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Publié le 7 août 2026

PNL et approche narrative : externaliser le problème

PNL et approche narrative partagent une même filiation systémique, héritée de l’école de Palo Alto et de Milton Erickson. Marie Christine Clerc explore leurs présupposés communs à travers le cas de François, qui a changé de prénom pour échapper à la discrimination à l’embauche, et présente la carte de l’externalisation du problème issue des pratiques narratives de Michael White. Un article publié dans la revue Métaphore n° 82, septembre 2016, dans la rubrique PNL et Psychothérapie.

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Deux approches de la même famille systémique

PNL et Approche narrative sont de la même famille systémique, influencées toutes deux par les travaux de l’école de Palo Alto et de ceux de M. Erickson. Beaucoup de présupposés sont communs, ce qui les rend complémentaires : l’idée que la réalité est subjectivement construite par le langage, la séparation du problème d’avec le comportement et la personne, l’orientation solutions, l’importance accordée aux compétences, aux valeurs et aux ressources individuelles… et d’autres que le lecteur pnliste reconnaîtra ici et qui lui donneront le sentiment agréable d’être en terrain familier. La carte de l’externalisation du problème présentée ici est à adopter si besoin, pour toute clarification d’un état présent problématique.

Histoire, histoires : le cas de François

François avait l’avenir devant lui comme on dit, et un « gros problème ». Il voulait l’explorer plutôt que d’aller dans les solutions : convaincu après de nombreux mois de recherches qu’il ne trouverait pas de travail avec un prénom à consonance algérienne (son patronyme était indécidable), il décida justement d’en changer et devint François sur ses CV. Pas de souci avec les Affaires Familiales qui acceptèrent par jugement cette francisation, et seule la direction de l’entreprise qui finalement l’embaucha fut informée de sa double nationalité franco-algérienne.

Une nouvelle vie commença alors pour François à 32 ans auprès de ses collègues : avec cartes de visite et adresses mail pour témoins de sa nouvelle identité, des pans entiers d’histoires de sa vie passée furent négligées, d’abord prudemment, puis comme par jeu, ou par désir d’être ce François Français. Et puis parce que l’histoire des problèmes nous recrute parfois tout doucement, à notre insu.

Silence donc sur une vie entre l’Algérie et la France jusqu’à la fin de ses études, sa mère et les membres de la famille pour la plupart toujours au pays, et là-bas aussi, la tombe de son père admiré. Son pays où il ne va plus « car cela me déchire ».

La vie est un récit : histoire identitaire double et douloureuse

Histoire identitaire double et douloureuse pour ses parents et aïeux : ils étaient devenus français par la conquête de leur pays, mais ne l’avaient guère été aux yeux des Français, sinon jamais, question de statut juridique. Ils avaient subi la guerre d’Algérie qui leur promettait de rester Français sur leur propre terre, avaient inculqué la double culture à leurs enfants et surtout aux garçons qu’on emmenait visiter la métropole aux vacances et goûter au champagne. Après l’incertitude identitaire de trois générations, ils choisirent de redevenir Algériens à la faveur de l’indépendance en 1962.

Tous sauf François et une cousine, qui plus tard, purent choisir d’être bi-nationaux.

Lost in normality : le remords de François

Au début de nos conversations, François dit ses remords et sa désolation d’avoir joué le jeu de la norme pour obtenir un poste ; il se voit dans une impasse avec le sentiment d’être inadéquat et impuissant à dire à ses collègues qui il est. D’ailleurs qui est-il ? « François ça devait m’aider à trouver du travail et à aller à la rencontre de moi-même… je suis Français par mes parents et par le droit du sol mais ça ne se voyait pas ! J’ai cru que j’allais me baptiser moi-même, me redéfinir, une vraie renaissance ! Ça devait me rapprocher des gens, c’était beaucoup plus qu’un job ! François on l’a défendu au tribunal, le jugement ça a été formidable, très fort pour moi. On allait me regarder comme François, pas comme un Arabe ! Et ces jobs c’était pour moi, pourquoi je ne les aurais pas, simplement parce que je m’appelle Fawzi ?

Au tribunal en fait la juge n’a rien compris : « Mais tout le monde va savoir que vous êtes Arabe » m’a-t-elle dit, c’était affreux ! alors que je voulais une approbation, une reconnaissance autre que celle de ma mère ou mon frère, et jamais cacher que j’étais algérien. De toute façon pour la famille je suis celui qui a trahi ! »

Et les pratiques narratives alors ?

