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Publié le 22 avril 2026

Oser dire ses peurs pour mieux être en relation

Peur de l’abandon, de l’humiliation, du rejet : ces trois peurs fondamentales conditionnent profondément nos relations aux autres. Laurent Claret, coach certifié spécialisé en accompagnement systémique, propose une démarche en trois étapes pour identifier ses peurs, les apprivoiser et les dire de façon directe et non violente. Un article publié dans la revue Métaphore n°71, décembre 2013.

C’est la peur qui fait le héros. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le premier moteur de l’acte héroïque est la peur, cette peur chevillée au plus profond de notre cerveau reptilien, depuis l’aube de l’humanité : peur de l’inconnu, peur de la nuit, peur d’un lendemain sans soleil, peur que le ciel nous tombe sur la tête, peur de la mort. C’est cette peur maîtrisée qui vaut à l’espèce humaine d’être encore aujourd’hui créatrice de progrès. L’homme a mis toute son intelligence et son esprit créatif à inventer ce qui pouvait faire reculer ses peurs, assurer sa survie et la sécurité des siens.

Il ne s’agit pas de vaincre sa peur mais de l’apprivoiser, de vivre avec, de s’en faire une alliée. « Puisque ces mystères nous échappent, feignons d’en être les organisateurs » disait Jean Cocteau. Puisque la peur est viscéralement humaine, feignons de ne plus la craindre, apprivoisons-la au lieu de la fuir, dominons-la au lieu de nous laisser dominer par elle, faisons-en nous une alliée et utilisons sa force naturelle. Les peurs, ça fait peur ! La bonne nouvelle est qu’elles peuvent s’apprivoiser.

« Trouvez ce dont une personne a le plus peur et vous saurez de quoi sera faite sa prochaine étape de croissance » disait Carl Gustav Jung.

Regarder ses peurs en face, c’est accepter sa vulnérabilité, c’est avoir le courage d’être imparfait. Se montrer vulnérable c’est s’accepter nous-mêmes tels que nous sommes, imparfaits. Étant plus gentils avec nous-mêmes, nous traitons les autres de la même façon. Quand nous osons dire nos peurs, nous osons nous montrer vulnérables, nous devenons authentiques, nous dévoilons notre vraie personnalité. La confiance et l’humilité dont nous faisons preuve profitent à tout le monde et nos relations avec les autres s’enrichissent.

Alors pour celles et ceux qui souhaitent oser dire leurs peurs afin d’être mieux en relation avec eux-mêmes et les autres, Laurent Claret suggère une démarche en 3 étapes : identifier ses peurs et les nommer, apprivoiser ses peurs, dire ses peurs de façon directe et non violente.

1 — Identifier ses peurs et les nommer

D’après les travaux de William Carl Schutz (1925-2002) synthétisés dans L’Élément Humain — Comprendre le lien entre estime de soi, confiance et performance (InterEditions), il est possible d’identifier 3 peurs en lien avec 3 besoins interpersonnels (relationnels) :

  • La peur de l’abandon
  • La peur de l’humiliation
  • La peur du rejet

Les besoins interpersonnels correspondent à la nécessité d’établir et de maintenir entre l’individu et son environnement humain une relation satisfaisante. Les trois besoins identifiés par Will Schutz sont : l’inclusion dans des groupes humains, le contrôle du cours de sa vie (l’autonomie) et le besoin d’affection. La satisfaction ou la non-satisfaction de ces besoins permettent d’expliquer et de prédire la manière d’agir, de ressentir et de penser d’un individu en relation à soi ou aux autres : les comportements (l’agir) s’expriment dans trois zones — l’Inclusion, le Contrôle et l’Ouverture (affection) ; les sentiments (le ressentir) s’expriment dans trois dimensions — le sentiment d’Importance, de Compétence et de Sympathie ; le concept de soi (la manière de se percevoir) concerne trois domaines — la Présence, l’Autocontrôle et la prise de Conscience.

La peur de l’abandon liée au besoin interpersonnel d’inclusion

L’inclusion met en jeu les critères Intérieur/Extérieur par rapport au groupe : c’est le besoin d’établir et de maintenir une relation satisfaisante avec les autres en matière d’interaction. Au niveau des comportements, l’inclusion va se mesurer par le nombre de contacts échangés avec les autres dans un contexte particulier. Au niveau des sentiments, la dimension de base est celle de l’importance. Nous nous sentons importants lorsque nous recevons des signes d’attention, lorsque notre présence fait une différence. La peur liée au sentiment de ne pas être important ou de ne pas être intégré dans un groupe humain est celle de l’abandon (de l’ignorance).

