Publié le 17 août 2026
Le Nuançomètre : visualiser le métamodèle PNL pour mieux comprendre nos perceptions
Comment le langage, fait de mots numériques et discrets, peut-il jamais rendre compte de la continuité de nos perceptions analogiques ? Philippe Dupont, auteur de « Des Mots Qui éclairent », a imaginé le Nuançomètre, un appareil visuel à mesurer les nuances, pour donner à voir le métamodèle et ses limites. Un article publié dans la revue Métaphore n° 99, décembre 2020.
Cet article est extrait du livre « Des Mots Qui éclairent ». Il présente le métamodèle de façon visuelle, avec un appareil à mesurer les nuances, le Nuançomètre.
Monde analogique, monde numérique
Quelques rappels s’imposent en préambule, sur les concepts de monde analogique ou numérique.
Monde analogique… Nous percevons la réalité à travers nos cinq sens (VAKOG) de manière analogique. Une variation analogique est une variation continue, sans états intermédiaires perceptibles. Par exemple, dans un thermomètre au mercure, la variation de la valeur indiquée est « analogue » à la variation de la chaleur perçue. Elle évolue sans à-coups, de manière uniforme.
… et monde numérique. Le monde du numérique, c’est celui des chiffres et des mots. Une donnée numérique est une suite de caractères et/ou de nombres qui constituent une représentation discrète d’un objet. Les chiffres représentent le monde du discontinu car il n’y a rien de prévu à insérer entre chaque chiffre (entre le 0 et le 1, ou bien entre le 4 et le 5), quelle que soit leur place dans le nombre, à gauche comme à droite de la virgule. Si l’on souhaite plus de précision, on rajoute un autre chiffre à droite du précédent. Par exemple, pour compter le nombre de personnes présentes dans une pièce, le changement est numérique. On ne peut pas dire qu’il y a dans une pièce 4,6 personnes ! Il y a 4 personnes ou 5 personnes, c’est ce qu’on appelle également un saut quantique.
La communication verbale, les mots
Nous décrivons l’expérience subjective de notre réalité avec des mots. Mais ces mots ne peuvent décrire « tout » ce que nous voudrions exprimer.
Si je dis « Mon dessert était très bon ! », cela ne vous indique pas grand-chose. Et même si je suis plus précis en indiquant « J’ai mangé une délicieuse poire William de 93 grammes qui était d’un magnifique jaune/vert, parfaitement mûre, juteuse et sucrée ! », vous ne savez toujours pas quel moment de plaisir je viens de vivre. Vous n’avez pas d’informations sur la forme de la poire ni sa couleur exacte, sa consistance, son parfum, son goût précis, le bruit qu’elle a fait quand j’ai croqué dedans et l’ensemble des sensations et émotions qui me sont venues à cet instant car elle m’a rappelé un moment magique de mon enfance. Le mot n’est pas la chose, il ne reflète que très peu ce qu’il désigne.
Le mot « chien » ne mord pas, le mot pluie de mouille pas (William James, 1842-1910). Un moine montra la lune et dit : « Le langage et les mots ne sont que des symboles pour exprimer la vérité. Confondre les mots et la vérité est aussi trompeur que confondre le doigt et la lune. » (Tsai Chih Chung, 1948-, Soyons Zen). Quand le sage montre la lune, l’ignorant regarde le doigt (proverbe zen).
La réalité ne peut être exprimée. Tout ce qui peut être exprimé, ce sont des symboles (auteur inconnu). La communication est parfois représentée comme un iceberg. La partie émergée représente ce que nous exprimons d’une expérience, alors que la partie immergée représente l’expérience subjective elle-même, telle que nous l’avons vécue.
Les mots « conviennent » pour exprimer notre expérience subjective comme une mauvaise clé « convient » si elle ouvre la bonne serrure (Paul Watzlawick, 1921-2007, L’Invention de la Réalité).
Perceptions analogiques et mots numériques
Comme nous l’avons vu, deux mondes se côtoient : l’analogique et le numérique. Le monde numérique serait propre à l’homme.
Nous percevons le monde de façon analogique mais nous le conceptualisons avec des mots numériques. Si nous voulons penser et exprimer nos perceptions — analogiques —, c’est-à-dire les rendre intelligibles, nous devons les conceptualiser avec des mots qui, eux, sont numériques car symboliques, tels que « Pomme », « Tabouret », « Oiseau », « Noir »… Il n’y a aucune ambiguïté, car aucune continuité, entre une Pomme et un Tabouret !
