Publié le 11 août 2026
Une carte évolutive de la santé : de l’OMS 1948 à la définition PNL
« Bonjour, comment allez-vous ? » — une question banale, mais dont la réponse révèle souvent une incongruence, dirait-on en PNL. Jean-Luc Monsempès, médecin et formateur PNL spécialisé dans l’application des sciences cognitives à la santé, comparait la définition statique de la santé de l’OMS (1948) à une définition plus récente et dynamique — la capacité à s’adapter et à se prendre en charge — et montrait sa proximité troublante avec les principes de la programmation neuro-linguistique. Une conférence donnée lors du Congrès NLPNL 2019, publiée dans le numéro spécial « La PNL au cœur de la santé » de la revue Métaphore, janvier 2019.
« Bonjour, comment allez-vous ? » est une question qui s’adresse à la santé de son interlocuteur, un bien précieux qui semble conditionner de nombreux aspects de notre vie. « Ça va, mais j’ai des soucis professionnels… ». La réponse est double, avec une « incongruence » dirait-on en PNL. Il y a d’une part un « oui ça va » qui concerne probablement un aspect physique de la personne, et d’autre part un « mais j’ai des soucis professionnels » qui se rapporte peut-être à des aspects psychologiques, relationnels ou financiers.
La santé physique, avec ou sans maladie, ne semble plus seule en cause dans la notion de santé. Quelque chose de bien plus global semble être en jeu.
Pour intervenir de façon « globale » dans le champ de la santé, par exemple avec les outils et modèles PNL, nous avons besoin de nous appuyer sur une définition plus complète et plus opérationnelle de la santé.
Un changement de paradigme de la notion de santé
Pour la PNL, la santé est une nominalisation, quelque chose qui a été chosifié et derrière lequel se cache un processus bloqué. C’est un peu ce qu’on retrouve dans la définition globale et statique de l’OMS qui date de 1948 : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Quelques décennies plus tard, les limitations de cette définition apparaissent aisément :
a) le caractère absolu du mot « complet » par rapport au bien-être laisse supposer une exigence de santé complète. Ce qui laisserait la plupart d’entre nous dans un état de santé toujours insatisfaisant, et ce qui a contribué involontairement à l’hyper médicalisation de la société. N’oublions pas que des personnes âgées, handicapées, des malades chroniques lourds jugent souvent leur état de santé satisfaisant.
b) l’absence de prise en compte du contexte. En 1948, on mourrait surtout de maladies aiguës et les maladies chroniques entraînaient des décès prématurés. Avec les progrès médicaux, les mesures de santé publique, le vieillissement et les maladies chroniques représentent maintenant la majeure partie des dépenses de santé, ce qui exerce une pression sur sa viabilité. Dans ce contexte, la définition de l’OMS est devenue contre-productive car elle déclare les personnes atteintes de maladies chroniques et de handicaps définitivement malades.
Cette définition minimise le rôle de la capacité humaine à faire face de manière autonome aux défis physiques, émotionnels et sociaux en constante évolution de la vie et à fonctionner avec plénitude et un sentiment de bien-être face à une maladie chronique ou un handicap.
c) Le terme « complet » n’est ni opérationnel ni mesurable de façon objective. Or, en raison de la référence à un état complet, la définition de la santé reste impraticable.
Il s’avérait donc nécessaire de redéfinir la notion de santé, en la replaçant dans un cadre conceptuel qui lui donne une direction dans laquelle regarder, qui soit généralement acceptée comme référence, et en lui donnant un caractère plus opérationnel pour la vie pratique, et plus facilement mesurable.
Une nouvelle définition : la capacité à s’adapter
Il faut attendre 2011 pour que H. Hubber et coll. proposent dans le British Medical Journal une nouvelle définition « La santé est la capacité à s’adapter et à se prendre en charge face à des problèmes physiques, émotionnels et sociaux ». Si cette nouvelle définition apparaît banale pour un praticien de la PNL, c’est une petite révolution dans le monde médical :
1-La capacité à « s’adapter et se prendre en charge » fait intervenir la responsabilité d’une personne à mettre en œuvre un processus dynamique fondé sur la résilience ou la capacité à faire face, afin de maintenir et restaurer son intégrité, son équilibre et son sentiment de bien-être. Le sujet devient acteur de sa santé. Le sujet peut mettre en œuvre une « technologie interne » qui peut compléter et soutenir la « technologie externe » de la médecine moderne. La capacité à s’adapter et se prendre en charge prend ici en compte l’évolution des changements environnementaux si importants depuis quelques siècles.
2-La notion d’adaptation et de prise en charge concerne trois domaines de la santé : santé physique, santé mentale et santé sociale.
Dans le domaine physique, un organisme sain est capable, face à des conditions changeantes, de mettre en place une réponse protectrice, de réduire le potentiel de dommages et de rétablir un équilibre ou une nouvelle homéostasie. Si cette stratégie d’adaptation physiologique échoue, il subsiste des dommages qui peuvent finalement entraîner une maladie.
