Publié le 26 août 2026
La passerelle entre conscient et inconscient : exemples cliniques en hypnose et PNL
Le conscient et l’inconscient communiquent-ils vraiment entre eux ? Patrick Condamin, psychothérapeute et Maître Praticien en PNL, l’illustre à travers un conte soufi, une anecdote personnelle en autohypnose mobilisant le recadrage en 6 points de la PNL, et plusieurs cas cliniques d’enfants et d’adultes. Un article publié dans la revue Métaphore n° 103, décembre 2021.
Le conscient est simplement ce dont nous sommes conscients, l’inconscient, ce dont nous ne sommes pas conscients. L’un et l’autre font partie pleinement de nous-même. En conséquence, si l’un et l’autre n’ont que des intentions positives à notre égard, ils peuvent parfois se tromper.
Une différence fondamentale est, qu’à un moment donné, le conscient ne fait qu’une tâche à la fois, alors que l’inconscient fait en permanence un grand nombre de tâches en parallèle. (Voir mon article dans Métaphore n°65 de juin 2012, pages 13 à 16 : Le monde parallèle).
L’objet de cet article est de montrer, à travers des exemples, que ces deux entités communiquent. Mon objet est une sensibilisation par des exemples thérapeutiques, et non une démarche globale.
Une petite histoire pour aiguiser l’appétit…
Certains de mes clients me rencontrent, épuisés par leur excès de générosité. Ce sont des sauveurs, tellement sensibles aux malheurs du monde, qu’ils ne peuvent faire autrement qu’agir ainsi. Or je ne peux que partager cette valeur si importante qui consiste finalement à aider les autres : est-il envisageable de guérir d’une qualité ? Voici pour illustrer ce dilemme un conte soufi :
Réflexions d’une vigne
Dans le désert Africain, une vigne a poussé contre toute attente. Elle a creusé profondément avec ses racines, pour trouver l’eau si rare, et donne les plus beaux raisins du désert.
Un jour elle apprend qu’un sage est de passage dans le village, et la vigne demande à le rencontrer.
« Je me donne un mal fou pour donner au village des raisins juteux et délicieux. Et les gens les arrachent, sans respect pour moi, au lieu de les cueillir avec délicatesse.
Le sage réfléchit : « La raison en est peut-être, dit-il, qu’ils pensent que tu ne peux pas faire autrement que donner ces raisins ».
Commentaire :
– Ce conte parle souvent à plusieurs niveaux. Au conscient bien sûr, et souvent à l’inconscient. Beaucoup sont confus en l’écoutant. Or la confusion ouvre l’accès à l’inconscient.
– Je dis ce conte depuis de nombreuses années, et il engendre le plus souvent pour moi un questionnement ou un apprentissage original…
Quand le conscient sollicite l’inconscient
La modestie du grand Jung
Dans un de ses livres, « Ma vie, souvenirs et pensées », Jung décrit une thérapie fort instructive. Une femme vient le voir et lui demande : « Docteur, j’ai un problème personnel à résoudre, et j’ai besoin de vous. J’ai besoin que vous me mettiez en transe pendant une heure pour avoir le temps de résoudre un problème personnel » Jung accepte. Au bout d’une heure, comme convenu, il lui propose de sortir de transe. « Docteur, j’ai besoin d’encore dix minutes ». Jung accepte, la remet en transe, et au bout du temps convenu, elle demande encore cinq minutes supplémentaires.
À la fin de cette transe, la dame remercie Jung et lui annonce que grâce à lui, son problème est résolu. Jung avoue dans son livre son désarroi et son malaise : « je ne sais rien de son problème ni de la façon dont cette dame l’a résolu, alors que ma responsabilité de thérapeute est engagée ».
Commentaire :
– Bien qu’il ait pris ses distances avec Freud, Jung était au départ son disciple. Or Freud avait besoin de contrôler ses patients, ce qui est incompatible avec l’hypnose véritable. L’origine de cette difficulté en est, selon moi, sa conception dépassée de l’inconscient comme dangereux !
– Cette patiente avait fait de l’Erickson avant la lettre : elle savait ce qu’elle voulait au départ et considérait son propre inconscient comme un allié inconditionnel pour sa guérison. Elle a activé la passerelle qui fait l’objet de mon titre.
– Remarque : les entrées/sorties en hypnose, au cours d’une même séance, facilitent la profondeur de la transe.
Un voyage en ballon dirigeable riche d’enseignement !
Un jour, je découvre un problème personnel que j’appellerai « mon symptôme ». Je décide de tenter l’expérience de le résoudre par moi-même. S’il s’agissait d’un de mes clients, j’utiliserais probablement pour ce faire une technique fort connue en PNL qui s’appelle le « recadrage en 6 points ». Pour ceux de mes lecteurs peu familiers avec cette technique PNL, cela consiste à proposer à l’inconscient de remplacer un symptôme (comportement gênant) par un autre comportement plus écologique.
