Publié le 26 août 2026
Le modèle de la relation en PNL : attachement, lien et objectif
La PNL dispose d’un modèle solide pour l’objectif — mais en a-t-elle un pour la relation ? Angélique Gimenez, psychopraticienne en PNL humaniste et éthologue de formation, explore l’équilibre entre relation et objectif, puis construit un modèle de la relation thérapeutique fondé sur la théorie de l’attachement. Un article publié dans la revue Métaphore n° 103, décembre 2021.
La relation et l’objectif
En PNL, nous évoquons deux principes de base pour pouvoir « travailler » avec nos clients/patients : la relation et l’objectif. L’un et l’autre doivent être équilibrés.
Une relation sans objectif risquerait de transformer l’interaction en un lien « amical » et/ou de créer une dépendance et une affiliation au long cours qui ne seraient pas totalement éthique, et pas conformes à notre posture « métier ». Un objectif sans réel fond de relation, serait un objectif « égocentrique » et/ou « mal développé » au risque de « ne pas voir le jour ».
La relation sous-tend l’engagement dans une interaction avec autrui, un phénomène de feed-back et plus encore de récursivité, qui va encourager le sujet à clarifier, caractériser et améliorer son objectif et la façon de le réaliser. L’autre en face crée déjà, via sa présence, ses questionnements et ses observations factuelles, une mise en relief de l’objectif et le rend « objectivable », et permet d’en tester l’écologie non seulement pour le sujet, mais aussi de le mettre à l’épreuve d’un premier système pour valider sa justesse au niveau systémique et psychosocial. Le binôme est déjà un représentant d’un système sociétal plus vaste et permet de « tester » l’objectif qui passe ainsi d’une pensée, plan en 2D à maquette en 3 D… de toi à moi et nous. Il prend en « amplitude » et peut se peaufiner pour devenir « réaliste, réalisable et écologique » ! La relation donne vie à l’objectif !
L’équilibre entre relation et objectif est donc la clé de voûte pour nos accompagnements !
Avons-nous un modèle de la relation ?
Nous avons la chance d’avoir un modèle de l’objectif en PNL… et qu’en est-il de la relation ? En avons-nous un modèle ?
L’objectif se dessine en 7 pas et se déroule selon un processus qui permet de reboucler régulièrement autour d’une formulation qui deviendra un fil conducteur pour nos prochaines séances, comme un ancrage/un mantra qui aidera le sujet à garder sa motivation, à aller vers ce projet et à lui donner forme concrètement ! L’objectif sera formulé et repris comme un leitmotiv qui engage la tête et le corps à s’organiser pour « agir ».
L’objectif est parfois même formulé comme une véritable croyance génératrice qui va créer un mécanisme de changements en cascade et s’élargir en méta-objectif, constituant alors une ouverture vers un nouveau sens à la vie et à une meilleure conscience et cohérence de soi !
Revenons à la relation, et le modèle « de la relation » ? Disons qu’aucun modèle en PNL n’est ainsi nommé supposant peut-être que l’art d’un PNliste est justement de toujours savoir établir une relation de confiance ?
Nous commençons tous notre apprentissage en apprenant à nous mettre en rapport analogique et digital, et à créer ainsi une interaction dans laquelle le sujet se sent compris, vu, entendu et reconnu dans sa demande, ses besoins et son projet. Est-ce que cela suffit à dire qu’une relation est établie ?
Posons en préambule ce qu’est une relation. J’emprunte ici des définitions enseignées en cours d’éthologie par certains référents français du sujet (Michel Delage notamment, qui reprend en partie les travaux de l’école de Palo Alto et les lie aux travaux sur l’attachement). « À la base, existent des interactions, à savoir ce qui se passe ici et maintenant et qui est observable entre nous deux. Vient ensuite la relation : l’habitude de se rencontrer et d’établir des interactions qui nous permettent alors d’établir des représentations de la relation à l’autre ». Nous pourrions dire que la relation prend forme sur des interactions répétées, à travers lesquelles chaque interlocuteur apprend les « codes de l’autre » et les règles de fonctionnement du système qui s’est ainsi créé.
Le lien
Nous pouvons ensuite évoquer le lien, qui symbolise un degré supplémentaire d’appartenance : lien affiliatif, quand on se sent appartenir à un groupe, et lien symbolique et/ou structurel comme le lien de parenté-la filiation, le lien à une nation qui précède parfois même la relation et est imposé plutôt que choisi et agi.
