Publié le 23 août 2026
Aux origines de la PNL : la rencontre de Bandler, Grinder et Bateson
Comment la PNL est-elle vraiment née ? Pas d’un coup de génie isolé, mais d’un enchaînement remarquable de concours de circonstances. Denis Bridoux, linguiste, Master Trainer en PNL et Trainer en Neuro-Sémantique, retrace pour le numéro 100 de Métaphore l’histoire fondatrice de la rencontre entre Richard Bandler et John Grinder, et le rôle décisif de leur mentor Grégory Bateson. Un article publié dans la revue Métaphore n° 100, mars 2021.
La rencontre de Bandler et Grinder
La PNL se présente souvent comme différente de tout ce qui se faisait avant, une rupture avec toutes les approches antérieures de la communication. À en croire certains, la PNL serait sortie toute formée de la cuisse de Jupiter. Ce serait compter sans un enchainement remarquable de concours de circonstances échelonné sur plusieurs générations, sans laquelle elle n’aurait pas existé, en tout cas pas sous la forme que l’on connait. Commençons avec le plus connu : si Richard Bandler, un étudiant en informatique à l’université de Santa Cruz qui n’avait pas encore 20 ans, n’avait pas cherché à financer ses études à la fin des années 60 en travaillant pour la maison d’édition Science & Behaviour Books, basée à Palo Alto, jamais la PNL n’aurait vu le jour. En effet, Bandler reçut de l’éditeur Robert Spitzer, au fils duquel, afin de financer ses études, il donnait alors des cours de batterie, la tâche d’aider l’un de leurs auteurs, le psychothérapeute de renom Fritz Perls, développeur de la psychothérapie Gestalt, à finir un livre sous contrat qui était très en retard.
Pour accomplir sa tâche, Spitzer lui suggéra d’effectuer des transcriptions d’enregistrements de formations et de présentations de Perls qui existaient sous forme de films et de bandes magnétiques. Or, Bandler était un imitateur de génie. Sur la simple base de la transcription de ces enregistrements, il s’imbiba littéralement de l’attitude et des méthodes de Perls et devint rapidement capable de reproduire ses résultats avec au moins autant d’efficacité que Perls lui-même. De fait, Perls qui souffrait d’un cancer, décéda peu après et Bandler édita son dernier volume à titre posthume, The Gestalt Approach and Eye Witness to Therapy (1973). Il s’offrit alors à son université pour y donner des cours de Gestalt, sur quoi on lui rétorqua qu’il n’était encore qu’un simple étudiant. Sur quoi se basait-il donc pour oser faire une telle offre ? Cependant, comme il semblait faire preuve d’une compétence indéniable en la matière, et fort des résultats qu’il obtenait systématiquement, il réussit à convaincre de manière spectaculaire le collège des directeurs de l’université de lui donner l’occasion de faire ses preuves. En effet, ceux-ci choisirent pour Bandler, un cobaye sur qui travailler, ce à quoi réussit Bandler. C’est seulement après qu’il apprit qu’il avait en fait accompagné le doyen de l’université ! Le Collège lui octroya sa chance, à une condition : n’étant pas diplômé lui-même, il devrait se faire superviser dans ses cours par un professeur accrédité de l’université. On s’enquit alors de trouver la bête rare qui devrait superviser le jeune génie. Second concours de circonstances : un jeune professeur, tout récemment nommé à la chaire de linguistique, se montra volontaire pour la tâche. Il se nommait John Grinder. Fraichement émoulu de MIT, où il avait étudié avec Noam Chomsky, le grand linguiste et activiste qui avait complètement régénéré la discipline avec sa théorie de la grammaire innée, ou Grammaire Transformationnelle, Grinder se prit d’amitié pour le jeune Bandler.
De leur amitié naquit une équipe qui allait bientôt enfanter de la PNL. Ils emménagèrent bientôt ensemble, avec leurs petites amies respectives, dans une maison qu’ils louèrent à Robert Spitzer. Or, nouveau concours de circonstances remarquable, et ce n’est qu’un parmi beaucoup d’autres, un autre scientifique de renom qui travaillait à Palo Alto, avait loué à Spitzer la maison d’à côté, et il allait devenir leur mentor. Sans sa contribution, rien de ce que l’on appelle la PNL n’existerait.
Le langage de précision et son décodage par Grinder
La passion première de Grinder était la modélisation. Il avait, par exemple, appris à parler couramment le swahili en 6 mois. Il était fasciné par la manière dont Bandler était capable de « devenir » Perls en s’imprégnant de sa méthodologie et, plus particulièrement, de ses tournures de questionnement, ce qui lui permettait de « dénouer » efficacement les problématiques de ses clients aussi bien que lui. Celles-ci lui paraissaient des démonstrations de la théorie de la grammaire transformationnelle, sur laquelle il avait lui-même récemment écrit un livre.
