Publié le 27 août 2026
Intelligence collective et paix : ce que la PNL apporte à la résolution des conflits
Et si la paix, plutôt qu’un état à imposer, était une propriété émergente d’un collectif ? Michaël Ameye, coach et formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier, relit le message de Gandhi à la lumière du méta-modèle, des niveaux logiques et des positions de perception, pour proposer quatre étapes concrètes vers la paix — de soi-même jusqu’aux nations. Un article publié dans la revue Métaphore n° 107, décembre 2022.
Introduction
Si nous voulons parler de la paix, il est nécessaire déjà de commencer par se poser la question de pourquoi la « non-Paix » ou la guerre, le conflit, la rivalité. À l’opposé du dicton « Si vis Pacem para Bellum », je suggère d’utiliser « Si vis Pacem, scire Bellum ». (« Si tu veux la paix, prépare la guerre » par « Si tu veux la paix, connais la guerre », dans le sens de se faire une idée claire, de comprendre la guerre).
La paix devrait être le standard, la référence au sein de la population humaine avec tout l’historique et le savoir que nous avons accumulé et affiné depuis l’essor et la systématisation de l’écriture.
À quoi nous servent donc les réflexions et les sagesses combinées d’innombrables philosophes, les connaissances issues des travaux des historiens, les développements de la psychologie, des sciences humaines et leur pendant en biologie : les neurosciences ?
À quoi cela sert donc si notre penchant naturel est de se protéger, voire de s’armer contre l’Autre, contre l’Altérité, contre ce qui est différent et donc dérangeant ?
Qu’est-ce qui fait que nous avons encore ce besoin de nous accrocher à une identité collective comme une nation, un territoire, « un clan », source de tellement de conflits ?
La guerre en héritage, une question de logiques
En définitive, la guerre, le conflit, naît d’un désaccord qui parasite la relation entre individus ou collectifs. Le désaccord peut porter sur différentes logiques :
- L’environnement : nous voulons « la même place au soleil », les mêmes « jouets » ;
- Les comportements : nous ne sommes pas à l’aise avec les attitudes et les actions des Autres ;
- Les capacités : nous ne sommes pas d’accord sur la manière de faire les choses, sur les théories qui sous-tendent les actions ;
- Les croyances et les valeurs : nous ne sommes pas alignés sur nos priorités, sur les conventions de vie (ce qui se fait et ce qui ne se fait pas), sur les équivalences concrètes liées à certaines valeurs ;
- Les notions identitaires : nous nous sentons menacés dans notre existence même, par rapport à notre place dans le monde et à qui nous sommes individuellement et collectivement ;
- Le Sens que nous donnons à l’existence : nous protégeons notre Cause contre ceux que nous considérons comme menaçant pour sa propagation ou sa survie.
Dans un conflit entre deux nations, il peut y avoir plusieurs niveaux imbriqués ou intriqués. Les motifs officiels peuvent n’être que des prétextes pour « camoufler » d’autres niveaux plus ou moins profonds (la profondeur étant présentée dans un ordre croissant dans la liste ci-dessus). Dans ce genre de situation, il faut également décoder les interactions entre les deux collectifs comme une escalade symétrique où plus de la même chose amène plus du même résultat. Cette escalade provoque souvent un aggravement du conflit en l’amenant à un niveau plus profond.
En effet, un conflit naît rarement d’une seule interaction, il y a souvent un contexte historique et une forme de répétition ou de récurrence dans les interactions entre les individus ou les collectifs.
« Si vis Pacem, scire Bellum ».
Il est important de noter que « l’étude » de la guerre ou du conflit, proposée ici, n’est pas axée sur une explication historique, géographique, technique…, mais plutôt sur une introspection de ce qui nous implique dans ce conflit… et de ce qui nous pousse à l’entretenir.
Nul conflit ne peut exister sans la participation des deux parties.
La compréhension des logiques précitées peut nous permettre de comprendre ce qui est en jeu dans un conflit ou une guerre.