Lorsqu’on parle de l’attachement, on franchit les 3 niveaux : nos interactions, dont les interactions précoces, donnent un premier modèle de relation et des représentations sur ce fond de lien filiatif (les parents étant souvent les premiers supports d’une interaction qui sera aussi la première relation et est aussi un lien filial). Peuvent s’installer, à notre insu, des modèles plus ou moins sécurisants de la relation à autrui, et des confusions entre interaction, relation et lien. Nos liens de filiation/parenté précèdent même les interactions et leur évolution vers une relation ; ils semblent imposer une relation « d’office » et ces relations « non choisies » vont servir de « modèle » pour nos futures interactions sociales et nos possibles relations, et certains futurs liens d’affiliation (dans nos amitiés, nos alliances de couple, etc.). L’attachement définit notre façon de nous adapter à l’autre en situation de stress. Si nous avons eu des expériences initiales avec des parents ou un entourage (dits aussi care-giver) rassurantes, le sujet abordera la future relation avec son coach/thérapeute de façon positive. Un bon care-giver est disponible, prévisible dans ses réactions, qui favorise le sentiment de sécurité et l’envie d’exploration/autonomie. Le système d’attachement d’un patient/client s’est développé à son jeune âge et se rejouera dans ses interactions futures, principalement quand il sera sous stress. Si son système est sécure, il saura réagir et s’adapter face à nous, et rejouer avec nous l’expérience de l’équilibre entre « attachement et exploration », un bon attachement servant à développer suffisamment de sécurité pour aller explorer le monde !
Venir voir un coach ou un thérapeute soustend que la personne traverse une situation de stress, y compris dans le champ relationnel, et qu’elle a assez foi en l’autre pour venir chercher de l’aide. Cela présuppose qu’elle a, « a minima », pu créer « des liens d’attachement primaires » qui ne l’ont pas poussé à l’inhibition totale et à l’évitement de l’autre.
Cependant cela ne préjuge pas que le système d’attachement dit secondaire, qui active les réactions face à l’autre (le supposé care-giver) en situation de stress, soit sécure et qu’il réagisse de façon « ajustée face à nous ». Le sujet peut avoir un système d’attachement insécure et réagir selon des « réflexes évitants, ambivalents » et parfois même selon un « mode désorganisé » où l’adaptation face à l’autre peut devenir la crainte/l’opposition et autres réactions incohérentes, de prime abord, quand on vient chercher de l’aide, justement !
Je vous inviterai à lire davantage sur les sujets des attachements et le développement des interactions sociales si cela vous intéresse. Les travaux de Bowlby puis de Mary Main et Mary Ainsworth nous aident à mieux saisir comment nous évoluons vers des modes relationnels sécures ou pas, et s’allient très facilement aux travaux faits par nos « ancêtres PNListes ».
Pour ces personnes qui ont des modes d’attachement « insécures », il va nous falloir davantage travailler la mise en relation et rendre l’interaction des premières séances vraiment « sécurisantes » pour que la personne puisse réellement travailler son objectif dans un équilibre entre relation et objectif.
Pour certains, la mise en relation « sécure » est déjà un objectif en soi et notre seul statut d’accompagnant ne suffira pas à les rassurer. Ils ont fait l’expérience que certaines figures d’autorité qui auraient dû être des figures d’attachement « fiables » ne le sont pas. Pourquoi aurions-nous leur totale confiance spontanément ?
C’est là qu’il est important de savoir évaluer le degré d’affiliation… Sommes-nous dans une interaction « cordiale » ou dans une relation avec une réelle réciprocité et un processus vraiment génératif et productif pour le sujet, parce qu’il se sent pleinement « entouré, porté et supporté ». Voit-il en nous un autre suffisamment bon/aidant, et en sous-couche un care-giver « fiable » (rappelez-vous : disponible, prévisible, congruent et encourageant le sentiment de sécurité autant que l’exploration et l’autonomie) ? Le ressent-il au plus profond de lui ?
Un modèle de la relation alors ?
Ce serait un modèle qui demanderait que l’accompagnant se questionne déjà sur son propre système d’attachement, et notamment ses réactions quand il est en stress face à un patient/client ?
Un modèle qui questionne ensuite, en quelques mots, le passé du sujet pour savoir qui étaient ses référents plus jeunes et quels étaient les acteurs et leurs réactions face à son stress… et nous verrons ainsi comment il a lui-même développé son système d’attachement.
Évoquer avec lui comment il s’y prend, adulte maintenant, quand il a des difficultés relationnelles ? Ensuite lui expliquer qu’interagir n’est pas forcément être en relation. Comment peut-il envisager une relation avec nous, dans un climat de confiance et surtout de sécurité ? De quoi a-t-il besoin ? Et comment peut-il évaluer son sentiment de sécurité en face de nous ? Quels critères vont permettre d’évaluer cette sécurité, cette attache sécure ou « à sécuriser » ? Vous pouvez travailler avec des échelles et faire chiffrer le sentiment de sécurité avec vous de 1 à 10.
De quoi aurait-il besoin pour faire augmenter le sentiment de sécurité relationnelle d’un point ? Qu’est ce qui pourrait le dégrader d’un point aussi ? Comment allez-vous ensemble vérifier régulièrement le sentiment de sécurité/confiance/non-jugement ? Vérifier également comment certains sujets que vous aborderez peuvent eux-mêmes impacter le sentiment global de sécurité et ce qu’il faut alors pour oser les aborder.