Pourtant, nous sommes dans l’incapacité de décrire totalement une expérience vécue avec toutes ses nuances parce que nous ne pouvons pas « mesurer » nos perceptions analogiques de manière objective. Il nous est impossible de décrire la continuité de nos perceptions. Par exemple, le dessin ci-dessous passe de « Noir » à « Blanc » en passant par : « Gris sombre », « Gris », « Gris clair », « Gris très clair », « Gris très très clair » et enfin « Blanc ».
Si je trouve qu’« il pleut », mon voisin trouvera peut-être simplement qu’« il bruine ». Si mon voisin trouve qu’il fait « nuit », peut-être trouverai-je qu’il fait encore « jour » !
Dans les nuanciers de peintures, les fabricants donnent souvent des noms poétiques aux couleurs (jaune paille, jaune coquille d’œuf, jaune canari, jaune citron, etc.), mais essayez de retrouver cette même couleur chez le concurrent !
Ainsi, la mesurabilité ne peut être, elle-même, que personnelle, culturelle et subjective. Exemples : aux urgences de l’hôpital, le médecin pourra mesurer notre rythme cardiaque et notre pression artérielle. Mais la douleur, comment la mesurer ? « Ce tableau est ‘cher’ ! » : c’est « combien », cher ? « As-tu bien fermé la porte ? » n’a pas le même sens après un courant d’air ou au moment du départ en vacances.
Nous savons tous ce qu’est un arbre. Mais répondez à cette question : « Quand le gland devient-il un chêne ? » S’il a commencé à germer ? Quand il mesure 1 cm ? 10 cm ? 1 mètre ? Nous savons tous ce qu’est une forêt. Mais à la question « Combien faut-il d’arbres pour faire une forêt ? », qui peut répondre ?
Regardez cette image.
On peut dire que le centre est noir. Mais son contour est flou, pas clairement fini, « indéfini ». Les mots sont comme cette tache. Nous savons dire ce qu’est la couleur noire, un tabouret, la nuit, un oiseau ou une forêt, mais nous ne savons pas dire quand cela « commence » à être une forêt, ni quand cela « finit » d’être la nuit.
Toute définition est une limite (André Suarès, 1868-1948). Les concepts ne se définissent jamais par leurs frontières mais à partir de leur noyau (Edgar Morin, 1921-, Introduction à la pensée complexe). Toute définition disqualifie ce qu’elle désigne, quoi que vous disiez qu’une chose est, elle n’est pas (Alfred Korzybski, 1879-1950, fondateur de la Sémantique Générale).
Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus (Augustin d’Hippone dit Saint Augustin, 354-430, Les Confessions). Les mots ne peuvent pas décrire la réalité. Quand un homme veut exprimer ce qu’il croit avoir compris, il devient comme un infirme. Les mots sont sa prison (Kosei Takano, cité par Michel Random dans Les Arts Martiaux). Tout dialogue est bilingue (Raimon Panikkar, 1918-2010).
Tout dialogue est bilingue
Impossibilité de se faire comprendre « complètement ». En fait, nous ne sommes jamais totalement compris ! Chaque fois que vous pensez que vous comprenez complètement, c’est le moment de vous centrer sur vous-même et de dire : « C’est une plaisanterie » (Richard Bandler, Un Cerveau pour Changer). Comment exprimer son expérience subjective alors que toute expression est une diminution de soi (Lao Tseu, Tao Tö King) ? D’ailleurs, si vous avez compris ce que je vous ai raconté, c’est que je me suis mal exprimé (Richard Feynmann, 1918-1988, physicien).
Le métamodèle et le métalangage. Le métamodèle utilise le métalangage, c’est-à-dire le langage sur le langage, pour questionner et recueillir plus d’informations sur l’expérience subjective de l’interlocuteur. Par exemple, à l’affirmation « Cette voiture est trop chère ! », la réponse pourrait être « Vous avez raison », ou « Non, pas tellement. » Le métalangage cherchera plutôt à comprendre ce que signifie « cher » pour celui qui parle.
Le Nuançomètre
Pour expliquer ce métamodèle, Philippe Dupont utilise un visuel, le Nuançomètre™, un appareil à mesurer la nuance.
La moitié gauche du Nuançomètre est graduée verticalement et correspond au fonctionnement de notre hémisphère gauche, celui qui serait plus sensible au monde numérique. La partie droite illustre nos perceptions analogiques — et correspond au fonctionnement de notre hémisphère droit.
Attention : la notion d’hémisphères gauche et droit est métaphorique et pédagogique. La réalité du fonctionnement de notre cerveau est beaucoup plus complexe. Et en même temps, c’est une réalité biologique. À ce sujet, regardez cette vidéo de Jill Bolte Taylor sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=UyyjU8fzEYU.
