Publié le 7 septembre 2026
Comment une collectivité peut-elle pardonner ? Les chemins du pardon collectif avec la PNL
Comment un peuple peut-il pardonner à un autre peuple ? Michaël Ameye identifie les freins qui entretiennent les cycles de haine collective — inégalités, démagogie, identité égotique, mémoire tournée vers le passé, effet de circularité — et propose quatre pistes, nourries par les présupposés et les outils de la PNL, pour ouvrir un chemin vers le pardon collectif. Un article publié dans la revue Métaphore n° 112, mars 2024.
À l’heure où la haine se déchaîne dans différents endroits du monde, médiatisés et moins – voire pas – médiatisés, notre intelligence collective planétaire (la résultante de toutes les interactions entre les huit milliards 87 millions d’individus sur cette planète) se délite petit à petit. Il devient vraiment temps de changer de paradigme et d’installer une vraie gouvernance planétaire, de sortir de la logique de nations pour évoluer vers une logique régionale, linguistique ou culturelle, de répartir les richesses du monde de manière plus juste (1 % des plus riches a capté 63 % des richesses du monde en 2020-2021 (1)).
Nous avons les moyens technologiques, scientifiques et les ressources pour nourrir convenablement toute la population et assurer un revenu minimum décent à chacun.
Si nous voulons évoluer vers cette utopie, les premiers pas de l’humanité devraient sans doute se diriger vers une résolution des conflits qui agitent l’ensemble de la population mondiale.
Quand le « Je » ou le « Nous » s’oppose à « Toi » ou « Vous » le pire peut se produire.
Quel que soit le « mal » vécu du passé, les représailles ne font qu’alourdir et qu’étendre la « gangrène relationnelle ».
Le remède à cela : pardonner… collectivement !
Qu’est-ce que pardonner ?
Étymologiquement, « pardonner » signifie se donner complètement, faire un don complet. Le droit au ressentiment et à la rancœur est abandonné, l’injure et l’offense sont effacées du champ relationnel. (2)
On pourrait croire au premier abord que ce « don » est au pur bénéfice de l’offenseur, de l’agresseur et pourtant…
Lorsque nous subissons une injustice, une agression, la colère monte, les muscles se tendent, la pression artérielle explose. Notre neurologie se mobilise pour lutter ou pour fuir. En résumé, notre intelligence se dégrade pour se placer au niveau des primates ou des mammifères en général.
Nous devenons semi-humains ou semi-animaux selon notre méta programme accordage/désaccordage.
Dès lors, fuir ou faire la guerre à « l’ennemi » semble la seule solution. La défense du « territoire », du « patrimoine », de la « culture », de la « pratique religieuse », de « l’identité nationale », devient une cause pour mobiliser les pires expressions de nos pulsions collectives. Vraiment ???
De plus, les émotions récurrentes ont des répercussions sur l’équilibre physiologique et à terme sur la santé…
On peut dès lors commencer à comprendre que le pardon est autant un acte libérateur pour soi que pour l’autre.
Voici les propositions de deux grands « mentors du Pardon » :
Thich Nhat Hanh nous apprend que les humains ne sont jamais nos ennemis ; l’ignorance, la haine, les illusions le sont. Et nous pouvons choisir (3) : « La pratique de la paix, et singulièrement en temps de guerre, est un acte de courage. Nous sommes tous capables de pratiquer la non-violence. Il faut commencer par reconnaître que nous portons tous, dans les profondeurs de notre conscience, à la fois les graines de la compassion et celles de la violence. Puis il faut constater que notre esprit est un jardin contenant des graines de toutes sortes : celles de la compréhension, du pardon, de l’attention et de la pleine conscience – tout comme celles de l’ignorance, de la peur et de la haine. Il suffit de comprendre qu’à tout instant, nous pouvons opter soit pour la violence, soit pour la compassion, selon la vigueur de ces graines en nous. Si nos graines de colère, de violence et de peur sont arrosées plusieurs fois par jour, elles s’enracineront plus profondément, et deviendront plus vigoureuses, nous empêchant d’être heureux et de nous aimer tels que nous sommes. Nous en souffrirons, et nous ferons souffrir autrui. Inversement, si nous apprenons à cultiver nos graines d’amour et de compassion, elles se développeront, tandis que celles de la haine et de la violence perdront progressivement de leur vigueur. »
Martin Luther King proposait dans un de ses discours (4) : « À nos adversaires les plus farouches, nous disons : À votre capacité d’infliger la souffrance, nous opposerons notre capacité d’endurer la souffrance. À votre force physique, nous répondrons par la force de nos âmes. Faites-nous ce que vous voulez, et nous continuerons à vous aimer. Nous ne pouvons, en toute bonne conscience, obéir à vos lois injustes, car la non-coopération avec le mal est une obligation morale au même titre que la coopération avec le bien. Jetez-nous en prison, et nous vous aimerons encore. » … « Un jour nous gagnerons la liberté, mais pas pour nous seuls. Nous ferons un tel appel à vos cœurs et à vos consciences que nous vous aurons gagnés en chemin et que notre victoire sera une double victoire. » (4)
Ces citations nous montrent les racines du pardon. Pardonner est en effet un acte d’amour, un choix conscient de ne pas se laisser « contaminer » par la « folie » du monde environnant.
