Publié le 10 août 2026
PNL et TCA : comment la PNL accompagne les troubles des conduites alimentaires
Programmation neurolinguistique et troubles des conduites alimentaires : deux acronymes qui souffrent, chacun à leur manière, d’un déficit de mots explicites et de compréhension. Angélique Gimenez, psychothérapeute et enseignante en PNL, s’associe à deux collègues formés par ses soins — une diététicienne et un sophrologue — pour montrer comment la PNL peut devenir un point de conjonction pluridisciplinaire dans le soin des TCA. Un article publié dans la revue Métaphore n° 90, septembre 2018.
Écrire sur PNL et TCA, c’est déjà éclairer sur ces deux « acronymes-là » et bien expliciter : programmation neurolinguistique et troubles des conduites alimentaires.
Pour vous, lecteurs, PNL est une évidence. Malheureusement ce n’est pas le cas dans le milieu qui va nous intéresser, le soin et la santé au sens large. Ce qui est remarquable, c’est que TCA l’est rarement aussi ! Et oui, même si les TCA, troubles des conduites alimentaires, sont des pathologies qui existent depuis plusieurs décennies, elles ont été longtemps mal comprises voire ignorées, mal classées ou non répertoriées dans les référentiels de la santé.
Au fond, étrangement, PNL et TCA ont souffert du même mal, des mêmes maux : le manque de mots suffisamment explicites et de compréhension. Dans un cas, le mot délicat est « programmation » (c’est le mot qui effraie le plus le public médical car la neurolinguistique ou sémantique se rapproche davantage de leur langage) et dans l’autre c’est « conduites » (avant le DSM 5(1), on disait d’ailleurs trouble du comportement alimentaire et non « conduites » — je vous laisse prendre la mesure de cette différence de mot).
Imaginez-vous vous-mêmes, là, découvrant ces mots, quelle représentation en avez-vous ? Vous saisissez déjà que si nous proposons de soigner les patients atteints de TCA avec une approche en PNL thérapeutique, personne ne nous suit ! Les mots font peur, la PNL fait peur car elle pourrait être une technique de manipulation, et figurez-vous que les TCA font peur ! La majorité des soignants confrontés à des anorexies ou à des compulsions nocturnes ne peuvent même pas concevoir qu’on se maltraite avec l’abus ou l’absence de nourriture et l’on entend souvent dire que « Les anorexiques manipulent ! Les obèses manquent de volonté ! » ; et longtemps, ces patients furent orientés vers la psychiatrie.
Le sujet des TCA étant si vaste, d’autres articles peuvent suivre. Ici je souhaite vous sensibiliser à quelques points fondamentaux : préciser ce que sont les TCA et en quoi notre approche « pratique centrée sur un décodage du langage de l’autre et une synchronisation neuro-linguistique » (je présente assez souvent la PNL comme une Pratique Neuro-Linguistique) est une voie de soin possible. Enfin, j’ai associé à cet écrit deux de mes collègues, l’un étant sophrologue et l’autre diététicienne, que j’ai tous deux formés en PNL jusqu’au niveau de maitre-praticien (et plus, supervision de leur pratique) pour montrer que la PNL peut devenir un point de conjonction entre praticiens autour d’un patient.
Les TCA en quelques mots
Les TCA en quelques mots : anorexie, boulimie, hyperphagie, mérycisme, orthorexie, pica, mâcher-cracher, fitorexie, et quelques anglicismes : NED, BED, que des maux chroniques proches des addictions, affectant non seulement la conduite alimentaire mais aussi la conduite de sa vie au sens large. Vous pourrez vous référer aux livres récents ou sites internet pour des définitions précises, et vous former à ce sujet qui concerne environ 10 % de la population française. Certains TCA mènent à des états sévères de dénutrition, à de hauts risques pour la santé, à des obésités dites morbides ; tous « gâchent » la vie et envahissent les pensées des patients à longueur de journée !
Même à poids normal, le TCA devient une zone de focalisation qui nuit au développement de l’individu, le rend rigide et/ou hyper-poreux en fonction des moments.
