Publié le 29 avril 2026
Les pratiques narratives et la PNL
Les pratiques narratives et la PNL partagent des racines communes — Palo Alto, Milton Erickson, les présupposés humanistes — et des concepts proches. Bertrand Hénot, praticien PNL et formateur, propose ici une exploration comparée des deux approches : identité narrative, histoire dominante, externalisation des problèmes, absent implicite. Un article issu de la revue Métaphore n°75, décembre 2014.
Les pratiques narratives sont issues des travaux de deux travailleurs sociaux, l’un australien, Michael White, l’autre néo-zélandais David Epston. Comme les fondateurs de la PNL, ces deux auteurs ont été largement influencés par « l’école de Palo Alto » où ils se sont formés. De même que Bandler et Grinder, David Epston a participé pendant 19 jours aux ateliers de Milton Erickson à Phoenix, Arizona.
Nous vous proposons ici de découvrir quelques concepts narratifs majeurs et de faire des liens avec des concepts de PNL que vous connaissez déjà.
L’identité narrative
« La carte n’est pas le territoire » est un présupposé commun à toutes les approches liées au constructionnisme, et en corollaire, la carte crée le territoire : le monde dans lequel nous vivons est construit, en grande partie, par le langage. Il est créé à l’occasion des conversations.
Le praticien PNL peut utiliser des questions, des recadrages et différents outils pour modifier la « carte » du sujet, en PNL son modèle du monde, et lui permettre l’accès à ses ressources.
L’intervenant narratif aide le sujet à déconstruire les histoires dominantes et à construire ses histoires préférées en lui posant des questions narratives.
L’histoire dominante
C’est l’histoire racontée par la personne elle-même, et par son environnement : la famille, les amis, les collègues, les travailleurs sociaux, les professionnels de la santé, la justice, la police. Cette histoire met en lien un certain nombre d’événements dans la vie des gens qui ont tendance à donner une explication rationnelle à des dysfonctionnements. Cette histoire dominante fournit ce que nous appelons des « explications pauvres », dans la mesure où elle n’offre pas de perspective intéressante : « J’ai du mal à contrôler ma violence parce que j’ai été battu par mon beau-père ».
Michael White constate que, lorsqu’ils sont confrontés de manière durable à des problèmes, les personnes ont tendance à en tirer des conclusions identitaires limitantes sur leur capacité ou leur valeur d’être humain : « Je ne vaux rien, je suis inutile, je n’ai que ce que je mérite dans la vie »1. En PNL on appellerait cela des croyances limitantes qui maintiennent les personnes dans le monde des problèmes.
Dans ce monde, les émotions sont vécues d’une manière dissociée : on est coupé de ses émotions que l’on cherche à les rejeter. On est en colère d’être en colère, triste d’être triste, angoissé d’être anxieux. Le « message des émotions » et leur intention positive ne sont pas perçus.
La construction des histoires préférées
La construction de l’identité narrative permet au sujet de devenir auteur de sa vie.2
Il s’agit de mettre en lumière des événements dans la vie des gens qui n’ont pas été « historiés », c’est-à-dire contextualisés : « Avec mon oncle par contre c’était plus cool, on allait à la pêche ». Avec cette histoire de pêche, on a plusieurs pistes pour construire des histoires préférées : « Qu’est-ce que tu appréciais quand tu allais à la pêche ? Qu’est-ce que tu appréciais chez ton oncle ? Qu’est-ce qu’il appréciait chez toi ? Qu’est-ce que ça a eu comme effet de vivre ces moments-là avec ton oncle ? ». Ces histoires produisent des explications riches, elles sont à l’origine de riches développements. Nous sommes dans le monde des ressources, des croyances positives, des objectifs atteignables et écologiques qui mettent en mouvement et favorisent des relations de coopération.
