Publié le 17 août 2026
Reconnaissance : transformer un don naturel en compétence grâce à la modélisation PNL
Et si nos dons les plus naturels étaient aussi nos ressources les moins exploitées ? Patrick Condamin, hypnothérapeute et enseignant en PNL, montre à travers un exemple très personnel comment la modélisation — au fondement même de la PNL — permet de transférer un don inné vers des domaines où l’on se croyait incompétent. Un article publié dans la revue Métaphore n° 98, septembre 2020.
Transmettre la flamme
Dans un précédent article, les mistrals gagnants, j’expliquais que chacun d’entre nous réussit parfois des actions qu’il ne réussit pas en temps normal. Ceci peut être dû à toutes sortes de raisons, dont bien sûr la chance et le hasard d’une situation favorable. Une compétence cependant vient d’émerger, un ange que la plupart d’entre nous laissent passer. Or si l’on sait apprivoiser l’ange et cultiver la compétence, cela peut devenir une compétence naturelle. Si on laisse passer l’un et l’autre, tant pis pour nous, les vieux réflexes reviendront et notre vie continuera comme avant.
J’imagine qu’un de nos ancêtres a pris un jour un bâton enflammé et l’a jeté sur un autre tas de bois. Le tas s’est enflammé à son tour, mais il en a seulement été effrayé et s’est hâté de l’oublier.
Jusqu’à ce qu’un autre s’arrête sur le phénomène, comprenne ce qu’il venait de faire, le reproduise et se rende enfin compte qu’on pouvait transporter le feu si essentiel à l’humanité.
Ceci est vrai de toutes nos compétences acquises par hasard, et que la plupart d’entre nous oublient. Un jour par exemple j’ai raconté une histoire au cours d’une présentation professionnelle. Personne ne m’a félicité sur le fond de ma conférence. Mais on m’a dit : « L’histoire que tu as racontée était vraiment sympa ! ». Ce jour-là, au lieu de m’en vexer, j’ai accueilli la chance et le passage de l’ange, et j’ai émaillé mes conférences d’histoires et de contes. J’ai appris plus tard qu’il ne nous est pas possible de nous concentrer et d’apprendre constamment, et que j’offrais ainsi un repos nécessaire à l’esprit conscient de mes auditeurs. Et peut-être ai-je laissé une place à l’inconscient et à la magie des contes !
Ceux qui ont lu mon précédent article, « les mistrals gagnants »1 savent comment apprivoiser l’ange de la compétence lorsqu’il passe.
« Un don ne s’apprend pas, il se découvre »
Voici une autre façon de modéliser nos propres compétences. Il ne s’agit pas de reconnaître un savoir-faire qui passe une fois et de l’intégrer. Il s’agit cette fois de reconnaître un savoir-faire inné, c’est-à-dire qui nous appartient depuis la nuit des temps, peut-être un don de naissance ou un héritage de nos ancêtres ou de nos mentors. Avantage dont nous profitons, mais que nous n’avons jamais reconnu comme un don. Et de transférer ce don dans un domaine où nous sommes peu ou pas compétents. Notons que nous sommes toujours dans la base de l’expérience de la PNL : la modélisation. La compétence à modéliser cette fois n’est pas apportée par les hasards de la vie, mais au fond de nous depuis la nuit des temps.
Je vais donner, je m’en excuse, un exemple personnel, et ce faisant faire un « tri sur moi ». À vous de faire le parallèle avec votre propre histoire, qui est bien entendu différente de la mienne.
Voici donc l’histoire : j’ai peu de mémoire, j’ai du mal à retenir une chanson ou un poème par cœur, je retiens mal les noms propres et en particulier le nom des gens. J’ai essayé beaucoup de méthodes, en particulier des méthodes visuelles qui fonctionnent très mal avec moi.
Par contre, j’ai un don naturel auquel je n’avais, bien entendu, jamais prêté attention… Je retiens avec facilité les musiques que j’entends. Au sortir du cinéma, je peux chanter les musiques du film que je viens d’entendre.
Ce don vient probablement de ma mère, qui n’avait pas eu la chance de faire des études, mais qui était capable de chanter les chansons et les airs d’opéra qu’elle avait entendus à la radio…
Je me suis demandé comment fonctionnait cette mémoire musicale. Cela m’a occupé… Avec finalement un certain plaisir, puisque c’est beaucoup plus agréable de se pencher sur un don que sur une incompétence !
J’ai découvert une particularité : lorsque je chante un morceau de musique que je viens d’entendre, le résultat n’a d’abord rien à voir avec l’original ! Mais je le chante quand même, au moins dans ma tête, il n’y a aucun enjeu pour moi. Et progressivement, j’accorde les notes, je change la ligne musicale, et je retrouve et réinvente la musique originale par tâtonnement. (Selon moi, l’approche créative est souvent kinesthésique !).
