Publié le 27 août 2026
Intelligence collective en temps de crise : comment le stress sabote nos ressources PNL
Pourquoi perdons-nous justement notre plus grande ressource collective au moment où nous en avons le plus besoin ? Michaël Ameye, coach et formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier, explique comment le stress chronique sabote l’intelligence collective — et comment l’état COACH et les niveaux logiques permettent d’y résister. Un article publié dans la revue Métaphore n° 106, septembre 2022.
Nous sommes tous co-auteurs et co-acteurs de notre monde
Il est vrai que nous baignons dans un courant alarmiste incluant pandémie, guerre, changements climatiques, grosse inflation, perte de confiance en la politique et ses acteurs,
Et en même temps, réfléchissons à notre contribution à cette atmosphère. Que disons-nous et que faisons-nous pour alimenter, entretenir voire diffuser et amplifier ce climat de crise ?
Pourquoi cette réflexion et ce préambule ?
Parce que la peur, l’incertitude, le stress sont des ennemis de notre faculté à trouver des solutions riches en intelligence collective.
Nous avons la responsabilité de maintenir un bon niveau d’intelligence collective surtout en situation de crise.
Nous nous trouvons donc dans une situation paradoxale où nous perdons notre plus grande ressource au moment où nous en avons le plus besoin.
Mais pourquoi affirmer que les états de stress diminuent notre capacité à exercer notre intelligence collective ?
Sous pression ?
Les études du neuroscientifique Daniel Siegel sur la nature relationnelle et incarnée de l’esprit ont mis en évidence le phénomène de neuroception. À tout moment, une partie de notre cerveau scanne l’environnement à la recherche de signaux.
Si le signal est sécurisant, nous activons notre système nerveux relationnel positif et notre capacité à être créatif et inventif. Cette faculté est très étudiée actuellement dans le cadre des traitements sur le Syndrome post-traumatique. Il est montré que la partie verbale de la thérapie n’a que très peu d’effet s’il n’y a pas une composante somatique.
Le système nerveux ayant activé, suite au trauma, une routine de protection et de réaction face au danger qui est surdimensionnée par rapport à la « réalité », la victime de ce syndrome ne peut revenir à un état équilibré que via la mise en place d’un contexte neuroceptif de sécurité (Gerge, 2020).
Quel est le lien avec notre sujet ?
Nous sommes tous « touchés » par ce qui se passe dans notre monde environnant. Ce que les études sur les grands traumas révèlent, ce sont nos mécanismes de défense exacerbés. Et, en même temps, ce sont nos mécanismes de défense.
Les études sociologiques montrent que les troubles anxieux ont augmenté de 50 % durant les dernières décennies (Cambridge University Press, 2021). Le nombre de cas de stress, dépression ou anxiété par 100 000 habitants au Royaume-Uni est passé de 1 600 au début des années 2000 à environ 2 500 en 2020/21 (HSE Grande-Bretagne, 2021). Je ne peux m’imaginer que ce soit très différent en France ou dans le reste de l’Europe.
Nous subissons une pression de plus en plus forte collectivement. Notre « système » s’exprime par ses éléments les plus sensibles.
Le sentiment d’insécurité et d’insatisfaction est globalement de plus en plus perceptible.
Comment notre système nerveux central gère-t-il cela ?
Activation du système nerveux ortho et parasympathique
Nous activons notre physiologie en conséquence. Que le danger soit réel ou virtuel n’a pas d’importance pour une partie de notre fonctionnement « automatique ».
Notre fonction « scan » relève un tas de signaux négatifs, du danger pour notre équilibre et nos routines. Cela met en œuvre des mécanismes de défense (lutte ou fuite).
Pour nous défendre, nous avons besoin de 5 choses :
- de l’énergie (sucre/glycogène) pour activer nos muscles ;
- de l’oxygène pour brûler les sucres et libérer l’énergie ;
- du sang pour faire circuler le sucre et l’oxygène et les amener là où le corps en a besoin ;
- des fonctions de coordination motrice pour bouger efficacement ;
- des fonctions sensorielles exacerbées pour s’adapter à l’évolution du danger.
