Publié le 8 septembre 2026
« Quand on veut, on peut ! » : le mauvais usage d’un présupposé PNL
Une patiente désespérée de ne pas parvenir à valider l’adage « Quand on veut, on peut ! » a inspiré à Angélique Gimenez, psychothérapeute et enseignante certifiée en PNL Humaniste, cet article sur les dérives de cette formule tyrannique. À partir d’un présupposé PNL sur les limites, elle montre pourquoi son usage isolé — sans les présupposés complémentaires qui l’équilibrent — peut se retourner contre ceux qu’il prétend aider. Un article publié dans la revue Métaphore n° 113, juin 2024.
Si je prends à nouveau la plume, c’est par égard pour une de mes patientes qui me disait récemment : « Quand on veut, on peut ! » … désespérée de ne pouvoir valider cet adage transmis par sa famille. Ce thème a fait « mouche », tellement il me parlait également et tellement il faisait écho au sentiment d’impuissance, d’incompétence, de déception, de désespoir, chez de nombreuses personnes, moi incluse… AVANT.
Désormais, j’ai une devise qui dit : « Quand on peut, on décide si on veut ou pas ».
Alors quand Évelyne m’a adressé, dans la foulée, un mail pour me solliciter pour le prochain Métaphore, je me suis demandé : « Oui je peux écrire un article. » et j’ai réfléchi si je voulais… « Oui, je veux. » et le sujet était tout trouvé : aller détrôner cet adage tyrannique !
Faire taire ce mantra mensonger et manipulateur qui a malmené tellement d’enfants, d’élèves et d’adultes qui ensuite arrivent en thérapie ou en coaching pour « réussir ».
Pour mémoire, cet adage est attribué à Napoléon, dont la psychologie était assurément tournée vers la conquête du monde… et repris plus récemment par Norman Vincent Peale dans un ouvrage sur la psychologie positive qui nous engage à avoir foi en nous…
Ceci étant, cette petite phrase résonne comme un slogan qui porte préjudice à beaucoup d’entre nous.
« Je veux réussir, aidez-moi à pouvoir ! »
Étrange demande qui cache ce vieil « adage tyrannique ». Une demande devrait plutôt ressembler à : « Je voudrais développer ma capacité à faire telle ou telle chose. Pouvez-vous m’y aider et voir comment y parvenir ? »
Et la réponse doit valider : « Oui, nous pouvons y regarder ensemble et vérifier si vous pouvez réussir cela, et comment y parvenir. » ; ou bien : « Réviser vos velléités et nous adapterons à vos possibilités, à votre réalité d’humain ! »…
Les gens nous demandent souvent de les aider à dépasser les limites du possible, autrement dit leurs propres capacités et compétences physiques et mentales. Au fond, ils continuent de répéter ce qu’ils ont subi et appris : l’illusion que si le cerveau logique veut quelque chose, il pourra y arriver et que le corps suivra, parfois même que les autres suivront. Nous cultivons ainsi la culture du dépassement de soi. C’est du même registre que « ne pas s’écouter » ! Comment voulez-vous vous entendre dans ce cas ? !!! Nous continuons à faire croire que le corps n’est pas important, qu’on peut le contraindre et qu’il doit obéir au cerveau…
En PNL, l’un de nos présupposés est : « Nos limites ne sont que les représentations de nos limites. » et cela sous-entend que si nous changeons nos représentations, nous pourrons élargir notre champ d’action. Je crois malheureusement que nous faisons parfois un usage abusif de ce présupposé et qu’il pourrait alors être équivalent à : « Quand on veut, on peut ! ». Ce présupposé est faux s’il est utilisé seul. Rappelons-nous que nous avons des présupposés « complémentaires » qui font que chaque présupposé fait alors sens, et notamment : « Corps et tête sont un seul et même système et sont indissociables. » et que nous avons aussi un principe essentiel de vérification de l’écologie ! Penser le recadrage des limites sans prendre en compte la limite physiologique de l’humain et le principe de réalité, c’est participer aux mauvais traitements ; aux illusions et désillusions ! Le dépassement des limites, du « Quand on veut, on peut ! », c’est faire preuve de discernement entre l’idéal et le réalisme : la représentation peut facilement rimer avec un idéal… Le réalisme, c’est penser une représentation « incarnée », une représentation fonctionnelle « Tête et CORPS associés » !