À force de ne pas manger, trop manger, de détester l’image de soi, de manger pour éviter de sentir, de penser, les patients TCA sont envahis par une peur « grossir et/ou ne pas maigrir » ! Le poids prend le contrôle de leur vie comme eux ont cherché à reprendre le contrôle de leur corps à un moment donné…
Quelle Intention Positive Inconsciente ? Et vous, que chercheriez-vous à vous donner de bon en perdant quelques kilos ? Une meilleure estime, image de soi et une satisfaction personnelle à avoir une maîtrise de votre silhouette… « Y’a pas photos, les minces sont plus heureux ! ». Qui dit cela ? Une grande partie de la société ! Qui ne se sent pas gratifié quand on lui dit : « tu as perdu (sans dire quoi d’ailleurs ?), ça te va bien » ? Cette gratification s’apparente à un mauvais renforcement positif, instaure des ancrages qui vont profiter insidieusement à la maladie et aux distorsions cognitives : « maigrir rend heureux ; kilos en moins = confiance en plus ! ».
Le rôle de la PNL dans l’accompagnement thérapeutique
Vous entendrez cela de la bouche de vos patients atteints de TCA telles « des malformations sémantiques » ? Non, bien plus : des croyances qui vont devenir le pilote interne vers une maladie chronique qui dégrade corps et esprit, nuit aux relations et peut même mener à la mort ou en psychiatrie, qui s’immisce au cœur de l’identité et fait perdre le vrai sens de la vie, les valeurs fondamentales et même les besoins primaires ! Le métamodèle vous sera un outil thérapeutique précieux auquel il vous faudra ajouter toute votre panoplie des modèles de changement de croyances et surtout de recadrages sur soi, sur les autres, le monde actuel et ses messages ambivalents sur l’image corporelle, le poids, l’alimentation. Et le plus important sera de pouvoir comprendre ce monde dans lequel ils sont coincés et dont il est impossible de les sortir si nous n’apprenons pas nous-même la carte du « TCA World ». C’est à nous de faire preuve de souplesse, d’aller les rencontrer pour les guider dans un monde où l’alimentation et les comportements associés sont compatibles avec une bonne santé physique et psychique. C’est là l’art de la PNL d’aller vers l’autre pour mieux le comprendre, lui redonner une maîtrise de soi et du sens à sa vie, à ses conduites quotidiennes. Vous aiderez à réorganiser les priorités, à distinguer critères et valeurs et hiérarchiser ce qui est important, vital parfois ! Nous sommes au cœur de la cohérence de soi, et souvent de la conscience de soi qu’ils ont perdu sous l’effet d’une dissociation pathologique. Vous serez plein de cohérence, de congruence relationnelle et d’une forte conscience des besoins humains. Au-delà de votre capacité à vous synchroniser et de votre écoute empathique, vous serez pleinement impliqué, vous favoriserez une modélisation positive sur les besoins primaires, et vous serez un tuteur de réconciliation personnelle grâce au lien et à votre finesse de communication, et un tuteur de reconnexion sensorielle par modélisation. Vous jouerez « la carte d’exemplarité » à prendre soin de vous et à assumer votre propre corps et ses besoins. La dimension systémique, la relation interpersonnelle sont des éléments cruciaux ; le praticien sera impliqué et jouera de la dimension transférentielle et affective comme le fit Erickson.
En dehors de ma pratique de la PNL en thérapie (titulaire du CEP, j’exerce en tant que psychothérapeute), et d’enseignante-superviseur en PNL et TCA, et du cadre de coaching que vous pratiquez peut-être, voici comment la PNL se met également au service d’autres disciplines inscrites dans le soin des TCA, formidable catalyseur du lien, de la compréhension et de la transformation salutogène !
La PNL au service de la diététique dans le soin des TCA — par Cécile Lagouche
La diététique est définie comme « l’ensemble des règles à suivre pour une alimentation équilibrée ». Le métier de diététicienne, tel qu’il est enseigné académiquement en BTS diététique consiste à élaborer des rations alimentaires optimales pour les patients, selon leurs besoins physiologiques et physiopathologiques.
L’approche diététique dans le soin des patients présentant un TCA est donc délicate ; sans un minimum de finesse linguistique, elle risque de renforcer leur restriction cognitive et les symptômes de la pathologie (régime rime avec hyper-contrôle, orthorexie, crises de boulimies, culpabilité,…).