Ce phénomène que nous appelons stress est une réponse adaptative automatique qui génère à terme une série de désordres. Car, si cette réponse est utile dans une forme instantanée (éviter une voiture ou un vélo qui nous fonce dessus), elle devient délétère lorsque le corps l’utilise de manière prolongée. (Dr K N Sheth, 2016).
Ce que vous ne lirez pas dans la liste ci-dessus, ce sont les fonctions :
- d’empathie ;
- d’ouverture au changement ;
- de créativité.
Il n’est en effet pas très utile d’être empathique face à un fauve qui vous charge…
Dangers virtuels ?
Oui, nous subissons des alertes incessantes dans notre quotidien :
Via notre ouïe :
- bruits soudains ;
- proximité dans les transports urbains ;
- cris d’enfants ;
- klaxons ;
- alertes et notifications de nos smartphones ;
- nouvelles à la radio ;
- discussions avec d’autres relayant de « mauvaises nouvelles » ;
Via notre vue :
- journaux télévisés ;
- infos écrites dans les journaux ou les médias sociaux ;
- films violents ou troublants ;
- comportements agressifs dans notre entourage ;
- conflits divers et variés ;
Certains contextes sont également violents pour nos sens kinesthésique et olfactif.
Tout cela alimente notre sphère de préoccupation et surcharge notre neuroception de signaux « danger ». Le souci, c’est que nous nous désensibilisons progressivement à ces « alertes » dans notre conscient mais que notre inconscient continue de « trinquer ».
Quelles sont les conséquences de tout cela pour notre intelligence collective ?
États internes ennemis de l’intelligence collective
Entendons-nous bien ! Dès qu’il y a un collectif, il y a une forme d’intelligence collective. Nous distinguons trois niveaux de qualité de cette intelligence collective.
La plus basse est celle qui nous rapproche des animaux, la survie. La plus haute est ce qui fait de nous des êtres humains en pleine capacité collectivement : la générativité. Entre les deux, un niveau qui résiste au temps, l’intelligence collectée.
Qu’est-ce qui permet de monter dans les niveaux et qu’est-ce qui fait que nous descendons ? Sur base des études du MIT (Woolley, 2010), de Google (Project Aristotle, Re : Work), et de Microsoft (Art of Teamwork, 2014), nous avons modélisé les 6 conditions qui permettent de développer l’intelligence collective.
La première est la sécurité psychologique !
Sans cette première condition, nous restons dans les deux premiers niveaux qui nous rendent, en fait, incapables de gérer des problèmes complexes et systémiques à grande échelle comme les problèmes sociétaux et environnementaux auxquels l’humanité doit faire face aujourd’hui.
Et cela va très loin ! Lorsque nous manifestons notre « Ego », notre individualité, sous un mode « je m’impose » ou « j’essaye d’avoir ce que je veux, ce que je mérite », nous sommes mus par une certaine forme d’insécurité psychologique.
Le Moi est l’ennemi du Nous.
Robert Dilts a développé une double lecture de ses niveaux logiques en montrant la différence de logique entre le Moi et le Soi.
Or, le stress induit en nous une exacerbation de nos manifestations égotiques.
La boucle est bouclée et le cercle vicieux peut tourner !
Nous sommes collectivement de plus en plus violents, anxieux, stressés, renfermés.
Il y a bien sûr, heureusement, de plus en plus de mouvements contraires. Robert Dilts et Stephen Gilligan et les membres de l’IAGC (Association Internationale pour le Changement Génératif) œuvrent pour sensibiliser à l’importance du génératif et à entraîner les compétences nécessaires pour le cultiver.
Le mouvement des Colibris sous la houlette de feu Pierre Rabhi en est un autre exemple.
Feu Thich Nhat Hanh et les Villages des Pruniers montrent également une voie spirituelle laïque qui est permissive pour la générativité.
