Publié le 15 août 2026
La PNL et l’entrepreneuriat social : outils et modèles pour accompagner un nouveau monde
L’entrepreneuriat social ou durable connaît un essor considérable, porté par des figures comme Muhammad Yunus ou Coluche. Mais ce nouveau modèle d’entreprendre affronte des défis spécifiques : alignement des valeurs, engagement des porteurs de projet, épuisement des équipes… Michaël Ameye, consultant, coach et formateur en leadership, montre comment la PNL — niveaux logiques, positions perceptuelles, SCORE, modèles de Robert Dilts — peut outiller cet accompagnement. Un article publié dans la revue Métaphore n° 93, juin 2019.
L’objectif de cet article est de stimuler une réflexion autour du rôle de la PNL et de son développement pour soutenir l’évolution de l’entrepreneuriat social ou durable.
Le domaine de l’entrepreneuriat durable est en pleine effervescence. Le monde économique, entre autres à Davos chaque année, commence à porter son attention sur ce phénomène. Mais, de quoi parle-t-on exactement ?
Qu’est-ce que l’entrepreneuriat social ?
Le monde académique a identifié différents axes de recherche dans ce domaine1 :
- Entrepreneuriat communautaire : un village qui prend en charge des activités sociales ou durables ;
- Acteurs sociaux qui lancent des mouvements : Restos du Cœur, de Bono, Bill Gates…
- Institutions sociales : Nouvelles organisations institutionnelles pour répondre à des besoins sociaux ;
- Entreprises sociales : nouvelles entreprises qui fonctionnent comme des entreprises « normales » mais qui ont un but social ;
- Associations à but social qui se lancent dans une activité commerciale pour assurer leur viabilité financière ;
- Coopératives : rassemblement d’acteurs qui coopèrent ensemble à un but social commun ;
- Innovation sociale.
Dans cet article, nous ne ferons pas de distinction. Une contribution majeure dans ce monde de l’entrepreneuriat social est l’œuvre de Gunter Pauli : L’économie Bleue. L’économie bleue est l’intersection de 3 mondes : profit social et communautaire, profit économique, profit écologique.
En quelques mots, l’économie bleue est la démarche qui vise à créer de la valeur économique de telle manière que cela préserve l’équilibre écologique de la planète et en même temps que cela cultive le bien-être social.
L’entrepreneuriat social remplit une fonction de compensation par rapport au système, pour satisfaire des besoins humains de base qui ne sont pas ou plus remplis par les institutions et les entreprises « classiques », voire qui sont créés par des dérives du système économique et social mondial actuel. Cette fonction, contrairement à la croyance générale, ne répond pas seulement aux besoins des pays en développement mais également à ceux de nos systèmes économiques dits « développés » qui créent pas mal de défaillances humaines dans la recherche effrénée de profits et de résultats à court terme.
Au-delà d’un effet de mode, cette nouvelle manière d’entreprendre est donc très certainement essentielle pour le développement d’un nouveau monde. À la lumière des manifestations collectives qui ont lieu partout dans le monde et particulièrement en France et en Belgique avec les « Gilets Jaunes » et les rassemblements des jeunes pour le climat, nous avons besoin de développer de nouvelles compétences et de nouvelles manières de penser. Les entrepreneurs sociaux peuvent dès lors être considérés comme les pionniers de ce nouveau monde. Ils initient des tendances et créent des services qui peuvent être par la suite institutionnalisés et généralisés (comme Paul Durant et la Croix Rouge Internationale ou plus proche de chez nous, Coluche et ses Restos du Cœur).
En quoi la PNL peut-elle contribuer au développement de ces nouveaux entrepreneurs ?
Développer de nouveaux états d’esprit, apprendre de nouvelles compétences sont justement des domaines dans lesquels la PNL excelle et a démontré sa puissance. Néanmoins, il est intéressant d’envisager l’utilité de la PNL dans l’accompagnement des défis spécifiques à l’entrepreneuriat social.