Le pardon collectif
Pour qu’une collectivité arrive à pardonner à une autre collectivité, le chemin peut être long car notre neurologie est très sensible à notre environnement. Nous sommes « programmés » pour réagir plus promptement aux signaux de « danger » qu’aux signaux de paix et de sécurité. C’est une longue histoire de survie.
Dès lors, il suffit qu’il y ait un nombre même faible de signaux de danger alimentés par l’ignorance, l’illusion et la violence pour que toute une collectivité soit entraînée dans une spirale de « non-pardon ».
Quels sont les facteurs et les causes de cette « transe collective » qui consiste à trouver des ennemis et à entretenir la haine de l’autre ?
Sans prétendre être exhaustif, nous avons identifié quelques causes qui nous semblent tenir un rôle principal :
- Les inégalités : plus il y a de disparités entre certains collectifs, d’un point de vue des ressources et des niveaux de sécurité et de bien-être, et plus il est facile de « tomber » dans le piège de l’illusion d’un ennemi « qui a tout, alors que nous n’avons rien ».
- La démagogie ou le contrôle de la part d’une élite égocentrée : la politique, l’idéologie, le pouvoir religieux utilisent les illusions « faciles » pour orienter les « masses » dans la direction d’un « ennemi » commun. Les histoires colportées permettent aux dirigeants de toutes les nations de cautionner un effort de guerre ou de préparation à celle-ci. Il est en effet plus aisé de piloter des « semi-humains ». Ces dogmes peuvent être remis en question, comme Sting dans sa chanson « Russians » : « j’espère que les russes aiment leurs enfants autant que nous ». Relisez les paroles de cette chanson et remplacez quelques noms, les paroles sont d’une actualité dérangeante.
- Une identité collective égotique : « La France », « L’Europe » sont des constructions mentales historiques qui justifient la notion de frontière et d’étrangers. Génétiquement nous faisons tous partie de la même espèce, nous avons tous 23 paires de chromosomes (sauf certains variants qui en ont un de plus mais partagent néanmoins toutes les caractéristiques principales de notre espèce). À quelles histoires collectives croyons-nous pour attacher collectivement tant de valeur affective à une « identité nationale » qui n’a que quelques siècles, durée dérisoire au regard de l’histoire de l’humanité ? L’avenir de l’homme dépend sans doute de notre capacité collective à dépasser ces attachements.
- Une mémoire et une loyauté orientées vers le passé : Souvent, dans les situations incluant une rancœur persistante, le rôle des histoires et des mémoires tend à renforcer et à perpétuer des comportements agressifs, exclusifs, etc.
- Un effet de circularité : Dernier facteur de maintien d’une haine collective, l’effet de circularité ou de cycle de violence repose sur le principe de la vengeance. La loi du Talion, « œil pour œil dent pour dent » régit encore énormément de logiques collectives. Les agressions vécues par un collectif motivent ce dernier à exercer des représailles vis-à-vis du collectif-agresseur. Celui-ci « oubliera » son action et se concentrera sur les souffrances vécues suite à la réponse et ainsi de suite. Le processus peut s’accompagner d’une escalade symétrique complémentaire selon la théorie de Palo Alto qui se traduit par des actions qui visent un impact de plus en plus important… plus de violence qui entraîne plus de violence.