Certains praticiens narratifs diraient que cette façon d’aborder la situation, ce n’est pas très narratif. Car re-re-re raconter toujours la même histoire familiale avec ses litanies d’heurs et de malheurs ne fait pas avancer le client d’un pouce par rapport à ce qu’il sait déjà ! D’aucuns préfèrent rapidement aller dans les exceptions, les ressources, la recherche des tiers sécures, ou de « l’absent implicite », ces valeurs sous-jacentes et présentes en creux dans l’histoire du problème, qui contredisent le problème. Ainsi font les démarches solutionnistes, afin de reconstruire d’abord un sentiment identitaire riche de la personne, pour retourner ensuite dans l’espace problème.

Mais il n’y a pas de bonne façon de mener des conversations narratives : la plupart du temps plusieurs voies se présentent pour permettre au client de reconquérir le sens de l’initiative personnelle et se réengager de façon aidante dans sa propre histoire ; on donnera d’ailleurs le choix de son itinéraire à la personne en sollicitant régulièrement son avis.

On entend souvent qu’avec la PNL le travail part trop vite sur un objectif, et puis voilà le problème vous revient en boomerang ! Alors justement : pour exploiter au mieux la situation-problème (même dans un travail en PNL), l’approche narrative fournit une carte du problème et de son externalisation qui est une plaie pour les histoires de problèmes et une aubaine pour leurs propriétaires !

Loin d’éloigner le travail de l’espace ressources, cette carte en est le marchepied et même bien plus, la condition de son émergence.

Les conversations externalisantes : donner un nom au problème

Externaliser le problème c’est en faire un « quelque chose » : être, objet, matière ou sensation (cf. le VAKO) ou le personnifier ; c’est lui donner une réalité propre et même un nom, de préférence vilain : nous avons des goudrons noirs, et autres brouillard glauque. Les pnlistes feront les rapprochements tout seuls : dissocier le problème de l’identité de la personne, c’est créer de l’espace entre la personne et lui, et du coup faire émerger des forces pour agir sur lui. On va parler de lui en « il », recadrer tous les « je suis », et petit à petit « Problème » va prendre une existence autonome jusqu’à cesser de représenter LA vérité de l’être de la personne. Cette métaphore du problème permet également de converser de manière légère, ludique et même joyeuse, dit M. White.

Le but final ? Faire baisser le sentiment de vulnérabilité au problème, réduire son influence, exprimer des intentions et des valeurs qui le contredisent. Si je souffre de solitude au travail c’est que je connais autre chose qui contraste avec ce sentiment et lui donne sens, comme par exemple le soutien ou la collaboration, etc. La séparation entre les deux identités redonne de la responsabilité, permet d’envisager d’explorer d’autres territoires. La possibilité d’autres actions ou buts pour la vie de la personne se révèlent, la question de l’objectif peut alors être posée.

Quatre catégories de questions pour explorer le problème

Quatre catégories de questions vont guider cette conversation (en bref) :

1. Une description riche de « Problème » est demandée, au plus près de l’expérience du client (cf. l’expérience de référence en PNL) : ses nom, âge, qualité, ses stratégies de pouvoir, ses intentions pour la vie du client, ses tactiques, alliances, ses terrains de jeu, ses modes d’apparition…

2. Puis une exploration des effets et de l’influence du problème dans les différents domaines de vie de la personne, présents et à venir : qu’est-ce qu’il vous a fait croire, faire, penser… que vous n’aimez pas ? quelle influence sur vos relations avec les autres ? sur votre image de vous ? qu’est-ce qu’il empêche ? de quoi, de qui vous coupe-t-il ? A contrario on questionnera les influences de l’entourage et du contexte sur « Problème ».

3. Évaluation : on fait évaluer les activités de Problème qui viennent d’être décrites sur la vie du client : qu’en pensez-vous ? êtes-vous d’accord avec cela ? ou pas du tout ? ou moitié-moitié ? quelle est votre position par rapport à ce qui se passe à ce moment-là ? et par rapport aux résultats ? L’évaluation nous dit M. White est pour beaucoup de personnes une expérience rare : ce type d’appréciation sur leurs difficultés et leurs conséquences est en général faite par autrui, parents, enseignants, chefs, juges, thérapeutes… Demander aux clients de donner leur avis, de penser par eux-mêmes, est un hommage à leurs compétences en résolution de problèmes et à leur talent de « redevenir auteur de leur vie ».