Au niveau du concept de soi, se trouve la notion de présence. Être présent, c’est être centré au bon niveau sur ce que nous faisons, être entièrement dans la situation, faire ce que nous faisons avec tout notre être et être en contact avec ce qui se passe. Une présence trop faible (dissociation) se manifeste par un éparpillement, une distraction ou un détachement par rapport à ce qui se passe. Une présence trop forte (association), se manifeste par la perte du sens de soi en s’identifiant totalement à ce que nous faisons. Le bon niveau de présence, c’est celui qui est adapté à la situation dans laquelle nous nous trouvons.

La peur de l’humiliation liée au besoin interpersonnel d’autonomie

Ce besoin met en jeu des critères de Dominant/Dominé ou Au dessus/En dessous : c’est le besoin d’établir et maintenir une relation satisfaisante avec les autres en matière de contrôle, d’influence et de pouvoir. Au niveau des sentiments, la dimension de base est celle de la compétence. Nous nous sentons compétents quand nous nous sentons autonomes, capables de faire face aux situations pour satisfaire nos désirs ou prévenir les difficultés, prendre des décisions pour gérer les problèmes qui surviennent, quand nous nous donnons des responsabilités. La peur liée au sentiment d’incompétence ou de la non-maîtrise des événements est celle de l’humiliation.

La peur du rejet liée au besoin interpersonnel d’affection

Ce besoin met en jeu des critères Ouverture/Fermeture : c’est le besoin interpersonnel d’établir et de maintenir une relation satisfaisante avec les autres au niveau affectif de l’intimité, de l’amour. Au niveau des sentiments, la dimension de base est celle de la sympathie ou de l’amabilité, c’est-à-dire la capacité à créer un climat de confiance dans lequel un individu va s’apprécier. La peur liée au sentiment d’être antipathique, non reconnu comme aimable et non considéré est celle du rejet.

Will Schutz nous invite à prendre conscience que les peurs qui se rattachent à la perception de notre importance, compétence et amabilité sont à l’origine des interprétations que nous faisons des comportements de l’autre.

2 — Apprivoiser ses peurs

Les peurs, ça fait peur ! Que faisons-nous quand nous avons peur ? Il est probable que nous mettions en œuvre des tentatives d’évitement de l’objet de peur, de ressentir la peur. Une telle logique de l’évitement est aidante dans un premier temps (lorsque nous évitons ce qui nous fait peur) puis aggrave le problème par la suite (perte de confiance en nous) : elle est donc paradoxale (soulagement puis aggravation).

Alors, qu’est-ce que je choisis ?

Le cercle vertueux ? J’ose traverser mes peurs et expérimenter une situation qui me fait peur. J’éprouve mes points de solidité. Je renforce ma confiance en moi, mon estime de moi, ma sécurité intérieure.

Ou le cercle vicieux ? Je n’ose pas, j’évite d’expérimenter une situation qui me fait peur. Je conserve mes peurs. Je dégrade ma confiance en moi, mon estime de moi, ma sécurité intérieure.

Comme le disait Gregory Bateson, « la seule peur qui tienne est celle d’un tigre affamé aux yeux jaunes qui vous regarde de près. » Affronter aide à dépasser. Une peur que j’évite se transforme progressivement en panique : je porte en moi les blessures des batailles évitées. Une peur que j’affronte se transforme progressivement en courage : à chaque fois que j’ose faire ce que j’évitais, je deviens plus courageux.

Apprivoiser ses peurs demande du temps, de la motivation et de la méthode. Apprivoiser demande du temps, donc de la patience : c’est ce que disait le renard au Petit Prince. Pour apprivoiser, il faut être en contact régulier.

Apprivoiser demande de la méthode. Voici quelques pratiques concrètes :

  • Observer ses peurs : un exercice possible est de les décrire dans un carnet de bord (tâche distractive qui permet de défocaliser l’attention) et de les évaluer (sur une échelle de 0 à 10).
  • Ressentir ses peurs : se laisser progressivement traverser par ses peurs pour mieux les traverser ensuite.
  • Partager ses peurs : se les dire (à voix haute) et les dire aux autres (à son thérapeute, à son coach, à ses proches, à la personne concernée dans la relation).
  • Affronter progressivement ses peurs : aller vers la situation redoutée et s’arrêter juste avant que la peur ne devienne insupportable.
  • Éviter d’éviter : chaque fois que j’évite, je nourris ma peur et elle prend de plus en plus de place.
  • Limiter la demande d’aide : chaque fois que je demande de l’aide à mon entourage ou que je me laisse aider, je nourris ma peur et elle grandit.
  • Rassurer son enfant intérieur car désormais c’est l’adulte que nous sommes qui protège votre petit garçon/petite fille apeuré(e).
  • Dédiaboliser la peur : la peur est protectrice. C’est bien pour cela que les parents apprennent aux enfants à avoir peur de traverser la rue sans regarder auparavant. La « juste peur » permet de conserver les sens en éveil.

