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Publié le 7 août 2026

PNL et langage : rendre à Grinder et Bandler ce qui leur appartient

Quarante ans après sa parution originale, l’ouvrage fondateur de John Grinder et Richard Bandler sur le langage et la thérapie a enfin été traduit en français. Marie-Christine Clerc revient sur « La structure de la magie » pour restituer aux deux créateurs de la PNL la paternité du méta-modèle et la rigueur de leur travail de recherche, trop souvent réduit à une image de vulgarisation. Un article publié dans la revue Métaphore n° 83, décembre 2016.

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À propos de « La structure de la magie — Langage et thérapie »1

Avant que la PNL n’existe sous ce nom, J. Grinder et R. Bandler se sont fait connaître aux USA par un exceptionnel travail de recherche sur le langage appliqué à la thérapie, c’est-à-dire au patient et au thérapeute en tant qu’êtres parlants.

Dès 1975, ils ont formalisé dans leur premier ouvrage comment nos difficultés sont exprimées par notre façon de les dire. C’est là l’origine du Méta-modèle. Et que ce soit pour réduire nos options ou pour enrichir notre modèle du monde, les processus langagiers sont les mêmes.

Côté praticien, l’utilisation de ces mêmes structures de langage provoque des changements rapides dans la représentation du monde du client.

L’infinie complexité du langage

Pour les deux créateurs de la PNL, parler c’est souvent jeter des sorts ou faire des incantations, quand ce n’est pas halluciner ! C’est aussi, en pratiquant le méta-modèle, pouvoir être un thérapeute excellent en produisant des changements dans le modèle du monde du client, simplement avec le pouvoir des mots, de la syntaxe, de la grammaire, des temps des verbes et de la rhétorique. D’où le choix du mot de « magie » dans le titre, qui ne réfère pas au pouvoir de manipulation de la PNL comme cela a souvent été interprété à tort ; mais à ce que nous faisons quotidiennement lorsque nous parlons et que nous créons des mondes : « jamais on ne m’écoute », « la vie est dure » « quel est votre problème ? », etc.

Cependant il existe diverses sortes de magiciens du langage : ceux qui disent qu’il n’y a ni îles, ni princesses, ni Dieu en ce monde, et ceux qui disent que tout cela existe bel et bien. C’est par cette simple métaphore que les auteurs introduisent leur propos : faire sortir le langage de la question de son rapport à la vérité, question centrale depuis vingt-quatre siècles ! Retour à la sophistique alors ? Si rien n’est vrai tout est vrai et tout se vaut ? Non, retour à l’expérience subjective du sujet parlant et mise au jour originale que la magie a une structure, celle du langage. Et surtout, que cette structure est porteuse d’impact, indépendamment des contenus.

Ce que parler veut dire

Retrouver les règles formelles utilisées pour nous représenter puis communiquer notre expérience au moyen du langage, c’est le travail de recherche dont ce livre pointu rend compte, ainsi que le tome II, orienté communication non-verbale.

Ces ouvrages sont très loin de la démarche de vulgarisation prêtée habituellement à la production en PNL. Grinder et Bandler publient ces travaux précurseurs de la PNL et d’autres comme « Patterns of the Hypnotic Techniques of Milton H. Erickson », en 2 tomes également. Et après qu’ils aient observé aussi V. Satir et F. Perls, comme nous le savons, et mis au jour leur dénominateur commun : ils savaient introduire plus de changements que les autres thérapeutes dans le modèle du monde de leurs patients et ainsi ouvrir leurs choix de comportements.

Pour développer et formaliser le Méta-modèle en PNL (qui n’existe pas encore sous ce nom à la date de la parution), J. Grinder, enseignant en linguistique, et son étudiant R. Bandler ont adapté la grammaire transformationnelle de Chomsky de façon sélective et à des fins thérapeutiques d’abord. L’intention est d’enrichir les compétences des thérapeutes (de toutes les écoles de thérapie), améliorer leur efficacité et augmenter « la dimension magique » de leur travail. Ils montrent comment les processus langagiers qui réduisent nos choix sont les mêmes que ceux qui enrichissent notre modèle du monde. Et comment, côté praticien, l’utilisation de ces mêmes structures de langage provoque des changements rapides dans la représentation du monde du client. L’intention avec le méta modèle est de repérer, de remettre en cause et d’ouvrir les parties limitantes du modèle du monde d’une personne en consultation.

Le « langage de la thérapie »

Lorsque je vais en thérapie, disent les auteurs, mon modèle du monde est appauvri au point qu’il me semble que je n’ai plus de liberté, ni de choix, ni d’action.

Or nous sommes parlés par nos histoires plus que nous ne les racontons, elles façonnent nos vies ; nous adhérons à ce que nous disons de la « réalité » et la faisons advenir bien plus que nous ne la reflétons par le langage. Le langage a en lui-même ce pouvoir de créer des réalités comme le font par exemple les nominalisations, ces mots abstraits qui n’ont pas d’équivalents concrets dans le monde extralinguistique, mais auxquels nous croyons comme si le mot était la chose : l’amour, la démocratie, la communication,…

Côté thérapeute, parler selon les règles du méta-modèle c’est la possibilité de faire des « miracles », du moins aux yeux d’un observateur non averti : c’est le pouvoir d’influence — écologique et éthique — de transformer une chose en son contraire, c’est permettre à quelqu’un d’aller de l’accablement à un peu d’air, puis au désir de changement ; c’est créer une expérience qui permette au client de faire de cette expérience une possibilité de changer sa vie.

D’un côté comme de l’autre, le langage parlé façonne nos représentations, et selon, les limite ou les enrichit. C’est cela la magie !