Dans un premier temps, on peut rejoindre la personne dans son modèle du monde en écoutant le problème, et ensuite s’intéresser à tout ce qui n’est pas le problème. La dernière fois que le problème n’a pas eu lieu ou qu’il était moindre :
- « Comment avez-vous réussi à maîtriser votre colère ce jour-là ? »
- « Qu’est-ce qui fait que vous avez préféré faire un pas en arrière plutôt que de frapper quelqu’un ? »
- « Qu’est-ce qui s’est passé dans votre tête qui fait que vous n’avez pas tout cassé ? »
Et plutôt que de re-re-raconter l’histoire familiale avec ses traumas successifs, la violence, les abus liés aux parents maltraitants, rechercher les tiers sécures et reconnaissants :
- « Qui serait content et en même temps ne serait pas surpris que vous ayez réussi à maîtriser la colère de cette manière ? »
Déconstruire l’histoire dominante avec l’externalisation des problèmes
La personne, c’est la personne, le problème, c’est le problème. La personne n’est pas le problème. L’habitude que nous développons en PNL d’intégrer les présupposés à nos pratiques langagières va aider à construire un monde où : « Nous ne sommes pas nos comportements », donc nous ne sommes pas le problème.
Dans le domaine de la protection de l’enfance avec lequel je suis en relation dans mon activité de formation, des étiquettes sont souvent collées sur les gens : « Parents Toxiques », « Parent Maltraitant », « Homme Violent », « Mère Dépressive »… Ces définitions identitaires constituent des explications pauvres, dans la mesure où elles n’offrent pas de grands espoirs. Elles maintiennent les professionnels dans l’impuissance et aboutissent souvent à des mesures d’éloignement.
Imaginons un intervenant social ayant à faire une enquête suite à une information préoccupante, un parent ayant été signalé comme « maltraitant ». Pour déconstruire cette définition identitaire peu porteuse d’espoir, on peut négocier une définition du problème acceptable pour la personne et pour les intervenants :
- – « Des fois c’est compliqué »,
- – « C’est compliqué… Comment ça se passe quand c’est compliqué ? »
- – « Ça barde ! »
- – « Ah oui ça barde ! Quel nom on peut donner à ces moments où ça barde ? »
- – « Des coups de gueule »
- – « Et qu’est-ce qui provoque ces coups de gueule ? »
- – « La colère c’est sûr, y’a la colère et je me mets à gueuler ! »
- – « Quand LA COLÈRE est là, qu’est-ce qu’elle vous fait faire ? »
- – « Quels sont les projets que LA COLÈRE a pour vous ? »
- – « Vous êtes d’accord avec cela ? »
Loin de déresponsabiliser les gens, les définitions externalisantes des problèmes contribuent à laisser de la place aux histoires vivantes (les exceptions à l’influence du problème) et à redonner du choix aux gens. Ils sont alors plus enclins à reconnaître l’existence du problème.
En effet, un problème qui occupe toute la place n’en est pas un puisque rien d’autre n’est possible. Pour accepter l’existence d’un problème il est utile de s’en séparer par l’externalisation et de se connecter à « tout ce qui n’est pas le problème ».
Déconstruire l’histoire dominante avec l’absent mais implicite
Ce concept nous dit que, si quelque chose est perçu comme étant un problème, c’est qu’une autre chose existe qui n’est pas le problème. Pour traduire cela en termes PNL, s’il existe un état présent indésirable pour la personne, il existe un autre état : l’état désiré. Cet état désiré n’est pas toujours conscient, il nécessite une exploration.
Le cheminement utilisé en narratif pour passer de l’état présent à l’état désiré, ou explorer l’absent implicite, est un peu plus long qu’en PNL car il passe par les valeurs, les principes de vie et explore plusieurs histoires. Il permet d’accompagner des personnes dont l’attention est entièrement focalisée sur l’expérience traumatique et qui vont y revenir plusieurs fois avant d’être attirées par des histoires préférées.
