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Publié le 28 mai 2026

Ne dites pas à ma mère que je fais de la PNL !

Pourquoi tant de personnes formées à la PNL omettent-elles cette formation dans leur CV ou n’en parlent-elles jamais en public, alors qu’elles en témoignent avec enthousiasme en privé ? Jean-Luc Monsempès, directeur de l’Institut Repère, explore les mécanismes sociaux, linguistiques et psychologiques qui entretiennent ce paradoxe. Un article publié dans la revue Métaphore n° 77, juin 2015.

Les outils de la PNL sont présents dans de nombreuses pratiques professionnelles ou tout simplement de nombreuses activités humaines. Le nombre de personnes formées à la PNL est considérable, les présupposés, outils et méthodologies PNL se retrouvent dans de très nombreux ouvrages techniques sur la communication interpersonnelle et le changement, ou même dans certaines œuvres romanesques. Voilà qui est plutôt rassurant me direz-vous. Je me dis que si la PNL est autant utilisée, c’est qu’on lui reconnaît un intérêt. Alors comment expliquer que la réputation de la PNL ne soit pas encore à la hauteur de son succès d’usage ? Comme si on pratiquait la PNL, sans citer les sources de ses apprentissages. Comme si la PNL était intégrée aux niveaux du faire et du comment faire, mais bien moins aux niveaux des croyances, valeurs et identité. Cet article vise à comprendre pourquoi l’usage de la PNL est-il si souvent désaligné chez ses utilisateurs.

Une formation en PNL, une formation honteuse ?

Quand je navigue sur internet et les réseaux sociaux, je retrouve avec plaisir la trace de nombreux anciens stagiaires des formations PNL, mais je suis souvent surpris par la rareté des références à leurs formations PNL. Les formations suivies en systémique, Process Communication, Analyse transactionnelle, MBTI, hypnose, Ennéagrammes, coaching, management, figurent bien dans les biographies, mais point de PNL ! Pourtant si je fais appel à ma mémoire, ces mêmes stagiaires semblaient avoir été très motivés par des apprentissages pour lesquels ils ont consacré du temps et un budget important, et semblaient plutôt fiers de recevoir leur certification en PNL. Si entre praticiens de la PNL et lors des échanges en tête à tête les témoignages sont nombreux sur les bénéfices d’une formation à la PNL, il n’en est pas de même en public. Donc je me suis dit que la PNL pouvait en quelque sorte être perçue par ses bénéficiaires comme une formation « honteuse ». C’est bon à faire mais on ne le dit à personne. Faut-il aller chercher des métaphores dans le domaine fiscal, sexuel, ou médical ? « Il y a des choses qu’on fait mais qu’on ne dit pas ». On parle plus facilement de la visite chez son médecin que de celle chez son magnétiseur, guérisseur, rebouteux. Si je trouve les métaphores violentes dans leur analogie, je dois aussi admettre qu’elles contiennent un bon degré de réalisme. Si on va se former à la PNL en cachette de sa hiérarchie, de son conjoint, de ses parents, de ses copains, ou si on ne mentionne pas ces formations dans son CV, il doit bien y avoir une raison ?

Je suis également surpris de la forte présence des outils PNL dans des formations à la communication interpersonnelle, apprentissage, conduite du changement… comme de l’absence de références bibliographiques à ces outils ou à leurs auteurs. Certaines de ces formations qui sont vendues sous le label « Coaching », « hypnose », « conduite du changement » contiennent de vrais morceaux de PNL, et parfois 100 % de PNL, sans que la référence à la PNL soit mentionnée ! Mais comme le plat est savoureux car il contient des ingrédients de premier choix, personne ne va se plaindre de la tromperie. Et si on adopte le présupposé PNL selon lequel « le sens de la communication est dans la réponse qu’on obtient », il semble utile de prendre en compte le point de tous ceux qui par leurs attitudes réservées ou critiques (autorités, professionnels, public… etc.) contribuent à ce que l’apprentissage de la PNL ne soit pas une source de fierté. Le monde de la PNL n’est ni coupable, ni innocent. Pourtant il y a bien dans cette PNL quelque chose sur lequel on peut rester socialement discret. Les réponses qui me semblent les plus évidentes, se trouvent dans le livre de Robert Cialdini : « Influence et manipulation : comprendre et maîtriser les mécanismes et les techniques de persuasion », et en particulier dans ce que l’auteur appelle les principes de « la preuve sociale » et de « l’autorité ».