Les défis propres à l’entrepreneuriat social
Quels sont ces défis ? De manière non exhaustive, nous pouvons identifier quelques défis auxquels les entrepreneurs sociaux doivent faire face :
- Positionner un nouveau produit et un service « social » sur un marché « capitaliste », parfois dans un contexte concurrentiel ;
- Développer une communauté de clients-adhérents au système ;
- Attirer des « sponsors » et autres mécènes ou obtenir des aides et des subsides officiels ;
- Faire fonctionner des travailleurs parfois bénévoles dans un esprit d’entraide, d’intelligence collective et de manière alignée avec les valeurs de l’entreprise sociale ;
- Surmonter les obstacles et les difficultés, garder sa passion intacte malgré les freins et les résistances du système ;
- Trouver des fournisseurs et des contributeurs qui fonctionnent dans la même philosophie ou le même cadre de valeurs que l’entreprise sociale.
Ces défis peuvent évidemment être abordés par une approche purement entrepreneuriale car ils sont en effet assez proches des start-ups plus classiques.
Dans une démarche de modélisation, on peut se poser la question des différences qui distinguent les entrepreneurs sociaux des autres entrepreneurs.
Ces différences sont, selon moi, au nombre de quatre :
- Un besoin plus important d’aligner toutes les parties prenantes sur les valeurs, car ce sont les valeurs qui constituent souvent la « source d’énergie » de l’organisation ;
- L’importance centrale de l’engagement pour la Mission ;
- Une organisation qui repose et dépend encore bien plus de « l’humain » découlant sur un besoin de régulation plus fréquent car l’investissement émotionnel des acteurs de l’entreprise sociale est encore souvent beaucoup plus intense, ce qui peut déboucher sur des tensions et des conflits encore plus fréquents et plus intenses que dans les entreprises commerciales ou publiques ;
- L’intégration importante de la responsabilité sociale, de la recherche d’effet bénéfique pour « tous » dans la mission.
Un cas concret
Je suis intervenu dans une entreprise sociale qui avait été fondée vingt ans plus tôt par six personnes passionnées dans la force de leur jeunesse. La vie familiale et professionnelle leur prenant un temps énorme, leur connivence de départ s’est petit à petit étiolée. Des tensions sont nées parce que chacun ne s’investissait plus à fond, ou de la même manière, certains ayant l’impression de « donner » plus que d’autres. Ces conflits ont détérioré l’ambiance, débouchant sur le fait que les sponsors commençaient à se retirer les uns après les autres et que les équipes de travailleurs montraient de plus en plus de signes de démotivation.
Cette situation illustre bien les quatre particularités de l’entrepreneuriat social et les dérives qui y sont associées :
- Besoin d’alignement régulier : l’entreprise sociale dépend de dons et pour cela doit rester cohérente tant en interne qu’avec les parties prenantes externes ;
- Une mission qui se détériore et perd de son authenticité si ceux qui la portent s’essoufflent et donc perdent l’authenticité et l’intensité dans leurs interactions ;
- Le fonctionnement de l’entreprise dépend beaucoup plus de la qualité des relations humaines et donc des tensions en résultent du fait que les entrepreneurs sociaux et les équipes s’engagent souvent corps et âme dans leur entreprise ;
- Une perte de vue, suite aux difficultés, des impacts sociétaux de l’entreprise.
Et donc, quelle est l’utilité de la PNL par rapport à ces besoins spécifiques ? Je répondrai à cette question en deux temps. Dans un premier temps, je me concentrerai sur les outils et les méthodes existantes qui sont utiles pour intervenir sur les quatre dérives de l’entrepreneuriat social. Dans un deuxième temps, j’inviterai la communauté à inventer des nouvelles méthodologies sur base de modélisations afin de transmettre et de propager les cartes d’excellence dans ces domaines.