Cela permet également de décoder comment le conflit est entretenu par une boucle interactionnelle négative où plus du même comportement d’une part provoque plus du comportement en réaction, et ainsi de suite.
C’est déjà une première étape vers la paix.
L’enfer est pavé de bonnes intentions
La deuxième étape importante vers la paix est de prendre conscience que derrière tout conflit, il y a souffrance (consciente ou inconsciente). Et qui dit souffrance, dit besoin. Le conflit est une tentative de solution ultime pour répondre à un manque, un besoin.
Il est donc vital de partir du principe que toute personne impliquée dans un conflit fait du mieux qu’elle peut pour trouver des solutions à ses besoins. Elle part donc a priori d’une bonne intention, pour elle en tout cas et peut-être pour d’autres qu’elle « représente ».
Pour les collectifs, c’est plus complexe. Les interactions entre collectifs découlent des interactions internes de chaque collectif. L’analyse et le désamorçage de ce type d’interactions sont donc d’autant plus complexes et délicats.
Le conflit porté par un grand nombre de personnes prend en quelque sorte une vie propre reposant sur des mécanismes d’entraînement et d’entretien du « moteur » conflictuel.
Il n’est donc pas étonnant que les conflits entre pays ou autres grands collectifs perdurent.
Pour revenir aux intentions positives de chaque partie, il est donc indispensable d’en prendre conscience de part et d’autre car ce sont les « ferments » ou « le ciment » de la paix.
Le pont de Soupirs
Le conflit est donc un désaccord non résolu qui a abouti à une perturbation voire une rupture de la relation.
La relation est comme un pont, une fois qu’elle est parasitée ou rompue, il n’y a plus rien qui peut avancer.
Or cette relation est le véritable espace de l’intelligence collective. Cet espace où les idées se rencontrent, se recombinent pour donner naissance à de nouvelles idées. Dès lors que la relation est perturbée, le fonctionnement du système nerveux de chaque personne change pour rentrer dans des routines de survie (souvent inconsciemment).
Dès que le système de survie est engagé, pour des raisons neurophysiologiques, nous perdons partiellement nos capacités d’empathie et de créativité. Plus le mode « survie » est engagé et plus nous nous fermons aux autres.
Ceci explique bien sûr le mécanisme d’escalade dans les conflits.
Et lorsque nous envisageons des collectifs plus importants, à nouveau, la complexité augmente drastiquement. Néanmoins, l’effet en est souvent démultiplié et pour peu que la situation perdure un peu, le collectif va s’organiser pour maintenir un nouvel état d’équilibre autour du conflit.
Il est intéressant de prendre en compte un autre phénomène collectif : celui de la propagation. Il a été montré par des spécialistes des relations à la clientèle qu’une mauvaise expérience se propage trois fois plus vite qu’une bonne expérience.
Ainsi, une perturbation négative dans un collectif va se répandre quasi instantanément. Ce sont des mécanismes que l’on retrouve également dans les troupeaux. Si un individu détecte un danger, le troupeau est très rapidement mis en alerte voire à l’action.
Dès lors, un développement incontournable s’impose dans la résolution des conflits et des guerres : le développement de l’intelligence émotionnelle.
Le défi le plus important de l’humanité n’est pas le climat, l’économie ou la survie des abeilles mais bien le cœur des hommes. (Citation inspirée par Albert Einstein).
« Si tu veux la Paix dans le monde »
Ainsi nous revenons à l’essentiel qui nous a été transmis, entre autres, par un grand chantre de l’intelligence collective :
Si tu veux la paix dans le monde,
il faut la paix dans ton pays.
Si tu veux la paix dans ton pays,
Il faut la paix dans ta région.
Si tu veux la paix dans ta région,
il faut la paix dans ta ville.
Si tu veux la paix dans ta ville,
il faut la paix dans ta rue.
Si tu veux la paix dans ta rue,
il faut la paix dans ta maison.
Si tu veux la paix dans ta maison,
il faut la paix dans ton cœur.
Mahatma Gandhi
Analysons ce texte d’un point de vue de la PNL et de l’intelligence collective.
