Publié le 14 avril 2026
Le pardon est un voyage
Pardonner, oui — mais de quoi, à qui, pour quoi ? Marie-Jeanne Huguet, coach, conférencière et présidente du Collège des Coachs NLPNL, explore dans cet article le pardon comme un voyage intérieur structuré en douze étapes, d’après les travaux du psychologue et théologien Jean Monbourquette. Un chemin qui ne demande ni oubli ni réconciliation forcée, mais qui conduit, pas à pas, vers la libération et la guérison. Article publié dans la revue Métaphore n°59, décembre 2010.
Un voyage au long cours tissé de multiples étapes. Charriant les eaux tumultueuses de notre intériorité blessée. Il aboutit à la libération et à la guérison. Mais qu’est ce que le pardon ?
Pardonner n’est pas oublier ; pardonner ne signifie pas nier ; pardonner exige plus qu’un acte de volonté ; pardonner ne peut être commandé ; pardonner ne veut pas dire se retrouver comme avant l’offense ; pardonner n’exige pas qu’on renonce à ses droits ; pardonner à l’autre ne veut pas dire l’excuser ; pardonner n’est pas une démonstration de supériorité morale ; pardonner, enfin, ne consiste pas à se décharger sur Dieu ou sur une entité plus vaste que nous.
Le pardon est un don gratuit
Du côté de l’offenseur il n’y a pas de droit. Il n’y a pas de droit au pardon, de droit à la grâce. Du côté de l’offensé, le pardon est, quant à lui, sans raisons, injustifié. Il naît d’une décision qui permettra, non pas de reprendre la vie comme avant, comme si rien ne s’était passé, mais de bâtir une nouvelle vie.
Les douze étapes du pardon
Le pardon n’est pas un acte ou une formule magique qui permettrait une restitution de la situation. On ne peut effacer le vécu ou faire comme si tel événement ou telle personne n’avait pas existé. La vie est faite de cheminements, d’étapes. La démarche du pardon peut prendre du temps ou être rapide (de quelques minutes à plusieurs années) : tout dépend de l’offense et de la blessure. Le temps importe peu, l’ordre des étapes aussi, mais chacune est un passage nécessaire.
Première étape : une décision
Ne plus accepter le chemin de la vengeance pour régler une situation d’injures, de blessures, de trahison. Faire cesser l’offense. Vous ne dépensez pas d’énergie dans le pardon tant que la personne perpétue son offense sur vous. La première énergie à déployer c’est pour qu’elle arrête cette offense. Et ce n’est pas facile.
Deuxième étape : reconnaître l’offense
Reconnaître qu’on a été blessé intérieurement. Lorsqu’on a souffert d’une injustice, d’une trahison, d’une insulte, d’une dévalorisation, lorsqu’on a été malmené, humilié, trahi, il y a une première tendance, c’est d’excuser la personne, d’oublier, de vouloir minimiser la faute ou encore de croire : l’autre m’attaque, mais c’est moi qui me sens coupable dans cette situation-là. Il faut redresser cette situation-là et rentrer en contact avec sa blessure intérieure.
Troisième étape : partager avec quelqu’un
Une fois que vous êtes en contact avec votre blessure intérieure, allez en parler avec quelqu’un, allez l’objectiver avec une personne. Tant qu’on n’a pas exprimé cette blessure, le danger, c’est qu’elle s’en aille d’une manière inconsciente de notre vie, de manière diffuse dans notre vie, qu’elle contamine d’autres parties de notre vie.
Quatrième étape : très bien identifier sa blessure
Pour être capable de faire le deuil de nos attentes vis-à-vis des personnes. Certaines personnes ont tendance à se « victimiser », à exagérer les blessures qu’on leur a faites. C’est important de ne pas se « victimiser » et de savoir exactement ce qu’on a perdu dans cette blessure-là.
Cinquième étape : accepter la colère
Qu’est-ce que je fais avec la colère qui est suscitée en moi ? Il y a des personnes qui retournent leur colère contre elles-mêmes. D’autres vont déplacer la colère et la reporter ou la voir chez les autres. La colère est un second sentiment par rapport à la blessure. Derrière la colère, il y a une blessure, une frustration et c’est ce qu’il faut aller chercher. Pour exprimer corporellement votre colère, vous pouvez taper dans des coussins, faire des exercices corporels fatigants. Dans l’émotion, il y a le mot « motion » qui suggère le mouvement.
Sixième étape : se pardonner à soi-même
C’est une très mauvaise expression parce qu’on est incapable de se pardonner à soi-même. Ce qui est important c’est d’être capable de « réharmoniser » sa vie. Quand on est blessé on se fragmente, on se divise. Il faut rétablir l’unité à l’intérieur de soi.
