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Publié le 15 août 2026

Entendre ce qui n’est pas dit : la calibration en PNL vue à travers deux proverbes chinois

Et si la sagesse chinoise avait devancé de plusieurs siècles l’une des leçons fondamentales de la PNL ? Patrick Condamin, psychothérapeute et enseignant certifié en PNL, explore deux proverbes que tous les enfants chinois apprennent dès l’âge de six ans pour éclairer la calibration — l’art d’observer ce que le corps révèle au-delà des mots — et la manière chinoise d’avancer dans l’incertitude. Un article publié dans la revue Métaphore n° 94, septembre 2019.

On dirait bien sûr un précepte de Milton Erickson ou de l’un de ses disciples.

En fait, il s’agit d’un des nombreux proverbes que tous les enfants chinois apprennent en même temps que les idéogrammes si compliqués de la langue à partir de l’âge de six ans. Chaque proverbe permet en effet de retenir les quatre idéogrammes qui le composent. Ainsi la vue (mémoire) et l’audition (compréhension, histoire) sont sollicitées en même temps.

Cette approche est décrite dans un petit livre passionnant de la française Christine Cayol qui a passé 13 ans en Chine : « Traverser la rivière en tâtant les pierres. » (un autre proverbe). À travers ce livre, on découvre une vision différente de la Chine et de son peuple.

1 — Entendre ce qui n’est pas dit, observer le teint du visage

Lorsqu’on regarde le travail d’Erickson en hypnose à travers des films, on est surpris de l’attention soutenue de son regard, et parfois même de la proximité de son visage avec celui de son client, afin de mieux l’observer. C’est la même attention avec Rossi et Gilligan, par exemple.

Je me souviens du conseil d’Anne Linden : « en tant qu’hypnothérapeute, vous pouvez être vous-même en transe, mais vous devez en permanence garder consciemment le contact visuel avec votre client ». Anne était intraitable concernant cette exigence.

C’est d’ailleurs devenu l’une des leçons essentielles de la PNL : la calibration. Nous l’avons simplement redécouverte des siècles après la Chine. Les chinois s’intéressent à la peau (couleur, texture) ainsi qu’au souffle et même à l’haleine, comme en médecine chinoise. Cette approche semble essentielle pour eux, alors que pour les occidentaux, ce sont les mots qui comptent. Il paraît d’ailleurs que la plupart des émojis chinois n’ont pas de bouche. La parole est secondaire !

Quelques occidentaux ont naturellement deviné l’importance du non verbal. Voici deux exemples dans le domaine du coaching :

Un champion de l’observation

Aimé Jacquet, l’entraîneur de l’équipe de France championne du monde disait : « Chaque matin, je regarde avec soin tous mes joueurs au petit déjeuner, pour savoir comment je pourrai obtenir le meilleur de chacun d’entre eux à l’entraînement. Je les regarde attentivement afin de découvrir leurs dispositions particulières du jour ».

Noyé sous les paroles

Je me souviens d’une cliente qui désirait raconter sa vie et ses difficultés lors d’une première rencontre. Elle voulait tout dire et m’inondait d’informations.

Un moment je lui ai dit : « STOP ! À quoi venez-vous de penser ? ».

Très surprise, elle a déroulé le fil à l’envers. Elle venait de survoler un évènement fondamental de sa vie qu’elle avait en fait oublié. Bien sûr, nous avons décidé de travailler (tâter) cette histoire et cela l’a soulagée.

Elle s’est demandé par la suite, comment j’avais deviné qu’il y avait là, sous le flot du langage, un évènement important dont elle n’avait pas pris conscience elle-même.

– Eh bien, c’est tout simple, je vous regardai, et un instant votre visage s’est transformé légèrement (forme, couleur de la peau) et vos yeux se sont légèrement mouillés. Mais vous passiez si vite en voulant tout dire, que vous n’avez pas eu le temps de prendre en compte le message de votre corps. Je l’avais juste aidée à « tâter les pierres ».

Il est bien laid ce bébé

Une jeune mère française en Afrique était ravie de présenter son nouveau-né aux femmes africaines de son voisinage. À sa grande déception, les femmes ont pris successivement le bébé dans leurs bras, l’une après l’autre en disant : « qu’est-ce qu’il est moche, il a une trop grande bouche, des mains trop petites, ce bébé, quelle sale tête il a, etc. ».

Elle s’est rassurée par la suite en découvrant que c’était une coutume africaine pour chasser le diable à la naissance, afin qu’il ne vienne pas s’approcher du bébé. Si elle avait moins écouté les mots, mais regardé ces femmes câliner l’enfant avec amour et confiance, elle se serait aperçue du langage non verbal. Elle aurait ainsi saisi plus facilement l’humour de la situation.

Peut-être que cette coutume est aussi un rappel aux jeunes mamans : « tu penses que ton bébé est la huitième merveille du monde. Mais ce n’est bienfaisant ni pour toi ni pour ton enfant » la mère découvre combien les frontières et l’humour seront ses alliés pour faire grandir sainement son enfant.