Dans le champ de la santé mentale, les auteurs décrivent le « sentiment de cohérence » comme facteur clé de la capacité à faire face, à se remettre d’un stress psychologique intense et de prévenir les troubles de stress post-traumatique. « Le sentiment de cohérence comprend les facultés subjectives qui améliorent l’intelligibilité, la maniabilité et la pertinence d’une situation difficile. Une capacité renforcée à s’adapter et à se prendre en charge améliore souvent le bien-être subjectif et peut entraîner une interaction positive entre le corps et l’esprit ».
Dans le champ de la santé sociale, les auteurs citent la capacité des personnes à réaliser leur potentiel et à remplir leurs obligations, la capacité à gérer leur vie avec un certain degré d’indépendance malgré des conditions médicales et la capacité à participer à des activités sociales, y compris le travail. Dans ce domaine, « la santé peut être considérée comme un équilibre dynamique entre les opportunités et les limites, qui évolue au fil de la vie et est affectée par des conditions extérieures telles que les défis sociaux et environnementaux. » La capacité à s’adapter positivement à une maladie, permet la poursuite d’un travail ou d’activités sociales, et de se sentir en santé malgré leurs limitations. Des études montrent que les patients atteints de maladies chroniques qui ont appris à mieux gérer leur vie, signalent une amélioration de leur état de santé et de leur niveau d’énergie, une réduction de leur stress et de leur état de fatigue, de leur handicap et de leurs limitations dans leurs activités sociales. Les coûts des soins de santé ont également diminué. Quand les personnes sont capables d’élaborer des stratégies d’adaptation efficaces, les troubles de fonctionnement liés à l’âge modifient peu la qualité de vie perçue, un phénomène connu sous le nom de paradoxe du handicap.
Mesurer autrement la santé
La formulation de la santé comme la « capacité à s’adapter et à s’autogérer » met plus l’accent sur l’autonomisation du patient (par exemple, en modifiant un mode de vie), que sur la simple suppression des symptômes par une intervention chirurgicale ou un médicament.
Cette formulation ouvre également la possibilité de mesurer et d’évaluer des interventions. On ne cherche plus à mesurer un état de santé uniquement sur des paramètres biologiques, objectifs et collectifs, mais on mesure à partir d’indicateurs objectifs et subjectifs, la capacité d’une personne à s’adapter et à s’autogérer dans un contexte donné. La mesure de l’expérience de la maladie et de la santé est éminemment subjective et perceptuelle, variable selon des paramètres individuels et externes (âge, sexe, activité, époque, le lieu… etc.), des paramètres individuels et internes (croyances, valeurs, émotions… etc.), des paramètres collectifs et internes (ce que la culture dit de la santé et de la maladie) et des paramètres collectifs et externes (le social, les relations aux autres, ce qui peut être réalisé dans le monde).
La dimension « perceptuelle » de la santé est essentielle, car c’est aux individus à dire comment ils évaluent leur état de santé. Cette perception est déterminante car elle influence l’expérience individuelle de la maladie et de la guérison. Cette même perception est fondamentale car elle offre un champ infini d’interventions. En même temps que la médecine moderne soigne remarquablement bien le corps, une autre forme de médecine peut aider les individus à acquérir cette capacité à s’adapter et à se prendre en charge face à des problèmes physiques, émotionnels et sociaux, c’est-à-dire à devenir eux-mêmes de bons guérisseurs.
La santé et la PNL
La formulation de la santé comme capacité à s’adapter et à s’autogérer, est révolutionnaire car elle propose un nouveau paradigme de la santé. On passe d’une vision statique de la santé à un processus dynamique et individuel d’adaptation à un environnement de vie susceptible d’évoluer tout au long de la vie.
Cette nouvelle définition est une révolution, au regard des pratiques médicales actuelles et des prises de conscience qu’elle implique chez les professionnels de santé.
Dans l’ancien paradigme, la personne malade est un patient en attente des miracles technologiques et chimiques, capables de lui redonner un « complet » bien être qu’il n’a probablement jamais eu. Les miracles médicaux ont en effet eu lieu, sans pour cela que les patients retrouvent un « complet bien être ».
Dans le nouveau paradigme, la personne malade est une personne qui n’a pas été en mesure de maintenir un état d’équilibre, une homéostasie biologique, psychologique et sociale, et qui peut retrouver une capacité à s’adapter et à se prendre en charge. Les ressources peuvent être autant externes qu’internes. L’important n’est pas forcément de guérir, mais de permettre à la personne de modifier sa relation à sa maladie, pour être en mesure d’exprimer son potentiel et de réaliser ses buts de vie.