En autohypnose, je demande à mon inconscient de résoudre mon problème, car il m’a souvent vu l’utiliser avec mes propres clients. J’ajoute à ma demande : « pendant que tu travailles, j’irai me promener en ballon dirigeable, je ne veux pas en entendre parler. Rappelle-moi quand c’est fini ».
L’inconscient adore les challenges et commence à travailler, pendant que je profite pleinement de mon fort agréable voyage en ballon ! Lorsqu’il me rappelle, je lui demande ce qu’il a fait ?
La réponse est simple et directe : « Tu m’as dit que tu ne voulais pas en entendre parler ! » En effet, l’inconscient est littéral, c’est-à-dire qu’il prend la demande telle qu’elle est formulée.
Je me suis cependant rendu compte par la suite que le symptôme avait disparu. Mais j’ai mis quelques mois à découvrir par quel nouveau comportement il avait été remplacé ! J’ai remarqué que je m’étais inscrit à un certain nombre de formations professionnelles : je m’étais sans doute enfermé, et avais manifestement besoin à cette époque de rencontrer des enseignants et des confrères…
Commentaire :
Comme dans l’exemple précédent, le conscient a clairement demandé l’aide de l’inconscient.
Quand l’inconscient sollicite le conscient
Une expérience personnelle
Ce jour-là, j’assiste à un cours d’hypnose de trois jours proposé par Stephen Gilligan, sans doute le plus jeune disciple de Milton Erickson. Gilligan propose un exercice aux participants. Je travaille avec une autre participante que je ne connais pas, et nous dirigeons cet exercice chacun à notre tour. À la fin de l’exercice, Gilligan demande quelle personne, dans la salle, a fait une transe profonde.
Ma partenaire toute fière lève le doigt.
– Avec qui avez-vous travaillé ?
– Avec Patrick.
– Et qu’a fait Patrick pour induire la transe ?
Rien, il n’a pratiquement rien fait !
– Gilligan, qui me connaissait, me prend à partie devant la salle surprise : Alors Patrick, je donne un exercice, et toi tu ne fais rien ?
– Puis après un silence pesant, il déclare : Vous savez, c’est quand je ne fais rien, que j’obtiens les transes les plus profondes et bienfaisantes ! Et il développe le propos. Ouf !
L’humour de Gilligan est bienfaisant !
Commentaire :
J’avais perçu que ma partenaire de travail débutait dans l’expérience de l’hypnose, et avait besoin de contrôler ce qui se passait. Il convenait pour faciliter son hypnose de renforcer son contrôle, pour qu’elle se sente en sécurité. Son inconscient connaissait l’exercice, puisqu’elle venait de le faire avec moi. J’ai juste ouvert la passerelle : lorsque j’ai perçu qu’elle entrait en transe, j’ai simplement dit en accentuant les mots en italique : maintenant, vous pouvez faire confiance à votre propre esprit inconscient, qui est capable de piloter et réaliser parfaitement cet exercice.
Le conscient peut alors prendre en charge le souvenir, par exemple, en montrant sa détresse.
Le « Fardeau » de Tom
Tom est un garçon adopté d’une douzaine d’années. Tout se passe bien pour lui, dans sa famille et à l’école. Mais à la puberté, Tom change de comportement et persécute son enseignante aussi bien que certains de ses camarades. On le présente à un thérapeute, qui fait un excellent travail et se rend compte que Tom revit le traumatisme de sa petite enfance pendant laquelle il avait probablement été battu. Tout rentre finalement dans l’ordre après le travail du thérapeute.
Commentaire :
Au moment où un enfant est battu, il est fréquent que l’inconscient éloigne la perception de ce qui lui arrive, un peu comme s’il se regardait de l’extérieur. Par la suite, l’inconscient a probablement permis à Tom d’oublier ces scènes de l’enfance, car il a estimé que ce dernier était trop petit pour supporter ces souvenirs.
Mais on ne peut ni ne doit garder indéfiniment ces souvenirs traumatisants enfouis. L’inconscient de Tom savait que ce dernier devrait un jour affronter ce malheur. Il a estimé qu’il fallait attendre la puberté et un environnement favorable. Le conscient peut alors prendre en charge le souvenir.
Quand la passerelle est sollicitée
Livia
Livia a 9 ans quand elle vient me voir avec son père. Depuis plusieurs années, elle a une « phobie de l’école » qui se manifeste à la fois par une forte envie de vomir et souvent une occlusion intestinale. Elle est parfois si malade que l’école appelle d’urgence les parents. L’un des deux vient la chercher et la garde à la maison. Je me méfie des étiquettes en général, mais les symptômes comme leurs conséquences sont des données objectives. Livia est une jeune fille intelligente, charmante, parle de son problème librement et a beaucoup d’humour : j’apprends en discutant qu’elle fait du théâtre et de la musique.