La valeur ajoutée de la PNL

Ce qui fait l’une des valeurs ajoutées de la PNL, c’est la puissance du questionnement mis au point grâce au Méta modèle : au-delà de la phrase prononcée qui est une représentation appauvrie, transformée et distordue de mon expérience, il s’agit de se rapprocher au plus près de cette expérience subjective, ainsi définie par Virginia Satir : « je fais quelque chose, je le sens, je le vois, je me dis… et les autres sont sensibles par leurs yeux, leurs oreilles et tout leur corps à ces choses que je fais ».

Pour cela, il s’agit d’interroger ce qui manque dans la phrase, de retrouver les sensations et sentiments supprimés à partir de ce qui se passe, de faire douter des généralisations qui révèlent des certitudes inappropriées, de suggérer d’autres choix d’interprétation d’une situation, et de proposer des distinctions plus fines dans nos représentations.

Nous avons beau comprendre et accepter intellectuellement qu’il y a une différence irréductible entre le monde et l’expérience que nous en faisons, tout se passe comme si à chaque expérience difficile nous confondions la carte et le territoire, le modèle et la réalité. Ce dont nous souffrons c’est d’un appauvrissement dans notre modèle du monde, non dans le monde.

Pour changer notre expérience du monde, il est rare d’y arriver en changeant le monde. Mais en changeant notre langage c’est possible !

Rendons à César

À notre connaissance, Grinder et Bandler sont parmi les premiers à avoir ainsi systématisé des règles formelles d’usage du langage appliqué à la thérapie. Ils ont bien sûr écouté et modélisé le langage de Milton Erickson, la richesse de ses figures de style et de leur pouvoir de transformation des représentations du patient ; ils ont lu également Jay Haley qui décrit en 1967 comment M. Erickson change l’expérience de ses patients par le langage.

J. Grinder, linguiste et enseignant, avait évidemment connaissance de toute la somme des publications, anciennes et récentes sur l’analyse formelle du langage, et pas seulement celles de Chomsky : de la rhétorique ancienne, en passant par la querelle du nominalisme au Moyen-Âge2, les études sur la logique et le langage de Russell (1921), Tarski (1941), Carnap (1958), la sémantique générale de Korzybski (1933),… Et puis les études sur la pragmatique du langage3 avec J.L Austin (1962), R. Searle (1969), reprises par l’École de Palo Alto et leurs travaux sur la communication.

C’est après la parution de leurs deux ouvrages sur le langage et l’application à la thérapie en 1975, que d’autres recherches sur langage et thérapie se sont développées avec succès, notamment chez les « solutionnistes » du Milwaukee ou de Nouvelle Zélande (O’Hanlon et Weiner-Davis (1989), de Shazer, Epston, White,…). À la faveur de l’influence de l’hypnose ericksonienne et de son art de la parole, l’idée pour le thérapeute de « surveiller son langage » pour créer des attentes positives dans la relation thérapeutique, et d’orienter le langage du client pour orienter sa pensée, est considérée comme une « nouvelle approche en psychothérapie » une dizaine d’années plus tard, du moins par les éditeurs : synchronisation sur le langage et les modalités sensorielles, utilisations choisies des présuppositions, l’attention au temps des verbes, si inducteurs (qu’est-ce qui sera différent dans votre vie quand… plutôt que qu’est-ce qui serait différent….), dénominaliser pour se comprendre (il a la phobie de l’école), poser des questions qui fonctionnent comme des tâches pour le client, etc.

Tout cela était dans « La structure de la magie ».

Bien sûr le capital culturel et même savant appartient à tout le monde et chaque chapelle réécrit son modèle à la façon des palimpsestes : chaque chercheur écrit sur le texte d’autres, et c’est un enrichissement permanent.

Il est finalement heureux que 40 ans après un éditeur traduise ces ouvrages fondateurs de la PNL en français. Soyons sûrs que cela contribuera à sa reconnaissance. Le Méta-modèle a depuis largement dépassé les frontières de la thérapie et a été adopté non seulement par toutes les écoles de thérapie ou de coaching, mais aussi par toutes les personnes concernées par l’apprentissage et le changement : enseignants, managers, parents, soignants, les professions de l’accueil et du conseil,…

Le lien avec la PNL

Cet article restitue à Grinder et Bandler la paternité exacte d’un outil que tout praticien PNL utilise quotidiennement : le méta-modèle. En retraçant sa genèse — l’adaptation de la grammaire transformationnelle de Chomsky, la modélisation d’Erickson, de Satir et de Perls — Marie-Christine Clerc rappelle que la PNL est née d’un travail de recherche rigoureux sur le langage, bien avant de devenir la discipline de développement personnel largement diffusée aujourd’hui. Comprendre cette origine permet aux praticiens de mieux saisir la portée du méta-modèle : un outil de précision pour se rapprocher de l’expérience subjective du client, au-delà des généralisations, omissions et distorsions du langage courant.

1 – R. Bandler et J. Grinder, La structure de la magie, Interéditions, Paris, 2015. Titre original : The structure of magic I. A book about language and therapy, Palo Alto, 1975. Le tome 2, The structure of magic II. A book about communication and change, 1976, vient d’être édité en français.
2 – Doctrine philosophique selon laquelle les mots ne désignent pas la réalité, mais seulement notre représentation de celle-ci, due à Guillaume d’Occam.
3 – Le langage considéré comme un acte, ou quand dire c’est faire.


Marie-Christine Clerc dirige l’École de PNL Ouest Atlantique.


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 83 – décembre 2016

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