Publié le 23 août 2026
Les positions perceptuelles en PNL : je, tu, nous et la position méta expliqués
Qui suis-je, en lien avec les autres ? Angélique Gimenez, psychopraticienne en PNL humaniste et formatrice certifiée par NLPNL, propose une exploration vivante des positions perceptuelles — je, tu, nous et la position méta — et de leur mise en pratique en cabinet, avec les adultes comme avec les adolescents. Un article publié dans la revue Métaphore n° 101, juin 2021.
Je me suis dit : « tiens, et si je rédigeais un petit article sur les positions perceptuelles ». Pour quoi l’ai-je fait ? Ou plutôt pour qui ? Pour Evelyne qui me l’a proposé, pour les lecteurs qui auront un petit temps à accorder au sujet, pour mes stagiaires qui auront une occasion de plus de revoir ces notions de « positions de perception » … pour nous tous, les PNListes, peut-être aussi pour nous relier comme une famille, un « nous qui aimons les mots, les liens, les relations et les différentes perceptions du monde… ». Nous pourrons ainsi voir comment nous appréhendons cette notion qui est bien plus qu’une notion en soi, c’est une réelle expérience de « qui suis-je ? » en lien avec les autres. Enfin, un peu distanciée, je me suis dit (encore, je me parle beaucoup à moi-même au fond…), je porterai sans doute, encore, un regard différent sur ces positions si j’écris « dessus ».
Je, tu, nous, méta : les quatre positions
Vous me voyez arriver avec mes « gros sabots » … Je, c’est moi, dans la première position perceptuelle. Evelyne, les lecteurs, c’est « toi, tu, l’autre, la seconde position perceptuelle ou du moins ma tentative de me mettre dans ta peau et tes baskets, ici plutôt vos lunettes ».
Ensuite, deux autres positions peuvent vous apparaître que nous nommons parfois différemment, qui seront la troisième position perceptuelle et la quatrième. Fonction des instituts de formation, nous nommons parfois la troisième quatrième et inversement, et nous pouvons aussi retourner sur les traces de nos « aînés » pour légitimer le statut de la quatrième attribuée au « nous » par Robert Dilts. Peu importe pour moi comment on les nomme, car soyons honnêtes, positions perceptuelles 3 et 4, ce n’est pas très explicite en soi !
L’essentiel est que nous soyons d’accord sur deux autres positions :
– le « nous » comme je « nous cite, famille des PNListes, par exemple », en m’incluant dans le système et en restant bien associée à ce système, en tâchant de considérer, mon « je », les « vôtres » et notre relation.
– Et la position dite « méta », plus détachée, qui nous permet de nous mettre en position d’observation de « je », « tu » et « nous », autrement dit des 3 autres positions. Une part de moi « dissociée » des ressentis, éloignée du processus relationnel, se met en mode d’observation et peut prendre du recul, de la distance, de la hauteur – autrement dit, activer son processus mental posément.
Ce jeu des positions perceptuelles est enseigné en praticien usuellement et demande quelques prérequis qui sont au moins : savoir s’associer sensoriellement, bien appréhender également la dissociation, la distanciation V/K et la perception du mouvement entre l’autre et moi, de l’index de computation (que l’on pourrait nommer index de conscience ou de perception individuelle) à l’index de référence (ou index relationnel, traduisant les échanges entre l’autre et moi, et ma façon d’entrer en relation avec/vers les autres par mon comportement, ma pensée et mon état interne).
L’enjeu : construire un « je » solide
Derrière la compréhension des positions perceptuelles, il y a un enjeu fondamental de construction individuelle : suis-je vraiment moi ? Un « je » suffisamment bien construit avec des frontières ajustées, un cadre de référence interne et une capacité à rester « moi/soi » quels que soient les autres. Un « je adaptable » en fonction de l’environnement, capable de s’approcher des autres pour bien les comprendre, dans leur carte du monde, sans perdre la sienne propre ! Être soi, être cette première position en étant sensible aux autres et non perméable à l’autre au point de s’y perdre. Être capable de dire « je te comprends », sans identification excessive et de me mettre à ta place… plutôt de m’imprégner de ce que tu me montres de ta place, comme une visite guidée. Être soi, humblement, sans projection de ma carte du monde sur toi et sans lecture de pensées (« je me dis que tu penses cela… ») et/ ou identification projective (« je me dis que tu attends/penses cela de moi »).