Nous devons nous aussi, accompagnants, vérifier si nous ne participons pas à faire durer cette fausse idée que quand on veut, on peut !
Vouloir
Vouloir est une chose qui se décide avec la tête, le cortex préfrontal notamment, et pouvoir est du registre corporel et nous ne pouvons pas tous courir un marathon ou faire 6 mètres au saut à la perche ! Je vous/nous rappelle que le cortex, qui a ce pouvoir de décision et d’entreprendre, est mature à 25 ans ! Nous devons décider bien avant cet âge, et nous voulons beaucoup de choses très tôt dans notre vie. Nous apprenons assez tôt, que tout n’est pas possible à avoir, qu’il faut gérer sa frustration, accepter de prendre le temps de grandir pour pouvoir ensuite répondre à nos « Je veux » et vérifier si « Je peux ». Une grande partie du temps, les adultes nous rappellent qu’il faut apprendre les limites, que c’est NON et qu’on doit savoir gérer la frustration… C’est l’épreuve de la réalité limitante, des interdits… dont on doit tirer le sentiment de sécurité mais aussi d’incapacité parfois. Et chacun doit se résoudre à faire avec les limites de soi, de l’autre et de la société.
Avant l’adolescence, nous voulons signifie souvent : j’ai envie, je souhaite, je fais le vœu. Et les adultes référents de notre éducation nous aident à saisir que tout n’est pas possible. Il est nécessaire d’attendre, d’avoir de l’argent, d’être plus grand en taille, plus fort, plus raisonnable, etc. Et toute décision de l’enfant est, soit la décision d’un autre, soit son projet pour faire plaisir à un autre. Les décisions de l’enfant et des jeunes adolescents ne sont pas des « Je veux, donc je décide de le faire et j’agis » ; elles sont validées et soutenues par les adultes.
Où est la cohérence ?
Il est surprenant que, en parallèle des injonctions à « apprendre la frustration », beaucoup d’adultes poussent les plus jeunes en les stimulant à coup de « Quand on veut, on peut ! » ou « Peut mieux faire ! », version détournée qui sous-tend, « S’il avait voulu, il aurait fait mieux ! ». Ces expressions vont totalement à l’encontre des nombreux principes éducatifs qui enjoignent l’enfant à apprendre à rester prudent, à gérer son impulsivité, à apprendre le sentiment de frustration pour pouvoir ensuite se réguler et se contenir quand ses désirs ne sont pas satisfaits. Bien sûr, chacun pense que nous pouvons discerner les contextes et nous adapter, moduler les injonctions d’autrui. Dire : « Quand on veut on peut ! » à l’école et dire : « Ne fume pas comme moi ! » ou « Sois raisonnable », n’a pas le même impact pour l’adulte et l’enfant… L’enfant ne saura pas contextualiser et va généraliser !
Les plus jeunes ont besoin de cohérence et quel que soit le contexte, on ne peut pas arranger les tournures de phrase à notre gré. C’est, en partie, manipulatoire et l’adulte ne doit pas « manipuler » l’enfant. Il doit l’aider à apprendre et montrer l’exemple. Et il est justement crucial de ne pas montrer : « Tu vois, j’y arrive, alors quand on veut, on peut ! »
C’est une façon de faire croire aux plus jeunes qu’on peut tout faire si on le veut. C’est une manière implicite de les engager à se mettre en danger, et à ne pas pouvoir accepter leur propre « limite humaine », et à penser que, si nous sommes limités, c’est par manque de volonté ou par manque d’engagement, de force, de persévérance. C’est une forme indirecte de reproche et d’humiliation… : soit mon corps ne suit pas alors que ma tête le veut, soit ma tête est moins bonne que celle des autres et je manque de volonté ou bien je suis stupide.