La colère est souvent en lien avec l’injustice, le manque de respect, la maltraitance. Comme nous l’avons vu plus haut, essayer de calmer les gens dans ce contexte renforce la colère. Au lieu de cela, nous pouvons rechercher ce que la colère nous apprend sur ce à quoi les gens accordent de la valeur :
- – « Votre colère dit non à quoi ? »
- – « À l’injustice ! »
- – « Votre colère dit non à l’injustice et elle dit oui à quoi ? »
- – « Ben, à la justice sans doute ? »
- – « La justice, c’est important pour vous ? »
- – « Est-ce que vous pensez que les gens devraient être davantage attentifs à la justice ? »
- – « Est-ce que vous pensez que le monde tournerait mieux si l’on se souciait de la justice ? »
- – « Est-ce que cela vous ait déjà arrivé de partager vos espoirs de justice ? »
- – « Qui apprécierait et ne serait pas surpris de savoir que vous avez agi ainsi pour la justice ? »
- – « Quels sont vos espoirs maintenant en lien avec cette histoire ? »
- – « Comment pourriez-vous agir en relation avec ces espoirs ? »
Conclusion : deux approches sœurs
La PNL et l’Approche Narrative sont deux approches sœurs, issues toutes deux de l’hypnose ericksonienne et de Palo Alto. Elles partagent les mêmes présupposés. L’approche narrative, comme la PNL, accorde beaucoup d’importance aux « valeurs » ou « critères ». C’est l’identification de leurs valeurs qui donne de la valeur à la vie des gens.
Certaines techniques sont communes, la même manière d’utiliser la reformulation, les questions ouvertes, et la posture de l’accompagnant est semblable : ce que l’on appelle en PNL « trier sur l’autre » ou se « centrer sur l’autre » se dit en narratif « se décentrer », dans le sens où l’on n’est pas « centré sur soi ».
Mais alors que la PNL me semble très adaptée dans les contextes de développement personnel, de coaching de performance, lorsque le sujet est en position de « client » ou « demandeur », l’approche narrative offre des pistes pertinentes lorsque la vie des gens est tellement saturée par les problèmes qu’il est difficile de trouver des exceptions ou ressources et de l’espoir. Il est par exemple possible de travailler avec des personnes en position de « visiteur » ou « touriste », des personnes qui sont là sous contrainte parce que d’autres pensent qu’elles ont un problème, et avec des personnes qui vivent dans le monde du trauma.
Avec la PNL, on peut avoir tendance à passer trop vite de l’état présent à l’état désiré, sans passer par les états ressources. Par ailleurs, la PNL met beaucoup en avant la notion d’autonomie en mettant l’accent sur ce qui est « sous contrôle », alors que l’approche narrative invite davantage à se pencher sur le paysage des relations qui apporte du soutien et de la reconnaissance.
Avec les deux approches, les intervenants restent connectés à la notion d’intention positive et peuvent voir la personne comme un sujet éthique, c’est-à-dire une personne dont l’action est en relation avec des intentions. En étant en quête des fines traces de vie, les intervenants peuvent rétablir les processus de coopération et se connecter à ce qu’il y a de meilleur chez les personnes qu’ils accompagnent.
1 Michael White — Cartes des pratiques narratives
2 Julien Betbèze — Thérapies brèves : principes et outils pratiques
Contextualisation PNL
Cet article éclaire la généalogie commune entre PNL et pratiques narratives — Palo Alto, Erickson, constructionnisme — tout en distinguant précisément leurs complémentarités. Pour le praticien PNL, l’approche narrative enrichit notamment le travail avec des personnes en situation de contrainte ou saturées par le trauma, là où la structure d’objectif PNL classique peut trouver ses limites. Une lecture enrichissante pour tout accompagnant souhaitant élargir sa palette.
Bertrand Hénot est praticien PNL, formateur et directeur de l’organisme HEXAFOR à Nantes, organisme agréé NLPNL.

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