Cette définition nouvelle de la santé m’a surpris, car j’y ai retrouvé les principes d’une intervention de santé basée sur les principes de la programmation neuro-linguistique.
Quatre étapes pour une intervention de santé
1 – La création d’une relation de soutien, à soi et à l’intervenant
Il convient de créer un cadre de confiance, de protection, de bienveillance sans lequel il n’y a pas de prise de conscience possible des dysfonctionnements de son homéostasie physique, mentale et sociale, et des moyens d’y remédier. Notre système nerveux sympathique ou adrénergique doit recevoir un signal fort concernant l’absence de danger. Cet état est celui du centrage, de l’ouverture, de l’attention, de la connexion à soi et aux autres, et de l’accueil bienveillant de tout ce qui peut émerger au cours de l’accompagnement. L’accompagnateur fait de même car comme le dit Milton Erickson, « c’est votre attitude envers le patient qui détermine les résultats que vous atteignez ».
2 – La définition d’une intention de santé
L’intention de santé est bien distincte de l’objectif de santé. L’intention est une direction et non une destination. L’intention représente ce que vous voulez avoir de plus ou de moins dans votre vie, si le symptôme ne se manifestait plus du tout ou beaucoup moins. Le symptôme est considéré comme une communication à propos d’une incapacité de la personne à rétablir une homéostasie biologique, mentale et sociale pour s’adapter à de nouvelles conditions de vie. Le symptôme a une intention positive, celle de nous reconnecter avec ce qui est important pour nous, et dont on s’est éloigné. Pour que les capacités de guérison interne (d’auto organisation) puissent s’activer, il lui faut une définition claire de cette intention.
3 – L’émergence des ressources et le dépassement des obstacles
Les ressources sont autant internes qu’externes. Les ressources internes peuvent exister à tous les niveaux de notre expérience. Les ressources externes sont médicales et proviennent aussi de notre capacité à nous connecter au champ relationnel des sources (personnes, lieux, symboles, nature… etc.) de ces ressources. L’intervention sur les obstacles consiste souvent en un changement de croyance, afin de donner une signification nouvelle aux événements du passé, des événements auxquels nous attribuons la cause de nos symptômes.
4 – La modification des habitudes comportementales
Si nous acceptons l’idée que notre symptôme résulte en grande partie de nos modes de vie et des choix comportementaux (alimentation, tabac et alcool, sédentarité, moyens de détente… etc.) que nous avons adoptés, guérir signifie changer de mode de vie. C’est le plus souvent l’intention positive du symptôme. Changer d’habitudes de vie consiste à installer une nouvelle discipline. C’est un fort engagement vis-à-vis de soi-même, qui pose des questions écologiques et doit être accompagné et soutenu.
La nouvelle définition de la santé confirme ce que toutes les traditions médicales affirment depuis des millénaires : « Si le médecin soigne le mieux possible, c’est le patient qui guérit » La guérison résulte d’une forme d’intelligence collective. La mise en synergie de la technologie externe du corps médical et la technologie interne du sujet, peuvent permettre l’émergence de solutions et de résultats inattendus. Ce qui signifie que le statut de « patient » est fortement remis en cause, car la personne en souffrance est invitée à prendre une part active et importante dans la facilitation du processus de guérison. La personne est la seule à pouvoir se reconnecter à ses buts de vie, ou à établir une nouvelle relation avec son symptôme. Progresser vers une santé globale nécessite une nouvelle vision de la santé et une carte routière pour nous guider dans la mise en place de rituels qui sortent parfois des chemins les plus fréquentés. C’est sans aucun doute un des domaines d’excellence de la PNL.
Référence : « How should we define health ? » BMJ (the British Medical Journal) 2011 ; 343 : d4163
Le lien avec la PNL
Jean-Luc Monsempès établit un pont direct entre une définition médicale récente de la santé et les fondements mêmes de la PNL : penser la santé comme une capacité dynamique à s’adapter, plutôt que comme un état statique à atteindre, revient à traiter la santé comme un processus modélisable — exactement ce que propose la PNL avec ses outils de recadrage, de gestion des croyances et de mobilisation des ressources internes. La convergence qu’il observe entre littérature médicale de pointe et présupposés PNListes n’est pas un hasard : elle légitime, sur le terrain académique, ce que la PNL pratique depuis ses origines.
Jean-Luc Monsempès est docteur en médecine, formé à la médecine tropicale et à la santé publique. Il a exercé en France et à l’étranger avec Médecins Sans Frontières, puis a dirigé pendant 15 ans une activité d’exportation dans l’industrie pharmaceutique. Formé à la PNL par Robert Dilts et Judith DeLozier, il est enseignant certifié en PNL, en Process Communication Model et en LAB Profile, et titulaire d’un DU de coaching. Ancien dirigeant de l’Institut Repère, son domaine d’expertise est l’application des sciences cognitives et de la PNL systémique à la santé individuelle et organisationnelle.

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