La PNL, associée à la diététique lui donne une tout autre dimension :
- Elle rend le diététicien plus flexible et adaptable pour partir de là où en est le patient grâce à la calibration et lui permettre d’évoluer vers son objectif « self-écologique » ;
- Elle fait gagner en solidité et juste posture grâce à l’intégration des présupposés de la PNL fortement orientés « solutions et optimisme » ;
- Elle permet de renforcer le lien thérapeutique grâce à la synchronisation ;
- Elle améliore l’efficacité de l’éducation thérapeutique alimentaire en permettant au diététicien de s’assurer de la bonne compréhension du patient grâce à la calibration et à la reformulation, au choix précis des mots qui parlent aux patients ;
- Les métaprogrammes donnent une grille diagnostique commune aux thérapeutes PNListes qui accompagnent le patient pour élaborer un plan de soin collaboratif pluridisciplinaire.
La PNL au service de la sophrologie dans le soin des TCA — par Romuald Clément
L’accompagnement en sophrologie des personnes souffrant de TCA s’intègre pleinement avec les autres disciplines, favorisant une prise de conscience de son corps, de soi, et améliorant la représentation sensorielle personnelle. L’objectif est de rendre la personne autonome dans ce chemin pour retrouver une meilleure image de soi et s’affranchir des croyances limitantes autour de l’alimentation, le poids et elle-même. Le champ d’action étant large, nous citons ici deux aspects : la gestion du stress et des angoisses et l’approche sensorielle de l’alimentation.
Sur le premier aspect, l’alliance PNL et sophrologie est efficace. Avant même d’utiliser les outils de sophrologie, on détermine par le biais de l’index de computation ce que se dit le patient en situation de stress, comment il se sent et comment il agit en situation. En intégrant les exercices de relaxation dynamique dans le quotidien du patient (travail sur le comportement et l’état interne), nous aidons le patient à abaisser son niveau de stress et ses angoisses, et nous aidons à équilibrer l’index de computation, à redonner une certaine homéostasie si nous prenons le langage médical.
Sur le plan alimentaire nous travaillons sur la restauration du VAKOG et les leviers d’action associés. Par exemple, en séance, un quart de carré de chocolat peut être dégusté en 10 à 15 minutes. Nous voyons ensuite comment démobiliser les stratégies compulsives en moment de dégustation à la maison.
En travail de fond, nous travaillons en permanence sur les besoins vitaux à honorer comme s’alimenter, dormir, et se sentir en sécurité. Le corps est l’allié de la guérison. L’instant présent si souvent évoqué en sophrologie passe par l’étape de se sentir « maintenant », se sentir exister par les sens, en posant les limites et en ajustant ses frontières, pour se sentir vivant. PNL et sophrologie s’associent comme « un empilage d’ancres positives ».
Et tous œuvrent selon un mode systémique, holistique et dialogique pour que le TCA se transforme en vieux souvenir dont nous aurons appris que « le corps et la tête sont un seul et même système et sont indissociables 🙂 ».
Le lien avec la PNL
Cet article illustre concrètement comment la PNL — présentée par Angélique Gimenez comme une « Pratique Neuro-Linguistique » — peut fédérer plusieurs métiers de soin autour d’un même patient. Le métamodèle, la calibration, la synchronisation et les métaprogrammes deviennent un langage commun entre psychothérapeute, diététicienne et sophrologue, chacun les déclinant dans son propre champ de compétence, pour construire un plan de soin pluridisciplinaire cohérent autour des troubles des conduites alimentaires.
(1) Le DSM-5 est la dernière et cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (en anglais Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders).
Angélique Gimenez est psychopraticienne certifiée en PNL humaniste et psychothérapeute au sens européen du terme (titulaire du CEP – Certificat Européen de Psychothérapie), affiliée à la FF2P. Elle dirige le cabinet Anvisage dans le Var et enseigne la PNL humaniste, la psychotraumatologie et les TCA, dont elle est spécialiste depuis de nombreuses années. Elle est notamment l’auteure de deux ouvrages sur le sujet : Faire face aux TCA (éditions RETZ, 2016) et Réparer la relation pour sortir des TCA (éditions DBS). www.anvisage.fr
Cécile Lagouche est ingénieure en nutrition et diététicienne nutritionniste libérale à Caluire (Rhône), spécialisée dans l’accompagnement des TCA en équipe pluridisciplinaire. Maître-praticienne en PNL humaniste et thérapeutique, formée et supervisée par Angélique Gimenez, elle est également formatrice au sein du cabinet Anvisage.
Romuald Clément est sophrologue à Nice (Alpes-Maritimes), spécialisé dans l’accompagnement des TCA et certifié en psychotraumatologie. Maître-praticien en PNL, formé et supervisé par Angélique Gimenez, il est également formateur en partenariat avec le cabinet Anvisage.

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