Publié le 9 juin 2026
Alcool et PNL
L’alcool fait des ravages, mais la prise en charge des personnes alcooliques reste complexe — médicalement et psychologiquement. Annie Rapp, praticienne PNL et psychothérapeute, partage ses réflexions issues de sa pratique clinique : comment la PNL s’articule avec le traitement médicamenteux par baclofène, quels outils elle mobilise face à la dépendance, et pourquoi l’autonomie du patient reste le fil conducteur de tout accompagnement. Un article publié dans la revue Métaphore n° 79, décembre 2015.
L’alcool fait des ravages, cela tout le monde le sait bien, mais la prise d’alcool est encore liée au plaisir, à la convivialité, à la preuve qu’on est un homme ! Bref, pas facile à l’alcoolique de se prendre en mains et pas facile de trouver des traitements pour soulager ces personnes malades ! Annie nous confie ses réflexions sur le sujet.
La médecine et les médicaments
Pour moi, le médicament Baclofène est efficace dans l’indication nouvelle de l’alcoolisme. Je n’ai aucun doute. À dose efficace, il bloque le besoin irrésistible de boire de l’alcool. À terme, il modifie le rapport que la personne avait avec l’alcool : indifférence, liberté, plaisir d’une consommation sociale ou épicurienne, fierté, normalité. L’arrêt de l’intoxication chronique à l’alcool amène aussi de nombreux bienfaits psychologiques : la personne reprend sa vie en mains et sort des modèles de réactions automatiques et infantiles, leur contrôle chez l’adulte étant désinhibé par l’alcool.
Une psychothérapie avec ces patients ?
Cependant le traitement avec baclofène compte des échecs. Après avoir étudié les résultats, la prescription seule du médicament n’a suffi que dans 43 % des cas. Pour les autres, soit 57 %, un traitement psy a été nécessaire : prescription de psychotropes seuls, psychothérapie seule ou avec psychotropes, ou prise en charge institutionnelle, médico-sociale (cure, hospitalisations psys, groupes d’entraide etc.)
Rappelons une définition : psychothérapie = travail sur « la demande », ce dont le patient a conscience et qu’il veut changer ou obtenir et non pas sur ce que la famille, la société et le thérapeute estiment être le problème. La psychothérapie n’est pas « une prise en charge » mais la collaboration d’une personne et son projet de changement psychologique avec un professionnel qu’elle a choisi pour l’aider. Sans demande : pas d’énergie, pas d’efficacité… Objectif : l’autonomie de la personne, plutôt que sa soumission à un traitement.
Remarques issues de la pratique
- Peu de différence avec les autres types de patients en psychothérapie. La demande de psychothérapie porte non pas sur le problème d’alcool mais sur les problèmes de vie : conflit relationnel dans la vie privée, stress au travail, manque de confiance en soi etc.
- Parfois la psychothérapie s’installe lors des premières consultations d’une demi-heure qui servent à suivre la progression de la prescription du baclofène. Je guide la personne avec des interventions en psychothérapie et elle y répond. Faut-il aborder le thème de l’arrêt de l’alcool ? Ma préférence serait que celui-ci soit traité en priorité. La résolution des autres problèmes serait tout à fait facilitée si la personne n’est plus sous l’emprise de l’addiction.
- Cela ne semble pas toujours l’avis des personnes qui préfèrent se centrer sur l’expression de leurs autres soucis et garder le recours à l’alcool, même si elles continuent d’affirmer leur désir d’arrêter l’alcool. Parfois j’ai insisté pour traiter l’alcoolisme préalablement comme un problème en soi. Parfois j’ai accepté de suivre la personne dans sa démarche avec à la clé une assez longue série de rendez-vous avant d’obtenir la résolution du problème d’alcool. Même si le craving a disparu, il est toujours possible qu’une rechute alcoolique ponctuelle survienne lors d’un stress. Celle-ci n’est pas suivie d’une reprise de l’alcoolisation chronique.
- Spécificité de la psychothérapie de départ : c’est un accompagnement psychologique à la prise de médicament et à la modération volontaire de la consommation : on retrouve les mêmes difficultés rencontrées dans les prises en charge de l’alcoolisme par l’abstention que dans le suivi d’un régime ou la prise au long cours d’un traitement.