En effet, ainsi que l’avait identifié Alfred Korzybski, l’ingénieur polonais qui avait fondé la Sémantique Générale dans les années 20, chacun de nous a en lui, à un niveau pré-verbal, en amont du langage que l’on emploie au quotidien, un modèle du monde qui lui permet de naviguer dans celui-ci. Il avait d’ailleurs émis le postulat de base que « La carte n’est pas le territoire » pour expliquer comment on transforme un territoire en carte ou un modèle en un autre par des mécanismes universels d’abstraction qui nous font graduellement passer du sensoriel au conceptuel. Ce postulat fondamental, adopté par la PNL et la Neuro-Sémantique, fut emprunté par Michel Houellebecq pour le titre de son roman.
Ce sont ces filtres transformationnels (d’où le titre de grammaire transformationnelle), qui sont innés et nécessaires pour bien fonctionner au quotidien, ces omissions, généralisations et autres distorsions, que Chomsky identifia 30 ans plus tard. La grande majorité d’entre nous savons les appliquer spontanément, mais on sait maintenant que c’est, entre autres, leur mauvais fonctionnement qui fait que les autistes se trouvent en permanence bombardés d’informations sensorielles qu’ils ne savent pas trier et sont incapables de traiter.
La grammaire transformationnelle postule que le langage est lui-même un modèle de 2ème ordre, ou Méta-Modèle, qui nous permet d’interpréter, de travailler, de communiquer et de partager notre carte du monde avec d’autres. Si nous employons efficacement nos filtres primordiaux, notre langage reflète adéquatement notre modèle du monde et on fonctionne de manière appropriée dans la vie et avec autrui. Cependant, si ces filtres pêchent, que ce soit par excès ou par défaut, cela induit en nous des erreurs d’interprétation de nos cartes du monde et de raisonnement. Or, Grinder s’aperçut que Bandler, par son questionnement, basé sur sa modélisation de Perls, restaurait le bon équilibre de ces filtres et remettait ses clients en adéquation avec leurs représentations du monde, et donc avec la vie.
Les connaissances linguistiques de Grinder lui permirent de codifier les techniques de questionnement de Bandler et de reproduire lui-même, systématiquement, cette compétence. Ils relatèrent leurs découvertes dans leur premier livre, The Structure of Magic Vol.1, que Spitzer lui-même publia en 1973.
Entre alors, côté cour, le voisin de renom, qui n’était autre que le grand anthropologue Grégory Bateson, développeur de la systémique et fondateur de l’école de Palo Alto, et auteur du remarquable « Vers une écologie de l’esprit ». Bateson avait lui-même étudié la sémantique générale avec Korzybski, et il était en contact direct avec les plus grands scientifiques de son époque. Son savoir encyclopédique lui permettait de faire des relations entre des sujets disparates sans lien commun apparent, et il allait le partager sans compter avec Bandler et Grinder.
Bateson : le grand mentor de la PNL à ses débuts
En devenant le mentor de Bandler et Grinder, Bateson allait leur ouvrir des portes sur l’univers du Mouvement du Potentiel Humain (la psychologie humaniste), la « 3e force en psychologie », dont Maslow avait été le fondateur avec Carl Rogers, et auquel il allait contribuer à son tour de manière significative. D’origine anglaise, mais naturalisé américain, Grégory Bateson avait épousé en 1936 une autre anthropologue encore plus connue que lui, Margaret Mead, dont il avait eu une fille, Marie-Catherine, qui devint anthropologue elle aussi. De leurs études de cultures de Nouvelle-Guinée et d’Océanie dans les années 30, Bateson et Mead avait tiré des modèles de fonctionnement de l’être humain qui paraissaient radicalement différents de ceux que l’on connaissait jusqu’alors chez les européens. Ces modèles leur permirent d’émettre des hypothèses sur le fonctionnement de la communication et le rôle de la culture, qui furent validés scientifiquement ultérieurement, tels que la structure du feedback, de la co-dépendance, du cercle vicieux et de la schizophrénie.