Selon la perception subjective de l’interlocuteur, celui-ci « découpe » le monde selon des niveaux détaillés ci-dessous. Voici quelques exemples de possibles découpages du monde, les différents niveaux du Nuançomètre :
Niveau 0 : la personne est dans le déni, dans la transparence. « Ce n’est pas vrai, cela n’existe pas, ce n’est jamais arrivé, je n’ai pas dit cela… » Elle refuse de reconnaître un évènement passé, voire le présent, ou bien les conséquences probables de son action.
Niveau 1 : toutes les unités de base utilisées au quotidien proviennent du fait que l’être humain a rencontré le besoin de dénombrer, de compter, de quantifier ses perceptions analogiques, afin de rendre le monde « mesurable ». Il commença par inventer le « 1 ». Pourtant, il n’existe rien dans la nature qui soit « un ». Un caillou, petit ou grand, reste caillou. Cassé en deux, on obtient deux fois « un caillou ». « Un » fleuve sera nommé ainsi quand nous serons devant un « cours d’eau important qui rejoint la mer » (c’est combien, « important » ?). Et entre l’été et l’hiver, son débit sera très différent. Et deux fleuves qui se rejoignent forment un fleuve. Décréter l’utilisation d’une unité de base plutôt qu’une autre, quelle qu’elle soit (brassée, palette, cartons, douzaine, km/h, nanoseconde), c’est décider de l’unité utilisée au Niveau 1. Le temps s’écoule analogiquement et nous l’avons découpé en unités : une seconde, une minute, un jour, un siècle, un million d’années-lumière… Un mètre — et pourquoi le mètre plutôt que la brasse, ou le pied ? Une surface de « 1 m² ». Un litre, soit un cube d’eau de « 1 dm³ », de 10 cm de côté. Un volume de « 1 m³ » correspond à 1 000 dm³ soit 1 000 litres. Il est aussi basé sur le mètre. Le poids de « 1 kg » est basé sur le poids de 100 cl d’eau. Il dépend donc de la mesure métrique et de la pression atmosphérique. Quand une personne est au Niveau 1 dans sa communication, c’est qu’elle affirme une position unique et non discutable. Exemple : « Dieu existe, point final ! » ou bien « Dieu n’existe pas, point final ! », ce qui revient au même. Parler d’un être humain au Niveau 1, c’est affirmer que c’est un individu, il est indivisible, c’est un tout.
Niveau 2 : la Base 2 en mathématiques, c’est le monde du binaire. La personne voit le monde sous un aspect duel. Il n’y a que deux possibilités d’aborder la situation : Il fait Jour / Nuit. Masculin / Féminin. Les chiffres Positifs / Négatifs. Les chiffres sont Pairs / Impairs. Singulier / Pluriel. Toujours / Jamais. Hémisphère Gauche / Droit. Une porte est ouverte / fermée. La géométrie Euclidienne, sur 2 axes. Une année divisée en semestres. Une addition est Juste / Fausse. Parler d’un être humain en niveau 2, c’est par exemple différencier le Corps et l’Esprit.
Niveau 3 : le temps : Passé / Présent / Futur. Les trois couleurs primaires. Masculin / Féminin / Neutre. Les chiffres Positifs / Négatifs / Nul. Le cerveau reptilien / limbique / cortical. Les étapes de la vie humaine : Enfant / Adolescent / Adulte ou bien Enfant / Adulte / « 3ᵉ âge ». La géométrie spatiale en 3D. Une année divisée en quadrimestres. Quelque chose est Petit / Moyen / Grand. Un être humain, en niveau 3, sera constitué de pensées, d’émotions et de comportements.
Niveau 4 : les 4 directions : Nord / Sud / Est / Ouest. Les 4 saisons. Les 4 éléments : Eau, Terre, Feu, Air. Les 4 dimensions : Longueur / Largeur / Hauteur / le Temps. Les 4 émotions de base : Joie / Colère / Tristesse / Peur. Les 4 trimestres d’une année.
Niveau 5 : tailles S / M / L / XL / XXL. Les 5 niveaux de la connaissance.
Niveau 6 : les 6 directions : Haut / Bas / Gauche / Droite / Devant / Derrière. Les 6 émotions de base : Joie / Colère / Tristesse / Peur / Surprise / Dégoût.
Niveau 7 : la semaine de 7 jours. Les 7 couleurs de l’arc-en-ciel. Les 7 notes de musique.
Niveau 8 : les 8 directions : Nord / Nord-Est / Est / Sud-Est / Sud / Sud-Ouest / Ouest / Nord-Ouest.