Le principe de la preuve sociale

Le principe de la preuve sociale est un moyen de déterminer ce qui est bien à partir de ce que d’autres personnes pensent être bien. Plus il y a de personnes pour estimer qu’une idée est juste, bonne, vraie, plus l’idée sera considérée comme juste, bonne, vraie. Le principe de la preuve sociale nous incite fortement à nous conformer à l’avis des autres. Et ce principe fonctionne encore mieux quand nous observons le comportement de gens qui nous sont semblables. Ce principe s’applique surtout aux situations dans lesquelles nous cherchons à déterminer quel est le comportement à adopter. Par exemple lorsque nous ne sommes pas sûrs de nous, lorsque la situation est confuse ou ambiguë, lorsque les informations sont contradictoires, lorsque l’incertitude règne. Nous sommes alors davantage disposés à nous en remettre aux comportements des autres pour déterminer la conduite à tenir.

Si je me réfère aux méta-programmes de la PNL, le principe de la preuve sociale fonctionne en cas de forte tendance à la référence externe (ce sont les critères des autres qui m’aident à évaluer une situation). Il me semble que sur internet les déclarations ou mises en garde sur les effets secondaires de la PNL soient bien plus abondantes que les témoignages enthousiastes sur l’impact positif d’une formation (ou coaching) PNL sur la vie des gens. Curieux, alors qu’il y a plusieurs dizaines de milliers de personnes formées à la PNL. Si cela se dit dans un cadre de protection entre pairs, on ne le crie pas trop sur les toits !

Appliqué à la PNL, le principe de la preuve sociale pourrait fonctionner ainsi : « Si la plupart de mes collègues ne font pas état de leurs “séjours en PNL” dans leur CV ou leur page Facebook, je vais faire pareil pour éviter de me distinguer et faire l’objet d’éventuelles critiques. » Et ce que je cache tant peut devenir en quelques secondes un « titre de gloire », si je rencontre un autre initié. La question est de savoir ce qu’on cherche à cacher aux yeux des autres ? Il n’y a rien à cacher dans la PNL puisque son contenu est accessible au tout-venant sur internet (même avec l’encyclopédie de la PNL).

Le langage de la PNL

Je pense que ce qui rend la PNL suspecte aux yeux de tant de personnes vient probablement du vocabulaire utilisé par le monde de la PNL, un vocabulaire emprunté à différents contextes : ceux de la magie (l’irrationnel et le spectacle, le pouvoir illimité des super héros), de l’excellence (l’élitisme scolaire ou professionnel), de la programmation (la mécanique, la robotique, la physique ou l’informatique), du praticien (le monde médical), du master (du titre universitaire). Prenons un exemple : « Une formation en PNL permet de découvrir les programmations mentales qui caractérisent les modèles d’excellences de thérapeutes célèbres tels que Milton Erickson, Virginia Satir ou Friz Perls. En devenant un praticien PNL et en intégrant les présupposés de la PNL, vous pourrez accéder aux infinies possibilités de votre inconscient créatif, découvrir la magie de votre propre excellence, utiliser votre potentiel illimité et vous engager enfin sur la voie de votre réussite personnelle. » Comment voulez-vous que le néophyte puisse s’y retrouver dans ce discours ? Un message qui mélange ce vocabulaire devient non seulement incompréhensible mais va susciter de la peur, et d’autant plus qu’il est asséné avec une forte conviction. Ce message multiculturel ne rentre dans aucun cadre identifié, comme s’il avait été conçu pour être volontairement taxé de manipulatoire et d’arme sectaire. Il est certainement complètement déconnecté du monde du professionnel. Il est humain et légitime de rejeter ce que nous ne sommes pas capables d’intégrer. Et ajoutons que bien des messages promotionnels sur la PNL ne font que renforcer cette ambiguïté. N’enseignons-nous pas que tout message peu spécifique risque d’être perçu comme manipulatoire ?