3 — Dire ses peurs de façon directe et non violente

Will Schutz disait que « l’ouverture est le grand simplificateur des relations humaines ». L’inclusion et le contrôle sont des étapes nécessaires pour gérer la relation à l’autre. « First truth first » : dire ma première vérité d’abord. Comme par exemple : « J’ai peur de ta réaction par rapport à ce que je vais te dire et je vais te le dire tout de même… ». Être honnête dans sa manière de communiquer dépend donc du degré de conscience de soi-même.

Afin de pouvoir dire ses peurs de façon directe et non violente, il est suggéré d’abord d’écrire ses peurs pour mieux les dire ensuite. Lorsque je vis une situation inconfortable avec quelqu’un, dans ma sphère professionnelle ou personnelle, que cette situation provoque chez moi un ressenti fort et que j’aimerais faire en sorte qu’une telle situation et un tel ressenti ne se reproduisent pas, j’écris une lettre à cette personne sur ma propre perception de la situation et sur mon ressenti envers elle. Je suis complètement honnête en le faisant.

La trame de cette lettre peut être la suivante :

  • Vous avez/tu as fait, dit… (les faits : actes, paroles)
  • Je pense que vous êtes/tu es… (mon jugement)
  • Vis-à-vis de vous/toi, je ressens… (mon ressenti, mes émotions)
  • J’ai l’impression que vous pensez/tu penses que je… (le film que je me fais dans ma tête)
  • J’ai peur d’être… (la perception de la peur qui m’anime)
  • J’ai besoin de… (mon besoin qui n’a pas été respecté)
  • Est-ce que vous/tu…? (expression de ma demande)

Cette lettre n’a pas forcément pour objet d’être envoyée à son destinataire. Après avoir pris le temps d’écrire, je dois pouvoir être capable de dire mes peurs de façon directe et non violente en adaptant mon niveau de communication (d’ouverture) à mon interlocuteur et au contexte.

Identifier ses peurs, les apprivoiser et les dire de façon directe et non violente : vaste programme ! Et si vous décidiez de les identifier, de les apprivoiser et de les dire pour pouvoir être plus authentiques ? Pour pouvoir faire le cadeau de qui vous êtes véritablement à celles et ceux avec qui vous êtes en relation ?

La PNL et la gestion des peurs relationnelles : contextualisation

L’approche proposée par Laurent Claret s’inscrit pleinement dans la vision PNL de la communication et des états internes. Les trois peurs fondamentales décrites par Will Schutz — abandon, humiliation, rejet — correspondent en PNL à des croyances limitantes profondes sur soi (« je ne suis pas important », « je ne suis pas compétent », « je ne suis pas aimable »). La démarche en trois étapes — identifier, apprivoiser, dire — rejoint les protocoles PNL de travail sur les croyances, de recadrage et de communication authentique. La notion de « présence » développée par Schutz (ni trop dissocié, ni trop associé) trouve un écho direct dans les niveaux d’association/dissociation travaillés en PNL. Et le courage d’exprimer ses peurs ouvertement, que Claret appelle « dire sa première vérité d’abord », est au cœur de la communication congruente prônée par la PNL.


Laurent Claret est coach certifié depuis 2008 et s’est spécialisé dans l’accompagnement systémique : il tient compte des interactions et des relations entre les individus à l’intérieur d’un système. Il est supervisé dans sa pratique par François Balta (expert des interventions systémiques brèves) et respecte le code de déontologie de l’EMCC et du Syntec Coaching. Laurent est riche de près de 25 années d’expériences dans l’agro-industrie et le conseil, dans des environnements multiculturels, dans des fonctions de direction et de management hiérarchique et transversal (jusqu’à 100 personnes). Il accompagne des femmes et des hommes, dirigeants et managers en entreprise, ainsi que des équipes et des organisations.


Article publié dans le Magazine Métaphore, n°71 – décembre 2013

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