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Publié le 8 avril 2026

Partie «alcoolique» et Partie «sobre»

En hommage à Michel Facon, récemment décédé au moment de la publication du n°53 de Métaphore en mai 2009, la rédaction avait choisi de republier cet article paru initialement dans Métaphore n°14 en avril 1995. Michel Facon, alcoologue et psychothérapeute, y présente un modèle PNL original pour penser et accompagner l’alcoolisme : la dissociation entre une Partie Alcoolique et une Partie Sobre, et les outils pour les réconcilier.

Un modèle PNL pour penser l’alcoolisme

La PNL ne propose pas une nouvelle théorie de l’alcoolisme, mais un ensemble de modèles utiles et efficaces en pratique. L’intérêt de ce qui suit n’est pas d’apporter une vérité sur le problème de l’alcoolisme, mais de donner des moyens efficaces pour le résoudre.

Le dilemme de la personne alcoolique : boire ou ne pas boire ?

Il est plus pratique et plus utile de présenter le conflit majeur de la personne dans les termes suivants : d’un côté, elle voudrait ne plus boire (ou boire en maîtrisant ses alcoolisations), de l’autre côté, elle voudrait boire. Tout se passe comme si deux personnes coexistaient dans le même corps ! En PNL, nous exprimons ceci en disant que la personne est dissociée en une Partie Alcoolique (PA) et en une Partie Sobre (PS). Le conflit principal se situe alors entre ces deux personnes : PA et PS.

De nombreux faits viennent étayer aisément ce clivage entre PA et PS. L’écoute littérale du discours est déjà révélatrice : « C’est plus fort que moi… Je veux ne pas boire mais je ne peux pas… C’est comme si j’avais le diable dans le ventre », « Il y a l’ange et le démon », « On dirait que quelque chose me pousse à boire, malgré moi ».

L’écoute des proches est tout aussi éclairante. Un conjoint dira par exemple : « Quand il n’a pas bu, Docteur, c’est le meilleur des hommes. » Et quand il a bu ? « Alors là, on ne le reconnaît plus… On dirait que ce n’est pas lui… C’est une autre personne ! »

Des faits cliniques confirment également ce clivage : PA peut présenter certaines pathologies qui n’existent pas sur PS, et vice versa. Ce clivage PA/PS correspond bien à la conception que se fait elle-même la personne en difficulté avec l’alcool. Pour ma part, je n’ai encore jamais rencontré un patient qui s’oppose à cette manière de voir les choses.

La dissociation est séquentielle

Il faut ici introduire la notion de temps. PA et PS ne sont jamais présents en même temps. Ce fait, facile à comprendre et banal en soi, est pourtant d’une importance capitale pour le thérapeute et pour tous ceux qui veulent aider efficacement la personne en difficulté avec l’alcool.

Lors d’un entretien, l’alcoologue dialogue soit avec PA, soit avec PS, mais jamais avec les deux simultanément. En d’autres termes, il n’a jamais affaire à la personne totale. L’alcoologue qui n’a pas conscience de cette dissociation PA/PS peut fort bien travailler avec PS en croyant sincèrement avoir affaire à la personne entière.

En PNL, nous pensons que PS n’a pas, le plus souvent, de problème majeur et qu’il est pratiquement toujours déjà convaincu de la nécessité d’arrêter de boire. C’est PA qui présente le comportement d’alcoolisation.

Le dilemme de l’alcoologue

Si l’alcoologue n’a pas conscience de la dissociation PA/PS, il travaille avec PS et tente d’aborder avec lui un problème qu’il n’a pas. Si l’alcoologue est conscient de la dissociation, il est pris dans un dilemme :

  • S’il travaille avec PS, c’est PA qui est absent.
  • S’il travaille avec PA, c’est PS qui est absent.

Pour nous, en PNL, la dissociation séquentielle de la personne alcoolique est à l’origine du dilemme auquel est confronté l’alcoologue.

PA et PS : deux personnes à part entière

PA et PS ne sont pas des abstractions. Ils sont observables par l’alcoologue — et aussi par la personne elle-même, qui peut facilement les visualiser, les entendre et sentir leur présence. Tout se passe comme s’il s’agissait réellement de deux personnes différentes dans un même corps, n’émettant pas les mêmes signaux visuels, auditifs et kinesthésiques.

PA et PS ont chacun leur modèle du monde, c’est-à-dire leurs ressources, leur savoir-faire, leurs compétences. Il est d’une importance cruciale de savoir que PA a des compétences et des ressources que PS ne possède pas, et ceci est vrai également pour PS.