Vous comprenez que ce n’est pas l’accueil bienveillant et la pose d’un cadre de travail « global » qui peut suffire à mettre une personne en confiance. Les présupposés de la PNL ne posent pas que « la personne a forcément les ressources pour savoir établir des relations sécures ». Elle a les ressources pour aller vers ses objectifs… s’ils sont réalistes, réalisables et écologiques. Pour certains, les ressources relationnelles sont défensives et parfois sur-adaptatives. Nous devons donc, avant même le travail sur l’objectif, nous mettre un objectif crucial, qui sera de « savoir évaluer la qualité relationnelle » car d’elle dépendra, en partie, la possibilité que l’accompagnement dure jusqu’à la réalisation de l’objectif, et que la personne ne « lâche pas avant », qu’elle soit dans un réel « aller vers » et non « éviter de ». Sur les métaprogrammes, vous verrez que cela modifie largement les aspects référence interne/externe et la position vis-à-vis d’autrui, les frontières et l’aptitude à la réceptivité.
Pour certains, l’objectif parlant lui-même de relation aux autres, il sera essentiel que la relation patient/client – thérapeute/coach soit un modèle de changement pour permettre une « accroche sécure » et que l’accompagnant montre « disponibilité, prévisibilité, clarté des propos, congruence et inspire le sentiment de sécurité pour que le sujet le modélise » et reprenne ensuite sa vie relationnelle avec un système d’attachement renouvelé et « sécure » !
Le modèle de la relation est donc à créer ?
Vous pouvez vous inspirer de mes quelques lignes et des travaux sur l’attachement et les prérequis pour travailler en psychotraumatologie où l’on suggère les qualités suivantes : calme, sourire, prévisibilité, clarté des propos – langage simple, humilité, disponibilité et travail avec les échelles de sécurité pour faire évoluer le sentiment de sécurité du client/patient.
Ce n’est pas le vôtre qui compte, car se sentir sécure ne préjuge pas que l’autre se sente en sécurité. Même s’il paraît « calme et serein » en apparence… il peut aussi être en partie dissocié et suradapté. L’intégralité de sa personne ne sera donc pas disponible pour la séance… et parfois il l’ignore autant que vous car jamais personne ne lui a fait sentir et comprendre ce qu’est une pleine présence, confiance, le sentiment de sécurité « intégrée ».
Prenez donc grand soin d’évaluer, voir, sentir, saisir ensemble quel est son degré de sécurité avec vous et commencez l’objectif quand vous serez à 7 sur 10… et entre-temps, on fait monter l’échelle de sécurité et on soigne l’affiliation. 😊
Et pour finir… et pour sourire
Récapitulons :
– Le lien est ce qui symbolise un niveau d’appartenance à un système (ex. le coach et le coaché, le parent et l’enfant, le patron et son salarié…),
– L’interaction signifie que l’un et l’autre interagissons, échangeons des propos dans un système dont la nature est définie via le lien,
– La relation signifie que nous sommes en relation et qu’il y a une interaction répétée et reconnue, renouvelée.
NB : une relation de qualité signifie une relation où chacun se sent en sécurité et libre d’explorer les différentes cartes du monde…
Rappelons-nous : Le lien est posé avec un cadre et des modalités fonctionnelles et ne préjuge pas des interactions à venir, encore moins d’une relation sécure…
Mettre sa ceinture de sécurité ne suffit pas à voyager en confiance. C’est la route parcourue à plaisir ensemble, l’attention renouvelée du conducteur à son passager, et la confiance librement renouvelée, qui nous fera aller… au bout du monde ☺
Le lien avec la PNL
Angélique Gimenez interroge ici un point aveugle de la PNL : si la discipline dispose d’un modèle rigoureux de l’objectif (formulation en 7 pas), aucun modèle équivalent n’existe pour la relation elle-même. En articulant les présupposés PNL (rapport analogique et digital, écologie, métaprogrammes référence interne/externe) à la théorie de l’attachement (Bowlby, Ainsworth, Delage), elle propose de construire ce modèle manquant en s’appuyant sur l’évaluation du sentiment de sécurité relationnelle comme préalable au travail sur l’objectif.
Angélique Gimenez est psychopraticienne en PNL humaniste, titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie (CEP), psychotraumatologue et éthologue (DU d’Éthologie, université de Toulon, sous la direction de Boris Cyrulnik et Michel Delage). Elle exerce au sein de son cabinet Anvisage (Var), où elle propose psychothérapie, coaching et formations en PNL, psychotraumatologie et communication. Enseignante certifiée en PNL Humaniste par Hélène Roubeix, affiliée à NLPNL, elle forme aux niveaux Technicien, Praticien et Maître-Praticien en région PACA, à Paris et à Lyon. Spécialisée notamment dans les troubles du comportement alimentaire, elle est membre de l’association Autrement (fondée par le Pr Daniel Rigaud). www.anvisage.fr

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