Niveau 10 : la Base 10, le système décimal, qui a pour origine les 10 doigts. À l’hôpital, l’échelle de la douleur. L’échelle de Richter des tremblements de terre (de 0 à 9).
Niveau 12 : la Base 12, qui a pour origine les 12 phalanges des 4 doigts d’une main comptées avec le pouce. Les 12 heures de la ½ journée. Une douzaine d’huîtres. Les 12 mois de l’année.
Niveau 13 : force du vent mesurée sur l’échelle de Beaufort, de 0 à 12.
Niveau 24 : les 24 fuseaux horaires autour de la terre, en lien avec les 24 heures d’une journée.
Niveau 60 : la Base 60, qui a pour origine les 5 doigts d’une main combinés aux 12 phalanges de l’autre main. Les 60 minutes d’une heure. Les 60 minutes d’un degré d’arc terrestre.
Niveau 360 : les 360° des angles, qui nous viennent des Babyloniens.
Niveau 365 : les jours dans l’année.
Niveau 86 400 : les secondes dans une journée.
Niveau… Ainsi, pour tenter de mieux comprendre notre interlocuteur, et pour répondre aux interrogations posées précédemment, la question n’est pas de savoir : « Est-ce qu’il fait ‘Jour’ » ou « Est-ce qu’il fait ‘Nuit’ ». Procéder ainsi reviendrait à savoir où placer la flèche noire sur un axe horizontal, dans la moitié droite du Nuançomètre (perception subjective du genre « Est-ce Gris ? Gris clair ? Gris très clair ? »…).
Pour tenter de mieux comprendre son point de vue, son expérience subjective, on pose une question du genre « Qu’est-ce qui te fait dire cela ? Quel est ton critère ? », c’est-à-dire où placer la flèche blanche sur l’axe vertical.
S’il m’affirme qu’il fait nuit et que je ne suis pas d’accord, je vais lui demander « Sur quoi te bases-tu pour dire ça ? » En me répondant « Parce que je ne vois plus le mur au fond du jardin », je saurai que, assis dans son canapé, s’il ne voit plus le mur, pour lui, il fait « nuit ». Je connais ainsi son critère.
À la question posée précédemment, « Combien faut-il d’arbres pour faire une forêt ? », une réponse possible a été donnée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) : surface contiguë de plus de 0,5 hectare portant des arbres de plus de 5 mètres de haut, qui couvrent plus de 10 % de la surface du sol. Ce n’est en soi ni « vrai », ni « faux ». L’ONU s’est simplement donné un critère qui lui permet de calculer la surface des forêts en définissant ce qu’est une forêt et ce qui n’est qu’un petit groupe d’arbres.
Attention ! L’abus du métamodèle nuit gravement à la communication. C’est un très bon moyen pour se fâcher avec ses amis. Imaginez cette conversation : « Bonjour ! Comment vas-tu ? » — « Qu’est-ce que tu entends par ‘Bonjour’ ? »
Une histoire de précision
Un astronome, un physicien et un mathématicien passent leurs vacances en Écosse. Jetant un regard par la fenêtre du train, ils aperçoivent un mouton noir dans un pré. « Comme c’est intéressant, s’écrie l’astronome, les moutons écossais sont noirs ! » À quoi le physicien objecte : « Non, non, certains moutons écossais sont noirs ! » Le mathématicien lève les yeux au ciel et déclare : « En Écosse, il existe au moins un pré dans lequel il y a au moins un mouton dont au moins un côté est noir » (Jean-Claude Carrière, 1931-, Le Cercle des Menteurs).
Le lien avec la PNL
Le Nuançomètre est un outil pédagogique conçu pour rendre visible et accessible le métamodèle, l’un des piliers fondateurs de la PNL. En représentant graphiquement l’écart entre nos perceptions analogiques et les mots numériques que nous employons pour les exprimer, Philippe Dupont donne une forme concrète à ce que le métamodèle cherche précisément à faire : questionner nos généralisations, nos distorsions et nos omissions pour retrouver la richesse de l’expérience subjective qui se cache derrière les mots.
Philippe Dupont est consultant-formateur et enseignant PNL certifié NLPNL. Il s’est notamment engagé dans le mouvement en tant que Président du Collège des Enseignants de NLPNL de 2007 à 2014. Titulaire d’un D.E.S.A. de Psychologie Clinique du Travail (CNAM), il se consacre depuis 1987 à l’andragogie et à la formation d’adultes, dans les domaines du développement personnel, de la communication interpersonnelle et de la pédagogie. Il est l’auteur de l’ouvrage « Des Mots Qui éclairent » (éditions La Compagnie Littéraire), fruit de 25 années de collecte de citations, contes et extraits d’auteurs, dont est tiré cet article.

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