PA : comportement d’alcoolisation et intentions positives

La PNL ne reconnaît que des intentions positives à PA. Lorsque le patient semble se critiquer lui-même, c’est en fait PS qui parle et qui critique PA, en confondant deux niveaux logiques différents : celui de l’intention (ce que veut faire PA pour l’ensemble de la personne) et celui du comportement d’alcoolisation (qui n’est que le moyen qu’utilise PA pour répondre à ses bonnes intentions).

Nous pensons en PNL qu’une personne met en œuvre le meilleur des comportements dont elle dispose à son répertoire du moment. Ainsi, pour satisfaire ses bonnes intentions, PA utilise le meilleur moyen disponible : le recours à l’alcool.

Pour l’alcoologue qui adopte cette manière de penser, de nombreux avantages apparaissent : le rapport de confiance s’établit aisément avec PA, PA se sent reconnu pour ses excellentes intentions, et PS cesse peu à peu ses critiques vis-à-vis de PA. Il n’est pas demandé à PA de changer sa nature, mais il devient possible de lui proposer de continuer à satisfaire ses bonnes intentions tout en lui apprenant à employer un meilleur moyen que l’alcoolisation.

Sortir du dilemme : vers la dissociation simultanée

La PNL dispose d’excellents outils pour traiter les cas de dissociation simultanée, lorsque les deux parties en conflit sont présentes en même temps. Le problème clinique se formule ainsi : comment transformer la dissociation séquentielle en une dissociation simultanée, aisément traitable ?

La procédure comporte plusieurs étapes :

  • a) Aider le sujet à bien individualiser PA et PS en recadrant sans cesse les critiques que PS adresse à PA, de manière à ce que les intentions positives de PA soient bien mises en évidence. Il est inutile d’aller plus loin tant que PS ne reconnaît pas les intentions positives de PA.
  • b) Le sujet est invité à visualiser séparément PA et PS sur ses deux mains, en restant très attentif aux submodalités visuelles des deux images. Au fur et à mesure du travail effectué à l’étape précédente, ces submodalités deviennent identiques.
  • c) PA et PS, toujours visualisés sur les mains, sont invités tour à tour à dialoguer. PA explique à PS ce qu’il veut faire de positif pour le sujet, et PS fait la même chose. L’alcoologue guide ce travail jusqu’à ce que PA et PS se rendent compte qu’ils ont tout intérêt à travailler en collaboration totale au bien-être du sujet.
  • d) Peu à peu, les deux mains se rapprochent et les images de PS et de PA arrivent en contact. À ce stade, elles ont les mêmes submodalités visuelles, auditives et kinesthésiques. Le sujet demande successivement à PA puis à PS s’ils veulent fusionner.
  • e) Les images de PA et PS se mixent, faisant apparaître une image composite : la Nouvelle Partie. À ce stade, la dissociation séquentielle PA/PS n’existe plus.
  • f) La Nouvelle Partie est intégrée : le sujet imagine qu’il rapproche cette image de lui et la place à l’intérieur de son corps. Cette étape s’accompagne d’une émotion plus ou moins intense selon les sujets, mais toujours agréable à vivre. Les lecteurs sensibilisés à la PNL reconnaîtront ici la procédure du « Squash » Visuel.

À ce stade de la thérapie, il devient possible de travailler avec l’ensemble de la personne. Les outils classiques de la PNL permettent alors de conduire le reste du traitement et en particulier d’apprendre à la Nouvelle Partie à gérer les situations qui, auparavant, nécessitaient le recours compulsif à l’alcool.

On notera qu’en fin de compte : le sujet n’est jamais blâmé pour sa consommation d’alcool ; il se réconcilie avec la partie de lui-même qui le poussait à boire ; le comportement d’alcoolisation est recadré comme un moyen de satisfaire les intentions positives de PA ; et l’alcoologue n’impose jamais son point de vue personnel — il travaille dans le modèle du monde du sujet.

Cet article a été simplifié pour des raisons évidentes de pédagogie. L’emploi des procédures décrites ici nécessite une formation en PNL et un entraînement approfondi. Les recherches de Michel Facon sont décrites dans la revue La Tempérance, et dans le livre d’Élisabeth Frit, « L’alcool, toi, moi et les Autres ».


Article publié dans le Magazine Métaphore, n°14 – avril 1995, republié dans le n°53 – mai 2009, en hommage à Michel Facon, alcoologue et psychothérapeute.

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