Que peut faire la PNL ?
J’utilise la PNL, modèle de changement de soi-même particulièrement pertinent pour traiter ces questions et soutenir l’autonomie de la personne dans ses efforts d’évolution. Avec des collègues PNListes nous avons effectué une recherche sur les applications de la PNL en psychothérapie et organisé des réunions sur le thème : les Dépendances Affectives et les Addictions. Plusieurs patients suivis pour le problème d’alcool ont participé à ces ateliers de travail. Nous voulions explorer ensemble les solutions habituellement pratiquées par les PNListes devant ce type de problème. Celui de la dépendance a été identifié comme la recherche d’une fusion avec un produit vécu comme indispensable à la survie.
La procédure proposée a consisté plusieurs fois à s’imaginer dans le futur libéré de son problème (le Moi évolué) et en profitant de sa vie désirée. Travail sur les submodalités afin de couper symboliquement le lien avec la dépendance pour ensuite, à la place, se fusionner à ce Moi évolué, comme pour un générateur de comportements. Ce nouveau comportement va alors guider la personne vers son but, le lui rendre désirable et surtout possible à ses yeux. Quelques mois après, avec le recul, plusieurs de ces personnes volontaires incarnaient réellement cette identité positive et étaient sur la voie de guérison psychologique.
Et ensuite ?
Une règle : c’est le patient qui se soigne avec l’aide d’un médicament et celle d’un professionnel et pas l’application d’un traitement du médecin au patient… Que ce soit avec le Baclofène ou avec la psychothérapie, le patient ne peut pas être passif ! La PNL peut aider le patient à devenir responsable et à poser de bons objectifs.
Le succès est avant tout celui du patient qui, s’étant approprié le médicament, fait alliance avec lui et l’intègre dans son projet de vie, heureux et en bonne santé. Il ne se sent pas un « malade » prenant un traitement. En termes de PNL : visualisation de l’état désiré sur la ligne de temps…
Le succès du baclofène et l’apport de la PNL
Lorsque le traitement par baclofène réussit, la personne se sent de nouveau libre face à l’alcool. Elle n’est pas obligée de boire tous les jours, ni de continuer de boire après les premiers verres. Et elle le fait sans effort, sans y penser. De fait certaines personnes ne boivent plus du tout d’alcool car elles ne l’aiment pas. Certaines boivent un peu en convivialité « comme tout le monde ». Certaines gardent ou retrouvent le plaisir de boire pour le goût d’un bon vin ou d’un apéritif.
La PNL peut aider à conforter cet effet du médicament en renforçant des croyances positives et en pratiquant des ancrages ou des désactivations (voir travail de Michel Facon sur le sujet).
Difficultés avec le baclofène par arrêt du traitement
Des personnes gardent l’alcool comme le recours en cas de stress, en auto-médication, soit qu’elles en prennent en même temps que le baclofène soit qu’elles arrêtent temporairement d’en prendre. Sans parler de la nostalgie de l’ivresse ! Le baclofène agit en supprimant les effets psychotropes de l’alcool qui n’apportent plus la « récompense » habituelle : l’ivresse et la défonce.
La PNL repositionne les valeurs de la personne, l’estime de soi (pyramide de Dilts) et parfois le modèle des parties apporte des solutions.
Pour information, dans les cas difficiles, la rechute peut être enrayée facilement en reprenant le traitement. Certaines rechutes apparaissent même si le cas n’était pas « difficile ». Simplement, les personnes, trop optimistes, se croient guéries. Les centres de cure et les consultations d’alcoologie auront toujours leur place. Ils permettent un sevrage en toute sécurité et un début de prise en charge psychologique.
Le lien avec la PNL
Annie Rapp montre que la PNL n’est pas un outil isolé dans l’accompagnement des addictions : elle s’intègre dans un protocole global qui respecte le rythme et la demande du patient. Visualisation de l’état désiré, travail sur les submodalités, générateur de comportements, ancrage de ressources, pyramide de Dilts, modèle des parties — autant d’outils qui soutiennent l’autonomie de la personne et renforcent son alliance avec son propre projet de changement.
Annie Rapp est praticienne PNL et psychothérapeute.

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