Publié le 21 septembre 2026
La reconnaissance dans nos accompagnements en PNL : troisième pilier du PARC
Troisième volet de la série PARC — Présence et Protection, Attention, Reconnaissance et Curiosité — qu’Angélique Gimenez consacre à la posture du praticien en PNL thérapeutique. Après la protection (Métaphore n° 120) et l’attention (Métaphore n° 121), place à la reconnaissance : ce qui fait qu’on se sent exister, entre métamodèle, strokes en analyse transactionnelle et travaux de Daniel Siegel sur l’attachement. Un article publié dans la revue Métaphore n° 122, septembre 2026.
Après le P de Présence protectrice et le A de Attention, nous allons parler de reconnaissance, avec un grand R !
Qu’on soit coachs, psys, thérapeutes, ou bien même parents, profs, la reconnaissance est la clé de voûte pour alimenter la relation à l’autre. Il nous faut le (ou la) reconnaître et lui montrer qu’il/elle est un être unique que l’on a connu un jour, et que l’on reconnaît au fil du temps partagé. On le/la reconnaît pour qui il/elle est en tant que personne, en lui souriant, en le/la nommant et on pourra ensuite reconnaître ses compétences, qualités, défauts.
Rien de pire pour une personne que de se vivre comme un « nième » client/patient et se sentir un quelconque « sujet » de plus !
Julie me dit : « Vous me dites que je suis une belle personne, parce que c’est votre travail, Angélique, vous dites cela à tous vos patients ». Et bien non : « Je ne dis que ce que je pense et ressens sincèrement ». Et je ne dis pas qu’untel est « une belle personne » sans signifier en quoi précisément ; je vois chez elle des qualités qui me font ainsi la nommer « une belle personne ».
La reconnaissance, ce n’est pas un « simili compliment », c’est dire ce que l’on perçoit de spécifique chez cette personne-là. À vrai dire, je ne dis jamais automatiquement que les gens sont des belles personnes. Je le pense quasiment toujours, et en même temps, cela ne serait pas aidant sans précisions. Cela peut sembler flatteur mais la flatterie n’est pas porteuse en thérapie. Je dis ce que je vois précisément chez elle, ses valeurs, ses qualités et, pour aider la personne à capter elle aussi, ce qui émane d’elle. Bien sûr, derrière cela nous décelons le métamodèle en PNL (qui nous engage à être précis) et les strokes ou signaux de reconnaissance en analyse transactionnelle, strokes « conditionnels » par leur précision mais inconditionnels car ils ne sont pas des arguments en faveur ou en défaveur de notre relation. Ils ne jugent pas la personne sur ce qu’elle fait, mais ils soulignent ses qualités avec des éléments factuels donc reconnaissables / identifiables par tous ! Tout est dit en sa faveur, en faveur de son propre développement.
Le regard de l’autre
Le premier signe de reconnaissance, qui fait qu’on se sent exister, c’est le regard de l’autre et son engagement à venir vers nous, à nous nommer et à faire qu’on se sent exister, au-delà de se savoir exister ! Là, rien de conditionnel ! Chaque être vivant a besoin d’être regardé et se sentir visible. « C’est profondément triste Julie, quand tu me dis que tu as l’impression d’être transparente ». Que dire des gens qui se disent insignifiants « sans saveur, sans odeur » ? Comment vivre et se vivre en ayant de telles pensées… Croyances ? Oui possiblement, mais qui ont pris racines dans des expériences que nous devons panser ensemble. Personne ne devrait se sentir « inexistant » !
Cela semble bien banal de dire que nous devons accueillir nos clients/patients avec de la bienveillance. Avant même la bienveillance qui se traduira par nos actions au fil du temps (et que seul le client/patient peut apprécier comme telle, ou pas), c’est notre façon même d’entrer en connexion avec un regard, un sourire, un mot chaleureux, une poignée de main qui va donner le sentiment d’être vu, entendu à la personne.
Rappelons : « Un bébé seul, ça n’existe pas », dixit Winnicott, qui comprit très vite combien la relation mère-enfant est le socle fondateur pour que le bébé se sente exister. Les yeux de la mère (ou du care-giver primordial) et ses bras, constituent le premier miroir visuel et sensoriel qui fait que l’enfant se perçoit comme un être distinct, bien différencié de l’autre et c’est grâce aux attitudes de sa mère qu’il saura qu’il est « bébé, Sophie, Julie, Liam, Matis »… Et quand maman nommera papa ou mamie, tata, il saisira que d’autres existent et que les nommer, c’est déjà les faire exister, reconnaître leur existence !