Une tournure linguistique délétère
Cette tournure linguistique est vraiment délétère… Moi qui accompagne beaucoup de patients souffrant de troubles dissociatifs dont le trouble des conduites alimentaires, j’entends sans cesse : « Je n’ai pas de volonté… » Qui a dit cela ? Personne à prime abord ! Et, plus tard, on découvre celui ou celle qui disait : « Quand on veut, on peut ! » ou « Peut mieux faire… ».
Ce vieil adage devrait disparaître de nos conversations car il fait croire, désormais, que tous ceux qui ne réussissent pas manquent de volonté. Il donne aussi l’illusion à d’autres qu’on peut, tous, tout faire et les entraînent ensuite vers le sentiment de toute-puissance ou d’impuissance, d’incompétence (Je suis nul !) et/ou de maltraitance envers soi. Nous arrivons à une dictature de la tête sur le corps et les réseaux sociaux sont pleins de ces femmes, notamment, qui expliquent qu’à force de volonté et d’entraînement, chacune peut avoir ce même corps fuselé…
Étrange façon de porter la cause des femmes, des différences et de la tolérance !
Non, vouloir et faire 1 000 fois le même mouvement, ne rend pas possible l’impossible… Sinon, alors je prétendrais volontiers que si on veut grandir, il suffit de bien vouloir manger de la soupe !
Enfin, ces tournures de phrases peuvent laisser penser que certains sont sans volonté – puisqu’ils ne peuvent pas –, sont paresseux, laxistes, ou même ne méritent pas de reconnaissance ; hormis s’ils font de gros efforts. Même s’ils ne peuvent pas, mais qu’ils en suent, alors on peut être indulgents car, au moins, ils ont essayé ! C’est aussi une forme de louange au perfectionnisme, toujours plus loin, plus fort, plus haut et une interdiction implicite à l’erreur. Si on fait erreur ou on échoue, alors c’est qu’on ne le voulait pas assez.
C’est un vrai labyrinthe qui ne peut mener qu’à la maltraitance et, à terme, à un échec : c’est l’échec de ce lien tête et corps, de l’humilité. Chaque corps humain à des limites et pour vouloir, il faut d’abord que notre corps puisse. C’est vendre de l’illusion, cultiver l’idéal qu’on reproche à l’adolescent qui se pense au-dessus de ce qu’il est, limité par son corps et l’acceptation de ses changements. C’est nier aussi la maladie, les failles de nos corps et tout le monde est perdant. Nous, accompagnants, nous devons « vendre » l’antidote : « Quand on peut et qu’on évalue notre potentiel, alors on peut vouloir » et réussir 🙂.
Nos limites ne sont les représentations de nos limites que si nous sommes adultes, avec une bonne conscience de nos capacités corporelles, avec une croissance relativement cohérente entre tête et corps.
Soyons donc prudents dans l’usage de ce présupposé autant que dans l’adage ; « Quand on veut, on peut ! ».
Le lien avec la PNL
Angélique Gimenez s’appuie sur un présupposé central de la PNL — « Nos limites ne sont que les représentations de nos limites » — pour en révéler la face dangereuse lorsqu’il est détaché de ses présupposés complémentaires, en particulier celui de l’unité corps-esprit (« Corps et tête sont un seul et même système ») et le principe d’écologie. Elle rappelle qu’un présupposé PNL ne se manie jamais isolément : c’est leur articulation, et non leur application littérale, qui protège la personne accompagnée d’un dépassement de soi maltraitant.
Angélique Gimenez est psychothérapeute, titulaire du Certificat Européen de Psychothérapie (CEP), psychotraumatologue, coach et formatrice. Elle dirige le Cabinet Anvisage (Var), où elle est enseignante certifiée en PNL Humaniste et se spécialise notamment dans l’accompagnement des troubles du comportement alimentaire et des troubles dissociatifs. www.anvisage.fr

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