Il est temps de se tourner vers les causes profondes de nos problèmes de conflits et de développer notre intelligence émotionnelle et relationnelle.
Et tout d’abord, coupons la tête à une idée reçue. Nous ne sommes pas en paix. Nous ne sommes pas non plus en guerre, du moins pas directement.
Nous ne prenons pas les armes, pas tous en tout cas, mais les manifestations de mécontentement, les grèves, les conflits dans le milieu du travail ne sont que des manifestations de la non paix.
D’un point de vue de l’intelligence collective, nous vivons une période très difficile où le meilleur (nouvelles formes de collaboration et d’entreprises sociales) et le pire (augmentation de la pression dans le milieu du travail) coexistent.
La paix est une propriété émergente d’un collectif. On ne peut pas imposer, ni piloter la paix. Aujourd’hui nos pays sont gangrenés par de nombreux conflits tant politiques que commerciaux ou culturels.
Comment appliquer l’esprit du texte de Ghandi.
1. Prendre conscience de ce qui nous habite, nous pilote, nous motive, nous passionne
La PNL nous apprend à nous modéliser. À comprendre nos mécanismes et nos paysages intérieurs. L’application du méta modèle et des niveaux neuro logiques à nous-mêmes nous permet de mieux nous connaître et de mieux prendre soin de nos besoins. C’est à ce prix que nous allons pouvoir clarifier notre position dans « le monde ». Et sans ce positionnement, pas de contribution à la paix. En effet, si vous ne vous connaissez pas, si vous ne tenez pas compte de vous, vous ne pourrez pas exprimer qui vous êtes, et cela aura des conséquences sur l’intelligence collective.
2. Faire des choix pertinents (pour nous-mêmes) et s’adapter
Lorsque nous avons appris à mieux nous connaître (un processus qui n’est jamais terminé), nous pouvons prendre des décisions pour nous-mêmes et adapter nos comportements aux situations que nous rencontrons.
C’est une preuve d’intelligence que de pouvoir s’adapter aux situations pour y donner une réponse optimale. Cette faculté fait partie des nombreuses compétences de l’intelligence émotionnelle.
On apprend aux secouristes et aux pompiers à veiller à leur sécurité propre avant d’aller sauver d’autres vies. C’est la même démarche pour l’intelligence collective orientée vers la paix. Si vous n’exprimez pas qui vous êtes en conscience, le monde passe à côté de l’essentiel. Vous ne nourrirez pas l’intelligence collective de qui vous êtes. Et c’est perdu à jamais (Martha Graham, la danseuse étoile du ballet de New York l’a exprimé de manière éloquente).
Encore une fois, la PNL permet d’augmenter son agilité comportementale en régulant ses états émotionnels bloquants à l’aide de ressources internes et en démultipliant les comportements possibles dans une situation, en en générant de nouveaux plus adaptés.
C’est une manière de faire la Paix dans son cœur. Comme le cite Ghandi dans son texte.
3. Rencontrez l’autre… vraiment
Il y a quatre niveaux d’écoute et quatre positions de perception. Sans rentrer dans les détails pour ceux qui ne connaissent pas, les positions de perceptions ou points de vue, sont des manières différentes de regarder une situation. On peut la regarder de son point de vue propre, se mettre dans les « chaussures » de l’autre ou encore se placer dans l’angle de la relation entre nous et nos contreparties ou enfin se placer dans une perspective systémique ou plus large, où l’on envisage les personnes, la relation, dans un contexte tant physique qu’historique ou qu’informationnel.
Les quatre niveaux d’écoute sont :
- La confirmation : je ne cherche dans les paroles de l’autre que la confirmation de ce que je sais ou pense et je rejette le reste ;
- La curiosité : je m’intéresse à ce que je ne connais pas et qui pourrait m’être utile, je reste au centre de mon attention ;
- L’empathie : je me place en deuxième position perceptuelle (dans « la peau » de l’autre) un peu comme un acteur qui devient un personnage, je joue le jeu de vivre, de ressentir ce que l’autre ressent ou vit ;
- La générativité : je me place en troisième ou quatrième position perceptuelle et j’écoute avec mon cœur et mon intelligence profonde et je laisse venir des idées qui viendront enrichir la conversation.