La manipulation et la PNL

Dès que vous dites que vous avez suivi une formation en PNL, on vous accorde d’emblée des pouvoirs mystérieux et occultes, que James Bond, Dark Vador, Jésus, ou le mentaliste si télévisé pourraient vous envier : la force illimitée est en vous, pour faire des miracles par une imposition des mains qui ressemble à un ancrage de ressource, pour mettre en œuvre des capacités de perception inhabituelles à l’image de Milton Erickson, pour soumettre les autres à votre volonté, ou vous immuniser contre les difficultés de la vie ! Quel paquet de pensées irrationnelles, et en même temps quel hommage bien excessif à l’égard des effets de la PNL ! On ne craint que ce qui est présupposé être doté de pouvoirs, et pas ce qui est neutre. On ne craint pas ce qui a un potentiel d’efficacité ou de puissance, mais on craint l’usage qui peut en être fait par certaines personnes. Le rejet apparent de l’outil PNL n’est pour moi qu’un rejet de ceux qui ne se sont pas donné la légitimité ou la crédibilité pour en garantir le bon usage. On rejette l’incapacité perçue d’une personne à faire preuve d’empathie, d’humanité et de compassion dans son utilisation d’un outil puissant. Et je partage totalement cette réserve. Le discours des utilisateurs de la PNL peut être parfois inquiétant et susciter des réserves ou des résistances : « Avec sa PNL, il va me manipuler, me voler, piquer ma femme, prendre ma place au boulot, il ne va plus accepter mon autorité, il va m’obliger à acheter son truc, m’embarquer dans une secte… etc. ». Et comprenons également que l’administration, dont l’une des missions est d’assurer la sécurité des concitoyens, soit vigilante sur l’usage que peuvent faire des individus ou groupes mal intentionnés d’un outil doté d’une telle image d’efficacité.

Les formations en PNL donnent parfois la « grosse tête ». Les admirateurs de la PNL peuvent avoir tendance à snober leur entourage avec leurs nouveaux savoirs sur le potentiel humain, être tentés de percevoir les autres comme « limités » dans l’expression de leurs potentiels, et se considérer eux-mêmes comme des « initiés » plus « spéciaux » ou plus « puissants » que leurs contemporains. L’apprentissage de la PNL est associé à la découverte du « potentiel illimité » des processus créatifs humains. En passant d’un monde mentalement très cadré par une culture ou une éducation, à un monde des « possibilités illimitées », les stagiaires se retrouvent parfois comme des enfants devant un magasin de jouet qui ouvre ses portes. Dotés de leurs savoirs, certains peuvent se sentir comme détenteur d’un secret qui pousse au sentiment de domination et au besoin d’évangélisation !

Au lieu de susciter de la curiosité et de l’intérêt, le message de bien des admirateurs de la PNL crée involontairement un sentiment de rejet et de scepticisme. Aucun enseignement sérieux de la PNL ne prétend, par l’étude de la créativité de M. Erickson, F. Perls ou V. Satir pouvoir devenir ces illustres personnages. Si Tony Robbins a largement contribué à vulgariser la PNL en amenant son ouvrage « Pouvoirs illimités » dans les têtes de gondoles des librairies des grandes surfaces, et en associant la PNL à la réussite personnelle et professionnelle. À ma connaissance, personne n’a pu à ce jour acquérir les formidables talents marketing de Tony Robbins en suivant ses conseils. Ou alors les élèves de Tony ont acquis tellement de pouvoirs qu’ils ont honte d’en parler ? Les enseignements sérieux en PNL rappellent sans cesse qu’on peut acquérir la stratégie mentale d’une autre personne, mais en aucun cas son identité. Mais les individus retiennent ce qu’ils ont envie de retenir, et les processus d’identification les y aident bien. Nous avons besoin de modèles et héros pour grandir, avec le danger de confondre l’habit et l’individu qui les porte. Heureusement la plupart des stagiaires prennent la PNL au sérieux et gardent les pieds sur terre avec le contrôle de leurs propres perceptions d’eux-mêmes, de leur futur et de leur environnement.

Le discours ambigu de la PNL

Le langage utilisé pour promouvoir la PNL pourrait parfois servir de matériel de choix pour des exercices sur le méta modèle : peu spécifique, riche en omissions, généralisations et distorsions et bien souvent inspiré des propos d’Antony Robbins. Un langage qui ne rend pas hommage aux capacités de discernement de ceux à qui il s’adresse, un langage qui semble avoir été élaboré pour une culture du dépassement de soi qui n’est pas la nôtre. « Changer de vie en deux jours », « faire exploser son potentiel et son pouvoir illimité ». C’est un discours bien plus approprié au contexte culturel du rêve américain, qu’au nôtre.