Septième étape : comprendre son offenseur
Comprendre ne veut pas dire excuser son offenseur. Si l’offenseur est responsable de ses actes, on ne peut pas l’excuser. Mais en essayant de comprendre comment il a été éduqué, quelles sont les blessures qu’il a eues dans sa vie, ce qui peut l’avoir conduit à de tels actes… cela nous aide à avoir un pardon plus intelligent. On ne peut pas tout comprendre de l’offenseur, mais on peut s’expliquer des choses. Il faut essayer de comprendre ce qui l’a poussé à commettre un tel acte, de comprendre sa représentation du monde.
Huitième étape : donner un sens à sa blessure
Ce n’est pas évident au départ que cette blessure-là va me faire grandir. Mais une petite ou une grande blessure qui prend des années à se faire pardonner peut vous lancer sur une piste à laquelle vous ne vous attendiez pas, vers une direction insoupçonnée, vers une connaissance de vous-même. Comment cela se fait-il ? C’est le sens que vous donnez à votre blessure, qui vous rendra capable de vous aider ou d’aider d’autres personnes à pardonner, à vivre, à comprendre.
Neuvième étape : renoncer à pardonner par soi-même
Le danger c’est de vouloir pardonner pour manifester sa supériorité envers l’autre. On ne pardonne pas aux autres, on se laisse prendre par le pardon.
Dixième étape : cesser de s’acharner à vouloir pardonner
Le vrai moteur pour le pardon, c’est de se savoir aimé profondément, inconditionnellement de soi-même, de sa mère, de Dieu, de l’humanité… Si vous vous sentez aimé profondément, vous allez être capable de pardonner. Quelqu’un qui ne se sent pas aimé, est-il capable d’aimer les autres ? Si vous avez l’impression que jamais on ne vous a rien pardonné dans votre vie, allez-vous être capable de pardonner à d’autres ?
Onzième étape : s’ouvrir à la grâce de pardonner
Les personnes qui sont incapables de se pardonner sont incapables de pardonner aux autres. Les personnes qui sont incapables de se sentir aimées pour elles-mêmes sont incapables de se pardonner et de pardonner aux autres. C’est beaucoup plus facile d’être généreux et de donner des choses que de recevoir, que de se laisser aimer. Parce que se laisser aimer cela suppose qu’on se rende disponible à l’autre.
Douzième étape : que faire de la relation avec la personne
Est-ce que je me réconcilie avec la personne ? Dans certaines situations, il est mieux qu’il n’y ait pas de réconciliation physique, si la personne n’a pas changé, si elle peut vous agresser, vous faire du mal. Si vous vous réconciliez avec la personne, la relation ne peut plus revenir comme avant. Lorsqu’il y a eu une blessure entre deux personnes, le seul chemin, c’est l’approfondissement de l’intimité, de l’estime, de l’amour entre ces deux personnes.
Guérir pour pardonner
C’est se libérer du désir de vengeance et du ressentiment, c’est exprimer ses émotions causées par la blessure, c’est se pardonner à soi-même ses propres faiblesses.
Pardonner pour guérir : c’est reconnaître à l’offenseur la capacité de grandir, c’est demander, avec l’aide du Soi, la grâce d’aimer au-delà de l’offense.
Ce que cette approche apporte à la pratique PNL
Cette cartographie du pardon en douze étapes résonne profondément avec les présupposés et les outils de la PNL. Comprendre la « représentation du monde » de l’offenseur — nommée explicitement à la septième étape — est au cœur de la modélisation PNL : toute personne agit à partir de sa carte du monde, et non de la réalité. Reconnaître cela ne signifie pas excuser, mais permet d’ouvrir un espace intérieur différent.
Le travail sur les émotions — accepter la colère, identifier la blessure sous-jacente, réharmoniser l’unité intérieure — fait écho aux techniques PNL de gestion des états internes et de changement de croyances. La cinquième étape, qui distingue la colère (second sentiment) de la blessure profonde (sentiment primaire), rejoint la précision que la PNL apporte dans l’exploration des expériences subjectives. La huitième étape — donner un sens à sa blessure — correspond à ce que la PNL nomme le recadrage : changer le cadre de signification d’un événement pour en transformer l’impact.
Enfin, la posture décrite dans cet article — ne pas forcer, se laisser prendre par le pardon plutôt que de l’imposer par la volonté — rejoint l’écologie chère à la PNL : tout changement durable doit être aligné avec l’ensemble du système de la personne, et non imposé de l’extérieur.
Marie-Jeanne Huguet est coach et conférencière
Au moment de la publication de cet article en 2010, elle était présidente du Collège des Coachs NLPNL et rédactrice en chef de la revue Métaphore.

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