C’est un exercice au long cours que de devenir vraiment « soi/je » et vivre avec les autres…
Travailler les positions perceptuelles
Il y a plusieurs façons assurément de travailler les positions perceptuelles. Je vous présente l’intérêt, à mon sens, de travailler le modèle dans l’espace en plaçant au sol les différentes positions sur des feuilles A4. Nous pouvons travailler simplement à partir d’une situation de désaccord de votre sujet avec une personne de son entourage relationnel, en évitant les gens de grande proximité affective dans un premier temps.
L’enjeu va être d’éclairer la situation en passant dans les différentes positions. Mon sujet est dans son « je » et il « la vit ». Ensuite le praticien accompagne le sujet en position 2, « tu es l’autre ; montre-moi comment tu penses, tu agis, tu ressens ». Bien sûr, je ne suis pas l’autre et en même temps, il doit pouvoir se mettre vraiment dans la « peau de l’autre », comme dans un jeu de rôle. Si les propos du « je » contamine cette seconde position, alors le praticien le ramène à la position 1, « je ».
On peut ensuite expérimenter la position 3 et voir ensemble le « nous », un coup « je » et un coup « l’autre », et ce qui nous relie. Au premier passage, il peut y avoir encore confusion… alors, en reculant largement, on accède à la position méta et on prend suffisamment de recul pour regarder l’ensemble comme si nous étions loin, au théâtre, sur Mars, en haut d’une montagne…, suffisamment loin pour percevoir à quel point tout ceci est « petit » et bien moins « difficile, gros, énorme et compliqué », et que l’on peut respirer et VOIR autrement. Quand votre sujet est paisible, qu’il peut penser dessus, alors nous allons repasser les différentes positions pour bien saisir le « je » et aider à distinguer le « tu », être enclin à se laisser toucher même par ce point de vue de l’autre tout en restant serein. Ensuite, nous reviendrons au « nous », où je suis dans le système et je peux me connecter a minima avec des ressentis et saisir l’intérêt commun du « nous » comme fondation d’un « je » tolérant à l’autre.
Un point-clé vient alors, aller reculer doucement jusqu’à sentir physiquement, le point de bascule entre la position 3, le « nous », et la position de méta comme un « détachement, une distanciation saine ». Ce ne sera pas une dissociation non « maîtrisée », mais une recherche précise de la juste distance pour voir et moins sentir, garder un processus mental actif et capable de penser « de sang-froid ». Et là, le sujet s’entraîne à repasser sur les positions 3 et 4, et l’on ancre un geste qui va lui servir ensuite à « basculer » en mode « méta », même quand il sera assis et sans ce jeu de déplacement. Le passage d’associer et à dissocier en « méta-dissociation maîtrisée » passe par une ancre et devient un atout pour pouvoir regarder plus facilement toute situation, sans avoir à bouger – le recul est auto-généré par un geste. J’ai ce petit geste intégré en cabinet de consultation, un petit recul des épaules et parfois mon bras droit qui montre « le recul », pour sortir du « je », du « nous » et mieux aider le « vous/tu de mon patient ». Et je joue ainsi avec une « méta bien maîtrisée ». L’apprendre dans l’espace me semble bien plus rapide et facile, et sensoriellement plus « parlant » pour une intégration tête-corps.
Développer un « je » qui ne soit pas un faux self
Ce jeu des positions perceptuelles est aussi très intéressant pour aider la personne « immature » à développer un « je » qui ne soit pas un « faux self » collé aux désirs des autres (cf. Winicott et le développement de l’enfant). Plusieurs passages entre « je » et « tu », et l’usage du nous et du méta permettrons de décoller la contamination « héritée » d’un temps où l’on voulait faire plaisir aux autres, ou bien penser s’affirmer face aux autres… mais s’affirmer face aux autres, c’est encore en référence aux autres… Un « je contaminé » par « tu, les autres », n’est pas un « je » synonyme de la première position perceptuelle.
