Publié le 17 juin 2026
L’externalisation en PNL : surmonter ses peurs grâce à la métaphore
Et si le meilleur moyen de surmonter une peur était de commencer par lui donner un nom ? L’externalisation est une technique qui invite l’adolescent — ou l’adulte — à sortir sa peur de lui-même pour mieux la regarder en face. Valérie Mounier en présente le principe et en illustre le déroulement avec un cas clinique complet : celui de Rémy, 17 ans, terrorisé à l’idée d’un oral de bac. Un article publié dans la revue Métaphore n° 80, mars 2016.
L’Externalisation est un exercice pour surmonter les peurs en les mettant à l’extérieur de soi de manière métaphorique. Dans cet exercice, l’adolescent nomme sa peur et parle d’« elle ». Il constate les dégâts qu’elle a sur sa vie puis s’adresse à elle comme à une personne. Il chemine jusqu’au moment où il constate qu’elle n’a plus tout pouvoir sur lui : il peut alors agir sur elle et reprendre son propre pouvoir. Ainsi il cesse de s’identifier à sa peur. Des questions simples et inattendues accompagnent ce travail :
« Comment veux-tu l’appeler ? Dans quelles circonstances est-elle née ? Quelles sont ses intentions ? À quoi sert-elle ? Qu’est-ce qu’elle empêche ? Est-ce que parfois elle n’apparaît pas ? Comment t’y prends-tu alors ? »…
Ce travail utilise la métaphore, la dissociation et les submodalités, bien connues en PNL. Il s’inspire du travail de Steve de Shazer1 et de la thérapie narrative de Michael White2.
1 De Shazer S., « Clés et solutions en thérapie brève », Bruxelles, SATAS, 1999.
2 White M., Epston D., « Les moyens narratifs au service de la thérapie », Bruxelles, SATAS, 2003.
Le stress de l’oral — cas clinique
Rémy a 17 ans. Il ne saurait douter de son charme, or, pour réussir son bac pro, ce n’est pas forcément l’atout majeur. L’an dernier, il a obtenu des résultats catastrophiques à l’oral de français auquel il s’est présenté « très relax », dit-il, à regret. Résultat ? Aujourd’hui, il est terrorisé à l’idée d’avoir à affronter à nouveau un examinateur. Il commente :
Rémy : Je flippe, j’ai peur de ne pas être à la hauteur depuis mon échec. Ça me pourrit la vie.
Valérie : Comment tu te sens quand tu dis « échec » ?
R : Nul, dégoûté. Je me dis que je n’y arriverai jamais.
V : Qu’est-ce qui se passe alors ? Tu sens quelque chose à l’intérieur de toi ?
R : J’ai la tête qui cogne, je transpire, mes mains commencent à trembler. Je ne contrôle plus rien ! Il me prend la tête, cet échec !
V : Et si on l’appelait autrement, juste pour voir ?
R : Comme quoi ?
V : Choisis.
R : « Contrariété ? Pas de chance ? Imprévu ? »
V : Par exemple. Lequel choisis-tu ?
R : « Imprévu ».
Rémy sourit, manifestement surpris de ce changement.
V : Comment te sens-tu quand tu dis « Imprévu » ?
R : Un peu mieux, c’est vrai. Ça m’enlève le mur que j’ai devant.
V : Bien, alors voyons l’histoire d’« Imprévu ». Tu dirais qu’il est apparu quand dans ta vie ?
R : Apparu ? La première fois qu’il est venu ? Et bien quand je me suis rétamé à l’oral de français, l’an dernier.
V : Maintenant, dis-moi, il vient souvent te voir, comme cela ? Et alors, tu as la tête qui cogne, tu transpires, tes mains commencent à trembler ?
R : Chaque fois que je pense aux épreuves d’oral du bac.
V : Il arrive comment ? Il te prévient avant de venir ?
R : Je ne sais pas.
V : Imaginons que je veuille le faire venir en moi, comment je dois faire ?
R : Ah ! Rien, il vous tombe dessus. C’est naze !
Puis, après réflexion, il ajoute :
R : En fait, je me trompe. Il est déjà là avant, chaque fois que je pense au bac.
V : Tu veux dire que c’est toi qui le fais venir ?
R : On dirait, oui.
V : En y pensant avant, tu anticipes sa venue : c’est ça ?
R : Ben… oui.