Être capable de passer aux niveaux d’écoute 3 et 4 demande des compétences particulières et de l’entraînement.
La PNL apprend à avoir une écoute fine en choisissant les bonnes positions de perception. L’étude d’une situation par le biais des outils d’intelligence collective ou ceux de l’approche interactionnelle de Palo Alto apporte également des compléments d’information précieux pour l’harmonisation des relations.
4. Parler juste et parler vrai
Grâce aux trois étapes précédentes, nous pouvons maintenant choisir d’interagir avec l’autre de manière à développer, non seulement une bonne relation, mais également à générer des idées nouvelles. L’Humanité est invitée à se réinventer et cela ne peut passer que par des interactions constructives entre personnes. Le développement de l’intelligence collective passe par de bonnes relations entre les personnes.
Elle passe également par des hauts niveaux d’écoute et une parole libre. Cela ne peut avoir lieu que dans une atmosphère de sécurité et de bienveillance. Tout stress est un ennemi pour l’intelligence collective.
La PNL enseigne « le rapport » dans ce même esprit. Comment arriver à enrichir la relation de telle manière qu’elle devienne un terreau fertile pour l’émergence de nouvelles idées ?
C’est comme cela que l’on peut œuvrer à la Paix dans sa maison, dans sa rue, dans sa ville.
C’est lorsqu’un grand nombre de personnes fera cette démarche en même temps que la Paix aura sa chance.
Transcender
Pour conclure, l’Humanité fait face à son plus grand défi : le passage vers « l’individu collectif », le passage du Moi vers le Nous.
Le développement de l’intelligence collective requiert l’intelligence du cœur. Chaque personne est appelée à être pleinement elle-même, tout en étant au service, ou en se conscientisant qu’elle fait partie d’un système plus grand sans lequel elle ne peut pleinement s’épanouir.
Monter la population mondiale en compétence de l’intelligence émotionnelle et relationnelle est un défi majeur, long et ardu.
La bonne nouvelle c’est que le travail a déjà commencé. Et tous ceux qui enseignent la PNL y participent.
Enseigner la PNL, c’est transmettre des outils pour développer la conduite de soi et la capacité à créer des relations constructives.
Enseigner la PNL, c’est œuvrer à l’émergence de la Paix dans le monde.
Il est temps de transcender les barrières culturelles et linguistiques, les frontières (qui sont des héritages de guerre), les différences individuelles, afin d’évoluer vers une intelligence collective planétaire où chacun a sa place et où il fait bon naître, quel que soit le lieu où l’on voit le jour.
Le lien avec la PNL
Cet article déroule une véritable méthode PNL en quatre étapes appliquée à la paix : le méta-modèle et les niveaux logiques pour se connaître soi-même, la régulation des états émotionnels par les ressources internes pour s’adapter, les quatre positions de perception pour rencontrer véritablement l’autre, et « le rapport » pour parler juste. Michaël Ameye montre ainsi que des outils PNL habituellement mobilisés en accompagnement individuel — modélisation de soi, positions de perception, calibration du rapport — peuvent structurer une démarche de paix, du cœur de la personne jusqu’à l’échelle des nations.
Michaël Ameye est ingénieur industriel chimiste de formation, Maître Praticien, Coach et Formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier (NLP University, Santa Cruz). Formé également à l’Analyse Transactionnelle, à l’Analyse Systémique des organisations et à la Gestalt, il est entraîné à l’Hypnose Ericksonienne et au Soi Génératif par Stephen Gilligan. Cofondateur en 2004 de la société Egregoria (Belgique), il y développe son approche du leadership et de l’intelligence collective. Il est l’auteur de « La Boussole de l’Intelligence Collective » (Egregoria Éditions, 2016), formateur à l’Institut Repère depuis plus de dix ans, et professeur invité à l’Université de Mons. www.egregoria.be

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