La panoplie de la PNL aujourd’hui
Un intervenant peut donc utiliser les outils de la PNL pour accompagner l’organisation face aux quatre besoins et les dérives qui y sont associées :
Besoin d’alignement sur les valeurs
Voici quelques outils utilisés dans ces contextes :
- Un travail avec le « Pont de Valeur » permet de concilier des personnes qui campent sur des valeurs qui ont l’air de prime abord opposées au projet.
- La technique du traitement des objections par le biais de l’intention positive est très intéressante pour rallier des personnes qui hésitent.
- Les « Niveaux neurologiques » sont évidemment très intéressants pour « connecter » les parties prenantes à la Vision (initiale ou renouvelée) de l’entreprise sociale.
- Enfin, le processus de la négociation entre parties appliqué entre deux ou plusieurs personnes qui n’arrivent pas à se concilier permet réellement une médiation toute en douceur et en authenticité.
Besoin de conserver l’engagement et l’authenticité des « porteurs de projet » pour la Mission
L’engagement des porteurs de projet ou de leurs délégués dépend à nouveau de leur alignement. Les niveaux logiques constituent donc la base d’un travail qui peut être individuel ou collectif.
J’aime beaucoup utiliser la méthodologie de « l’Inter-Vision » pour reconnecter un collectif de porteurs de projet à leur Vision commune.
Parfois, une « matrice de l’identité » aide à sortir des schémas égotiques.
Besoin de prendre soin des travailleurs et de leur permettre de s’épanouir pleinement ensemble dans l’exercice de leurs fonctions
Nous rencontrons trop souvent de la frustration lorsque nous interagissons avec des personnes actives dans l’entrepreneuriat social. Il y a bien sûr des facteurs extérieurs : manque de soutien des « politiques » et des administrations, manque de sponsors, difficulté à toucher le public-cible, sentiment de ne pas être reconnu dans la valeur de ce que l’on apporte.
Les réunions de régulation sont vitales pour le fonctionnement des entreprises sociales. La pratique du feedback « Je vois, Je sens… et j’apprécie » est très puissante pour créer une cohésion forte entre les travailleurs.
La recherche d’équivalences concrètes pour les valeurs de l’entreprise permet de spécifier les comportements associés dans différentes parties de l’entreprise. Ce qui augmente l’authenticité et la cohérence de l’organisation par rapport à son environnement.
Il m’arrive régulièrement d’accompagner un alignement des niveaux neurologiques en collectif dans ces contextes. Ceci permet à chacun de se reconnecter à la Vision, la Mission et les Valeurs avant d’envisager les stratégies et les actions.
Enfin, j’utilise le SCORE en collectif pour les accompagner dans une perspective temporelle de leur fonctionnement.
Besoin de continuer à intégrer la responsabilité sociétale dans l’ADN du fonctionnement de l’entreprise
Les entreprises sociales font parfois face à la routine. L’organisation fonctionne et cherche à maintenir son fonctionnement du passé. Pourtant à la vitesse avec laquelle le monde change, les organisations devraient régulièrement s’ajuster par rapport à l’environnement.
L’accompagnement d’une entreprise sociale dans ces contextes consiste souvent à ouvrir le cadre qui a été fixé par les fondateurs. Le processus va inciter les parties prenantes de l’organisation à se remettre en question :
- Est-ce que notre mission est toujours utile pour l’environnement et le public-cible ?
- Est-ce que nous continuons à rechercher des manières d’avoir un impact sociétal en lien avec notre mission ?
- Est-ce que toutes les parties de notre organisation sont ouvertes aux changements dans l’environnement (évolution des mentalités, des habitudes, des besoins…) ?
Les processus que j’ai accompagnés dans ces contextes reposent sur l’utilisation intensive des positions perceptuelles pour apprendre aux parties prenantes à être en lien avec le vécu des différentes parties du système. Les 2e et 4e positions sont particulièrement utiles dans ces contextes.
Il est important à ce stade de préciser que les outils de la PNL seuls ne sont pas suffisants pour accompagner les entreprises sociales. J’ai développé des processus sur mesure combinant les outils PNL et ceux de différentes approches systémiques, les outils de facilitation de processus et les outils que je crée sur mesure par rapport aux situations rencontrées.