Les premiers titres des ouvrages de PNL ont largement contribué à associer la PNL à la magie (« Structure of magic », « Derrière la magie », « L’esprit de la magie », « PNL et Magie »… etc.). Ces titres reflètent certainement le talent marketing des auteurs ou de leurs maisons d’éditions. Un bon moyen d’attirer l’attention des marchands ou acheteurs d’illusions et de ceux qui s’y opposent, et bien moins celui de la formation professionnelle ou de la recherche en psychologie. Ce qui est habituellement considéré comme magique, c’est une transition rapide en attente d’explications. Et l’explication, ce sont les heures de pratique et d’entraînement qui ont permis au praticien de la PNL d’avoir un peu plus d’impact sur ses propres processus mentaux. De simples changements émotionnels peuvent paraître magiques. S’il y a magie elle consiste tout simplement à sortir d’une profonde méconnaissance du fonctionnement de notre physiologie et de notre psychologie, à structurer sa pensée pour être plus efficace, à penser par soi-même et un peu moins par procuration, à devenir un peu plus autonome et responsable de ce que nous faisons de notre vie, et à accéder à des ressources en cas de coup dur. C’est certainement considérable pour certains, mais certainement pas magique puisque tant de personnes savent déjà faire cela sans avoir fait appel à la PNL. La différence c’est que vous savez mieux y faire face. Moi qui baigne dans la PNL depuis pas mal d’années, je suis bien incapable de mettre en œuvre un centième des pouvoirs attribués à la PNL. Et je pense également que la vie de nombreux héros de la PNL n’a rien de magique.

Le terme de programmation est également source d’ambiguïtés dans le champ des sciences humaines. Le terme « programmation » reflète probablement le goût de Richard Bandler pour les mathématiques et la provocation, que celui d’une réalité. Puisqu’on programme une machine, un ordinateur, donc pourquoi ne serait-il pas possible de programmer des individus ? Il paraît légitime de s’en soucier. La différence est que la machine ne se programme pas toute seule, car elle a besoin d’une intervention extérieure, alors que l’humain est un système vivant auto-organisé à choisir ses programmes parmi ceux qui lui proposent sa culture, son éducation, sa profession. Les humains savent se conditionner tout seul, et ils n’ont pas attendu la PNL pour apprendre à se conditionner ou se manipuler afin de se rendre heureux ou malheureux, et faire de même avec leurs proches. La PNL ne programme rien dans le cerveau des individus, elle propose plus de choix en pariant sur leur capacité à choisir les conditionnements qui leur convient le mieux. La PNL est un bon vaccin ou antidote contre les attaques des « virus de la pensée » de ceux qui veulent manipuler, ou du dogme ambiant.

La culture de l’excellence

Cette culture de l’excellence peut également faire peur, une culture qui peut paraître élitiste à certains. « Rendez-vous compte qu’avec la PNL, on apprend à faire comme tous ces génies, comme Erickson, Perls, Satir, Einstein, Antony Robbins, Steve Jobs… etc. ». Il y a de quoi créer de l’envie ou de la jalousie « je ne veux pas entendre parler pas de cela chez moi ! ». Les égos démesurés peuvent être séduits par la culture de l’excellence. Pour la PNL, l’excellence est une stratégie qui aboutit à un résultat. Le jugement qu’on peut porter sur les conséquences de ce résultat dépend de la question de l’écologie. Il n’y a donc pas d’excellence sans écologie. Mais il me semble que l’excellence soit bien moins associée à la sagesse ou à l’humilité qu’à une position de pouvoir, de domination, de compétition, de position haute (être le meilleur, le N° 1, au top avec James Bond comme archétype). Et la compétition pour l’excellence est rude dans le monde de la PNL. Ceux qui ont servi de modèles à la PNL (M. Erickson, V. Satir, F. Perls) étaient plutôt des modèles de sagesse, de créativité et de compassion. Donc le mot « excellence » mérite d’être dénominalisé : excellent pour quelle activité, par rapport à quelle référence ? Par rapport à vous-même dirait la PNL, et non par rapport aux autres. Il y a une invitation à plus de référence interne qu’externe dans la recherche d’une excellence personnelle et une autorisation à en faire bon usage.

Ce que cet article apporte à la pratique PNL

Jean-Luc Monsempès met ici le doigt sur un paradoxe structurel : la PNL souffre d’un désalignement entre ses niveaux logiques. Elle est intégrée au niveau des comportements et des capacités, mais reste peu assumée au niveau des croyances et de l’identité. Son analyse des mécanismes de preuve sociale, du langage promotionnel inadapté et des dérives éthiques offre des pistes concrètes pour que les praticiens puissent assumer pleinement leur pratique et contribuer à une meilleure image de la discipline.


Jean-Luc Monsempès est directeur de l’Institut Repère à Paris, l’un des centres de formation PNL agréés NLPNL les plus reconnus en France, lors de la publication de cet article. Auteur, formateur et conférencier, il œuvre depuis de nombreuses années à promouvoir une PNL rigoureuse, éthique et ancrée dans les réalités professionnelles et humaines.


Article publié dans le Magazine Métaphore, n° 77 – juin 2015

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