V : On va dire qu’« Imprévu » a déjà un allié, « Anticipation ». Tu es d’accord avec cela ?
R : Oui, moi je dirais « Anticipe ». Mais j’ai jamais pensé que c’était moi qui le faisais venir.
V : Pour qu’il te prenne la tête ?
R : En plus. Non, ça non ! Je le voyais à l’extérieur.
V : Quels sont ses autres alliés, dans cette situation ?
R : Moi. C’est-à-dire plutôt… ce que je pense.
V : Ce n’est pas la même chose. Tu n’es pas tes pensées, tu es d’accord ?
R : Enfin, oui… Heureusement.
V : Donc il a trois alliés : les symptômes physiques qu’il t’envoie, « Anticipe » et les pensées qu’il te fait avoir.
R : Oui, ça fait pas mal ! Et en plus je pense à mes potes qui vont me prendre pour un fragile, à mes parents qui seront déçus si je loupe le bac et à Amandine, ma copine, qui va me larguer.
V : Une sorte de scénario catastrophe ?
R : On peut vraiment dire ça.
Subitement en colère, il explose :
R : Mais c’est franchement débile, non, vous ne trouvez pas ? Je me fabrique ça tout seul !
V : Tu sais, on fabrique un peu tout, tout seul. Surtout quand on croit des pensées qui ne sont pas vraies, et dévalorisantes, en plus ! Sais-tu ce que deviennent ces pensées, une fois qu’elles t’ont rendu visite et bien pourri la vie ?
R : Rien, elles disparaissent, comme les autres. C’est vrai, pourquoi je me pourris la vie avec ça ?
V : On a vu les alliés d’« Imprévu ». J’imagine que tu as dû lutter contre lui, déjà ? Tu ne le laisses pas toujours te cogner la tête ?
Rémy secoue la tête et sourit.
R : Non, j’arrive à l’esquiver, de temps en temps.
V : Comment ?
R : Je me raisonne, je me dis que toutes ces idées, je n’en veux pas, que ça ne me rend pas service. Alors je me mets sur l’ordi ou j’appelle des potes pour faire un foot. Ou je vois ma copine.
V : Donc, tu as des stratégies pour lutter contre « Imprévu ». Toi aussi, tu as des alliés. Et tu réussis souvent ?
R : Je crois que j’ai capté. Maintenant, je réussirai plus souvent. Je ne vais plus me laisser piéger par des images et des pensées, je ne suis pas un bolos3.
V : À présent, pense à l’oral du bac.
R : C’est cool ! En fait, ce qu’il faut, c’est que j’arrête de glander. Que je bosse plus et que je passe moins d’heures sur l’ordi.
Suite à cette séance, Rémy se reprendra en main. D’autres techniques PNL l’aideront à renforcer sa motivation et à mieux se concentrer. Il se sentira plus préparé et confiant pour le bac, et surtout, il aura découvert que celui qui a le problème, a aussi les solutions.
En conclusion, l’Externalisation permet à l’adolescent, comme à l’enfant ou l’adulte, de régler en quelques séances des difficultés ponctuelles ou installées depuis longtemps. Grâce au travail sur la métaphore, il s’exprime facilement et trouve lui-même des solutions concrètes. Alors, il peut tourner la page.
3 Un nul.
Le lien avec la PNL
L’externalisation mobilise trois outils fondamentaux de la PNL : la dissociation (se distancier de sa peur en la traitant comme une entité séparée), le travail sur les submodalités (modifier le nom et la représentation de la peur change immédiatement la réponse émotionnelle) et la métaphore comme levier d’expression et de transformation. Le cas de Rémy illustre également le présupposé PNL central : « celui qui a le problème a aussi les ressources pour le résoudre ».
Valérie Mounier est maître-praticienne certifiée en PNL et en relation d’aide, formatrice en PNL, coach familiale formée à la thérapie familiale systémique et praticienne en hypnose ericksonienne. Spécialisée dans l’accompagnement des enfants et des adolescents, elle exerce comme consultante en développement personnel à Chatou (Yvelines) et intervient régulièrement en formation sur la PNL adaptée aux jeunes publics. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages sur la PNL appliquée à l’enfance et à l’adolescence, dont Aider l’enfant avec la PNL et La PNL pour les adolescents et leurs parents, traduits en plusieurs langues.

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