D’une manière générale, je parle directement et franchement aux ados, ce qui me permet d’établir un lien de confiance.
« Dis-moi Livia, il y a un truc qui m’ennuie : ton système est vraiment super pratique, et quand tu en as marre de l’école, ou que tu veux rentrer chez toi, il te suffit de le déclencher ! Si on guérit tous les deux ce problème, comment feras-tu pour rentrer chez toi quand tu en auras besoin ? »
Livia en convient, et j’imagine que son père, très attentif, se demande où je veux en venir !
« D’un certain côté, c’est un système qui marche, mais cela doit être pénible de vomir, et encore plus d’avoir une occlusion intestinale, et du coup je ne sais pas comment t’aider ! Livia est totalement d’accord, elle le confirme en non-verbal.
« Maintenant, tu m’as dit que tu fais du théâtre et que tu adores cela ». Ses yeux brillent en effet.
« J’ai bien une idée, je ne sais pas si cela va te plaire, mais si tu es d’accord pour la mettre en place, il faut que tu n’en parles à personne, et que cela soit un secret entre nous ! » Accord non verbal !
« Je ne sais pas si tu es vraiment douée pour le théâtre (certes je la provoque !), mais je me demande si tu peux faire semblant d’être malade, d’avoir mal au ventre et envie de vomir quand tu en as besoin. Cela te permettrait en effet de ne pas souffrir et d’avoir le même effet ! »
Livia réfléchit sérieusement et confirme que cette approche lui plaît.
« Oui, c’est facile à dire (autre provocation !), mais franchement, à faire, c’est autre paire de manches ! Es-tu prête à tester ce comportement en hypnose pour voir si tu réussis cette simulation dans le contexte de l’école ? »
Livia sourit et trouve le jeu passionnant ! Et nous jouons ce théâtre en hypnose !
Je lui demande si elle a réussi, ou si elle veut s’entraîner encore une fois ? Sourire ! Elle est sûre d’elle et cela lui convient parfaitement.
Quelque temps plus tard, son père m’écrira un mot me disant que Livia n’a plus aucune angoisse en allant à l’école et que tout se passe bien.
Commentaire :
– En permanence nous avons travaillé à plusieurs niveaux : il fallait faire alliance avec le conscient aussi bien qu’avec l’inconscient, c’est-à-dire parler aux deux niveaux.
– Nous aurions pu travailler de manière différente, par exemple faire un recadrage en six points en hypnose. Dans ce cas j’ai préféré utiliser à fond cette passerelle et impliquer également le conscient.
– Enfin, Livia est devenue actrice de son destin, ce qui est tout à fait conforme à sa personnalité.
– Rappelons enfin la vitesse extraordinaire avec laquelle travaillent les enfants (je n’ai vu Livia qu’une heure en tout !) Ces derniers sont généralement plus joueurs et plus familiers avec leur inconscient que les adultes.
Conclusion
Je me rends compte que j’ai poursuivi cette réflexion de manière systémique. L’analyse systémique considère essentiellement les relations entre les personnes plutôt que les personnes elle-même.
Ici, j’ai examiné les relations entre le conscient et l’inconscient, plutôt que l’un ou l’autre.
Et puis j’aime bien, finalement, la métaphore de la passerelle !
Le lien avec la PNL
Patrick Condamin mobilise ici le recadrage en 6 points, technique classique de la PNL, qu’il applique à lui-même en autohypnose pour illustrer comment le conscient peut déléguer la résolution d’un problème à l’inconscient sans en connaître le résultat à l’avance. Il inscrit cette technique dans une réflexion plus large, à la croisée de la PNL, de l’hypnose ericksonienne et de l’analyse systémique, sur la communication entre les deux entités — une démarche caractéristique de son approche intégrative, où la PNL dialogue avec d’autres cadres thérapeutiques plutôt que de fonctionner en vase clos.
Patrick Condamin est psychothérapeute individuel et familial, titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie (CEP), établi à Nanterre. Maître Praticien et Enseignant en PNL (New York Training Institute), il est membre du collège des Psy de NLPNL au moment de la publication de cet article. Hypnothérapeute et Maître Praticien en Hypnose Ericksonienne, formé et assistant enseignant auprès d’Anne Linden et Steven Goldstone du New York Institute, il pratique également la thérapie brève, l’analyse systémique, l’Intégration par les Mouvements Oculaires (IMO, certifié niveau 2) et la sexothérapie. Il écrit et publie régulièrement dans la revue Hypnose & Thérapies Brèves et dans le magazine Métaphore.

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