien aujourd’hui avec les changements sociétaux comme la transition digitale ou la transition climatique.

Dans la transformation des obstacles en leviers de changement, réside l’art du changement génératif. Considérer les obstacles comme des ressources est une stratégie très générative.

Dans notre utopie, on pourrait imaginer que les politiciens et les politiques résistent à la marée de changement. Le processus consistera à les aider à apprivoiser les nouvelles bases sociétales et à y trouver un intérêt à partager notre passion pour l’humain.

6. Approfondir et ancrer les changements

Les changements ont tendance à se perdre avec le temps. Un système qui change sous la contrainte revient à son état d’équilibre d’avant le changement. Pour faire changer la société vers une approche plus équilibrée et inclusive, il sera indispensable de matérialiser ce changement par des règles et des lois. Le changement devrait s’inscrire dans de nouvelles habitudes individuelles et collectives.

Ce changement est imprédictible même dans le cadre d’une utopie. En effet, le décrire serait considérer qu’un seul chroniqueur peut imaginer ce qui émergerait d’un collectif de plusieurs millions de personnes.

Conclusion

Nous avons le système politique que nous « méritons », dans le sens de ce que nous mettons en place, ou pas, pour que « ce qui existe » continue à exister.

Le niveau de stress augmente, ce qui exacerbe la polarisation autour de nombreux sujets de société.

Nous, PNListes et adeptes du changement génératif, disposons d’outils, de méthodes, de valeurs et de principes qui rendent l’émergence d’une autre société.

Que pouvons-nous faire de différent pour contribuer significativement à faire bouger les lignes vers plus d’humanité et d’humanisme éclairé ?

 

Le lien avec la PNL

Cet article transpose au niveau collectif l’un des outils centraux de la PNL générative développés par Robert Dilts et Stephen Gilligan : l’état COACH, avec ses cinq ressources (Centrage, Ouverture, Alerte, Connection, Hôte), et le cycle en six étapes du changement génératif. Michaël Ameye applique ainsi une stratégie de base de la PNL — passer d’un état présent à un état désiré via l’activation de ressources — non plus à un individu, mais à une société entière, en s’appuyant également sur des notions issues de l’Analyse Transactionnelle (l’enfant libre, le Surmoi) pour enrichir sa lecture des dynamiques collectives.


Michaël Ameye est ingénieur industriel chimiste de formation, Maître Praticien, Coach et Formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier (NLP University, Santa Cruz). Formé également à l’Analyse Transactionnelle, à l’Analyse Systémique des organisations et à la Gestalt, il est entraîné à l’Hypnose Ericksonienne et au Soi Génératif par Stephen Gilligan. Après des débuts dans la consultance technologique puis un parcours de formateur-coach en leadership pour un grand groupe financier franco-belge, il cofonde en 2004 la société Egregoria (Belgique), où il développe son approche du leadership et de l’intelligence collective — notamment en collaboration avec Robert Dilts sur un projet de Leadership Corporate. Il est l’auteur de « La Boussole de l’Intelligence Collective » (Egregoria Éditions, 2016), formateur à l’Institut Repère depuis plus de dix ans, professeur invité à l’Université de Mons ainsi qu’à la Haute École P.-H. Spaak de Bruxelles, et pratiquant confirmé d’aïkido, discipline dont il intègre les apports dans son approche du leadership incarné. www.egregoria.be


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 104 – mars 2022

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