J’ai donc transféré cette compétence pour l’apprentissage d’un poème ou d’une fable. Je connais l’histoire, je sais quelques phrases, et j’invente les autres. Et progressivement, le poème ressemble de plus en plus à l’original. Évidemment, Ronsard, Baudelaire, Brassens ou La Fontaine ont ciselé la perle que je recherche en jouant, et en m’approchant progressivement de leur texte. Et si en disant le poème, j’oublie une phrase, je suis capable d’en inventer une autre. Je dispose donc d’un souffleur autonome qui diminue aussi mon stress, car je n’ai plus peur de la page blanche. C’est mon ange !
J’ai commencé à utiliser cette méthode également pour les noms propres (ma bête noire !) en tentant de retrouver des fleurs de mon jardin, dont le nom m’échappait systématiquement, en me promettant de leur inventer un nom de baptême :
– Une jolie fleur, bleue et comestible, y pousse naturellement. J’oublie son nom en permanence. J’essaie la méthode précédemment décrite : le nom inventé que j’accueille est « foin ». Drôle de nom pour une fleur, pensez-vous ! Or, on arrache le foin et on le bourre pour en faire une meule. La fleur s’appelle Bourrache. Bingo !
– Une autre fleur est un exemple amusant. Son nom vulgaire est « l’herbe aux ânes » (sans commentaire !). La plante est grande et ses fleurs d’un jaune éclatant s’ouvrent la nuit. Le mot qui me vient naturellement est « organe » (ne riez pas). La fleur s’appelle en fait Onagre, ce qui est son anagramme parfaite.
Cette méthode a pour moi bien des avantages :
– Reconnaître un don personnel, c’est se reconnaître ;
– Diminuer mon stress (sois parfait !) puisque cela devient un jeu agréable ;
– Pratiquer et améliorer un domaine où je suis compétent : l’invention et la création.
Dernier avantage bien sûr, j’ai le plaisir de parcourir un chemin intéressant, comme dans les bons romans que j’aime lire.
Chacun d’entre vous a un don différent du mien, qu’il convient de découvrir, car c’est le point de départ. Il faut soigner la poule aux œufs d’or !
J’ai étudié jadis une méthode de mémorisation totalement visuelle. Elle convient probablement aux personnes dont c’est le canal principal, ou aux personnes dyslexiques, mais m’aide peu. La solution personnelle que j’expose convient mieux à mon côté créatif et kinesthésique.
La ligne de pente…
Chacun possède son propre don, sa ligne de pente naturelle qui permet à l’eau de la connaissance de l’irriguer. Mais combien d’enfants par exemple ont été dégoûtés des mathématiques, simplement parce que leur enseignant imaginait sa propre approche comme universelle. La méthode convenait cependant à certains élèves qui lui ressemblaient, mais pas à d’autres. Le bon enseignant cherche à découvrir les dons particuliers de chacun de ses étudiants et à les valoriser. Au sens propre du mot, donner de la valeur ! C’est difficile, mais tellement passionnant.
Je développerai ce dernier point avec le support d’un conte que m’avait fait découvrir Anne Linden !
Il était une fois une jolie petite fille au jardin d’enfants. L’enseignante demande que ses élèves dessinent une maison. Jeanne sort sa langue et son crayon et se met au travail. L’enseignante revêche passe à côté d’elle, regarde et dit : « ce n’est pas une vraie maison cela ! » Elle met le papier en boule et le jette. Jeanne ne dessinera plus.
L’année suivante, une autre enseignante qui ne connaît pas l’histoire demande que l’on dessine une maison. Elle passe devant la feuille désespérément blanche de Jeanne. « Oh, dit-elle, quelle belle maison dans le brouillard. Tu sais, parfois le brouillard descend et on commence à voir une cheminée, une antenne, un toit… » Lorsqu’elle repasse, la maison de Jeanne, au lieu de sortir de terre, descend progressivement du ciel.
Oui, les contes sont magiques ! Ils apportent leurs messages, ou pas ! Laissez faire votre inconscient ! En les ouvrant à nouveau, ils apporteront d’autres cadeaux plus tard.
Le lien avec la PNL
Patrick Condamin ancre explicitement sa démarche dans le fondement même de la PNL — la modélisation — qu’il applique ici à un domaine peu exploré : celui des dons innés plutôt que des compétences acquises par hasard. En partant de son propre exemple, une mémoire musicale exceptionnelle transférée avec succès à la mémorisation de textes, il illustre concrètement comment identifier la structure d’une compétence pour la reproduire ailleurs — l’essence même de la modélisation en PNL.
Patrick Condamin est psychothérapeute (titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie), hypnothérapeute et Maître-Praticien et enseignant en PNL. Formé en hypnose ericksonienne au New York Training Institute auprès d’Anne Linden et Steven Goldstone, dont il a été assistant enseignant, il est également sexothérapeute, sophrologue et relaxologue, et pratique l’Intégration par les Mouvements Oculaires (IMO), l’analyse systémique et la thérapie familiale, ainsi que la modélisation symbolique par le conte et la métaphore. Membre du collège des Psys de NLPNL (au moment de la publication de cet article), il écrit régulièrement pour la revue Hypnose et Thérapies Brèves et pour Métaphore.

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