Se reconnaître
Pour pouvoir entrer en relation avec une autre personne, il s’agit de savoir aussi soi-même que l’on existe en tant qu’être unique, et pouvoir se reconnaître en tant que tel. Or, pour bon nombre de gens qui viennent consulter un thérapeute, il n’est pas évident de se reconnaître. Certains pensent à peine se connaître et la démarche thérapeutique va déjà consister à venir comprendre « qui je suis », donc se connaître, étape sans laquelle il est difficile de se reconnaître. Beaucoup viennent avec une plainte, un motif de mal-être, des symptômes qui pourraient apparaître comme les seuls signes de reconnaissance, les seuls signes distinctifs. On comprend pourquoi il est alors parfois difficile de s’en départir. À défaut de se connaître et reconnaître dans son identité, alors ces maux sont déjà une expression de leur existence mais pas le réel reflet d’eux, en tant que personne d’exception.
Certains évitent de se rencontrer craignant de trouver « des facettes monstrueuses, des parts d’ombres très noires » en eux. Ceux-là ont peur d’un accompagnement et il nous faut les rassurer. Chacun a ses facettes obscures mais on peut y apporter de la lumière et mieux éclairer comment adoucir leur teinte. Notre travail va consister à leur faire éprouver le sentiment d’être, avant même d’avoir découvert toutes leurs facettes, avant même qu’ils ne le perçoivent par l’intérêt qu’on va porter à leur plainte, les symptômes, leur demande si elle est formulée.
La reconnaissance a plusieurs sens et le premier, c’est vraiment de pouvoir se reconnaître soi-même comme une personne digne d’intérêt, sans même avoir à se justifier d’une plainte ou d’une demande. La personne doit saisir notre pleine attention pour oser prendre sa place dans un échange, une communication et une future relation.
Ensuite, la reconnaissance, c’est « valider le vécu et le ressenti » de la personne pour l’accompagner à clarifier ce qui est difficile en elle (reconnaître la souffrance, le conflit interne, etc.) et identifier des ressources, les reconnaître comme telles, puis découvrir avec elle le bon chemin pour aller mieux, pour faire connaissance avec de nouveaux états d’être, donc de nouveaux états mentaux qui vont soutenir un meilleur état interne, sensoriel et émotionnel. Elle le fera avec notre soutien, et nous l’aiderons en miroir à connaître et reconnaître, avec notre « fonction miroir », ces aptitudes qu’elle ignorait ou avait oubliées en son for intérieur…
Si je reprends les extraits du livre « L’attachement » de Daniel Siegel et Tina Payne, tous deux thérapeutes spécialistes de l’attachement et à l’origine de l’acronyme PARC (Protection, Attention, Réconfort et Confiance), nous trouvons R comme Réconfort. Je vous inviterai à lire ci-après l’extrait qui montre tout l’enjeu pour la construction du cerveau de l’enfant, et qui reste le même quand nous travaillons auprès de nos clients/patients, car la plasticité des câblages du cerveau vaut à vie.
Le réconfort
Est-ce à nous praticiens de réconforter le client/patient ? S’il n’a pas été aidé dans son enfance, c’est sûrement aussi notre rôle, oui !
Le premier état de réconfort, c’est justement de se sentir dans le confort d’un premier échange où l’autre nous montre de l’intérêt. On perçoit sa présence, son écoute et son intérêt pour nous par son regard, les mots qu’il reprend, les questions qui aident à aller plus profondément en soi. Son attitude est réconfortante : on se sent compris, entendu à tous niveaux, interrogé sur le sens précis de nos mots avant même d’énoncer les maux pour lesquels on va solliciter une aide. On voit qu’il cherche à nous connaître (intérêt) et nous reconnaître (reconnaissance).
Le réconfort est cet état d’être apaisé quand on se sent en sécurité, avec une personne disponible pour nous, et qui va mettre sa présence au service de notre besoin. Quand elle reconnaît que : « c’est normal et naturel » de se sentir perturbé par telle situation, elle nous aide à nous apaiser et va faciliter l’accès à la réflexion et la mentalisation.