Maintenant que nous avons évoqué les quelques causes principales identifiées du non-pardon, voyons quelles sont les pistes de remédiation et d’évolution pour les collectifs pris dans ce genre d’engrenage.
Perspectives : comment sortir de ces ornières collectives… avec la PNL ?
Les quatre pistes de réflexion qui suivent doivent s’envisager à la fois individuellement et collectivement. En effet, la logique collective peut bénéficier d’un effet collectif appelé effet d’entraînement. Plus il y a de personnes qui regardent dans une certaine direction et plus cela en entraîne d’autres. Comme l’effet de mode, mais si c’est entretenu de manière durable, cela devient une nouvelle norme. Le recyclage des déchets, les smartphones… sont des exemples triviaux de ce genre d’effet. La sensibilité au climat et le respect des différents genres en sont d’autres. On peut imaginer instaurer une vague de pardon dans un collectif de la même manière. Cela prendra du temps et de l’énergie. C’est possible.
Quels sont les axes possibles ? Et comment la PNL peut-elle jouer un rôle important pour ces axes ?
■ Apprendre du passé et prendre du recul
Le passé est riche d’informations sur l’origine de la situation actuelle. En prenant du recul sur le passé immédiat, nous pouvons regarder la ponctuation d’un cercle vicieux de manière plus large et voir la spirale destructrice dans son « ensemble ».
Deux outils sont particulièrement utiles dans ce contexte : le changement d’histoire de vie et la ré-empreinte. Le premier concerne les évènements vécus en direct qui ont amené l’envie de vengeance et de violence. Le deuxième concerne les histoires que l’on a apprises plus jeunes et que l’on a intégrées comme des vérités absolues.
Ces deux pratiques permettent de poser un regard plus serein – ou adulte – sur la situation actuelle et de se libérer de rancœurs qui, en définitive, polluent nos cœurs, entretiennent notre combativité et notre état semi-animal (j’ai choisi) au lieu de nous apporter des ressources pour prendre un autre chemin que celui de la circularité destructrice.
■ Se désidentifier ou se reconnecter à soi
Notre société actuelle nous habitue, nous renforce dans nos réflexes d’identification. Je suis… un père, un sportif, Français, un professionnel, une personne très importante dans tel milieu, etc. Ce qui précède ne sont que des idées superficielles.
En utilisant un langage plus précis, ces identifications deviennent : nous avons un rôle et une responsabilité de parent, nous pratiquons un sport, nous appartenons à une tribu attachée à un territoire appelé France, nous exerçons une profession, nous avons l’impression ou les preuves sensorielles qui montrent que nous exerçons une certaine influence dans un tel environnement…
Une méditation en utilisant les niveaux neurologiques peut nous aider à distinguer ce que nous sommes profondément. Cette sensation ou connexion est par ailleurs difficile à décrire avec des mots. Que ressentez-vous quand vous dites « Je » ? Et plus profondément ? Et encore plus profondément ?
Notre Être intérieur, notre Soi, ne peut ni être blessé, ni être diminué. Notre lumière intérieure n’est obscurcie que par nos propres croyances limitantes et nos identifications étriquées. Nous avons besoin, pour la plupart d’entre nous, de toute une vie d’adulte pour nous en détacher. Jung appelle ce processus l’individuation. Cette individuation est une clé importante dans le détachement. Il est permissif pour la pratique du pardon.
■ Investir dans l’Éducation
L’avenir ne nous appartient pas, il appartient aux enfants et aux enfants de leurs enfants. Dans notre conception du monde aujourd’hui, nous avons intégré, au plus profond de nous, la notion de possession.
La carte n’est pas le territoire. Nous ne possédons pas les choses. Nous passons à travers elles. L’argent, la maison, la voiture, nos objets, sont présents pendant une certaine période dans notre vie. Parfois, nous nous séparons d’elles, parfois elles perdurent au-delà de notre durée de vie. Elles sont transmises à d’autres qui les traverseront également.
Nous avons le devoir aujourd’hui avec toutes les connaissances à notre disposition, tant aux niveaux technologique et sociologique qu’historique, d’apprendre une autre manière de vivre aux générations futures.
De toutes les façons, les jeunes générations d’aujourd’hui sont en demande et en attente de changement. Notre fonctionnement actuel les frustre et les révolte. Allons-nous continuer à les décevoir, allons-nous continuer à adopter l’attitude de Louis XV « après moi, le déluge ».
