Publié le 7 août 2026
Sapiens de Yuval Noah Harari lu avec les yeux de la PNL
Que peut nous apprendre “Sapiens : une brève histoire de l’humanité” de Yuval Noah Harari sur nos propres outils de pensée ? Patrick Condamin, psychothérapeute et praticien PNL, relit cet essai à la lumière du recadrage, du mismatching et des nominalisations — avant d’interroger, à sa suite, ce que la PNL a à dire sur l’amour. Un article publié dans la revue Métaphore n° 84, avril 2017.
Recadrage, mismatching et ayatollahs : la PNL au miroir de Sapiens
L’auteur de ce livre partage certaines qualités communes aux inventeurs de la PNL : la capacité de recadrage d’abord, qui permet de voir les choses avec un autre point de vue. L’impertinence et le « mismatching » (disparité, décalage), qui permettent de mettre en question des domaines acquis.
Souvent, c’est vrai pour la PNL, mais aussi dans bien d’autres domaines de la psychologie et de la pensée, les enseignants tiennent tellement à transmettre exactement la pensée des maîtres, qu’ils en deviennent des ayatollahs. Ce faisant, ils oublient parfois l’essence de la pensée. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas l’une des raisons pour lesquelles Erickson ne répondait que rarement de manière directe aux questions que lui posaient ses étudiants. Comme Socrate avant lui, il préservait avant tout la créativité de ces derniers.
L’homo sapiens, prédateur de son propre monde
Revenons à l’histoire de l’humanité. On découvre dans ce livre combien l’« homo sapiens » mérite finalement assez peu son qualificatif. Dès sa naissance, il va broyer avec bonne conscience tout ce qui peut déranger son expansion irréversible. En particulier ses cousins Neandertal et autre Erectus, mais aussi tous les grands animaux au fur et à mesure qu’il conquiert des continents. Il met d’autres animaux en esclavage quand il devient éleveur. Comme on le sait, cette capacité de destruction continue joyeusement de nos jours, peut-être jusqu’à l’auto-destruction finale.
Comment l’homme a-t-il fédéré de grandes communautés ?
Mais la thèse centrale du livre, oh combien plus originale, est la suivante : Comment l’homme a-t-il pu réussir à créer progressivement de grandes communautés ? Grandes communautés qui constituent évidemment l’un des moteurs de son expansion irréversible ?
La réponse de l’auteur est iconoclaste, mais passionnante : le lien est un lien culturel, ou religieux, ou théorique (par exemple la théorie économique). Ce lien n’a absolument pas besoin d’être vrai, il a besoin d’être cru et partagé par un grand nombre de personnes ! La vertu de ce lien est sa capacité de fédérer un grand nombre de personnes.
C’est une évidence dans le domaine de la religion. Si la religion était démontrée, il n’y en aurait qu’une ! Mais Mahommet par exemple avait comme premier objectif l’unité arabe ! Et si les croisés ont pu repousser plus tard les invasions arabes alors qu’ils étaient bien moins développés culturellement et techniquement, c’est peut-être que leurs croyances religieuses étaient plus affirmées à cette époque !
C’est également vrai du domaine économique : Le capitalisme par exemple, est basé sur des idées manifestement fausses : citons par exemple la motivation de chaque être de maximiser son profit, et la croyance aveugle que cela sert finalement un méta objectif, la croissance ! Mais si une croyance est partagée par tous, elle permet de vivre ensemble de mettre en place des règles, un référentiel, un gouvernement. De même, la croyance communiste, basée sur la dictature du prolétariat, qui a joyeusement soutenu des armées de dictateurs est erronée. Rappelons-nous la doctrine de Mao : « Servir le peuple » qui ne faisait rire personne, mais mourir beaucoup !
Humanisme, quand tu nous tiens !
Des notions culturelles peuvent à elles seules représenter le fondement de groupes humains gigantesques. L’auteur s’étend longuement sur le mot « humaniste », bien connu des gens de la PNL comme une « nominalisation ». À savoir un « mot-valise » bien pratique dans lequel on peut mettre toutes sortes de contenus.
Yuval Noah Harari montre par exemple les formidables groupes humains que cette nominalisation a rassemblés ! Citons quelques exemples de l’auteur : la déclaration des droits de l’homme aux US déclare que tous les hommes naissent libres et égaux. Cette déclaration humaniste permet de partager vraiment une formidable énergie collective. Et il n’est nul besoin qu’elle soit vraie, il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que le racisme et l’inégalité financière, sociale et culturelle sont des réalités bien présentes. L’auteur associe cette assertion à une croyance religieuse : tous les hommes ont une âme immortelle, donc ils sont égaux !
C’est au nom de ce même humanisme qu’est né le communisme. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Quel formidable lien social, citons simplement le refrain de l’internationale :
C’est la lutte finale ;
Groupons-nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.
Pire encore, c’est au nom de l’humanisme qu’Hitler a rendu fou un peuple au départ cultivé, religieux, amateur de sciences, d’art et de littérature. Ceci en développant l’idée d’une race aryenne supérieure, et se donnant par là l’autorisation d’écraser comme des limaces les êtres inférieurs qui ne font pas partie de son humanisme.
Je ne dis pas que la théorie de l’auteur de ce livre est exacte, ou qu’elle est suffisante pour expliquer ce qui fédère les grands groupes humains. Mais son idée que les grandes communautés humaines se sont rassemblées autour de principes fédérateurs comme la religion, la théorie économique, la culture, dont le principe de base n’est pas d’être juste ou vrai, mais d’être cru et partagé, est intéressante.