L’expérience interpersonnelle, relationnelle, vient pacifier des états internes et nous apprend à nous réguler, à reconnaître ce qui se joue en nous, et à penser sur nos ressentis. C’est plus que de l’apprentissage de l’auto-régulation ou du réconfort, ou du « self-empowerment » (si je prends plusieurs cartes du monde différentes), c’est une aide à la reconnaissance du vécu corporel par les zones plus « hautes » du cerveau. La reconnaissance, par le thérapeute, du vécu du patient, apporte à la fois la sensation de réconfort externe (je me sens compris, accueilli) et interne (je peux m’apaiser), et permet au cerveau de reconnecter et reconnaître ce qui se passe en soi. On peut alors nommer les perturbations, les sensations, les émotions, les zones en conflit, faire émerger des facettes/parts qui refusaient de reconnaître leur existence en nous. La résolution des conflits, la médiation entre les parties de nous, c’est tout un jeu de reconnaissance qui peut avoir lieu dans un climat où l’on sent le réconfort apporté par le thérapeute.
Le mal-être est une zone d’inconfort qui nécessite que quelqu’un vienne reconnaître que c’est inconfortable, et nous aide à aller vers un meilleur confort. Parfois on dit que les changements demandent de sortir d’une apparente « zone de confort » dans laquelle la personne se complairait. Je crois que c’est très inexact.
Les difficultés suscitent en tous de l’inconfort (ou créent de l’évitement et de la dissociation) ; en sortir est aussi inconfortable si on se débat seul et sans moyen pour aller vers plus de confort, vers un objectif/niveau plus écologique en nous. Si on est accompagné, et que la relation apporte du confort, y compris en nommant les zones d’inconfort, et en apportant du réconfort, alors on peut passer d’une zone d’inconfort connue (d’où l’apparence de zone de confort) mais non reconnue, vers un réel confort, dans une zone où l’on se sent vraiment exister et en capacité de reconnaître qui l’on est et ce qui se passe en nous.
Nous pourrions ici nous référer aux travaux de Lev Vygotski (1896-1934), de l’Institut de psychologie de Moscou, spécialiste de l’apprentissage et du développement, qui a travaillé sur « la zone proximale de développement », celle où l’on peut apprendre et évoluer en sécurité, dans un climat de confort et en étant réconforté par celui qui nous accompagne. Cette personne est un AMI, Autrui Mieux Informé, qui reconnaît les difficultés de l’apprentissage et les éléments favorables à un meilleur développement. Notons la reconnaissance de l’apprenant par celui qui lui apprend !
Le schéma ci-dessous nous invite à imaginer combien la présence et la reconnaissance par le thérapeute aident les parts enfant encore en difficultés chez nos patients. Quelles que soient nos références, la reconnaissance vaut aux quatre coins du monde. Nous sommes très proches du schéma qui représente le modèle de l’objectif en PNL : un état présent « de détresse », et un état futur d’autorégulation/décision. Dans l’entre deux, une ressource fondamentale, un autre adulte qui reconnaît les manques, identifie les besoins et ressources et soutien le processus entre deux.
Pour conclure, et dessiner la suite : « La reconnaissance est au cœur de l’anatomie des échanges humains ».
Le lien avec la PNL
Angélique Gimenez ancre la reconnaissance dans les fondamentaux de la relation thérapeutique en PNL : le métamodèle comme outil de précision (dire exactement ce qui est perçu chez l’autre, sans flatterie ni généralisation), la modélisation du « modèle de l’objectif » pour représenter le chemin entre un état présent de détresse et un état futur d’autorégulation, et l’écologie du système relationnel entre patient et praticien. La reconnaissance devient ainsi le troisième pilier du PARC, après la protection et l’attention posées dans les précédents articles.
Angélique Gimenez est psychopraticienne certifiée en PNL humaniste et psychothérapeute au sens européen (titulaire du CEP – Certificat Européen de Psychothérapie), psychotraumatologue et éthologue. Enseignante certifiée en PNL et en psychotraumatologie, membre du collège des enseignants de NLPNL, elle préside le Collège de la PNL thérapeutique de la Fédération. Elle exerce au sein du Cabinet ANVISAGE (Var). www.anvisage.fr

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