Il serait impossible de sous-estimer l’importance de l’anthropologie culturelle américaine dans la compréhension de l’esprit humain au cours de la 1ère moitié du XXe siècle. Même si cela est encore peu connu, on peut aisément dire que la PNL et, a fortiori, la Neuro-Sémantique, sont tout autant filles de l’anthropologie que de la psychologie. L’anthropologue la plus influente de son époque, Ruth Benedict, qui était le mentor de Mead et l’archétype du « Bon être humain » pour Abraham Maslow, n’avait-elle pas elle-même suggéré que « Une culture est une personnalité écrite en grand » ? Dans son livre, Le chrysanthème et le sabre, elle avait argumenté de manière convaincante le danger extrême de juger l’empereur du Japon pour crimes de guerre à la fin de la 2ème guerre mondiale, car tous les japonais se seraient suicidés !
À partir de 1942, ensemble et séparément, Mead et Bateson prirent part à de nombreuses conférences multi-disciplinaires, organisées par Ruth Bénédict, qui eurent une profonde influence sur l’attitude américaine dans son effort de guerre. Ils y côtoyèrent les plus grands scientifiques de leur époque, parmi lesquels Milton Erickson, Alfred Korzybski, Paul Linebarger, auteur d’un livre fondamental sur la guerre psychologique et aussi de science-fiction sous le nom de Cordwainer Smith par lequel il est mieux connu, Edward T. Hall, George Miller, ainsi que Abraham Maslow, ce qui leur permit de forger de profonds liens professionnels, voire personnels, avec eux et d’établir des ponts cohérents entre des disciplines apparemment très divergentes.
Ce sont de ces ponts que, grâce à Bateson, Bandler et Grinder allaient bénéficier à leur tour. Après la guerre, ces conférences se prolongèrent semestriellement (1946-1953), subventionnées par la Fondation Macy, d’où leur nom de Conférences Macy, et Bateson en fut l’un des organisateurs. Il en émergea les principes et les bases de la systémique, de la cybernétique, des sciences cognitives et de la théorie de l’information, entre autres. On peut donc dire que le monde moderne tel qu’on le connait aujourd’hui, PNL et Neuro-Sémantique incluses, n’aurait pas existé sans les conférences Macy.
À partir du début des années 50, s’entourant d’une équipe de chercheurs, Bateson fonda l’école de Palo Alto, d’où émergera tout un courant de thérapies basées sur une approche systémique, telles que le constructivisme, la thérapie brève et la thérapie familiale, dont Virginia Satir fut la principale représentante. Plus tard (1954-56), c’est de nouveau la Fondation Macy qui finança le projet de Bateson sur la structure de la schizophrénie. Finalement, à la fin des années 60, Bateson allait devenir le dernier chercheur en résidence à l’institut Esalen de Big Sur, où avaient travaillé Perls et Satir, et où Maslow avait collaboré avec Carl Rogers. Ainsi, sous le mentorat informel de Bateson, Bandler et Grinder allaient pouvoir se connecter à tout un réseau de personnes et de mouvements de pensée dans laquelle la PNL allait pouvoir trouver un terreau très fertile sur la base duquel s’établir, et dont elle allait pouvoir très rapidement s’inspirer. Il allait, entre autres, leur transmettre une série de postulats que l’on appelle maintenant (à tort) les « Présupposés de la PNL » dont la majorité furent émis par Abraham Maslow lui-même, dont la contribution cachée à la PNL mérite un essai à lui tout seul.
Ceci explique en partie la vitesse avec laquelle elle se développa et se répandit au cours de ses premières années. Il n’est donc guère surprenant qu’elle parut sortir tout droit de la cuisse de Jupiter !
Le lien avec la PNL
Cet article retrace la généalogie même de la PNL, en montrant qu’elle n’est pas née d’une intuition isolée mais de la rencontre de plusieurs champs : la modélisation d’un thérapeute d’exception (Perls) par Bandler, l’apport de la linguistique transformationnelle de Grinder via Chomsky et Korzybski, et l’ancrage systémique et anthropologique transmis par le mentorat de Bateson. En reconstituant ce réseau de circonstances et d’influences, Denis Bridoux rappelle que le Métamodèle et les présupposés fondateurs de la PNL sont eux-mêmes le produit d’un travail de modélisation — la méthode même que la discipline a ensuite mise au service de ses utilisateurs.
Denis Bridoux est linguiste, Master Trainer en PNL et Trainer en Neuro-Sémantique®. Formé notamment par Richard Bandler, cofondateur de la PNL, et par L. Michael Hall, créateur de la Neuro-Sémantique, il est cofondateur et formateur de l’institut PNL Coach à Genève (Suisse). Il est coauteur, avec Jean-Pierre Briefer, de l’ouvrage « La PNL – Un Modèle de Développement », et avec Patrick Merlevede, de « Mastering Mentoring and Coaching with Emotional Intelligence » et « Découvrir et utiliser votre intelligence émotionnelle ».

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