Amour et nominalisation
Quittons Sapiens et revenons à la PNL et son interrogation permanente, en particulier celle qui concerne les nominalisations. Prenons le mot amour par exemple : on peut tuer, isoler, contraindre, emprisonner ou tuer par amour comme le fait Othello ! Ou décrire avec passion l’amour spirituel comme le fait Saint-Paul dans son Évangile.
Je t’aime, moi non plus !
Relisons une grande histoire de la tradition amoureuse, celle d’Éloïse et Abelard avec un regard moins complaisant que celui que lui prête la tradition : Abelard séduit sa très jeune élève pendant un cours de piano : coup classique, mais peu estimable tout de même. L’oncle d’Éloïse se venge de telle manière que ce dernier pourra éventuellement continuer à donner des cours de piano, mais désormais, sans les à-côtés avantageux ! Châtiment certes excessif, mais qui ne décourage pas notre prédateur : Il ordonne à sa victime Éloïse, de s’enfermer à son tour dans un couvent puisqu’il ne peut plus l’honorer ! Cette pauvre fille obéira et le monstre sera content… Histoire d’amour peut-être, histoire douteuse, certainement !
« L’amour qu’est-ce que c’est pour toi, demande la PNL ? » Je me suis demandé pourquoi certaines femmes souhaitent tellement que leur amoureux leur dise « je t’aime » et que les hommes hésitent souvent à cette déclaration. Mon hypothèse est que ces dernières sont parfois équipées d’une « valise spéciale prince charmant ». Elles y mettent tout ce que leur éducation accumule depuis leur naissance. Par exemple : le baiser du prince (plus ou moins osé). Le Tarzan aux muscles puissants et aux fesses rebondies. Le Ken très riche qui ne regarde qu’elle ; le père admirable qui se réveille toutes les nuits pour s’occuper des bébés, et leur apporte, toujours de bonne humeur, café et croissant au lit le matin ; l’homme que toutes les femmes envient et jalousent, mais qui ne voit qu’elle. Ainsi lorsque l’homme dit « je t’aime » elles ouvrent la valise et songent : « OUAAAH, tout ce qu’il vient de me dire, c’est génial ! » L’homme est plus hésitant, car il sait que la comparaison avec la valise sera de toute façon nettement en sa défaveur ! Il renâcle !
Je me souviens de ce sketch comique décrivant un homme fatigué, tentant de s’endormir auprès de sa femme : « tu m’aimes ? » À la troisième demande, il se rend compte qu’il ne pourra avoir la paix et cède : « Bien sûr que je t’aime ! » Et il entre dans son premier sommeil ! Pas longtemps ! : « Dis-moi, tu m’aimes comment ? » Pauvre garçon, c’est sous les yeux qu’il aura la valise le lendemain matin.
L’expérience construit l’amour de chacun…
Lorsqu’une personne demandait au conteur Henri Gougaud, lors d’une conférence en petit comité : « quelle est la meilleure façon de lutter contre le racisme ? », ce dernier a répondu : « C’est quand le noir et le blanc s’aiment et forment un couple ! » Je me suis rappelé cette histoire en croisant l’enterrement d’un vieil homme noir, manifestement regretté. De nombreux couples mixtes suivaient respectueusement le cercueil en se tenant la main, et cela m’a vraiment ému. Je pense qu’Henri Gougaud aurait aimé être là.
Dans le film merveilleux « Les Pépites », un couple de Français s’engage à sauver des enfants vivant sur une décharge au Cambodge. Une nuit, une petite fille de l’école qu’ils ont construite se sauve. Le fondateur de l’école passe la nuit à sa recherche dans Phnom Penh : Que faites-vous là demande-t-elle étonnée ? Nous sommes venus te chercher ! Jamais mes parents ne m’auraient recherché même blessée ou morte, pourquoi vous êtes-vous inquiété ? Parce qu’on t’aime ! Et alors ? Quand on aime, on s’inquiète de l’autre ! Cette petite fille s’éveillait pour la première fois à l’amour !
Et qu’est-ce que c’est l’amour pour toi ?
Le lien avec la PNL
Patrick Condamin mobilise ici deux outils centraux de la PNL — le recadrage et le repérage des nominalisations — pour interroger un essai qui n’a rien de PNListe a priori. En désignant « humanisme » ou « amour » comme des nominalisations, des mots-valises qui prennent sens différemment selon celui qui les prononce, il illustre concrètement comment le méta-modèle permet de questionner ce que le langage donne pour acquis, qu’il s’agisse des grands récits collectifs ou des attentes intimes de chacun.
Patrick Condamin est psychothérapeute individuel et familial, titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie. Maître praticien et enseignant en PNL, il est également praticien en hypnose ericksonienne (formé au New York Training Institute), en thérapie brève, en sexothérapie et en intégration par les mouvements oculaires (IMO). Il écrit régulièrement dans la revue Hypnose & Thérapies Brèves et dans Métaphore.

La Fédération NLPNL est la référence et le garant de la qualité de l’enseignement, des métiers de l’accompagnement, de la formation et des applications de la PNL francophone.
Pour en savoir plus sur la NLPNL c’est ici et pour adhérer c’est par ici !
Nous serions ravis de vous compter parmi nous si vous n’êtes pas encore adhérent.
Liste des collèges