Ce qui nous amène au point suivant.
La panoplie de la PNL de demain
Comme je l’ai présenté dans les outils d’aujourd’hui, Robert Dilts contribue beaucoup à développer des modèles basés sur la PNL qui répondent aux besoins des entrepreneurs sociaux. De sa modélisation des facteurs de succès des entreprises qui ont continué à croître même pendant des périodes de récession économiques, il a tiré trois schémas de Modélisation des Facteurs de Succès© (Success Factor Modeling ou SFM™) :
- Un modèle pour développer les entrepreneurs authentiques qui inclut la réflexion sur la responsabilité sociale et convient dès lors parfaitement pour les entrepreneurs sociaux ;
- Un modèle pour faciliter l’intelligence collective de manière générative qui permet d’aligner et de faire émerger des idées et des pratiques nouvelles en combinant de manière harmonieuse les intelligences individuelles. Un modèle utile pour aligner les personnes et favoriser le sens humain dans les entreprises humaines ;
- Un modèle de Leadership conscient et résilient qui permet à l’entrepreneur social de rendre sa passion contagieuse et de la garder intacte face aux difficultés et aux obstacles tant extérieurs (l’environnement, l’entreprise) qu’intérieurs (l’entrepreneur et ses cartes du monde).
Mes propres développements, la Boussole de l’Intelligence Collective (je consacre un chapitre de mon livre sur le développement d’une communauté de bénévoles) et la Boussole du Leader Authentique et Agile (mon livre sort cette année), peuvent également contribuer, de manière complémentaire à ceux de Robert Dilts, au développement de l’entrepreneuriat social.
Je travaille en ce moment même au développement de la Boussole de l’Entrepreneur Social, un modèle didactique (comme les deux précédents) permettant d’utiliser efficacement les quatre stratégies qui font la différence dans un contexte d’entrepreneuriat social.
Quels outils et modèle pourriez-vous développer pour aider et soutenir ce mouvement important pour la pérennité de notre communauté mondiale humaine et de notre écosystème ?
Il y a certainement des besoins (listés de manière non exhaustive) dans les domaines suivants :
- Quelles sont les stratégies de résilience des entrepreneurs sociaux qui ont « réussi » à impacter le monde de manière durable (Muhammad Yunus, Coluche, Robert Pierce…) ?
- Quels sont les modèles qui guideront ces entrepreneurs de demain dans les défis auxquels le monde doit déjà faire face aujourd’hui ?
Nous, PNListes, devons continuer à rechercher de nouvelles approches et à étayer la boîte à outils de notre belle discipline. La survie de celle-ci en dépend.
1 – Social Entrepreneurship: Taking Stock and Looking Ahead, Johanna Mair, Working paper 888, IESE Business School, 2010.
Le lien avec la PNL
Cet article illustre comment la PNL déborde le cadre thérapeutique pour irriguer le monde de l’entreprise et de l’engagement social. Michaël Ameye y mobilise plusieurs outils fondamentaux de la discipline — niveaux logiques, positions perceptuelles, SCORE — tout en soulignant une limite essentielle : la PNL seule ne suffit pas à accompagner les entrepreneurs sociaux, elle doit se combiner à d’autres approches systémiques. C’est cette même logique de modélisation, appliquée cette fois aux facteurs de succès organisationnels, que prolongent les travaux de Robert Dilts cités dans l’article.
Michaël Ameye est ingénieur chimiste de formation. Après un parcours dans la consultance technologique, il fonde en 2004 la société Egregoria et se spécialise dans le leadership, l’intelligence collective et l’entrepreneuriat. Maître Praticien et Formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier (NLPU, Santa Cruz), il est également formé à l’Analyse Transactionnelle, à la Gestalt et à l’approche systémique. 6e dan d’Aïkido, il intègre les apports de cette pratique à son accompagnement des leaders et des organisations. Site : www.egregoria.be

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