Les présupposés, les modèles et les outils développés par la PNL sont des pépites pour aider les jeunes générations à incarner leur Être intérieur plus rapidement que nous. Aidons-les par l’enseignement de nos pratiques. Ils seront rapidement meilleurs que nous car ils n’ont pas encore tous « cristallisé » nos œillères.
■ Développer un état d’esprit génératif afin de guérir les blessures du passé
La PNL de 4e génération a pour but de développer notre intelligence collective et spirituelle. Les outils et les modèles sont encore à développer. L’approche générative permet de développer nos compétences spirituelles. Par « spirituel », nous comprenons toutes les démarches qui permettent de se relier à son Soi et de se mettre au service du monde. L’approche générative est essentielle dans cette optique car elle permet d’intégrer les opposés. Une opposition ou l’expression de contraire n’est possible qu’à un niveau superficiel lié à une structure de surface. Si l’on regarde en profondeur, la contradiction et le paradoxe sont des sources d’inspiration et de créativité pour réinventer une nouvelle situation plus égalitaire, plus paisible et plus riche.
Le pardon est un bel exemple de pratique générative et spirituelle : générative parce que grâce à la position du pardon, une personne peut briser le cycle de causalité négative ; spirituelle parce que le pardon libère de nos attachements égotiques.
Nous nous devons de modéliser les figures exemplaires de pardon comme Mary Ward, Hildegarde Von Bingen, Thich Nhat Hanh ou Oprah Winfrey. Les modèles féminins choisis sont des exemples de grandes dames qui ont pu se faire une place dans le monde phallocrate. Tous les modèles ont exercé une certaine forme de pardon, chacun.e à sa manière. Nous nous devons de les transmettre au plus grand nombre.
Conclusion : comment une collectivité peut-elle pardonner ?
En résumé, il est important de prendre pleinement conscience des origines de notre histoire, de son développement à travers les siècles, de prendre de la perspective et de la hauteur afin de se détacher des « programmations inconscientes » qui nous restreignent dans notre liberté d’être et dans les choix pour le futur.
Le pardon est une pratique qui peut faire la différence. Donnons-nous la liberté d’évoluer et de vivre autrement que ce que nous dictent nos réactions égotiques de survie.
Nous, PNListes avons en main beaucoup de clés pour développer notre intelligence spirituelle et celle des autres.
Ouvrons les portes aux possibles d’un monde plus juste et plus serein !
Bibliographie :
1 – Rapport Oxfam : La loi du plus riche, Oxfam International, janvier 2023, DOI : 10.21201/2023.621477.
2 – Jacques Lecomte, Introduction à la psychologie positive, chapitre 12 : Le pardon, une porte ouverte vers l’avenir, éditions Dunod, 2014, ISBN 978-2-1007-0533-7.
3 – Thich Nhat Hanh, L’art de la Paix, éditions Jean-Claude Lattès, 2006/2017, ISBN 978-2-7096-6115-72.
4 – Martin Luther King, La force d’aimer, Édition Empreinte, 2013, ISBN 978-2-3561-4063-0.
Le lien avec la PNL
Michaël Ameye mobilise les niveaux neurologiques pour interroger nos identifications, le changement d’histoire de vie et la ré-empreinte pour désamorcer les rancœurs héritées du passé, et le concept d’individuation de Jung pour se reconnecter à un Soi non blessé. Il inscrit sa réflexion dans la filiation directe de son article sur la « PNL de 4e génération » (Métaphore n° 111) : le pardon collectif y est présenté comme un exemple de pratique générative et spirituelle, capable de briser un cycle de causalité négative en intégrant les opposés plutôt qu’en les combattant.
Michaël Ameye est chimiste de formation. Maître Praticien, Formateur, Coach et Consultant en PNL, il est certifié par NLPU (Santa Cruz, Robert Dilts et Judith Delozier) et formé à l’Analyse Transactionnelle, à la Gestalt, à l’approche systémique, à l’hypnose ericksonienne et à l’approche générative. 6e Dan d’Aïkido, il intègre les bénéfices de sa pratique dans son approche des leaders et des organisations. Fondateur de la société Egregoria (2004), il s’est spécialisé dans le Leadership incarné, le développement de l’intelligence collective et l’entrepreneuriat agile. Site : www.egregoria.be

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