Partout dans le monde, des personnes se mettent en réseau et tentent d’endiguer ce cercle vicieux.
Un système évolue lorsqu’une masse critique est atteinte. L’atteindrons-nous collectivement à temps pour conserver pour nos enfants et notre descendance un monde où il fait bon vivre, voire mieux vivre ?
Que pouvons-nous faire ?
Dans la logique des 3P (protection, permission, puissance), je vous propose trois grandes stratégies :
1. Se protéger
La sécurité psychologique est sous notre contrôle. Si nous sommes touchés par une situation dans le monde comme une guerre ou un enjeu environnemental, posons-nous la question de ce que nous pouvons faire à notre niveau. Ainsi pour notre cerveau autonome, nous aurons pris action par rapport à un danger perçu.
Une deuxième forme de protection est d’éviter les contenus anxiogènes : médias sociaux, journaux, qui nous submergent de contenus « à sensation ». Choisissez plutôt des revues ou des sites qui amènent des réflexions de fond (exemples : France Forum, Le Monde Diplomatique ou le site Brut.media, le journal des bonnes nouvelles, etc.).
Vous vous nourrissez de nourriture saine ? Faites de même avec votre esprit !
2. Se recentrer et faire du tri
Les mêmes causes donnent les mêmes effets. Nous avons pris des habitudes anxiogènes. Pire, notre physiologie s’adapte au stress chronique comme un nouvel équilibre. Changez vos habitudes et votre physiologie se manifestera ou vous invitera à reprendre vos bonnes vieilles habitudes… délétères.
Il est important de s’arrêter et de faire le point, de faire le tri entre important et accessoire, entre ce qui a du sens par rapport à votre vie, votre Vision de la Vie, votre « Mission » ou « Tâche », vos valeurs profondes.
L’état COACH et la cohérence cardiaque sont également des pratiques vitales pour se recentrer (ou d’autres comme certaines formes de yoga, de méditation). Se promener dans la nature et faire l’amour sont également recommandés par les spécialistes.
3. Développer la générativité dans nos interactions
La générativité est un art de vie. Comment la cultiver ?
En pratiquant le « Oui ET » au lieu du « Oui MAIS ». Inclure différents points de vue qui paraissent opposés ou contradictoires au niveau égotique ou matériel ou au premier abord. Et pourtant en les envisageant ensemble, dans le même espace, on peut laisser émerger d’autres idées qui se nourrissent de cette pseudo-opposition.
Ce sont des compétences à développer bien sûr et des habitudes à prendre.
Et en même temps, en tant que PNListes nous avons tous les outils qu’il nous faut pour entreprendre ce voyage.
Alors ? Qui vient avec ?
Le lien avec la PNL
Michaël Ameye mobilise ici deux outils PNL directement opérationnels face au stress collectif : l’état COACH, comme pratique de recentrage permettant de sortir du mode survie, et les niveaux logiques de Robert Dilts, dont la double lecture Moi/Soi éclaire pourquoi le stress exacerbe nos réactions égotiques au détriment du Nous. L’article illustre aussi un principe cher à la PNL générative — développée notamment par Dilts et Stephen Gilligan — celui du « Oui ET » plutôt que du « Oui MAIS », comme moteur concret de la générativité collective.
Michaël Ameye est ingénieur industriel chimiste de formation, Maître Praticien, Coach et Formateur certifié en PNL par Robert Dilts et Judith Delozier (NLP University, Santa Cruz). Formé également à l’Analyse Transactionnelle, à l’Analyse Systémique des organisations et à la Gestalt, il est entraîné à l’Hypnose Ericksonienne et au Soi Génératif par Stephen Gilligan. Cofondateur en 2004 de la société Egregoria (Belgique), il y développe son approche du leadership et de l’intelligence collective. Il est l’auteur de « La Boussole de l’Intelligence Collective » (Egregoria Éditions, 2016), formateur à l’Institut Repère depuis plus de dix ans, et professeur invité à l’Université de Mons. www.egregoria.be

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