Bien sûr cela rappelle le mythe de Narcisse, fils de la magnifique nymphe Liriope. Lorsque cette dernière va demander au devin Thiresias si son fils aura une vieillesse heureuse, ce dernier répond : « S’il ne se connaît pas ». Narcisse, devenu un adulte, amoureux de son propre reflet, refusera les amours humaines et se tuera.

Le salut africain

Pour revenir à l’Afrique et conclure ce chapitre, je transmets à mon tour le fameux salut africain que m’a enseigné Robert Dilts. Il consiste d’abord à se mettre en face de la personne que l’on veut saluer. On dit tour à tour les simples phrases suivantes, lentement, en écoutant l’autre, en le regardant avec soin, et en pensant profondément ce que l’on déclare :

– « Je te vois »
– « Je suis là »
– « C’est bon de te voir »
– « C’est bon d’être là »

Après un temps, on échange les rôles. Essayez donc, c’est simple, c’est un vrai plaisir, et cela fait du bien !

2 — Traverser la rivière en tâtant les pierres

Ce deuxième proverbe parmi une dizaine répertoriés fait justement le titre du livre de Christine Cayol :

Le mot chinois traduit par tâter, signifie aussi toucher, masser, sentir. Les pierres sont sous l’eau, on ne les voit pas, mais on « expérimente » leur stabilité et leur forme avec le pied quand on traverse.

À l’inverse, pour les occidentaux, les pierres sont des repères solides et visuels. Les montagnards repèrent leur chemin grâce aux cairns, ces amas de roches posées les unes sur les autres, et ces derniers posent souvent leur propre pierre au-dessus de l’édifice en passant. Christine Cayol parle des pierres que sème le petit Poucet afin de visualiser le chemin de retour.

Or cela suggère la profonde différence de la mentalité chinoise : traverser est une affaire de patience, de lenteur, de sensation. Cela demande un ajustement permanent ; l’eau bouge, les équilibres sont précaires. On a le temps et on avance calmement dans un environnement incertain.

Équilibre et harmonie

C’est l’une des grandes leçons d’Anne Linden : « savez-vous la différence qu’il y a entre équilibre et harmonie ? L’équilibre c’est celui de la balance de Roberval : le moindre objet sur l’un des plateaux va le rompre. L’harmonie c’est différent : si quelque chose intervient, l’harmonie l’absorbe et se réorganise. C’est un lien beaucoup plus fort et plus engageant, l’harmonie prend en compte le fait que le monde change ».

Un mariage équilibré est en danger : les protagonistes évoluent et l’environnement aussi. Un mariage harmonieux contourne naturellement les cailloux du chemin ! La relation est élastique et absorbe cette évolution.

Pour avancer, les chinois n’ont pas besoin d’y voir clair, mais de ressentir…

Cette pensée chinoise parle sans doute à beaucoup de thérapeutes et de coachs. Que faisons-nous dans une séance sinon aider notre client à traverser vers une autre rive en tâtant les pierres ?

Diriger en se promenant !

Bill Hewlett, le fondateur charismatique de Hewlett-Packard rappelait souvent cette règle d’or : « Management by wandering around ». Il m’est arrivé plusieurs fois de le rencontrer à la cafétéria, en train de discuter passionnément avec les plus simples employés.

Très âgé, et depuis longtemps retiré des affaires, il constate que la société qu’il a fondée ne va pas comme il le souhaite.

Bill Hewlett a pris son bâton de pèlerin, et a rencontré les cadres et les employés de sa société aux quatre coins du monde.

Lorsqu’il est revenu après un périple de plusieurs mois il a dit : trois choses ne vont pas dans la société :

– Il y a trop de managers : un chef dirige au minimum 10 personnes.
– Les réunions sont trop longues : une réunion ne doit pas dépasser une heure.
– Les cadres ne sont pas suffisamment chez les clients. La moitié du temps au moins est à consacrer aux clients.

En quelques mois, ces règles ont été implémentées partout, et la société s’est instantanément remise à vivre : circuits de décisions beaucoup plus courts, et orientation client au lieu d’orientation interne.

Le livre de Christine Cayol, à la base de cet article, m’a permis de percevoir différemment, et de m’inspirer de certains liens qui unissent les chinois de la base au sommet. Si vous lisez ce livre, vous trouverez sans doute d’autres pierres à tâter à votre tour.

Le lien avec la PNL

Patrick Condamin nomme ici explicitement l’une des compétences fondatrices de la PNL — la calibration, cette capacité à observer les micro-changements physiologiques (couleur de peau, respiration, tension musculaire) qui échappent au langage verbal — et en retrace la préfiguration dans la sagesse chinoise ancienne. L’anecdote du « salut africain » enseigné par Robert Dilts illustre par ailleurs comment la PNL emprunte et intègre des pratiques relationnelles issues de traditions culturelles diverses, dans la même logique de modélisation que la discipline revendique depuis ses origines.


Patrick Condamin est psychothérapeute individuel et familial (Certificat Européen de Psychothérapie), maître praticien et enseignant certifié en PNL, ainsi que praticien en Hypnose Ericksonienne (New York Training Institute), en thérapie brève et en analyse systémique. Il exerce à Rueil-Malmaison. Contributeur régulier de la revue Métaphore, il écrit également dans la revue Hypnose & Thérapies Brèves.


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 94 – septembre 2019

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