4. Il s’agit de justifier cette évaluation : pourquoi n’êtes-vous pas d’accord (en général) avec l’emprise de Problème sur votre vie ? pourquoi dites-vous cela ? Cette 4e catégorie de questions a deux effets : aider les personnes à exprimer leurs préférences pour leur vie : intentions, espoirs, rêves, engagements, buts, valeurs, apprentissages, compétences, connaissances de la vie, réalisations… Et surtout : elles amènent la personne à contredire elle-même les anti-valeurs qui saturent l’histoire problématique, et à tirer des conclusions positives. Ce retournement est souvent l’occasion d’une prise de conscience décisive pour la suite : « Pourquoi n’êtes-vous pas d’accord avec cet isolement dans lequel Brouillard vous a entraîné au bureau ? — Parce que moi je suis quelqu’un de sociable et de plutôt sympathique. »

Au plus loin d’une démarche confrontante ou recadrante, on demandera alors une histoire pour nous permettre de comprendre ce que « sociable et sympathique » signifie pour la personne. Cette histoire, relayée à d’autres, constitue une porte d’entrée pour la suite du travail, dont les pistes sont variées.

Les conversations externalisantes du problème font perdre aux conclusions identitaires négatives leur statut de vérités absolues. Elles ouvrent la voie à l’exploration des exceptions au problème et à l’histoire de ses échecs.

Pour se repérer : quelques mots de vocabulaire

Histoire : L’approche narrative place les histoires au centre de sa démarche. Une histoire est une suite d’événements organisés en séquences, à travers le temps et reliés par un thème, par lequel nous leur donnons sens : histoires de compétences et d’échecs, de désirs et de désamours, de bijoux et de cailloux…

Histoire dominante : celle saturée par le problème ; à force de sélections, elle s’est épaissie jusqu’à négliger et occulter les « fines traces » d’autres histoires plus riches.

Histoire préférée : celle que les conversations vont permettre de mettre au jour en « étoffant » les fines traces d’autres événements négligés. L’histoire alternative n’est pas plus vraie ou plus juste : elle convient mieux à la personne pour sa vie, elle ouvre de nouvelles possibilités d’action et de relations avec les autres ; elle n’alimente plus le problème mais le décourage.

L’identité : « Je suis en lien donc je suis », nous dit l’approche narrative. L’identité est une construction sociale ; la conscience et la connaissance de nous-même se négocient dans les interactions, grâce à nos pratiques et conversations. Elle est mobile, à plusieurs voix, multifacettes et multi-authenticités.

Identité narrative : nos histoires de vie façonnent notre identité. Comme les grands récits fondateurs précèdent notre vie et donnent sens et référence à nos actes, nous nous identifions aux récits de nos expériences. Notre vie est « multi-histoires », chacune d’elle étant pleine d’ambiguïtés, de blancs, d’interstices à combler.

Conversations en échafaudage : consistent à aller de ce que la personne sait déjà à ce qu’elle pourrait savoir de nouveau sur elle et les autres. Démarche (pédagogique à l’origine) par petits pas.

Cartes narratives : outils méthodologiques qui guident nos choix de parcours d’accompagnement. Elles permettent d’explorer avec le client les territoires les moins familiers de son paysage. La route n’est jamais tracée d’avance, si toutefois le conducteur sait conduire ! Le cheminement respecte des impératifs théoriques et un arrière-plan philosophique et éthique rigoureux. Cinq cartes de base orientent les conversations narratives.

L’absent implicite : ce qui est implicite dans la plainte : les valeurs qui sont présentes en creux, qui ne sont pas servies du fait de la présence du problème, mais que celui-ci révèle par opposition ou par contraste.

Théorie de l’approche narrative : comme en PNL, les emprunts théoriques sont nombreux : anthropologie, théorie littéraire, philosophie, constructionnisme, linguistique, psychologie « populaire », psychothérapie familiale… L’approche fait fonctionner ensemble des champs a priori éloignés, et les unifie dans ce qui fait sa singularité. L’approche narrative n’est pas d’avant-garde, ni meilleure que les modèles existants, elle est différente, et complémentaire des méthodes de la famille systémique.

Pour une présentation de l’approche narrative et les liens avec la PNL, voir l’article de Bertrand Hénault : « Les pratiques narratives et la PNL », Métaphore n° 75, p. 2-3-4.

Le lien avec la PNL

Cet article tisse explicitement les ponts entre PNL et approche narrative : la séparation du problème et de la personne, l’orientation solutions, l’importance des ressources et des valeurs individuelles sont des présupposés que les deux approches partagent depuis leur racine commune à Palo Alto et chez Erickson. Le travail d’externalisation présenté ici, avec ses quatre catégories de questions, offre au praticien PNL un cadre méthodologique complémentaire à ses propres outils — le métamodèle, le recadrage, l’expérience de référence — pour explorer un problème en profondeur avant de se précipiter vers un objectif, évitant ainsi l’effet « boomerang » parfois reproché à la PNL.


Marie Christine Clerc dirige l’École de PNL Ouest Atlantique.


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 82 – septembre 2016

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