Et si cette position est « mal encodée », les autres positions seront aussi mal intégrées, notamment le « tu » et le nous, le sens de l’autre et la relation. La position méta sera accessible, plutôt comme une position méta « défensive, de repli, une forme de dissociation protectrice certes, et en même temps comme étant du registre de l’identification projective défensive ». Ainsi, doucement s’esquissent aussi les notions d’Œdipe et de résolution œdipienne ou comment être « moi, à ma place, dans la bonne génération », et bien assis dans une posture narcissique « non pathologique ». En travaillant les positions perceptuelles chez des patients adultes encore très « emprunts » des interdits, des injonctions parentales limitantes, sous ce format de « places bien formalisées dans l’espace », nous allons aider à finaliser la résolution œdipienne. L’exercice se fera alors à base d’un désaccord simple avec les parents ou autres figures d’autorité qui semblent encore « envahir » le sujet ou le mettre « hors de lui ». Le praticien devra bien guider fermement pour que le sujet puisse arriver à ce stade de maturité (être soi adulte distinct de l’idéal parental ou d’un idéal du moi irréaliste), le « nous » qui agit comme un « tiers » et qui aide à sortir de la fusion/confusion entre le vrai « moi adulte » et les résidus d’identification de l’enfance et l’adolescence. Certains patients m’apparaissent « bien adultes », bien centrés de prime abord. Puis on découvre un je « en partie faux-self », des « accroches tenaces de l’enfance et l’adolescence » et un « nous » non intégré… un « nous » qui au fond est comme un « je qui absorbe ou englobe le tu ». Ce n’est pas une position « tierce ». On s’y méprend parfois parce que ce « nous » est un nous théorique qui serait plutôt un « nous » bien pensé depuis une position méta… Il est donc opportun de veiller autant à bien distinguer le « je » du « tu » que le « je » du « nous théorisé, et qui s’exprime comme un élargissement du moi ».
Même si certaines notions liées aux théories du développement et aux grilles analytiques vous échappent (car elles ne sont pas suffisamment explicitées ici et que la grille de lecture des PNListes est distincte des aspects psychopathologiques enseignés par ailleurs), je vous invite à utiliser régulièrement ce travail sur les positions perceptuelles en spatial pour bien faire sentir son vrai « je » et ses frontières à votre sujet. Puis vous en jouerez plus facilement en mode conversationnel assis, tout en rappelant et en ayant ancré spatialement (et même avec une auto-ancre kinesthésique) les différentes positions du sujet.
Et avec les ados ?
Je finis en précisant qu’il est utile de travailler les positions perceptuelles avec les adolescents pour les aider à développer un « vrai self – je/narcissisme – bien installé » et de mieux saisir le sens de l’autre. Par contre, je déconseille de faire l’exercice à partir d’un litige parents-enfants quand les jeunes sont en phase de développement car on ne doit pas les inviter à se mettre à la place de leurs parents (position 2).
Grandir, c’est se projeter vers le futur et pas « régresser vers la génération passée ». C’est pouvoir se détacher/distancier de ses parents tout en testant ce lien et ces limites. On forge ses bonnes frontières en se frottant aux parents suffisamment bons (et insuffisamment idéaux) et en faisant ce travail sur quelques années.
Les praticiens qui accompagnent enfants et adolescents savent que nous avons plusieurs enjeux sous-jacents pour que nos jeunes se développent bien. Les mettre à la place de leurs parents, c’est notamment risquer de renforcer une parentalisation, ou bien qu’ils le ressentent comme une obligation à adhérer au modèle parental (dans cette invitation implicite liée à l’exercice) alors qu’ils doivent s’en décoller, et ce serait renforcer possiblement un conflit existant avec les parents qui doit pouvoir se résoudre avec les parents, en présence, en aidant à une communication féconde.
D’autres motifs pourraient être cités mais cet article a une fin… Je vous laisse maintenant penser, et peut-être réagir (je ne peux imaginer vos différentes réactions) et j’espère que nous y reviendrons au détour de mails ou autres échanges pour développer encore plus de flexibilité… car changer de position perceptuelle au gré de thématiques où nous avons un intérêt partagé, c’est devenir souple du « je-nous », du tu/des autres et de la méta-position « maîtrisée » au profit de la relation et d’une croissance salutaire pour chacun. 😊
Le lien avec la PNL
Angélique Gimenez déplie ici l’un des modèles fondateurs de la PNL — les positions perceptuelles (je, tu, nous, méta), enseignées dès le niveau praticien — en l’articulant à des notions de construction psychique (frontières du « je », faux self, résolution œdipienne). Elle illustre comment un outil classique de la PNL peut se travailler dans l’espace, s’ancrer corporellement, et s’adapter selon le public accompagné, adultes ou adolescents.
Angélique Gimenez est psychopraticienne en PNL humaniste, titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie (CEP), psychotraumatologue et formatrice depuis plus de trente ans. Elle exerce au sein de son cabinet Anvisage (Var), où elle propose psychothérapie, coaching et formations en PNL, psychotraumatologie et communication. Enseignante certifiée en PNL Humaniste affiliée à NLPNL, elle forme aux niveaux Technicien, Praticien et Maître-Praticien en région PACA, à Paris et à Lyon, et est membre du collège des enseignants de NLPNL. Spécialisée notamment dans les troubles du comportement alimentaire, elle est coauteure de l’ouvrage Faire face aux TCA (éditions Retz, 2016, avec Daniel Rigaud et Alain Perroud). www.anvisage.fr

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